Les grands espaces métaphysiques

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Les grands espaces métaphysiques

2 septembre 2020 – Il revient à Finkielkraut pour son compte d’avoir constaté, d’avoir fait le constat et dit en quelques mots la nouvelle situation de notre compréhension des événements du monde. Je reviens donc sur mon sujet d’hier tant il me plaît, tant il me paraît inépuisable, tant il me paraît fondamental, tant il rejoint finalement les conceptions, les orientations et la dynamique de ce site, notre-site à vous et à moi. A partir de lui (du sujet d’hier),vous pouvez tout embrasser de cette folle époque marquée sur son avers, ou bien est-ce sur son revers, du signe du maléfice et du démon.

Je poursuis ma réflexion, à partir du constat d’hier rapportant le « constat de Finkielkraut », mais hier sans en mesurer toutes les implications. Le temps, même les heures, fait son œuvre pour la réflexion, et il faut constater qu’il le fait si vite, avec une telle vivacité de vif-argent. Le temps va, c’est la logique même, à la vitesse des événements dont Finkielkraut nous dit qu’il faut en faire une épreuve pour la pensée.

(La citation complète, pour rappel : « Nous ne disposons plus aujourd’hui d’une philosophie de l’histoire pour accueilli les événements, les ranger et les ordonner. Le temps de l’hégéliano-marxisme est derrière nous. Il est donc nécessaire, inévitable de mettre la pensée à l’épreuve de l’événement et la tâche que je m’assigne, ce n’est plus la grande tâche métaphysique de répondre à la question “Qu’est-ce que ?” mais de répondre à la question “Qu’est-ce qu’il se passe ?”... »)

Cette première proposition, après avoir constaté la mort de “l’hégéliano-marxisme”, signifie rien de moins, pour le philosophe, que l’abandon de l’étude studieuse et laborieuses, et le développement des théories philosophiques pour ‘expliquer le monde’, pour choisir plutôt et désormais de se mettre à « son poste de sentinelle à l’affut » et observant avec tous ses sens le déferlement des événements. Je crois bien, également pour apporter un commentaire précisément à son propos, que l’abandon de « la grande tâche métaphysique de répondre à la question “Qu’est-ce que ?”... » pour la question, qui semblerait à première vue plus vulgaire et triviale, du « Qu’est-ce qu’il se passe ? », n’est effectivement nullement un abaissement comme déjà signalé hier. C’est un point si fondamental qu’il doit bouleverser notre manière de pensée et d’appréhender la marche folle du monde.

Au contraire, je disais hier qu’on y rencontrait la métaphysique, dans la rue où l’on se posterait (“la métaphysique descend dans la rue”). J’irais bien plus loin aujourd’hui : on y rencontre, sous une autre façon et sous un aspect différent, « la grande tâche métaphysique de répondre à la question “Qu’est-ce que ?”... ». Les événements en-cours, par leur aspect insaisissable et énigmatique, ; par leur autonomie complète et leur vigoureuse indépendance, par leur vie propre et leur autorité sans réplique possible, manifestent effectivement tous les composants du Mystère, pour l’instant dispersés comme dans un puzzle, de “la grande tâche métaphysique”. L’important devient alors l’enquête minutieuse dont nous sommes chargés, où l’expérience et la perception doivent être heureusement et décisivement complétées par l’intuition, de bien entendre ce que nous disent les événements, – car et puisqu’il est évident qu’ils nous parlent.

Le « Qu’est-ce qu’il se passe ? » implique une veille absolument pleine de tension et d’exacerbation des capacités de transmutation de nos sens, pour dégager la grande et essentielle métaphysique que nous disent ces événements, avec leurs symboles, leurs métaphores, leur usage transcendantal du système de la communication. Aujourd’hui, les plus grands mystères du monde se déroulent devant nos yeux, et il s’agit de nous déciller.

Je crois que cet intéressant aggiornamento du philosophe Finkielkraut est directement la conséquence de cette fameuse année 2020, où l’on voit, sous nos yeux, ces mêmes événements qui recèlent tous les secrets du monde acquérir une nouvelle accélération qui est en vérité une nouvelle dimension. Cette année 2020 est absolument fascinante car il se produit en effet une rupture de la perception, consécutive à une rupture décisive de la compression du Temps et de l’accélération de l’Histoire. Désormais, plus rien de nos explications habituelles, de nos références les plus estimées et les plus complexes, – et je parle ici sans l’ombre de la moindre ironie, – plus rien de tout cela n’a plus la moindre capacité de figurer dans le même complexe Espace-Temps où les événements nous ont emmenés.

Nous avons véritablement changé d’univers, après les quelques années de confusion, de fureur et de désordre, qui nous ont férocement agités. 2020 est l’année où nous sommes entrés dans l’œil du cyclone de l’Espace-Temps, avec la perspective désormais de pouvoir y trouver, pour les regards qui savent voir les choses derrière les choses, les grands espaces métaphysiques de notre destinée. Nous sommes dans un univers parallèle, un étage au-dessus, où règnent la maîtrise du Temps et la mesure de l’Espace.

La clef de cette formidable transmutation de la perception se trouve résumée en une expression, qui justifie d’ailleurs la décision et le jugement de Finkielkraut : le système de la communication. J’accorde, pour mon compte, une immense importance au “système de la communication” (et non pas “système de communication”), estimant que c’est grâce à ses caractères exceptionnels, presque à son ontologie même, que nous pouvons, par son intermédiaire et par le bon usage qu’on en fait, espérer bien entendre les réponses que nous cherchons, portées par le vent (“ blowing in the wind ») des événements improbables dont nous parviendrions ainsi à découvrir la très-haute signification.

Sur l’importance du système de la communication qui joue un rôle si essentiel à mon sens, dans la période de cet univers parallèle où nous avons été projetés, je reprends un écrit d’il y a deux ans, tentant d’exprimer sa spécificité unique. Croyez bien qu’elle dissimule à peine la puissance et la complexité des moyens dont dispose ce système si étrange et si inhabituel pour réaliser la synthèse de la signification fondamentale des événements en-cours :

« ... [L]e système de la communication se différencie décisivement du concept classique de “système de communication” par l’apparition d’une dimension créatrice en lui-même... Le “système de communication” étant un simple transmetteur de l’information sans aucune prétention à l’organisation et à la structuration de la connaissance tandis que le “système de la communication” est un transmutateur qui organise l’information de façon à susciter par cette activité la connaissance élaborée à quoi peuvent être utilisées ces informations :
» “Ainsi se trouve, je pense, suggérée la véritable définition du système de la communication (et la raison, jusqu’ici assez intuitive, pour laquelle j’ai tenu depuis quelques années à écrire “système de la communication” et non “système de communication”). La “communication” dans ce cas n’est pas un simple outil, elle est une matrice féconde. Le système de la communication n’est pas seulement un transmetteur, il est aussi et d’abord un transmutateur ; il ne fait pas que transmettre, il transmute ce qu’il transmet, et pour revenir à notre propos, il transmute les informations en “actes” en même temps qu’il les transmet, par la façon qu’il les transmet, par la dynamique qu’il y met, par la forme même qu’il donne au tout.
» ”Je ne crois pas, bien entendu, que cette action soit simplement mécanique et dynamique. Je crois qu’à considérer cette situation sans précédent possible d’aucune sorte, cette action de transmutation exercée par le système de la communication répond à un sens fondamental, dont l’inspiration échappe à tout contrôle humain. Bien entendu je ne parle évidemment pas du contenu des nouvelles (“Allez jouer avec vos FakeNews”, comme Montherlant disait « Va jouer avec cette poussière »), mais bien de l’essence même de cette forme absolument inédite d’un système agissant directement sur la manufacture de la métahistoire en ignorant superbement, comme l’on méprise, l’histoire événementielle à laquelle nous sommes habitués et dont le Système a si habilement abusé.” »

Si vous observez bien le paysage au cœur de ce tourbillon crisique, là où se fixent les choses fondamentales qui ne bougent pas puisqu’elles sont fixées comme dans l’éternité, comme on se trouve dans l’œil du cyclone, là où se fixent les principes si vous voulez et si vous acceptez ce que je prends pour mon compte, vous distinguerez qu’effectivement toutes les anciennes logiques, les rationalisations douteuses, les références vieillies et soldées, nos sempiternelles “valeurs” n’ont plus cours. Les positions des uns et des autres ne peuvent plus être définies selon des idées si dépassées, des idéologies aussi arrogantes et sans vérité.

Certes, dire tout cela sur ce ton, avec de tels qualificatifs, c’est valider par avance les observations que je me permets de faire. Si je me permets de tels actes, c’est que 2020 nous y invite, comme un tournant du Temps, un changement de monde et une extension de l’Espace.

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