Prescriptions bruxelloises…

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Certains de nos lecteurs réagissent avec vivacité à nos analyses soi-disant paradoxales sur la situation européenne, les jeux joués par les uns et les autres et ainsi de suite. Nous proposons tout de même, d’exposer à nouveau certaines réalités essentielles, en précisant que nous jouons le paradoxe au niveau tactique, jamais au niveau stratégique. Nous savons ce que nous voulons dire et ce que la France, dans cette occurrence, doit vouloir tout court ; et cela devrait être poursuivi par tous les moyens, parce que c’est ainsi que fonctionne le système.

• Depuis l’instauration du virtualisme et du triple langage, les négociations les plus fausses, les plus vicieuses, les plus trompeuses et les plus haineuses derrière les apparences convenues de l’unanimité factice, se font entre alliés européens et entre alliés européens et américanistes. Il y a bien plus de sincérité dans un sommet UE-Russie ou France-Russie que dans un sommet européen. Il faut tirer enseignements et conclusions de ce constat, et regarder ces négociations européennes sans espoir réel ni complaisance ; elles sont un champ de bataille (les vraies batailles que nous ne pouvons plus faire entre nous), pas un chantier de construction d’un édifice grandiose.

• Dans les négociations européennes, le jeu du “billard à X bandes” où l’on joue les anciens ennemis en nouveaux amis temporaires, où l’on change continuellement d’amis et d’ennemis, etc., pour obtenir tel ou tel avantage, c’est de la tactique. Certes, on risque de s’y perdre ou de n’y plus rien entendre, sauf si l’on a une attitude stratégique forte. Or, il faut répéter et marteler ceci, qui est inscrit dans le marbre : seule en Europe, la France, par sa politique structurellement indépendante et souveraine, a une attitude stratégique forte et la seule stratégie qui ait une logique et une finalité européennes.

• Jusqu’ici, la France se contentait de cette formidable position de fond (“une attitude stratégique forte”) et ne consentait ni aux manœuvres tactiques (cela salit les mains, qu’on a fort propres au Quai d’Orsay) ni aux manoeuvres vachardes, à la britannique. Elle restait drapée dans sa vertu européaniste et dans sa raison vertueuse qui lui fait croire qu’un membre de l’UE, parce qu’il est membre de l’UE, est un ami de la France. (Quelle dérision!) Sarko a changé cela, en s’appuyant évidemment sur cette “attitude stratégique forte”. Bravo Sarko, — et ce compliment n’est ni le produit d’une insomnie ni celui d’une fascination. Encore une fois, la France n’a que faire d’un Sarko vertueux qui permettrait d’enluminer les éditos des intellos français ; elle a besoin d’un Sarko efficace, qui n’a pas peur de se salir les mains en “allant au charbon”, qui fait des sourires par devant et des coups vaches par derrière. Un Sarko-anglo-saxon, quoi.

• Succès de “relations publiques”, c’est-à-dire succès d’apparence et rien d’autre, ce qu’a obtenu la France à Bruxelles, — un membre de phrase en moins dans une phrase du traité? Bien des experts ne sont pas d’accord, et pour leur part en tenant compte de l’esprit de la chose. Par ailleurs, entendons-nous sur les mots. La RP, aujourd’hui, conditionne tout. C’est elle qui donne les orientations et crée les états d’esprit. Un succès en RP, comme celui de la France à Bruxelles, est inestimable. Ce qui compte n’est pas qu’on mentionne 12 ou 13 fois, ou 133 fois la libre-concurrence dans le texte, mais qu’on ait supprimé (pesez bien ce terme) une telle mention dans une phrase essentielle.

• “Blair, président européen”, cela a fait grincer bien des dents. Pourtant, vous avez eu un aperçu de ce que cela pourrait donner, lors du sommet de Bruxelles. Blair était là pour obtenir un succès européen qui couronnât sa carrière. (Dans le cas d’une présidence, il serait tout au long de son mandat à la poursuite de succès européens pour renforcer son image dans l’Histoire, il fonctionne comme ça.) Moyennant quoi, il fit des concessions (aux Français, en acceptant qu’on fasse sauter un membre de phrase qui n’est pas indifférent) et n’eut pas de plus grand adversaire que Gordon Brown, qui n’arrêtait pas de lui téléphoner, même pas en PCV, de Londres.

Décidément, le sommet de Bruxelles fut plein d’enseignements.


Mis en ligne le 24 juin 2007 à 13H50

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