Quo Vadis, ‘Ukrisis’ ?

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Quo Vadis, ‘Ukrisis’ ?

• La guerre d’Ukraine a maintenait passé le cap des dix-huit mois et s’est installée comme une crise centrale dans la situation internationale. • Le conflit a montré plusieurs choses : l’épuisement catastrophique où se trouve l’Occident, poussant hystériquement l’Ukraine à se battre sans lui en donner les moyens, la capacité russe à se mobiliser et à se couper de l’Ouest sans en souffrir, le besoin puis la volonté du reste du monde (le “Sud Global”) de se dresser contre l’hégémonie américaniste-occidentaliste. • Désormais les BRICS, autour du couple Russie-Chine, constituent une alternative directe de l’Ouest, économique, et peut-être sécuritaire demain. • A coté de ces constats une question de plus en plus pressante : pourquoi la Russie, avec une armée s’une puissance désormais inégalée, ne décide-t-elle pas d’en finir avec Zelenski ? • C’est tout le mystère d’‘Ukrisis. • Notre approche en fome d'hypothèse est que la guerre en Ukraine n’est pas une fin (la gagner ou la perdre) mais un moyen d’accélérer la crise d’effondrement du Système. • Pour cela, elle dure.

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6 septembre 2023 — L’historien qui, plus tard, bien plus tard, cherchera à faire un compte-rendu analytique de la guerre en Ukraine, cet événement qui constitue l’assise terrible et sanglante de la crise ‘Ukrisis’, sera décontenancé par l’accumulation extraordinaire d’affirmations péremptoires qu’il relèvera dans les commentaires de tous bords et de toutes conceptions. Se sont succédées à une allure vertigineuse, dans un désordre constant, toutes les affirmations les plus contradictoires qui témoignent de la puissance de la guerre de la communication et de flux très puissants et contradictoires de l’information. On peut citer, par eemple :

• “La Russie va l’emporter, en une semaine ou deux”.

• “L’Ukraine a bloqué une armée russe en pleine décomposition, qui va s’effondrer, et le régime poutinien avec elle”.

• “L’armée russe s’est installée dans une position où elle matraque l’armée ukrainienne, en la paralysant”.

• “L’armée ukrainienne a percé (région de Kharkov), l’armée russe se débande.”

• “L’armée russe a fixé ses lignes défensive, rappelé des réservistes et commence à renforcer ces lignes pour soutenir l’offensive finale.”

• “L’armée ukrainienne va procéder à une contre-offensive qui repoussera l’armée russe hors des territoires ukrainiens qu’elle occupe (et qui sint devenus partie intégrantes de la Russie).”

• “En attendant (plusieurs mois !) la ‘contre-offensive’ ukrainienne finale, l’énorme supériorité quantitative et qualitative des Russes infligent des pertes terribles à l’Ukraine et préparent une grande offensive russe, également finale.”

• “Après plusieurs mois d’annonce, l’armée ukrainienne lance sa contre-offensive le 4 juin : en trois mois, elle montre, avec des gains de territoire ridicules et des pertes énormes, qu’elle est totalement incapable de l’emporter contre l’armée russe.”

• Cette situation est même reconnue par les Occidentaux jusqu’il y a à peu près une semaine, où un nouveau courant de simulacre annonce : “Non, l’Ukraine a percé vers le Sud et la situation pourrait se renverser...”

• Affirmations complètement démenties par mes Russes officiels et nombre de commentateurs indépendants.

• ... Au-dessus de cela, une interrogation générale “Mais alors, que va faire la Russie ? Qu’attend-ele pour faire quelque chose de décisf”

A la recherche d’une chronologie perdue

C’est ici que nous prenons en compte un texte d’un excellent commentateur, Gilbert Doctorow, déjà plusieurs fois cités dans nos colonnes, à la fois mesuré et parfaitement indépendant, – ce que nous désignons comme un “dissident” qui garde la tête froide.

D’abord, son introduction, rappelant l’évolution de sa position de ces dernières semaines qui correspond à une attitude qui nous paraît tout ) fait acceptable, hors des zombies-hystériques que sont les serviteurs du Système, et les franges hystériques que l’on trouve en face, contre eux, aussi hystériques qu’eux dans l’autre sens. Doctorow écrit ceci :

« Ces dernières semaines, j’ai exprimé dans ces pages l’espoir que la guerre en Ukraine toucherait bientôt à sa fin. J’avais à l’esprit une victoire militaire russe imminente et une capitulation ukrainienne. J’en étais arrivé à cette conclusion peu après que le ministre russe de la Défense, Choïgou, ait déclaré publiquement que les Ukrainiens avaient épuisé toutes leurs réserves en hommes et en matériel. Par ailleurs, mais dans la même direction, des sources crédibles avaient rapporté que les Ukrainiens avaient subi 400 000 morts jusqu’à présent dans le conflit, auxquels s’ajoutent de multiples blessés et hospitalisés. L’ensemble de ces éléments suggérait que les Russes pouvaient désormais lancer en toute sécurité leur propre offensive massive et balayer la table.

» Entretemps, de nombreux commentateurs américains et européens, à commencer par CNN et Bild, ont semblé reconnaître que la contre-offensive ukrainienne avait échoué et que l’Ukraine ne pouvait pas reprendre le territoire qu’elle avait perdu dans le Donbass, sans parler de la Crimée. De l’avis général, les Ukrainiens ont échoué dans leur tentative de guerre éclair et sont maintenant revenus à une guerre d’usure, pour laquelle la supériorité de la Russie en nombre d’hommes et de pièces d’artillerie leur donne l’avantage. »

A ce point, Doctorow fait une remarque que nous sommes tous faits à un moment ou l’autre, depuis que nous commentons au jour le jour, au gré de l’information, du simulacre et du contre-simulacre, cette guerre en Ukraine.

« Ce qui manque, c’est une chronologie de la victoire russe dans une guerre d’usure. »

Exact, – aucun doute là-dessus ! nous en sommes tous là, en train de courir derrière une chronologie prévisionnelle. Tous nos spécialistes, aux connaissances et à l’indépendance incontestables, eux qui ne cessent de dénoncer le simulacre américanistes-occidentalistes, tous font de même : Que va-t-il se passer ? Que font donc les Russes ? Qu’attendent-ils pour lancer leur offensive ? Et chacun avec son hypothèse, ses précisions, parce qu’il faut bien faire son métier. D’où cette deuxième partie de conclusion 

« Il n’en reste pas moins que, même dans les conditions désastreuses des pertes ukrainiennes en hommes et en matériel au cours des deux derniers mois, il y a encore des soldats ukrainiens qui effectuent chaque jour de nombreuses sorties en divers points du front. Les correspondants de guerre russes qui rendent visite à leurs officiers de chars et à ceux qui s’occupent de l’artillerie et des lance-roquettes multiples (Grad) nous apprennent que les Russes doivent être prompts à déplacer leur matériel dans les minutes qui suivent le tir, de peur d’être victimes de tirs d’artillerie en retour de la part du camp ukrainien. Les rapports de terrain donnent l’impression qu’il s’agit toujours d’une guerre sérieuse et meurtrière, et non d’une simple déroute de l’un des deux camps.

» En outre, un autre problème tenace remet en question l’idée qu’une victoire russe est à portée de main. Le problème est qu’après avoir regardé chaque jour les duels d’artillerie au cours desquels les Russes détruisent l’artillerie ukrainienne et les lance-roquettes multiples d’origine américaine, polonaise et autre dans les régions de Donetsk et de Lougansk, dans les régions de Zaporijia et de Kherson, et avoir dressé la liste des modèles d’équipement et du nombre de soldats ukrainiens tués à chaque endroit, j’écoute ensuite les récits sur la façon dont les Ukrainiens viennent de bombarder les quartiers résidentiels de la ville de Donetsk. Oui, chaque jour, il y a de multiples attaques d’artillerie et de HIMARS sur la ville, avec des destructions de bâtiments et des morts et des blessés quotidiens.  Comment cela est-il possible ? Les Ukrainiens tirent depuis quelques kilomètres seulement à l’extérieur de la ville. Pourquoi les Russes sont-ils incapables de localiser et de détruire ces zones fortifiées ukrainiennes de l’autre côté de la ligne, alors qu’ils semblent si bien réussir ailleurs sur la ligne de confrontation de mille kilomètres ?

» En conclusion, je constate que nous restons dans le brouillard de la guerre et que rien n’est encore acquis. »

« ...Temps de Mystère plus que de simple misère. »

A nous aussi, cette sorte d’interrogation nous vient à l’esprit, et depuis un certain temps, deuis que la guerre a commencé d’ailleurs... Elle nous vient d’autant plus à l’esprit que nous sommes convaincus depuis le début de l’aventure que l’Ukraine ne peut battre la Russie, que, comme le dit Poutine s’appuyant sur la tradition et sur “l’unité primordiale” du Russe, “Nous (les Russes) sommes invincibles”... Car les raisons qu’il donne ne sont militaires, technologiques, industrielles qu’accessoirement ; elles sont d’abord, à la fois humaines et ontologiques, sinon spirituelles :

« ...“Et c'est là que j'ai compris pourquoi nous avons gagné la Grande Guerre patriotique”, a déclaré le président, faisant référence à la lutte des Soviétiques contre l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. “Il est impossible de vaincre un peuple doté d'une telle mentalité”, a-t-il ajouté, précisant que “nous avons été absolument invincibles. Et nous le restons encore aujourd'hui”. »

C’est en nous plaçant de ce point de vue, – pour des raisons qui ne sont militaires, technologiques, industrielles qu’accessoirement”, [mais] “d’abord, à la fois humaines, ontologiques sinon spirituelles” – que nous explorons une hypothèse générale pour cette situation. Notre idée est, comme toujours depuis que les événements, et notamment la communication, ont pris une allure irrésistible que nous ne pouvons que suivre, que nous ne pouvons plus contrôler, – cette idée de prêter beaucoup moins de pouvoir de décision aux hommes, et beaucoup plus, sinon l’essentiel, à leur capacité de s’adapter à des évènements qui les dépassent pour mieux en tirer parti.

On peut commencer le raisonnement logique de notre hypothèse d’au-delà de la logique par cette question : que se serait-il passé si la Russie avait, comme beaucoup l’attendaient (et nous-mêmes), très rapidement battu l’Ukraine ; soit en accédant à une demande immédiate de cessez-le-feu et de négociation de Zelenski, soit en menant à leur terme les négociations d’avril 2022 à Ankara, sabotées par l’intervention toute en finesse du Britannique Boris Johnson ?

• Aurions-nous connu aussi fortement le choc colosssal de l’échec total des sanctions américanistes-occidentalistes, avec un terrible coup de fouet en retour dans les pays de l’UE ? Non certes.

• Aurions-nous constaté l’extraordinaire capacité de la Russie à surmonter cette attaque économique, avec le renforcement de son autonomie et le développement d’une base industrielle militaire sans équivalent ? Non, bien entendu.

• Aurions-nous connu cette alliance Russie-Chine servant de locomotive et de cimier à une véritable révolte antioccidentaliste et antiaméricaniste, le ralliement de l’Afrique, jusqu’à l’explosion de puissance d’influence et de volonté d’autonomie économique, voire plus, des BRICS entérinée au sommet de Johannesbourg ? Non, évidemment.

• Aurions-nous connu l’accélération exponentielle de la crise intérieure des USA, avec ces transferts massifs d’argent vers l’Ukraine en même temps que la mise au grand jours des liens mafieux et de corruption établis entre la famille Biden et l’Ukraine, toutes ces circonstances mettant l’hyperpuissance au bord de la désintégration ? Non, – et comment !

Dans notre hypothèse, nous rejetons absolument et catégoriquement l’idée que tout cela a été est prévu, calibré, agencé par une volonté tactique et stratégique hors du commun (celle de Poutine, complotiste hors-pair). Par contre, il nous est arrivé de penser, sans en dire plus, que “peut-être les Russes font-ils durer le plaisir” (on pardonnera le caractère leste de la remarque par rapport à la dimension tragique des choses, mais nous nous comprenons) pour pouvoir mieux épuiser l’OTAN, l’Occident-addictif, les USA et tout le Saint-Frusquin, en plus du régime sociétal-nazi absolument moderniste de Mister Z. (On a entendu également l’avocat chroniqueur Régis de Castelnau avancer cette sorte d’hypothèse.) Mais cette remarque anodine doit être compromise comme de pure circonstance, sans aucun plan par avance, quasi-inconsciemment dans soon accomplissement, à mesure  qu’apparaissaient et que continuent à apparaître ces effets. Il s’agit donc de dégager la responsabilité fondamentale et la prévision de l’action humaine dans lévènement, mais éventuellement de reconnaître à l’action humaine la capacité de profiter de l’événement.

Il est vrai, cela a été dit et répété même officiellement, que les Russes ont été eux-mêmes surpris par toutes ces choses énumérées, – l’effondrement de l’UE, la résistance de la Russie, l’émergence d’un formidable mouvement néo-anticolonialiste, l’aggravation ultra-rapide de la crise américaniste. Ils n’avaient rien vu venir de cette puissance, de cette intensité, de cette rapidité dévastatrice. Ce constat nous renforce dans cette hypothèse de l’événement séparé des hommes et leur imposant un rythme inattendu.

Cela nous conduit à estimer qu’en cette matière, Poutine, qui est bien entendu l’homme politique au centre du jeu, n’a pas vraiment déterminé ce jeu. Il a adopté l’attitude des plus grands, – de Gaulle avait noté  cela, notamment, – que face à des évènements d’une immense ampleur, la grandeur d’un homme d’État se mesure à une sorte d’extrême humilité intelligente. Ce n’est pas lui qui dirige les évènements, mais sa vertu se trouve dans sa capacité de compréhension de ces évènements, et sa capacité d’adaptation. Certains des comportements de Poutine ont été expliqué de cette façon, par exemple lorsqu’il évita autant que faire se peut, le plus souvent, l’emploi de la force la plus brutale (notamment avec ses dégâts collatéraux du côté des civils, comme c’est souvent le cas dans les entreprises US), pour diverses raisons et, sur le plan politique d’une grande importance, celle de ne pas gêner ou de ne pas éloigner certains pays amis de la Russie ou favorables à sa politique, mais sensibles aux effets des guerres.

Mais on peut et l’on doit conduire cette hypothèse au-delà de son seul domaine spéculatif pour insister sur le réel. On doit observer que, si elle est utilisée avec habileté, et puisqu’elle est utilisée avec habileté  pour profiter de l’événement qui se fait tout seul, le réel de cette hypothèse devient une arme redoutable pour affaiblir et diviser l’OTAN peut-être jusqu’à des fractures irréversibles, et pour accentuer les convulsions internes des USA où le soutien à l’Ukraine, et donc la politique antirusse, après avoir bénéficié d’un soutien unanime tacite, sont devenues des sujets d’affrontement politique explicites, considérés effectivement pour ce qu’ils sont sans l’affectivisme aveuglant ambiant, et extrêmement sévères.

Du coup, les liens sont établis entre la guerre d’Ukraine, la politiqueSystème , l’émergence d’un néo-anticolonialisme qui est d’abord une posture dénonçant le suprémacisme anglo-saxon, le naufrage de l’hégémon américaniste-occidentaliste dans le marigot infâme de Washington ; du coup, la guerre d’Ukraine n’est plus une sorte de symbole moral et d’aliment pour l’hystérie héritée de la modernité, mais bien un événement fondamental du changement complet de la mesure et de la forme de la civilisation. Cette évolution constitue ce que nous devons nommer l’‘eschatologisation’ d’‘Ukrisis’ qui est une évolution qui va largement au-delà de la seule guerre en Ukraine ;  cette guerre, de l’événement central qu’on en a fait d’abord, devenant le principal outil de l’événement central.

Cette eschatologisation accompagne une radicalisation satanique de l’adversaire, au-delà de tout discours rationnel (même guerrier) pour rejoindre la dialectique nazie de l’extrême fin de la guerre : le “crépuscule des dieux” devient objectivement la bataille d’une sorte de “crépuscule du diable”. Il s’agit de l’adoption pleine et entière de la dialectique wokeniste et du déconstructionnisme poussés jusqu’à la néantisation achevée, avec des personnalités situées entre l’analyse stratégique et la ‘moralisation’ wokeniste, cet ensemble intégrant l’enseignement et l’apport de totalitarisme néantisée de la pensée en quelques perceptions robotisées que nous avons suivies en différentes occasions depuis le 11-septembre... Ainsi, suivant de telles remarques  qui vont paradoxalement dans le sens que nous évoquons, cette inversion extrême de la Politique devenant instrument de destruction et de néantisation :

« Constanze Stelzenmüller, de la Brookings Institution, va plus loin en qualifiant d’“immorale” la recherche d'une solution négociée [en Ukraine], explicitant ainsi l'implicite de cette dérive. En effet, comme l'indique le mot tabou, il ne s'agit pas d'un déni de nature politique, mais d'un veto, d'un dogme, de nature religieuse, qui n'admet pas d'exception.

» Ce qui s'est manifesté dans toute son évidence et sa puissance ces derniers mois est issu de l'après 11 septembre et des décennies de guerres sans fin, grâce aussi à la complicité et à la connivence de tant de gens qui sont aujourd'hui horrifiés par le monstre qu'ils ont eux-mêmes créé, le sous-estimant pour certains, l'alimentant pour d'autres.

» Au djihad, la guerre sainte, lancé par le fondamentalisme islamique, a répondu la guerre sainte contre la terreur. Des extrémismes opposés qui se sont nourris l'un l'autre et qui, ce n'est pas un hasard, ont trouvé au fil des ans une convergence contre des ennemis communs, comme l'a montré la guerre de Libye, avec Al-Qaïda utilisé comme troupes terrestres de l'OTAN contre Kadhafi ; la guerre du Yémen, avec les milices salafistes en guerre contre les rebelles houtis ; et, enfin (mais on pourrait continuer), la guerre de Syrie, où les islamistes radicaux ont combattu Assad, les milices iraniennes et les Russes.

» Ce sont toutes des guerres dans lesquelles l'espace du débat public s'est rétréci, la guerre syrienne devenant une poigne de fer, au sujet de laquelle rien n'était (ou n'est) autorisé à être dit qui diverge de la narrative dominante.

» Ceux qui ont osé remettre en question les récits dominants au fil du temps ont été évités, marginalisés ou normalisés, même si la plupart d'entre eux ont été contraints de se normaliser pour ne pas perdre leur emploi ou ont embrassé avec enthousiasme le nouveau credo pour les récompenses et les carrières qu'il leur assure.

» Ainsi, les guerres sans fin de ces décennies ont également servi de banc d'essai pour façonner un espace politico-médiatique adapté à l'engagement actuel, beaucoup plus difficile que les précédents, qui étaient également prévus depuis des décennies, puisque le moment de la confrontation directe entre l'Empire occidental et l'Empire oriental, plus varié, était l'horizon ultime des guerres sans fin... [...] une lutte éternelle avec les deux puissances opposées, l'Eurasie et l'Estasie... spes ultima dea. »

Objectivement considéré, le Russe a tout intérêt à ce que cet état d’esprit qui transforme en catastrophe inimaginable (sans nécessité nucléaire) la guerre ukrainienne menée par l’Occident-convulsif se poursuive à très vive allure et à grand train. Le résultat est une dissolution, une néantisation de l’Occident-convulsif s’accomplissant dans une sorte de paroxysme-éjaculatif. On comprend alors cette évidence que “dans ce sens” (fait de sens multiples  antagonistes mais convergeant sur le but de l’affrontement à atteindre), il est vain et inutile d’attendre, et même contreproductif (ou sacrilège selon la dialectique qu’on choisit) de guetter une victoire russe en Ukraine comme fin en soi, qu’elle se produise ou pas selon les normes de ce que l’on nomme “victoire”. La question ne se pose pas à ce niveau. La guerre-‘Ukrisis’ est un brandon enflammé comme l’est une flamme sacrée, dont la mission est d’activer tous les domaines crisiques qui doivent être activés pour alimenter la GrandeCrise. Nous sommes dans les temps de l’‘Évènement’, de « L’eschatologie d’Ukrisis », – eschatologisation achevée.

Cette expression (« L’eschatologie d’Ukrisis ») faisait le titre d’un texte du 22 juin 2022, alors que nous étions entrés dans la phase d’absence de vision d’une possibilité d’arrangement, donc d’élargissement civilisationnel de la crise, cela à partir d’un texte d’Alexander Douguine. Il n’y a plus rien à espérer, et c’est même un devoir de ne plus rien espérer selon les normes stratégiques et politiques de la guerre, et tout à attendre avec une résolution sans faille du développement métapolitique d’un bouleversement métahistorique :

« [Le texte de Douguine] suscite chez nous, – oserais-je dire ce “nous” comme si je n’étais pas seul, – une perception incertaine et indistincte mais d’une force inimaginable, de la qualité même et de l’ampleur de la séquence métahistorique que nous sommes en train de vivre. J’avoue préférer cela à un Premier ministre sorti de nulle part en Europe, disons du trou du cul du monde, ou de Belgique, pour faire un panégyrique robotisée de Zelenski, candidat et défenseur de “nos valeurs”. C’est cela, un Douguine ne nous apporte aucune réponse, aucune certitude, aucune précision sur notre sort. Douguine n’est pas un vaccin à prendre par doses massives pour continuer à débiter la bienpensance par doses successives ; il n’est même pas un prédicateur de la néo-Sainte-Russie nous annonçant sa Renaissance, même si c’est le cas.

» Il nous dit, paradoxalement à l’aide d’un raisonnement très argumenté, construit sur des événements que nous suivons jour après jour, avec l’apparence d’une Cause acquise qui serait sa certitude, que nul ne peut plus dire désormais quels immenses événements nous attendent. Il nous dit qu’il y a bien un Mystère, que ce Mystère est là, que cette époque est un temps de Mystère plus que de simple misère. »