Obiden’ ou ‘Obaden’ ?

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Obiden’ ou ‘Obaden’ ?

Dans cet entretien avec Chris Hedges, dans l’émission ‘On Contact’ de Hedges sur RT.com, Glenn Greenwald dit, évoquant l’administration Obama dont Biden fut le vice-président : elle va « ...faire exactement la même chose que ce que l’administration ‘Obiden’ a fait pendant 8 ans ». Cela nous plonge dans l’interrogation sur la sémantique des mots composés dont les commentateurs US sont friands : faut-il dire, pour l’administration Obama, en considérant l’actuel président-élu, ‘Obiden’ ou ‘Obaden’ ? Surnommer l’administration Obama ‘‘Obiden’, c’est donner bien de l’importance à l’action de Biden durant ces huit ans, entre 2009 et 2016 ; ‘Obaden’ conviendrait certainement mieux ; pour celle qui vient, on choisirait alors ‘Obiden’, pour marquer combien l’ombre et l’influence d’Obama restent présentes, et d’abord par l’abondance des gens de l’administration Obama retrouvés dans l’administration Biden.

Dans tous les cas, c’est comme cela que Greenwald aborde la question qui lui est posée, – “Que faut-il attendre de l’administration Biden”... Rien de bien, évidemment, et bien sûr beaucoup de mauvais si pas du catastrophique : impérialisme et militarisme, dépression et désespoir, etc. Au terme, Greenwald prédit un ‘Trump 2.0’, soit un Trump revu et corrigé, soit une sorte de ‘double’ de Trump qui surgirauit des rangs populistes.

La caractéristique des prévisions que nous donne de Greenwald, excellent journaliste et formidable enquêteur, d’un courage indomptable et d’une précision exceptionnelle pour les faits, – chose aussi rare que la pierre philosophale par les Temps-Derniers qui courent, – c’est aussi de montrer les revers de ces formidables qualités. S’il est un homme qui soit du parti de la « raison suffisant », c’est bien lui. Ainsi nous décrit-il tout ce qu’il faut attendre d’une administration selon ceux qui y figureront, selon les intérêts qui sont habituellement ceux du parti démocrate, et selon le degré de corruption qui est un  facteur essentiel de toute politique venue de l’establishment américaniste.

Greenwald est manifestement pour la thèse selon laquelle Biden est un ‘centriste’, que son élection, son équipe, son comportement, entérinent une fois de plus la trahison de Sanders et de la gauche du parti démocrate par le ‘centre’ corrompu du susdit parti. Il est certain que nous avons de l’estime pour Greenwald, que nous le tenons pour un adversaire objectif du Système, que nous le tenons donc pour un antiSystème par voie rationnelle de logique ; pourtant, voilà qu’il s’avère difficile pour notre part de trouver une analyse prospective théorique aussi éloignée de la nôtre. Ce n’est pas trop grave puisque son combat essentiel est en général dans le même sens que le nôtre, mais la chose en dit long sur la confusion de la situation de la politique, – ce qui, par parenthèse et par conséquent, introduit notre thèse en la renforçant.

En d’autres termes, nous dirions que tout ce que nous dit Greenwald nous paraît être l’accessoire de l’essentiel, jusqu’à son annonce d’un ‘Trump 2.0’ ou d’un pseudo en 2024, du moins s’il ne le voit que comme la conséquence de l’action de l’administration ‘Obiden’. Il est vrai en un sens « qu’il [n’est pas] particulièrement difficile... de savoir à quoi s’attendre de l’administration Biden », dans tous les cas en prospective théorique et considérant les actes et le passé des acteurs de la chose. Il est par contre extrêmement difficile de savoir quelle place tiendra cette administration, et par conséquent son action ; et en fait, de savoir si elle pourra seulement agir et seulement durer ; de savoir dans quelle mesure (considérable, selon nous) elle ne sera que le jouet d’évènements qui la dépasseront nécessairement, et auxquels elle réagira nécessairement de façon catastrophique, aggravant encore les circonstances.

La première des question est d’ailleurs de savoir combien de temps elle durera, c’est-à-dire combien de temps Biden pourra tenir sa place, s’il parviendra à aller jusqu’à la fin de son unique mandat, – “unique” puisqu’il a annoncé/promis qu’il ne serait qu’un « président de transition » selon ses propres termes, donc qu’il ne se représenterait pas en tout état de cause.

Il est d’ailleurs remarquable de voir avec quelle dextérité, quelle maestria, tous les acteurs de cette folle transition, y compris les adversaires de Biden, ont oublié ces trois derniers mois ce qui avait été un des aspects de la chronique critique de la campagne électorale. Plus un mot des maladresses de Biden, de son allure inquiétante, de ses difficultés de langage, de comportement, etc., étayant les hypothèses de l’apparition d’une grave maladie, ou bien d’un désordre malade, ou encore des premières marques d’une démence sénile. La facilité d’oubli de l’un ou l’autre des très nombreux facteurs objectifs de fragilité et de vulnérabilité de cette situation, d’ailleurs oubli non pas manipulé mais dû au rythme des événements activés d’une manière extraordinaire par la communication, est un caractère absolument écrasant de ces temps des Derniers Temps.

Effectivement, Greenwald en dit fort peu sur le phénomène de la communication. Il commence pourtant l’émission en donnant une synthèse rapide de l’élimination du réseau Parler.com par les GAFAM, résumant le formidable article qu’il a rédigé sur les conditions et les manœuvres de cette élimination. Mais il ne tire pas les enseignements fondamentaux de cette affaire, qui se trouvent exprimés selon nous dans ce que nous avons désigné comme « La guerre civile communicationnelle », qui vient d’arriver à maturité, qui ne se marque pas du tout par un monopole verrouillé des GAFAM mais au contraire par une mise en cause de ce monopole par de nouveaux acteurs, avec la bagarre impliquée.

Parler.com a été liquidé parce qu’il avait abordé la question au nom de la seule liberté d’expression, c’est-à-dire en stricte neutralité politique, et n’avait pris aucune disposition défensive de combat sérieuse. Dans le chef des GAFAM, qui ne reculent devant rien, son sort était scellé. Les nouveaux acteurs qui surgissent ou s’imposent, comme Gab.com, sont construits sur une posture de combat, cuirassés, établissant une autonomie agressive même dans l’idée de la défense contre les attaques des GAFAM. C’est là l’essentiel qu’il faut savoir, c’est-à-dire non pas l’affirmation d’un monopole mais bien l’engagement de cette « guerre civile communicationnelle » qui est une révolte contre ce monopole.

Greenwald ne voit pas les choses de cette façon parce qu’il reste un homme de gauche et qu’il devrait, au cas où il accepterait cette analyse, se tourner vers des domaines de la droite conservatrice, et même, et surtout de la droite populiste dure (Gab). On comprend que cela ne lui plaise pas, alors que cela nous est complètement indifférent parce que nous épousons l’action de tous ceux qui agissent de facto contre le système ; ainsi sommes-nous alliés de Greenwald comme de Gab, mais en estimant qu’en l’occurrence Gab est plus cohérent que Greenwald, qu’il a une vision qui le met beaucoup plus proche de la vérité-de-situation.

Nous dirions la même chose de ce climat de terreur que nous relevons un peu partout, et dont Greenwald ne dit rien, et par conséquent de la pression anarcho-révolutionnaire que les folies du wokenisme font peser sur la situation générale (et sur le sort de l’administration ‘Obiden’). Et nous irions alors plus loin, là encore sur un territoire qui ne paraît pas essentiel à Greenwald, qui est celui de la pandémie Covid, ses effets sociaux, psychologiques et politiques, le climat terrifiant (terreur là aussi) qu’elle installe d’une façon générale, climat de ‘fin des Derniers Temps’, énorme hypothèque suspendue au-dessus de nos têtes jusqu’à les écraser, comme une prémonition des catastrophes fondamentales, – mais “catastrophes fondamentales” pour la modernité, pour le Système qui l’opérationnalise et ainsi de suite... Là encore, bien entendu, nous sentirions éventuellement que Greenwald n’est pas très à l’aise.

C’est faire tant de réserves ! Pourtant, non et tant pis. Greenwald est un fier combattant, un homme qui ne manque ni de courage ni de ténacité. Malgré notre profond désaccord sur tant de choses essentielles, il est à nos côtés et nous sommes à son côté. Donc, écoutons-le avec cette arrière-pensée dans notre pensée tout court, en remarquant d’ailleurs que Hedges (qui anime l’émission On Contact) et lui sont tous deux des hommes de cette gauche intransigeante dans son opposition à l’impérialisme et au militarisme, anti-Bush et anti-Obama à cause des aventures militaristes. Ces deux orphelins d’une gauche qui n’existe plus à un point tel qu’on se demande si elle existât jamais, ont trouvé dans le réseau RT.com, chez les Russes, haïs par la gauche-Biden et la gauche-ultra, des moyens d’encore s’exprimer pour une large audience.

Nous n’avons pas fini de décompter, d’identifier, de désosser toutes les contrefactions, les déséquilibres, les analyses boiteuses des étiquettes de notre passé nostalgique, dans la tempête de folie de l’époque de la Fin des Temps (des Temps modernistes, s’entend). Dans ce cadre agité et improbable, voici un résumé de l’intervention de Greenwald interrogé par Hedges, sur RT.com le 17 janvier 2021.

dedefensa.org

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Désespoir, dépression et Trump 2.0

L'Amérique, dit Joe Biden, « est de retour». Au-delà des slogans, le journaliste Glenn Greenwald estime que cela signifie « militarisme, impérialisme et corporatisme », a-t-il déclaré à Chris Hedges de RT.com.

Glenn Greenwald est un avocat qui s’est tourné vers le journalisme en 2005 pour protester contre la suppression des libertés civiles des Américains dans le cadre de la “guerre contre le terrorisme” menée par Bush et Cheney. Greenwald a acquis une renommée internationale en révélant et en conduisant l’affaire Edward Snowden, lanceur d’alerte de la NSA, en 2013. Il a ensuite cofondé Intercept, mais a quitté ce média en octobre, après avoir déclaré que les rédacteurs en chef avaient annulé sa couverture du candidat démocrate à la présidence Joe Biden.

« Je ne pense pas qu’il soit particulièrement difficile... de savoir à quoi s’attendre de l’administration Biden », a déclaré dimanche Greenwald à Chris Hedges, animateur de l’émission On Contact, sur RT.com. Biden, a poursuivi Greenwald, a mené une carrière de cinq décennies à Washington et a fait connaître ses priorités politiques au cours de ces années.

Biden est « quelqu’un qui a soutenu à plusieurs reprises le militarisme et l’impérialisme » et « l’un des principaux défenseurs de l'invasion de l’Irak », a-t-il déclaré. Sur le plan intérieur, Biden est « un fidèle serviteur de l’industrie des cartes de crédit et des banques » et « l’architecte du projet de loi sur la criminalité de 1994 », – cette loi ayant été mise en cause directement pour avoir considérablement augmenté le taux d’incarcération des Africains-Américains aux États-Unis.

Le fait que les gauchistes impliqués dans les manifestations de Black Lives Matter se soient ralliés à Biden, étant donné son implication dans l’adoption du projet de loi sur la criminalité (il était l'un des 61 sénateurs qui ont voté pour) est « ironique », a déclaré Greenwald à Hedges, mais sert également d’illustration du fonctionnement du parti démocrate.

« Les démocrates sont très bons pour fabriquer une narrative radicalement différente de la réalité ; la vérité est que ce parti est pour l’essentiel au service du militarisme, de l’impérialisme et du corporatisme », a-t-il dit. « C’est ce qui les finance, c'est ce en quoi ils croient. C'est pourquoi vous voyez les néoconservateurs revenir si facilement au Parti démocrate, pourquoi vous voyez les agents de Bush et de Cheney encourager Joe Biden, pourquoi Wall Street a célébré le choix de Kamala Harris. »

La campagne de Joe Biden n'a pas seulement bénéficié du soutien de la gauche, – que Joe Biden a ensuite rejetée en remplissant son cabinet d'anciens de l'administration Obama tout en faisant la sourde oreille aux progressistes comme Bernie Sanders. L’ancien vice-président a également été soutenu par des faucons républicains comme Bill Kristol et Max Boot, ainsi que par les républicains du ‘Lincoln Project’, qui ont collecté et dépensé $67 millions pour réaliser des publicités d’attaque contre Trump à l’approche des élections de novembre.

Le ralliement de l'establishment, – tant démocrate que républicain, – derrière Biden pourrait avoir des conséquences de grande envergure, a averti Greenwald.

« Ce n’est pas une coïncidence si, après huit ans d'Obama et de Biden, nous avons eu Donald Trump », a-t-il déclaré. « Il est évident que si vous décidez de de faire exactement la même chose que ce que l’administration ‘Obiden’ a fait pendant 8 ans, ce qui est l’intention de Biden, toute personne rationnelle dira qu’il faut s'attendre à obtenir les mêmes résultats. ».

La classe moyenne américaine, a prédit Greenwald, « continuera à être détruite », tandis que les entreprises « qui n’ont aucune allégeance aux Etats-Unis » continueront à externaliser des emplois. « Les communautés continueront à être ravagées par les crises du chômage, la toxicomanie, le suicide, la dépression, toutes les choses qui dominent les petites villes américaines. »

Après que Hedges ait défini l’administration Biden comme « un troisième mandat de l'administration Obama », Greenwald a averti que Biden pourrait préparer le terrain pour qu’une « version plus intelligente et plus stable » de Trump prenne le pouvoir.

Les Américains à la recherche d’une couverture journalistique en profondeur de l’administration Biden seront probablement désavantagés. Quatre années de Donald Trump ont donné naissance à des journalistes de gauche qui encouragent la censure des conservateurs et la ‘déplatformation’ des voix « dangereuses », estime Greenwald.

La gauche, dit-il, ne s’oppose guère à Biden parce qu’elle « a adhéré à la narrative impérative selon laquelle il n’y a qu’une alternative avec ses deux termes : s’unir derrière le parti démocrate et combattre le fascisme et Hitler, ou succomber au fascisme ».

RT.com

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