L’Irak rechigne

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L’idée d’un très grand traité USA-Irak qui ferait de l’Irak un véritable pays-satellite des USA rencontre en Irak une opposition grandissante. L’article de Patrick Cockburn, qui a mis à jour les conditions de ce traité, paraît avoir déclenché des réactions très violentes. Un article du Times, aujourd’hui, met en évidence la dureté des réactions irakiennes, avec des manifestations et des prises de position très fermes du gouvernement irakien. Pratiquement toutes les dispositions controversées du projet sont mises en cause. Ainsi, les positions du gouvernement irakien sembleraient être de rechercher le maximum de restrictions sur le statut des forces US, leurs déplacements, leurs possibilités d’action.

«Ali al-Dabbagh, the Iraqi government spokesman, said that under the new deal US soldiers should be confined to the larger bases. “We do need the Americans to leave the cities and the streets,” he said. “They have to be there in the back and . . . in their camps. Whenever we ask them they will be ready to support and help.”

»As for private security companies, “they should be subject to Iraqi law”, Mr al-Dabbagh said. The immunity of such firms that work for the military or the British or American embassies triggered outrage last year after security guards employed by Blackwater, the largest private security company in Iraq, were involved in a confrontation that left 17 Iraqi civilians dead.»

Un aspect important est effectivement la liberté que demandent les USA d’intervenir où bon leur semble à partir de leurs bases d’Irak, en Irak et hors d’Irak. Cela a amené une réaction de l’Iran, et un voyage précipité du premier ministre irakien en Iran dans le but d’apaiser ce pays. «Iran has also voiced concern that the deal will enable Washington to use Iraq as a launch pad to conduct attacks in the region. Mr al-Maliki used a weekend trip to Tehran to try to calm the tensions. “We will not allow Iraq to become a platform for harming the security of Iran and [other] neighbours,” he said.»

Tout cela conduit à une réelle tension entre l’Irak et les USA et une inquiétude soudaine des USA, avec GW Bush intervenant personnellement auprès du Premier ministre irakien, à son tour dans un but de conciliation et d’apaisement. «According to a senior Iraqi official, the negotiations between the two allies became so fraught recently that President Bush intervened personally to defuse the situation. On Thursday he telephoned Nouri al-Maliki, the Iraqi Prime Minister, to assure him that Washington was not seeking to undermine Iraq’s sovereignty and that America would reconsider any contentious part of the agreement.»

Cette affaire prend l’allure habituelle dans le cadre américaniste actuel, avec des centres de pouvoir indépendants les uns des autres qui croient toujours à la toute-puissance du système vis-à-vis de l'extérieur, une direction affaiblie et qui accepte les initiatives venues d’autres pouvoirs, et qui, bientôt, se trouve prise dans des polémiques qu’elle ne prévoyait pas et pour lesquelles elle est mal préparée. Nous continuons à penser que le projet de ce traité scandaleusement draconien, est issu de la bureaucratie du Pentagone, qu’il a été approuvé ensuite par la Maison-Blanche sans qu’aucune mesure de ses conséquences politiques ne soit faite. Passée en première ligne, la Maison-Blanche se trouve désormais sur la défensive face aux récriminations irakiennes.

Le résultat pourrait être, est déjà de faire de ce projet de traité un cas polémique important, voire avec des potentialités d’affrontement et de rupture entre Washington et Bagdad. La “marionnette” Maliki, comme la “marionnette” Karzaï dans d’autres circonstances pour l'Afghanistan, est conduite à des positions dures, nationalistes, défenderesses de la souveraineté irakienne. Impossible pour elle de faire autrement, si elle en avait même le désir, à cause des pressions montantes dans le pays, de la position dure de l’Iran et ainsi de suite. Washington continue à agir dans le désordre le plus complet, entérinant des projets d’un autre temps, celui de sa toute-puissance alors que les USA sont dans une position de très grande faiblesse. Le résultat est de susciter des réactions très fermes, y compris chez ceux qui sont censés être complètement “aux ordres”. Comme d’habitude, à ce jeu les USA risquent beaucoup en conduisant, sinon forçant le gouvernement irakien à une position de plus en plus indépendante; un jeu de “tout ou rien” voulu par Washington par simple réflexe d'une puissance dépassée, inconscient de son affaiblissement, où Washington n’a plus la main et peut se trouver devant la perspective de perdre toute sa mise.


Mis en ligne le 9 juin 2008 à 09H49