Notes sur la résistance de la marmotte

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Notes sur la résistance de la marmotte

• Cette fois, notre appel à la résistance face à l’offensive du Diable sur nos terres brûlées où s’installe la Terreur, en se référant aux stratèges de la chose, aura des allures fort proches de la nature : hibernation recommandée, selon un des plus vieux trucs concernant ceux qui peuvent difficilement survivre aux rigueurs de la tempête. • L’idée est de Steve Bannon, un temps acclamé comme le GrandStratège (le Mao Zedong) de Trump et des populistes du monde entier, – ou encore une sorte de De Gaulle de la contre-modernité ? • Il s’agit d’un détail mettant par contraste en évidence la difficulté d’appréhender la vérité-de-situation dans tous ses détails de la poursuite d’une séquence extraordinaire. • Notre appréciation est que la très-probable chute de Trump ne constitue nullement la fin du jeu, mais l’ouverture d’une nouvelle phase. • On y envisage d’une part une véritable ‘guerre civile communicationnelle’, où l’essentiel se jouera dans l’affrontement des réseaux sociaux. • D’autre part, il est plus que jamais question de la radicalisation extrémiste des démocrates : Biden-Kerenski tenté par le rôle de Biden-Lénine.

La Résistance et l’Appel-6/18 : Courage, hibernons !

Au moins, Steve Bannon a choisi la bonne recette de la nature du monde contre le réflexe humain bien christianisé du “Quand tu prends une claque, tu tends l’autre joue !”. Au lieu du “Mettez la tête dans le sable et attendez que les choses se fassent”, que la Nature du monde ne recommande guère parce que la tête enfouie dans le sable ne permet guère de respirer, Bannon, subitement écolo-naturiste, nous recommande une recette vieille comme la nature du monde (marmotte, ours costaud, etc.) : hibernez, hibernez ! en attendant que les choses se passent, se fassent et se tassent.

Ainsi avons-nous atteint la substance de la Résistance, avec son appel-6/18 (cela claque mieux que “l’Appel du 18-juin”). Bannon recommande comme plat de résistance de la Résistance : “Ne faites plus rien, respirez, mangez et puis c’est tout”. On peut aller jusqu’à la marmotte qui, elle, déconnecte tout pour l’hibernation ; et, attention quand elle se réveille, justement, elle peut être très en colère, tant qu’on parle du “cri de la marmotte”.

Bref, et pour être édifiés, lisez ces quelques lignes sur les consignes révolutionnaires du GrandStratège Bannon, qui se transforme en un Gandhi-hivernant, un Gandhi qui ne doit surtout pas aller dans la rue pour résister non-violent. On trouve ici l’état d’esprit et de caractère absolument pathétique de certains prétendus-leaders de la Résistance qui s’étaient auto-regroupés comme les maréchaux d’Empire autour du grand Napoléon-le-petit (Trump lui, au moins, est de grande taille) :

« L'ancien conseiller du président Donald Trump, Steve Bannon, a appelé mardi les partisans du président à suspendre leurs dépenses dans un contexte de répression des conservateurs [par les GAFAM, Wall Street, la presseSystème].
» Bannon à la fin de son “‘War Room’ : Pandémie”, a lancé l'idée d'un “jeûne commercial” pour le monde des MAGA-Trump (‘Make America Great Again’).
» “Vous devez évidemment acheter de la nourriture, vous devez acheter des produits de première nécessité, mais il est temps de comprendre, – vos votes comptent, mais vos dollars comptent encore plus. Et il y a deux façons d'utiliser les dollars : les impôts, – n’allons pas encore là, passons aux dépenses commerciales. Tout le monde de MAGA va s'asseoir là et nous allons hiberner. Il n'est pas nécessaire d'acheter quoi que ce soit pour l'instant en dehors des produits de première nécessité”, a déclaré Bannon. »

Comme la corde soutient le pendu consentant

Il y a eu depuis 2016 bien des raisons de se garder de Jared Kushner, gendre de Trump, lié par sa famille et ses activités au crime organisé et à Israël. Le choix par Trump de Kushner comme conseiller spécial est un cas parmi mille autres de l’extraordinaire aveuglement et de la naïveté grossière du président dans la constitution de son équipe politique. Kushner a donc constamment favorisé ses propres intérêts et d’autant déformé et vicié ce qui aurait pu être l’action de Trump en fonction des outils dont il disposait. Une des dernières trahisons de Kushner est d’avoir convaincu Trump, interdit de Twitter et de tous les autres réseaux sociaux du gang-GAFAM, de ne se tourner vers aucun des réseaux alternatifs en croissance exponentielle, où s’opère le regroupement de tous ses soutiens.

C’était notamment le cas de Gab.com qui espérait bien, comme on l’a lu avant-hier, accueillir Trump parmi ses utilisateurs. Un texte de The Hill concernant les manœuvres de Kushner et la décision de Trump de ne rien faire, et d’accepter de ne plus avoir de moyen de regrouper ses partisans, est confirmé par Torba (CEO de Gab) lui-même, dans son tweet où il signale la source : « Je peux confirmer cette information. » Cela donne notamment ceci :

« Jared Kushner a détourné [Trump] de l’idée de rejoindre les plateformes des réseaux alternatifs Parler et Gab après avoir été interdit de Twitter, selon un rapport de CNN.
» Kushner et le chef de cabinet adjoint Dan Scavino se seraient opposés à d’autres aides, comme le chef du personnel Johnny McEntee, pour que Trump ne rejoigne pas d’autres plateformes de médias sociaux, a déclaré un conseiller extérieur et un fonctionnaire de l’administration à CNN.
» Trump a maintenant été banni de la plupart des grandes plateformes de médias sociaux. [...] [Il] a tenté d’utiliser le compte Twitter @POTUS vendredi après son interdiction pour annoncer qu’il allait créer sa propre plateforme de médias sociaux avant que Twitter ne supprime rapidement le tweet.
» D’autres responsables de Trump ont essayé de donner leur compte Twitter à Trump. Son directeur numérique, Gary Coby, a changé son nom en Donald Trump et a tweeté qu'il donnerait à Scavino le mot de passe du compte. Twitter a suspendu le compte de Coby cinq minutes après le tweet. »

Pour nous ce rangement de Trump à l'avis d'un personnage tel que Kushner, son inacapacité de comprendre l'importance de rester un noeud central de la communication dans les réseaux sociaux, sont à la fois une marque de son incompréhension de l'enjeu stratégique d'une arme de communcation dont il sut faire un si bel usage tactique, et le signe principal de ce qui nous semble être, en plus de sa défaite, sa capitulation peu glorieuse dans cet épisode.

• Comme autre exemple de trahison , d’une approche différente, il y a le cas du sénateur Lindsey Graham. Il fut, dans tous cas sur le plan de la crise intérieure qui a supplanté toutes les autres dès 2018, le principal soutien de Trump parmi les républicains du Sénat. Graham a lâché Trump peu après 6/01 et l’‘attaque’ du Capitole, notamment ou plutôt essentiellement sous les pressions des démocrates et de la direction républicaine. Mais Graham, incertain, varie également. Une semaine après 6/01, il s’élève contre la procédure de la seconde mise en accusation de la Chambre.

(A propos : elle a été effectivement votée avant-hier, dans la confusion et l’inconstitutionnalité les plus probables, sans aucune procédure d’instruction du dossier, une ‘Snap Impeachment’ comme l’appelle Jonathan Turley qui soulève des objections essentielles ; mais ce vote d’hier, dans le climat d’aujourd’hui, ne mérite en effet qu’un “à propos”.)

Pour ce qui concerne Graham : « Le sénateur Graham a déclaré mercredi que le processus de destitution du président Donald Trump une semaine avant qu’il ne quitte ses fonctions est d’une légalité douteuse et divisera encore plus la nation.
» “Le processus utilisé à la Chambre pour mettre en accusation le président Trump est un affront à tout concept de procédure régulière et divisera encore plus le pays”, a-t-il écrit sur Twitter.
» “La procédure de destitution de la Chambre cherche à légitimer une mise en accusation instantanée totalement dépourvue de procédure régulière”, a-t-il ajouté. “Pas d’audiences. Pas de témoins. C'est un processus précipité qui, avec le temps, deviendra une menace pour les futurs présidents”. »

Le pestiféré de l’establishment

Ce qui est remarquable dans ce cas du sénateur Graham, comme dans nombre de cas des ‘alliés’ de Trump, c’est l’absence totale de référence au président en tant que personne, à son sort personnel, à sa responsabilité et à sa culpabilité, et ainsi de suite. Tous les liens avec Trump de ceux qui furent de son parti sont coupés au profit d’arguments institutionnels qui constituent un abri protecteur d’une vertu partagée par les ennemis de Trump et ses soutiens revenus à la ‘normalité’ ; Trump est passé, à la trappe, dans la catégorie des pestiférés de l’establishment washingtonien recomposé, c’est-à-dire plus dans le Système dans sa complétude parfois traversée de contradictions et d’affrontements que dans le DeepState. Tout son comportement actuel, apaisant, ‘unificateur’, presque bipartisan, représente une capitulation ‘réaliste’, – certains diront tactique, pour lui ménager une porte de sortie, – devant l’establishment, et par conséquent un abandon progressif de sa position de pseudo-populiste. Les foules des Deplorables mettront un certain temps à s’en apercevoir, et abandonneront peu à peu leurs positions de zélotes, ou bien, si son sort devient peu enviables (par exemple s’il est condamné par un tribunal dans un contexte où le pouvoir judiciaire est complètement sous l’influence du wokenisme dans son sens le plus large), en feront un martyr malgré lui qui aura encore son utilité comme poster du type-Che (Guevara).

La principale force de résistance à attendre, c’est une résistance du type-GJ (Gilets-Jaunes) à haute technologie, trouvant des structures pouvant devenir des structures de résistance, comme le réseau Gab dont on a parlé plus haut. Andrew Torba (le CEO de Gab) devra manger son chapeau, c’est-à-dire son adoration pour Trump, notamment en découvrant que le-dit Trump n’a rien à voir avec Jésus-Christ. Par contre, le caractère radical et ‘djihadiste’-chrétien (on parle en termes symboliques) de Torba est, dans ce cas, un avantage ; non pas pour qu’il devienne un leader, mais pour qu’il donne à la Résistance une allure de croisade contre la corruption hérétique et hypocrite de Washington D.C., comme Jésus dénonçait les Pharisiens...

(Concernant Gab qui commence à bien tourner en gérant l’afflux considérable de nouvelles inscriptions, il faut lire l’article de Tom Luongo, qui est un expert du commentaire libertarien, qui suit ce site depuis quelques années et qui donne une appréciation claire sur la façon dont ce site a résisté aux attaques des GAFAM. Luongo voit un sacré coup de fouet en retour pour la sortie des GAFAM s’exposant en censeurs universels.)

Il nous semble en effet que la Résistance, si une telle résistance gagne le droit à un ‘R’ majuscule et se révèle effectivement comme la dynamique antiSystème centrale, n’aura pas besoin de leader parce qu’elle constitue nécessairement un mouvement centrifuge, contre le centre washingtonien. Dans ce cas, on retrouve la tendance des États-Unis à l’éclatement, ou dit autrement, l’épouvantail épouvantable de la sécession qui se concrétiserait. Les autorités sur place, même corrompues et alors ‘réalistes’, font l’affaire. On voit par exemple l’exécutif de Floride convié à prendre des mesures de restriction/d’annulation des contacts économiques avec les GAFAM (question étudiée lors d’une réunion, le 27 janvier) à la suite d’une sortie furieuse d’un député de l’État, mardi, le député Randy Fine, suggestion qui semble séduire le gouverneur de Floride :

« Ce matin, j’ai demandé au Gouverneur et à son cabinet de désinvestir les fonds de notre État des sociétés Amazon, Twitter, Apple, Google et Facebook. Puisqu’elles s’arrogent le droit de décider avec qui elles peuvent travailler, nous devons faire de même. »

... Et le Texas semble envisager de suivre le même chemin, toutes ces démarches faisant bien peu de cas, – c'est une habitude nouvelle qui s'est imposée ces trois derniers mois, – de la politique ‘nationale’ de Washington D.C..

Extension accélérée du domaine de la Terreur

D’autre part et pour parler du nouveau pouvoir qui se met en place, on peut se demander si l’establishment est l’establishment , en d’autres termes si l’élimination de Trump annonce un “retour à la normale”, à la situation pré-trumpiste. On peut très largement en douter, et nous en doutons complètement. Il y a à cet égard un parallèle qui en dit long sur l’intimité des deux crises, leur caractères complémentaires : la situation washingtonienne duplique la situation de la crise Covid19 en ce sens qu’il n’y aura dans aucun des deux cas “retour à la normale” ; et ce n’est, pour nous, nullement une affirmation de la victoire du Système, mais au contraire une défaite de plus pour lui (est-ce l’ultime ou pas encore ? On verra), avec la nécessité d’un enfermement, d’une mise à nu de son vraie visage, à la fois dictatorial, concentrationnaire, et terroriste en référence à la Terreur de la Révolution française qui a introduit le terme “terroriste” dans notre langage politique.

Effectivement, à Washington la combinaison ‘la terreur conduite par la haine’ a remplacé la classique combinaison de l’establishment ‘la haine tempérée par le compromis’. La corruption, qui est le véritable oxygène du Système.de l’establishment, répond désormais aux choix catégoriques (terroristes) de la terreur plus qu’au verrouillage agréable des acteurs des compromis.

La terreur est aujourd’hui administrée comme l’on diffuse un médicament (une drogue, si vous voulez) sous perfusion à un malade vilainement touché, sur un lit d’hôpital. La narrative de la menace fasciste d’extrême-droite est bien sûr plus forte que jamais, à partir de la narrative croquignolesque et abracadabrantesque de l’‘attaque’ du Capitole décrite comme l’attaque de la Bastille, sinon du Palais d’Hiver. Pas de meilleur exemple à cet égard que l’entame d’un texte de WSWS.org que nous considérions ces dernières années comme sérieux, et qui est totalement tombé dans le délire du déterminisme-narrativiste (les aventures d’un trotskisme postmoderne avec  toutes les références d’il y a un siècle, au Pays des Merveilles de la terreur américaniste postmoderne, – amusante parabole d’Alice in Wonderland)

Donc, ces extraits du texte du 13 janvier 2021, sous le titre « Menaces croissantes de violence fasciste alors que les démocrates appellent à “l’unité” et à l’“apaisement” », – WSWS.org résume bien, et bien involontairement, toutes les hantises trotskistes pour additionner les diverses menaces contre le genre humain et la démocratie socialiste qui s’empilent : Trump, les républicains, Biden et les démocrates, l’armée, les fascismes divers de tous, etc... La seule chose incontestable dans ce texte est sans nul doute le « niveau extrême d’instabilité et de conflit au sein même de l'appareil d'État ».

« Une semaine avant le jour de l’inauguration, les menaces de violence fasciste d'extrême droite se multiplient, alors même que les agences de renseignement militaire et le parti républicain dissimulent des informations critiques au public concernant la tentative de coup d'État du 6 janvier.
» Il existe un niveau extrême d’instabilité et de conflit au sein même de l'appareil d'État. Hier après-midi, l'état-major interarmées a publié une note de service à l’échelle de l'armée indiquant que la position des militaires était que Biden avait été élu. Ce remarquable mémo, sans précédent dans l'histoire américaine, indique que le pouvoir militaire n'est pas sûr de pouvoir contrôler ses propres forces.
» Le mémo indique que les militaires doivent “soutenir et défendre la Constitution”. Tout acte visant à perturber le processus constitutionnel est “non seulement contraire à nos traditions, à nos valeurs et à notre serment, mais aussi à la loi”. L'année dernière, une enquête militaire a révélé qu'un tiers des militaires avaient été personnellement témoins d'activités fascistes au sein des forces armées. [...]
» Hier, Donald Trump a prononcé ce qui ne peut être interprété que comme des menaces de violence contre ses adversaires politiques. S'adressant aux journalistes de la Maison Blanche avant de partir pour un rassemblement au Texas, Trump a qualifié son discours de mercredi, instigateur de la tentative de coup d'État, de “tout à fait approprié” et a averti que le vote de destitution prévu mercredi “causait un énorme danger pour notre pays et une énorme colère”. Comme un mafieux s’adressant à ses victimes, il a ajouté : “Je ne veux pas de violence”.
» Au Texas, Trump s’est exprimé à proximité du mur de la frontière militarisée entre les États-Unis et le Mexique, sur une plate-forme recouverte d'un filet de camouflage de combat. Il a déclaré que "le 25e amendement ne présente aucun risque pour moi, mais il reviendra hanter Joe Biden et l’administration Biden. Il faut faire attention à ce que l’on souhaite vraiment.
» Dans le même temps, Trump, conscient de sa position s'il n'est pas en fonction après le jour de l'investiture, a fait écho aux appels d'autres républicains à la “guérison”. Il a dénoncé les tentatives du Congrès de le mettre en accusation, en disant : “Le temps est venu pour notre nation de guérir”.
» L'appel à la “guérison” et à la “paix et au calme” est parallèle aux déclarations des responsables du Parti démocrate, dirigé par Biden. Biden a demandé au Congrès de s’abstenir de toute audience de mise en accusation, – et par conséquent de toute enquête sur les événements du 6 janvier, – afin que son administration puisse occuper des postes au sein du cabinet de la sécurité nationale et relancer la dynamique de la politique étrangère impérialiste américaine.
» Le New York Times a rapporté hier que “l’équipe de transition espère persuader les républicains du Sénat de l’aider à confirmer rapidement ses principaux candidats à la sécurité nationale dans le but de les faire confirmer le jour de l'inauguration, mercredi prochain”. »

Anatomie de la terreur en développement

On comprend bien l’analyse à la fois terrorisée et terroriste des trotskistes. Lorsque Trump déclare «  Le temps est venu pour notre nation de guérir », il faut entendre en fait une dénonciation furieuse et agressive des « tentatives du Congrès de le mettre en accusation ». Tout est lu à travers une interprétation des actes illégaux classiques, de l’ancien temps (actes fascistes ou révolutionnaires). C’est une démarche qui caractérise également nombre d’antiSystème, décrivant également les événements en termes anciens (actes politiques violents du XIXème et première moitié du XXème  siècle). On a déjà vu, avec notre description plus haut de l’évolution de Trump, que ce n’est  évidemment pas la nôtre, en aucun cas.

Ce qui nous frappe, c’est l’extrême rapidité d’installation du climat de terreur, non pas terreur physique (guillotine) mais terreur psychologique et bureaucratique, et par-dessus tout cela terreur communicationnelle. Cela nous frappe mais cela ne devrait pas nous étonner de la part de l’“empire de la communication” que sont les USA, qui ont fait de la “fabrique du consentement” le fondement même de leur système éducatif, de leur morale et de leur mythologie ; simplement, jusqu’ici et mis à part des épisodes paroxystiques bien déterminés et contrôlés, il s’agissait d’une terreur communicationnelle ultra-douce, ‘hyper-soft’, et si bien tournée grâce au fonctionnement parfait du simulacre qu’elle était effectivement légitimée par le consentement.

Aujourd’hui, c’est tout à fait différent. La terreur est palpable lorsque, par exemple, des personnes éparses ayant spontanément hué dans deux occasions différentes, dans des aéroports au moment de l’embarquement à bord de vols réguliers, les sénateurs Romney et Graham, jugés traîtres à Trump, se retrouvent identifiées et placées sur la liste noire des “interdits de vol” d’une importante compagnie aérienne US. Ce type de mesure doit se multiplier, accentuant l’état de terreur, mais aussi, par effet de boomerang, l’organisation de la résistance par le moyen des outils informatiques, de l’internet et des sites adéquats. Ce dernier point nous conduit à envisager l’évolution de la situation telle que nous l’envisageons, – selon deux facteurs.

La guerre civile communicationnelle

Le premier facteur rejoint plusieurs remarques déjà faites, pour expliquer notre position inverse à celle qu’expriment divers commentateurs, que ce soit ceux qui sont proches du Système, que ce soit certains dans l’antiSystème. On a déjà le fondement de notre proposition avec la remarque, plus haut, à propos du commentaire de WSWS.org : “Tout est lu à travers une interprétation des actes illégaux classiques, de l’ancien temps (actes fascistes ou révolutionnaires). C’est une démarche qui caractérise également nombre d’antiSystème...”.

Ce dernier point peut être rencontré, par exemple, justement dans un texte d’un antiSystème, Nabojsa Malic sur RT.com : « La deuxième guerre civile US a d’ores et déjà eu lieu et remporté, transformant la République en ‘Notre Démocratie’ » On comprend qu’il s’agit de dire que l’événement (?) 6/01 et la ‘défaite’ de Trump constituent la fin de la Guerre Civile 2.0, la victoire des démocrates, et tout ce qui va avec. Notre analyse est différente.

La ‘Guerre Civile 2.0’ ou tout autre conflit du genre est en cours, et cela ne se livre ni dans des actes de simili-émeutiers éventuellement pseudo-armés, ni sur les travées du Congrès, etc. Ce conflit se livre au niveau de la communication, et il est à la fois opérationnalisé et symbolisé pour nous par la bataille entre les GAFAM et ceux qui se lèvent contre eux. Justement, le trajet de Gab.com nous intéresse, comme on s’en est aperçu ; et l’on mesure bien combien celui qui conduit ce site est conscient de l’enjeu politique, et dans quel sens précisément ; lorsque Andrew Torba précise qu’il est d’origine polonaise, qu’il a pris contact avec les autorités polonaises dont il appuie à fond l’orientation de référence à la tradition, au niveau des mœurs et de la culture au sens le plus large. (Torba semble d’ailleurs avoir un accord avec le gouvernement polonais, pour la protection de sa diffusion, tandis que ce même gouvernement a très fortement critiqué l’attitude de Twitter et pourrait envisager de prendre des mesures contre ce réseau.)

(On comprendra que ces remarques, qui nous font apprécier cette orientation vers des conceptions traditionnelles, ne nous empêchent nullement de juger complètement stupide et faussaire la politique de la Pologne vis-à-vis de la Russie et son attachement à l’OTAN et à l’impérialisme US. Mais il s’agit d’un tout autre débat, ces dernières mesures relevant d’un autre temps et n’ayant guère d’influence sur la guerre communicationnelle en cours à l’intérieur de la Grande Crise. Au reste, le départ de Trump pourrait faire évoluer les Polonais.)

Ce que nous voulons développer comme hypothèse, c’est l’importance quasi-exclusive de cette guerre communicationnelle, en effets d’influence, en effets de création de simulacres et de fausses situations, ou au contraire de rétablissement de vérités-de-situation. C’est par ce canal qu’évolue aujourd’hui un véritable conflit, c’est-à-dire l’affrontement fondamental de la Grande Crise, faisant évoluer à son tour les psychologies, parfois (souvent) d’une façon inconsciente, ce qui explique combien nombre d’événements peuvent déboucher d’une façon inattendue et imprévisible.

Par exemple, la décision de Twitter et du reste de la bande de bannir Trump “à vie” constitue une victoire du Système (mais “une bataille gagnée, pas la guerre”) dont les répercussions ont été à notre sens considérables. A partir de ce moment, Trump a été perdu, comme isolé, en déroute, perdant à tous les coups ; influence de la psychologie, donc du jugement, créant une pseudo-réalité (qui est d’ailleurs une vérité-de-situation, puisque Trump a perdu cette bataille, et sans doute beaucoup à cause de Twitter). Dans l’autre sens, il n’est que de lire les tweets (!) qui s’affiche en avalanche sur Gab depuis que le site a maîtrisé l’énorme afflux qu’il connaît depuis une semaine, pour mesurer l’état d’esprit de relèvement, de riposte et de résistance qu’il suscite.

C’est là qu’est le conflit, la “guerre civile communicationnelle”, sorte de G4G dont on pourrait dire qu’elle devient G5G par les outils employés, mis au service d’une cause qui est elle-même une génération nouvelle de guerre (“Guerre de la 5ème Génération”). Nous avions déjà identifié le phénomène, que nous définissions de cette façon le 10 octobre 2020 en parlant effectivement de la crise US, et en envisageant ici ce qui serait le fondement de cette G5G (le passage du champ historique  au champ métaphysique) dont les puissances communicationnelles seraient les outils, les ‘armes’ principales :

« Par ailleurs, et aussitôt après le texte référencé sur le G5G, nous tentions de donner une approche plus conceptuelle et plus décisive de ce ‘néo-concept’ accouché de la G4G : “Ce qui fait le principal caractère qui apparente le G5G à la G4G, et qui donne à cette nouvelle forme d’affrontement une actualité et une légitimité exceptionnelles, c’est que son action porte finalement, au bout de la chaîne des effets & conséquences, sur des principes qu’il s’agit de rétablir ou de renforcer. En quelque sorte, il s’agit de la véritable ‘Grande Stratégie’ des deux conflits, effectivement ‘stratégie sublime’ à un point où l’adjectif prend le pas sur le sujet, où ce qui importe avant tout c’est la sublimité de la démarche, qui fait passer cette démarche du champ historique au champ métahistorique. En quelque sorte, le G5G, enfantée par la G4G, l’est en haussant décisivement son champ d’action et, par-là même, élève également la G4G dans ce même champ. »

Biden-Kerenski serait-il Biden-Lénine ?

Le second facteur, qui conclut cette analyse de la situation, est ce qui nous paraît être l’enseignement politique classique le plus important jusqu’ici : l’accélération de la radicalisation des démocrates avec la victoire sur Trump. Nous avons déjà largement examiné l’option dite ‘Biden-Kerenski’. Tout convie à la suivre dans la logique d’une éventuelle prospective, y compris le ‘gauchissement’ constant de ceux qu’on pouvait considérer comme des démocrates ‘modérés’, y compris Biden lui-même et l’incroyable radicalisation de Pelosi. Ce dernier point est particulièrement important, dans la mesure où Pelosi dispose, d’une certaine façon, de plus de pouvoir que Biden lui-même, et qu’elle est à la tête de toutes les décisions radicales envisagées ou en cours d’examen. Pour mesurer le chemin parcouru, on citera ces observations d’il y a deux ans (janvier 2019) :

« Nancy Pelosi, vénérable-presque octogénaire, a été reconduite au siège de Speaker qu’elle occupait jusqu’en 2016. Dès ce premier jour de son élection, on a pu voir les limites de son pouvoir et combien elle risquait de devenir l’otage de son groupe plutôt que son inspiratrice. Alors qu’elle prêchait depuis plusieurs semaines une certaine retenue, avec une attitude de compromis avec Trump sur certaines questions, elle a au contraire été obligée de s’aligner sur cette agitation en s’agitant elle-même énormément pour éviter d’apparaître dépassée par ses jeunes troupes extrêmement activistes... Le contraste est saisissant entre le discours inaugural de Pelosi, préparé à l’avance et plutôt d’un ton conciliant, et les actes qu’elle a dû poser sous la pressions de “ses” troupes. »

Il y a ainsi des évolutions psychologiques remarquables, exacerbées par les tensions de la campagne, de l’élection et de ce qui a suivi. Malgré les soupçons de WSWS.org , nous serions tentés de penser que Biden pourrait bien tenter de se faire ‘Biden-Lénine’ plutôt que ‘Biden-Kerenski’, pour tenir plus longtemps, et aussi pour avoir le vertige, si rare à son âge, de l’impression de diriger une importante évolution  politique.

Bien entendu, selon nous la vérité-de-situation est qu’il ne s’agit pour personne de diriger quoi que ce soit. Il existe d’ores et déjà une puissante dynamique en marche, du côté du Système et hors de la capacité de contrôle humaion, pour une radicalisation maximale, passant par diverses mesures arbitraires, le développement jusqu’à l’insupportable Absurdie de tous les éléments fondateurs et les plus extrêmes du wokenisme. Dans la voie d’un simulacre si énorme, qui a fait de l’‘attaque’ du Capitole une sorte de Révolution d’Octobre (peu importe le sens, l’interprétation, etc., de l’évènement, – nous sommes en Absurdie), la radicalisation est une voie aussi évidente que la respiration. Peut-être sera-t-elle rythmée de ‘chouettes petites interventions extérieures’, qui seraient le miel d’une équipe de sécurité nationale qui pourrait devenir un extrêmement guerrière, avec le recyclage de nombre de membres éminents de l’administration Obama (notamment, quelques ‘Harpies’ guerrières, Susan Rice, Nuland et Powers).

Tout est prêt pour une phase nouvelle de déstabilisation, à la fois des USA, à la fois de ses effets d’influence sur le monde. Dans ce cas poursuivant la tendance, et encore plus désormais puisque le ‘centre’ (les USA) du Système a lui-même tombé le masque sur sa propre crise intérieure, tout est en place pour poursuivre et accélérer plus encore la tendance radicale à la déconstruction. Curieusement, la chute de Trump ne serait pas l’acte de déstabilisation le plus important, mais plutôt la conséquence de l’acte de déstabilisation et de déstructuration fondamental que constitue le retour des démocrates dopés aux stéroïdes wokenistes et marxistes postmodernisés. “Curieusement” mais pas illogiquement, Trump n’étant pas (n’ayant pas été) en lui-même un facteur essentiel de la situation, mais un déclencheur de choses essentielles.