Lula et les pendules à l’heure

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Après le sommet de l’UNASUR, des pays de l’Amérique du Sud, à Bariloche, en Argentine, le 28 août (voir notre F&C du 31 août 2009), le président brésilien Lula met bien les choses au point pour ce qui concerne les bases colombiennes que les forces armées US devraient utiliser. Le ton employé par le président brésilien est extrêmement ferme et sans équivoque.

C’est Defense News (AFP) qui nous donne quelques indications sur l’intervention de Lula, ce 31 août 2009.

«The imminent use of seven bases in Colombia by the U.S. military is “a serious problem” that has to be discussed further by South America's leaders, Brazilian President Luiz Inacio Lula da Silva said Aug 31. “The treaty between Colombia and the United States needs to have a legal guarantee allowing any other country that feels threatened to go before international forums,” Lula said in his weekly radio broadcast. […]

»Lula said he wanted the region's fledgling defense council to study the “real border situation of all the countries” and another council on fighting drug trafficking to examine ways the region can tackle the issue itself with U.S. involvement. “We need to take on the responsibility of looking after our noses, looking after our territory, looking after our borders,” he said.»

D’une façon générale, la presse-Pravda/people, pro-américaniste avec distinction et élégance, tend à présenter Lula comme un modéré, par rapport aux “fous” gauchistes infréquentables et pas propres sur eux, type Chavez et Morales. Force est de constater que le “modéré” pourrait donner quelques leçons aux “fous”, en matière d’affirmation politique des pays d’Amérique du Sud, affirmation nécessairement anti-US à cause de l’interventionnisme US. Ce que veut le président brésilien, ce n’est pas moins qu’un cadre juridique extrêmement ferme pour contrôler les bases US éventuelles et, au-delà, pour contrôler le problème général de l’implication US sur le continent. Il s’agit d’une démarche qui n’a guère de précédent et implique une dynamique unificatrice du continent fondée effectivement sur le contrôle des activités US. C’est aussi le signe que le leadership brésilien du continent, qui est la tendance naturelle en raison du poids du pays, se construirait effectivement sur une telle affirmation politique, conduisant à une affirmation politique sud-américaine avec comme principale référence une profonde méfiance officielle à l'encontre des USA, désignés de facto comme principale force d'ingérence et déstabilisante. Peut-être Sarko pourrait-il demander à Lula (le 6 septembre, lorsqu’il se trouvera au Brésil) quelques conseils sur la façon d’affirmer un leadership en Europe; le Brésilien aura de quoi dire.

• On peut constater par ailleurs, avec une autre nouvelle, que la machinerie bureaucratique US apporte toute l’aide nécessaire, par ses extraordinaires maladresses, à un tel mouvement. La nouvelle, c’est l’annonce que la Bolivie (le président Morales) va se tourner vers la Chine ou vers le Brésil pour acquérir des avions de combat pour la lutte antiguérilla.

Toujours dans Defense News (AFP), ce 31 août 2009… «Bolivia is looking to buy six combat aircraft from China or Brazil after the U.S. blocked the sale of Czech planes, Defense Minister Walker San Miguel said in remarks published Aug. 31. “They could be Chinese or they could be Super Tucanos from Brazil, one or the other,” San Miguel was quoted as saying an in interview with the newspaper La Razon.»

La Bolivie voulait acheter six L-159 ALCA, des biplaces légers d’attaque au sol construits en Tchéquie, pour $58 millions. L’administration Obama a bloqué la vente selon la législation ITAR, qui donne aux USA un droit de veto si des composants US sont utilisés dans l’avion. Résultat: Morales se tourne vers la Chine ou le Brésil – le deuxième cas, surtout, serait intéressant, en accélérant l’intégration et le rapprochement de deux pays d’Amérique du Sud au niveau des armements.

Il faut effectivement prendre son temps pour réfléchir à cet Himalaya de stupidité qui marque le comportement de la bureaucratie US. Bloquer cette vente, de systèmes de très basses capacités, est un acte évidemment ressenti partout, notamment en Bolivie mais aussi dans d’autres pays de la région comme le Brésil justement, comme une insupportable pression d’ingérence dans la souveraineté du pays, pour des motifs purement politiques. Elle met en évidence le caractère insupportable des prétentions US, le caractère insupportable de la législation ITAR de plus en plus perçue comme inique, et ainsi de suite… Résultat net : la Bolivie qui achèterait éventuellement brésilien, tous les pays d’Amérique du Sud confortés dans leur hostilité aux USA; les pays producteurs d’armement s’interrogeant un peu plus sur l’avantage d’intégrer des composants US avec cette législation ITAR; la Tchéquie s’interrogeant sur l’avantage de bonnes relations avec les USA pour se voir interdire l’exportation d’un système de si faible capacité et voir peut-être filer la promesse de l’installation de la base BMDE, etc.


Mis en ligne le 1er septembre 2009 à 09H30