Le Pentagone contemple Avangard

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Le Pentagone contemple Avangard

31 décembre 2018 – Dix mois après la révélation de l’avance russe dans le domaine de nouveaux systèmes d’armes avancés caractérisés notamment par l’évolution en vitesse hypersonique (plus de Mach 5), le Pentagone produit un premier document de posture stratégique prenant en compte cette nouvelle réalité stratégique. (Il s’agit d’un rapport de l’US Navy : “Un concept pour maintenir la supériorité maritime, version 2.0.”)

Cela est détaillé au lendemain de l’essai réussi en Russie du système planant d’attaque nucléaire hypersonique Avangard, l’une des armes les plus impressionnantes dans cette nouvelle panoplie, évoluant à autour de 30 000 km/h, suivant des trajectoires zigzagantes dont il est impossible de calculer l’objectif, ayant une capacité stratégique longue, etc. Avangard est l’arme stratégique absolue par excellence, contre laquelle il est aujourd’hui absolument impossible de disposder d’une parade.

Ci-dessous, un texte court et factuel de RT-USA présente cette situation du point de vue officiel du document US mentionné, traduisant en termes très retenus ce qui est qualifié de “panique au Pentagone” par le journal allemand Die Welt, et reconnu comme une situation extrêmement dangereuse par un rapport du GAO du 18 décembre. L’essentiel du point de vue factuel est évidemment que le document présenté ici annonce que les USA espèrent disposer de systèmes hypersoniques en 2025 au plus tôt alors qu’Avangard, dont les essais ont semble-t-il donné toute satisfaction, devrait entrer en service opérationnel dans les six premiers mois de 2019, – là aussi en avance sur les chronomètres prospectifs US, puisqu’on l’annonçait pour 2020 il y a six mois, et pour 2025 encore six mois avant... (Un autre système hypersonique, de portée stratégique intermédiaire, autour de 2 000 et 4 000 kilomètres avec l’autonomie de l’avion-lanceur, le Kinzal, est d’ores et déjà en service à une dizaine d’exemplaires sur MiG-31.)

« Inquiets des avancées technologiques de la Russie et de la Chine, les États-Unis espèrent disposer d’une arme hypersonique d’ici 2025, a annoncé la marine américaine dans un rapport diffusé courant décembre. Quinze jours plus tard, Vladimir Poutine assistait au lancement du nouveau missile hypersonique russe.

» Le planeur hypersonique Avangard, à la pointe de la technologie, a été testé avec succès le 26 décembre. Il a effectué des manœuvres verticales et horizontales en vol et a atteint la cible prévue, selon le ministère de la Défense. La vitesse réelle du missile, qui entrera en service en 2019, est située autour de 30 000 km / h. Le lancement du test a été suivi sur place par le président russe Vladimir Poutine, qui l'a qualifié de “grand événement pour les forces armées, et probablement pour l'ensemble du pays.”

» À peine une semaine avant le test d’Avangard, le Chef des Opérations Navales (chef d’état-major de la Navy), l’amiral John Richardson, a fait diffuser un rapport intitulé “Un concept pour maintenir la supériorité maritime, version 2.0.” Il apparaît dans ce document que l’une des priorités impératives Pentagone pour les années à venir est de développer et de déployer une arme hypersonique offensive d’ici 2025”. [Dans le document, le] Pentagone accuse vigoureusement la Russie et la Chine de “chercher à renforcer leur puissance aux dépens de l’Amérique” en déployant “tous les éléments de leur puissance nationale pour réaliser leurs ambitions mondiales”.

» Reconnaissant qu'ils n’ont aucune “contre-mesure existante” contre de telles armes, les États-Unis [cherchent à développer]des programmes pour établir leurs propres capacités de frappe hypersonique et de dissuasion. En avril, l’Air Force a attribué à Lockheed Martin un contrat portant sur le développement d’un prototype d’arme hypersonique, tandis que la DARPA annonçait ce mois-ci qu’elle explore de “nouveaux programmes” en même temps que de nouveaux matériaux pour permettre à de futurs véhicules d’évoluer dans l’atmosphère à des vitesses hypersoniques sans risquer un échauffement qui les détruirait.

» Un autre projet américain, désigné “Glide Breaker”, visant à développer un intercepteur capable de neutraliser les planeurs hypersoniques offensifs ennemis, serait également dans les programmes en développement de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency).

» Dans le trio (Russie, Chine et États-Unis) des pays considérés comme disposant des technologies permettant de développer des engins hypersoniques, la Russie semble avoir pris la tête de la compétition avec le test réussi d’Avangard. »

C’est à la lumière de l’essai de l’Avangard que le document de l’US Navy est mis en évidence dans ce texte. (De même est-ce, assez curieusement au vu de la chronologie, en fonction du retrait US du traité FNI que Die Welt s’alarme de l’avance russe démontré par le même essai : bien que l’annonce de l’existence et des essais de l’Avangard par Poutine date du 1ermars, donc bien avant l'annoince du retrait US, « le journal affirme que [cet essai] est la preuve que les grandes puissances ont commencé la course aux armements au lendemain de l'annonce en octobre, par le président américain Donald Trump, du retrait de son pays du traité FNI de 1987 ».)

Lors de la publication du document 2.0 le 17 décembre, il en avait été rendu compte dans quelques médias en termes généraux, sans trop d'insistance spécifique sur l’aspect de l’hypersonique qui est pourtant absolument vital. Néanmoins, la position générale des forces armées US, notamment dans son retard accumulé en général, et dans ce domaine par conséquent, avait été évoqué d’une façon assez sobre mais avec des termes qui témoignent largement de ce qui devrait être l’intense préoccupation du Pentagone pour la situation stratégique générale, notamment par rapport à 2007 qui est l’année de la précédente évaluation stratégique dite-1.0 (avec “mise à jour” déjà très significative en 2015). On citera ce passage du rapport qu’en fit Defense Newsle 17 décembre :

« Bien que le document soit très détaillé, le changement de ton général de la conception de l’amiral Richardson par rapport aux documents publiés il y a une décennie est frappant, selon James Holmes, professeur de stratégie au Naval War College. “Le changement de ton par rapport à le document sur la Stratégie Maritime de 2007, le premier document de cette sorte depuis les années 1980, est stupéfiant”, a déclaré Holmes dans un courrier électronique. “La document de 2007 décrivait vaguement un monde qui pourrait devenir concurrentiel ou pourrait rester coopératif. Le nom de la Chine n'apparaissait nulle part, et encore moins en tant qu'ennemi potentiel, et le document était semé d’un bon nombre de vagues généralités et platitudes.

» “Vous pouvez déjà discerner le changement de ton, entre le document de 2007 et sa version mise à jour en 2015 et publié en 2016 comme la Stratégie Maritime, Design 1.0. Cette évolution conceptuelle vous dit combien le monde a changé autour de nous et combien nous essayons de changer avec lui, – ou de rattraper notre retard dans les domaines les plus affectés.” »

Il est évidemment très succulent, comme à l’habitude lorsqu’il s’agit de la “logique” américaniste, ou disons de sa “cohérence logique”, de lire cette phrase citée dans le texte de RT … « [Le] Pentagone accuse vigoureusement la Russie et la Chine de “chercher à renforcer leur puissance aux dépens de l’Amérique” en déployant “tous les éléments de leur puissance nationale pour réaliser leurs ambitions mondiales”. » Cela est écrit par une bureaucratie qui ne cesse d’affirmer, auparavant et parallèlement (malgré cet effondrement des moyens) sa position de supériorité stratégique pour verrouiller l’hégémonie militaire des USA, et dans tous les cas d’assurer le reste du monde qu’elle en a le pouvoir, le droit, sinon l’obligation à la fois vertueuse et impérative par mission divine : ce qui est de droit divin donné aux USA, – qui en font la bouillie pour les chats dont on renifle la puanteur sanglante depuis des décennies, – ne peut être accordé à nul autre.

La meilleure référence à cet égard est le fameux “document Wolfowitz” qui affirmait en 1992 que les USA disposaient d’une formidable supériorité stratégique et militaires dans tous les domaines, et qu’ils devaient tout faire pour empêcher quiconque de tenter de réduire cette supériorité, et qu’ils le feraient avec le brio caractérisant l’exceptionnalité de cet “empire” postmoderne. On peut retrouver des traces intelligentes d’une appréciation critique de ce document absolument grotesque de prétention et de totalitarisme intellectuel, dans l’article repris sur ce site« To Finish in a Burlesque of Empire? », de William Pfaff, datant du 12 mars 1992.

Le titre même ridiculisait la démarche d’une façon visionnaire et mettait à nu sa totale hypocrisie, – et sa grotesquerie quand l’on constate aujourd’hui ce qu’il est advenu de cette ambition au regard des réalisations russes (et chinoises), après que le Pentagone ait dépensé sur la période des $trillions par dizaine, – trente ou quarante fois plus, peut-être cent fois plus que la Russie qui était quasiment désintégrée au terme de la décennie des années 1990.

L’aventure du Pentagone est exemplaire. Ce monstre a inventé le concept d’“usine à gaz cosmique” dans son déchaînement de gaspillage, de corruption, de redondances à l’infini, de comptabilité faussaire réduite à un trou noir gigantesque. Qu’il soit soudainement “pris de panique” comme l’écrit Die Welt devant les réalisations sur lesquelles la Russie de l’infâme Poutine travaille au moindre prix et avec un brio technologique exceptionnel depuis 2002 (excellence des  services de renseignement US dans la prévision de l’évolution des autres) fait du “burlesque” identifié par Pfaff un caractère également cosmique... La tragédie-bouffe poussée aux limites de l’univers, sorte de Big Bang de la sottise maléfique.

Le “Pentagon gap” de la grotesquerie cosmique

Le plus incroyable dans la séquence actuelle est de constater la lenteur avec laquelle le Pentagone réalise la gravité de la situation stratégique, l’absence de la capacité de lancer des initiatives d’urgence pour y remédier, bref tout ce qui impliquerait une vision claire, une capacité d’adaptation et un brio dans la réalisation. Il s’agit d’un véritable effondrement des capacités mobilisatrices et de la dynamique du sentiment de l’urgence. Si le Pentagone était déjà un monstre dans les années 1950 et 1960, il était au moins capable de réaliser des programmes d’urgence quand cela était nécessaire, que ce soit les sous-marins nucléaires lanceurs de missiles et les missiles terrestres ICBM (conçus, produits et déployés en un peu plus de 5 ans), que ce soit de nouveaux avions de combat du plus haut niveau sinon révolutionnaires comme le F-15 et le F-16 conçus, produits et déployés sur des laps de temps de 5 à 7 ans, etc.

Aujourd’hui, le Pentagone est devenu incapable de telles performances industrielles et technologiques, sinon à produire avec des dépassements de coûts et de délais des “monstres” culs-de-jatte marchant avec deux béquilles et trois cannes, comme le F-35 ou le porte-avions de la classe Gerald R. Ford. On attend avec intérêt de voir comment le Pentagone réussira à tenir son délai de 2025 pour disposer de systèmes hypersoniques, – si nous existons toujours, d’ici là, en tant que “civilisation”.

Nous avons déjà apprécié cette posture grotesque du Pentagone devant une menace qu’il n’a pas vue venir alors qu’il avait tous les moyens même de la voir naître et de prendre les mesures adéquats pour la contenir, sinon la détourner. (C’est à l’aune de cette situation qu’il faut comprendre après en avoir constaté les effets catastrophiques, ce que valaient les grands projets hégémoniques de Wolfowitz.) Il s’agit d’un Faits & Commentaires du 7 mai 2018, – soit deux mois après les annonces de Poutine concernant les nouvelles armes russes, – dans lequel nous nous appuyions sur un texte de l’expert appointé du CMI Daniel Gouré, constatant avec inquiétude l’avance prise par les Russes. Les remarques que nous en tirions valent aujourd’hui plus que jamais, pour saluer le document “2.0” sur la nouvelle posture stratégique du système de l’américanisme...

«...• Il est certain que Russes et Chinois possèdent une avance considérable dans le domaine de l’hypersonique, avec l’entrée en service de modèles considérés comme opérationnels, de nombreux programmes en cours dont certains en tests finaux avec l’entrée en service très proche, enfin une base industrielle de première importance pour développer l’hypersonique. Dans ce domaine, le temps est très court et cette avance de quelques années des Russes et des Chinois est décisive ; le danger n’est pas prospectif ni hypothétique, il est réel, il existe d’ores et déjà.

• La “riposte” US est lénifiante... Après avoir cité les sempiternels avions stealth dont le sublime F-35 qui saura certainement réduire à néant les répercussions de l’emploi des hypersoniques, on annonce[Gouré]qu’on commence à s’organiser. Les dates avancées pour des projets ou, au mieux, des développements qu’on espère à leur terme (sans qu’il soit question d’une date précise d’entrée en service opérationnel) sont 2020, 2022, 2025, 2030, selon les projets. Nulle part, il n’est question d’urgence, d’un programme accéléré (“crash program”), etc., comme les USA ont fait dans des cas spécifiques (bombe atomique, satellites et vol dans l’espace, etc.)

• La conclusion [de Gouré est] que les USA ont perdu leur avance (ont été dépassés) dans diverses technologies, mais “qu’ils ne sont pas hors-course”. L’hypersonique “doit devenir une priorité” pour l’administration en place et les administrations à venir... Gouré ne risque pas de mobiliser les esprits ni les bureaucraties avec de telles banalités qui sont répétées d’une façon récurrente pour toutes sortes de circonstances et de programmes depuis des décennies. Or, l’hypersonique est quelque chose qui sort complètement de l’ordinaire, qui représente pour les USA, vu le degré ce développement et d’opérationnalité de ces systèmes des côtés russe et chinois, une menace considérable sinon une menace existentielle si des solutions et des moyens de riposte ne sont pas très vite mis en place. Contrairement  à ce qu’on a affirmé souvent depuis quelques semaines, et comme Poutine lui-même l’a observé, les Russo-Chinois ne “rétablissent pas l’équilibre” avec les forces stratégiques US, avec l’entrée en service de leurs systèmes hypersoniques, ils font basculer en leur faveur le déséquilibre stratégique jusque-là en leur défaveur depuis la fin de la Guerre froide, et plus encore depuis 9/11 suivi presque immédiatement du retrait US du traité de limitation des ABM. (En effet, les circonstances depuis la fin de la Guerre froide, 9/11, le retrait du traité ABM, l’affirmation hégémonique US, ont complètement pulvérisé la notion d’“équilibre stratégique”qui implique un certain accord de parité entre les “partenaires“ : il s'agit désormais d'une course de facto à la supériorité.) » 

Un peu plus loin, nous énoncions des remarques que nous jugions et continuons bien sûr à juger fondamentales, concernant la perception et la psychologie américanistes en général, et en particulier pour ce cas de l’hypersonique. Nous faisions une comparaison entre le “missile gap”-bidon de 1958-1960 (simulacre complet d’une supériorité soviétique complètement inventée pour les besoins d’augmentation du budget du Pentagone) et le véritable et dramatique (pour les USA) “missile gap” d’aujourd’hui. Puis nous enchaînions sur ce que nous considérons plus que jamais comme étant la source de toutes les erreurs, fausses manœuvres, déroutes de la puissance de l’américanisme : la psychologie si particulière de cette idéologie (l’américanisme) qui serait mieux à sa place dans la catégorie des pathologies.

« A côté de ces remarques concernant la réalité faussaire de ce premier “missile gap” et des réactions des uns et des autres, il y a la vérité-de-situation incontestable de ce second véritable “missile gap”, infiniment plus dangereux pour les USA que le simulacre de 1958 et toujours avec les mêmes perceptions prévalant (la Russie “démonisée” à la place de l’URSS, les USA toujours surarmés et toujours angéliques). Dans ce contexte, ce qui nous étonne et nous paraît très caractéristique, c’est la tiédeur des réactions d’alarme comme on a pu le lire dans le texte de Gouré.

» Ce point retient particulièrement notre attention et mérite, selon nous une explication approfondie, ou plutôt l’une et l’autre hypothèses comme tentative d’explication de cette réaction si surprenante. Après tout, même un homme comme Gouré, relais bien connu de l’industrie de l’armement, ne propose aucun programme nouveau ni l’accélération des recherches en cours, plaidant simplement cette évidence déjà énoncée par plusieurs officiels du Pentagone, et que même un journaliste spécialisé dans les faits divers et pourtant bon patriote américaniste énoncerait, que “L’hypersonique est un domaine qui doit devenir une priorité de modernisation pour l'administration Trump et celles qui suivent”.

» • Nous voyons une première cause dans l’incapacité absolue des USA de se débarrasser de leur sentiment d’exceptionnalité, et de supériorité militaire globale et universelle qui l’habite comme une véritable pathologie de la psychologie depuis1990-1991 et 9/11. (Auparavant ce n’était encore qu’un grave complexe de supériorité.) Il s’agit des traits de la psychologie américaniste que nous avons rappelés encore récemment, dans un passage qui expliquait, de la même façon, comment les USA avaient laissé se développer une puissance électronique supérieure chez les Russes. Ce sentiment, expliqué dans le paragraphe cité ci-dessous, explique aussi bien la lenteur US dans le développement des engins hypersoniques que l’absence de réactions d’alarme, voire de panique au niveau public, mis à part quelques spécialistes qui affrontent directement le problème...

» “Nous avons toujours suivi avec le plus grand intérêt, sur ce site, les caractéristiques de la psychologie de l’américanisme, que nous tenons comme spécifique, “exceptionnelle” dans le sens de n’être radicalement pas comme les autres (ce qui ne signifie nullement dans notre interprétation “supérieure” aux autres types psychologiques, cel va de soi). Il existe aux USA dès les origines un tel usage intensif de la communication pour formater le sentiment du citoyen vis-à-vis de son pays, dans un pays bâti sur la communication et nullement sur la vérité historique, qu’il y a effectivement une véritable création permanente d’une psychologie américaniste typique. Au cours de nos recherches, nous avons isolé deux traits spécifiques de cette psychologie, qui constituent non pas des capacités spécifiques de perception, mais des perceptions imposées à la psychologie américaniste à la différence des autres. Outre le trait de l’inculpabilité qui est le sentiment de l’absence à terme et décisivement de culpabilité de l’américanisme quelle que soit son action, il y a également le caractère de l’indéfectibilité, complément du précédent, qui est la certitude de ne pouvoir être battu dans tout ce qui figure conflit et affrontement.”

» • Une autre cause pourrait être un certain désintérêt de l’industrie d’armement (Gouré parle d’abord pour elle) pour des programmes à haut risque de hautes technologies. L’industrie d’armement US est de plus en plus confrontée à des problèmes d’inefficacité, de complexité et de corruption des processus dans l’intégration de hautes technologies pour des tâches opérationnelles, et elle se débat dans des marasmes technologiques tels que le F-35 ou des programmes naval comme le porte-avions classe Gerald Ford et la corvette classe Zumwalt. Il n’est pas assuré que la plongée dans le développement des programmes hypersoniques porteurs d’un tel enjeu l’enthousiasme et sans doute préfère-t-elle laisser la DARPA (l’Agence officielle de recherches du Pentagone) porter le plus loin possible cette charge. Elle y participera et y participe déjà bien entendu, mais en traînant des pieds : la fabrication et la modernisation à la chaîne de missiles de croisière et autres sont beaucoup plus aisés et beaucoup plus lucratifs.

» En attendant que les USA se décident à bouger au-delà de leurs prévisions de programmes, et considérant leur difficulté considérable à ne pas trop se laisser distancer, sans parler de rattraper leur retard, Russes et Chinois vont se retrouver non seulement avec une supériorité stratégique, mais aussi et surtout avec une capacité de chantage stratégique... En un sens, les engins hypersonique donnent aux USA vis-à-vis d’eux-mêmes la place inconfortable que les Européens occupaient lorsque de Gaulle décida de construire la force nucléaire indépendante française. »