Madoff, Israël, “les copains et les coquins”

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A côté des commentaires divers suscités par la politique à peine extérieure et souvent militarisée d’Israël, il y a, nous l’avons souligné récemment, un aspect très caractéristique de l’évolution d’Israël selon des lignes dont certaines ouvrent la perspective d’un “failed state” ou d’un “Etat-mafieux”. C’est un autre aspect de l’américanisation d’Israël (en plus de celui illustré par l’IDF), puisqu’il s’agit d’une conséquence directe de la globalisation et de l’expansion de l’hyper-libéralisme en vogue jusqu’en septembre 2008.

Dans un article publié le 14 janvier 2009 sur Online Journal, selon des données dont certaines sont reprises de Wayne Madsen Report (la lettre d’information de Madsen), Wayne Madsen évoque des hypothèses concernant des liens éventuels de Bernard Madoff, du scandale à $50 milliards du même nom, avec l'establishment israélien, dans le cadre du rachat d’une banque israélienne en 2005 par un associé de Madoff. Il rappellent d’autres cas de liens entre dirigeants politiques israéliens et financiers US, cette fois dans le cadre d’autres affaires du même type.

«WMR previously reported that Madoff is suspected of transferring much of his ill-gotten gain to Israeli banks, including one, Bank Leumi, that Madoff associate J. Ezra Merkin bought from the Israeli government when Ariel Sharon was prime minister and current Prime Minister Ehud Olmert was finance minister.

»Almost forgotten in the Madoff scandal is another scandal in which Morris “Moshe” Talansky, a New York businessman, admitted that he gave Olmert $150,000 in cash contained in envelopes. The scandal forced Olmert to announce that he was stepping down as prime minister but not before he launched a genocidal attack on Gaza.

»Las Vegas billionaire Sheldon Adelson, who is a major donor to the Republican Party, has also given generously to Likud chief and prime minister-hopeful Binyamin Netanyahu, who hopes to succeed Olmert as prime minister.

»Madoff, Talansky, Merkin, Olmert, Netanyahu, Adelson, one-time top GOP lobbyist Jack Abramoff and his associate Adam Kidan, Rahm Emanuel, and all their comrades in Washington, Tel Aviv, Jerusalem, London, Ottawa, and Paris brings to mind the Hebrew saying “ba’al ha’mea ba’al ha’dea” or “the one with the money calls the shots” or even more telling, “he who has the gold makes the rules.”»

Ces diverses observations soulignent à leur façon un problème qui est en train de se développer, qui implique la direction politique d’Israël, la communauté juive des USA et certains éléments de cette communauté impliqués dans des pratiques douteuses avec la direction politique israélienne.

• Il faut avoir à l’esprit que l’action de Madoff s’est développée notamment, et d’une façon spectaculaire, avec (ou plutôt contre…) la communauté juive US. Comme on l’a vu, la mise à nu du scandale a provoqué un choc d’autant plus grand dans cette communauté que les liens établis par elle avec Madoff, lui-même juif, étaient basés sur une confiance courante dans ces milieux. Madoff est considéré comme un cas très grave d’entorse à ces liens de confiance et de solidarité, qui forment une des structures fondamentales de cette communauté.

• Là-dessus, intervient le facteur israélien. On connaît évidemment les liens entre la communauté juive US et Israël, et aussi les liens financiers, basés évidemment, du moins en apparence et selon des conceptions proclamées de moralité et de solidarité, sur l’idée du soutien communautaire des juifs US à Israël. Il s’agit de ce que les Juifs américains considèrent par excellence comme une “noble cause”. Elle est appuyée, encore plus précisément, sur des liens avec les dirigeants politiques israéliens. On comprend quel serait le choc supplémentaire de ce scandale s’il s’avérait qu’il existe des liens de complicité entre Madoff et ces dirigeants.

• Le cas est intéressant parce que tous les acteurs de cette affaire, et des prolongements potentiels qu’on y trouve, sont juifs, et que, par conséquent, l’aspect polémique que pourraient susciter des soupçons d’antisémitisme est écarté. Reste alors que certaines pratiques éventuellement mises en lumière d’une façon spectaculaire par le cas Madoff pourraient gravement peser sur la perception du comportement des dirigeants israéliens, précisément dans le chef de la communauté juive des USA.

• Cette perspective éventuelle est importante dans la situation présente, essentiellement pour deux raisons, qui naturellement se complètent. D’une part, elle accentuerait le malaise général aux USA vis-à-vis d’Israël; et ce même malaise concernerait encore plus la communauté juive aux USA, dont le rôle est si important dans les liens des USA avec Israël. D’autre part, cette même perspective renforce la perception d’un pays, Israël, où se développerait une dimension de corruption et de “gangstérisation” de la direction politique, à un moment où la situation politique est elle-même très incertaine en raison des polémiques soulevées par l’action d’Israël dans la crise de Gaza. Le discrédit de la direction politique est une chose qui peut être perçue comme accidentelle, l’apparition de structures d’une évolution vers ce qu’on a coutume de désigner comme un “Etat-mafieux” est un autre aspect de type structurel qui recèle une réelle gravité et met en cause la légitimité même du régime.

• Cette éventuelle orientation d’Israël (corruption, “gangstérisation”) est un aspect important à suivre dans l’évolution du pays. Il faut noter qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un aspect différent de l’évolution de la politique extérieure et de sécurité nationale d’Israël, mais d’un aspect complémentaire. Cette politique de sécurité nationale est fortement liée à l’“agenda” des néo-conservateurs US et de l’industrie d’armement US, et ces deux pôles d’activité sont eux-mêmes très habiles dans l’exploitation d’“affaires” diverses, avec les avantages de corruption et de tractations intéressantes qui vont avec (voyez le cas inévitable de Richard Perle), en même temps que dans la promotion d’une politique extérieure et d’une idéologie agressives. Le lien entre les deux (corruption et bellicisme) est beaucoup plus qu’accidentel ou conjoncturel, il est organique et structurel comme la démonstration générale en est faite en permanence sur divers théâtres d’opération, que ce soit avec les diverses manigances au Moyen-Orient, que ce soit dans le cadre de l’activisme neocon en Europe, autour d'un Bruce P. Jackson.


Mis en ligne le 19 janvier 2009 à 17H59

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