Le lampiste, la main de fer et la Terreur-JSF

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Grand événement, le JSF fait les “big news”. La crise du JSF a pénétré les hautes préoccupations des principaux représentants de notre presse-Pravda occidentaliste. Que ce soit le New York Times du 2 février 2010 ou le Financial Times du 1er février 2010 (payant, donc inaccessible, mais ils disent tous la même chose). WarNews du 1er février 2010 donne divers liens sur la nouvelle.

…En fait, les nouvelles, puisque deux et beaucoup, beaucoup de mécontentement.

• Le chef du JSF Program Office (JPO), le général du Marine Corps David Heinz est mis à pied et perd cette fonction. Son remplaçant n’est pas nommé. On annonce une restructuration du programme, dans la foulée de cette décision.

• Alors que le nouveau budget FY2011 du Pentagone annonce quelques $10,7 milliard pour le JSF, Lockheed Martin se voit pénalisé de $614 millions pour absorber une (toute) partie des augmentations de coût du programme.

Pour les commentaires extérieurs immédiats, nous citons deux observateurs connus et respectés pour leur intérêt, voire leur vigilance (qui ne manque pas d’une vindicte justifiée) à l’égard du JSF.

• Bill Sweetman, sur son blog d’Aviation Week & Space Technology (Ares) du 1er février 2010 cite sarcastiquement le sarcastique Voltaire, en français dans son texte: «Il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres, snarked Voltaire – Once in a while it's a good thing to kill an admiral, to encourage the others.»

Tout le texte de Sweetman est à lire, mais on retiendra ceci, qui fait effectivement du général Heinz le lampiste:

«My view is that Heinz has taken the bullet for others - notably, his predecessor USAF Maj. Gen. Charles Davis; Carter's predecessor, former DOD acquisition chief John Young; and Gates' former deputy, Gordon England, who blithely assured Gates, more than 18 months ago, that all was hunky-dory with the gigantic program and that the 2014 deadline for completing operational testing was safe. Blinkered optimism was the nicest word for that attitude then, and I don't know if you can call it that now.»

«Even the current program leadership was ready to blame Davis for earlier delays, but things have not gone much better since his departure. JSF bosses are still fond of telling people that “15 out of 19 development aircraft have been delivered.” Sure, but calling non-flying structural and stealth test airframes “aircraft” is pushing it, and you'd probably be annoyed at your car dealer if he told you he'd delivered your car when it was still sitting in his shop. The fact is that only three airplanes are flying, and one of those hasn't left the ground since November.»

• Eric Palmer, sur son site ELP Defens(c)e écrit, le 1er février 2010, que la seule personne qui devrait être mise à pied, comme ultime responsable, est Gates lui-même.

«If Gates wants to really be efficient he can fire himself for drinking the F-35 JSF program bathwater since he came into office. He suppressed F-35 program ills from our elected officials so that the F-22 could be canceled and the F-35 offered as some kind of long range solution. General Heinz may have had some part in screwing up the F-35 program and will take the hit because he is a Marine and the buck stops with him as the boss, however it is Gates that should draw most of the “fired for lack of confidence” because he is the one that has put America’s air power and future defense capability at risk.»

Notre commentaire

@PAYANT Nous y sommes, par conséquent… Désormais, le JSF occupe officiellement et dans le tintamarre des annonces publiques et dramatiques le centre de la crise du Pentagone, ce qui est effectivement sa place justifiée et méritée. Il prend cette place successivement à l’USAF et au programme KC-45, autres canards boiteux déjà publiquement fustigés par Gates, déjà sanctionnés et toujours dans une crise profonde. Mais avec le JSF, nous touchons à la substance de la chose. Même si Gates se mettait à pied lui-même, comme le suggère impitoyablement Palmer, la dite chose subsisterait: le crise de Moby Dick (le Pentagone), avec le JSF comme son cœur à la fois symbolique et fusionnel.

Que fait-on maintenant? Retenons ce commentaire volontairement ou pas sarcastique de notre cher Loren B. Thompson, dans le New York Times: «The defense industry is pleased but bemused. It’s been telling itself for years that when the Democrats got control it would be bad news for weapons programs. But the spending keeps going on.» Autrement dit, l’administration Obama crie et ne cesse de crier à propos de la crise du Pentagone mais elle n’a cessé jusqu’ici de poursuivre la pluie de $milliards sur Moby Dick – alors, l’industrie s’en fout et encaisse (sauf, pour ce cas et ce cas seulement, Lockheed Martin, qui devra payer une somme non négligeable – mais à la guerre comme à la guerre).

Que fait-on maintenant? (Bis) Sweetman remarque qu’il n’aimerait pas être à la place de celui qui va être nommé à la place du général Heinz. Logiquement, d’ailleurs, ce devrait être Gates lui-même, avec sa main de fer, qui devrait s’y mettre. Il l’a fait auparavant pour le KC-45, pour quelques mois, puis il a retourné le programme à l’USAF – sans avoir rien résolu. Le KC-45 n’est pas loin d’être aussi boiteux que le JSF.

Il y a de la colère dans la décision de Gates, comme l’observe Sweetman. Pour l’instant, l’homme en colère est le dindon de la farce car il a été fait et refait cocu en recevant des assurances que ce programme pourri allait désormais très bien, d’ailleurs qu’il n’avait jamais été vraiment aussi mal qu’on a dit. Il y a cru et a mis tous ses œufs dans ce même panier percé, en abandonnant le F-22. La première victime de ce grand chambardement est bien le secrétaire à la défense lui-même, et il se retrouve désormais en première ligne. En attendant, c’est sa main de fer qui s’abat sur la chose et le programme JSF va devenir un réceptacle d’une terreur maccarthyste, avec une surveillance intensive et tatillonne. Comme l’on sait, cela n’est pas suffisant et il arrive même très souvent, si souvent même qu’on croirait à une règle, que cela aggrave les choses.

La crise du JSF éclate comme une infection courant depuis des années éclate à la vue de tous, avec ses humeurs nauséabondes et la dégradation profonde de tout ce qu’il devrait y avoir de sain dans un tel corps pour qu’il puisse venir à maturité. Mais l’infection demeure, elle est généralisée et elle ne sera pas guérie aisément, parce que les docteurs ont tout l’air d’être aussi efficaces que les agents qui furent cause de l’infection. Notre conviction, d’ailleurs, est que l’infection ne sera pas guérie, tout comme la crise du Pentagone, et que ces décisions, loin de marquer le début du redressement, ne signalent qu’une étape de plus, tonitruante certes, de la descente aux enfers du JSF et du Pentagone avec lui.

Donc l’essentiel, pour l’immédiat et sans rien écarter des possibles et même immédiats rebondissements, c’est bien que la crise du JSF est enfin devenue une crise nationale US, et une crise des USA et de leurs alliés puisque tant de pays “amis” sont dans cette galère pourrie; qu’elle est enfin devenue un événement central de communication, qui va désormais attirer toute l’attention et tout l’éclairage incursif et soupçonneux que mérite un tel événement. Cela, aussi, constitue en soi une autre étape de la descente aux enfers du programme.

Cette mise en lumière de la crise du JSF va avoir des répercussions partout. Elle va en avoir dans l’administration Obama et dans sa “politique” de défense consistant à donner au Pentagone et au JSF toujours plus de $milliards pour alimenter la crise du patient en survie artificielle; au Congrès, qui se pourlèche déjà les babines à l’idée de jouer son rôle favori de vertueux donneur de leçons et de mouche du coche interférant dans les décisions de l'administration; dans le public lui-même, par ses relais, avec les élections en vue, ce public qui souffre d’une crise terrible de l’emploi et voit désormais les centaines de $milliards du pouvoir fédéral jetés dans ce corps pourri du JSF après avoir arrosé les banques pourries de Wall Street; dans les relations avec les serviles alliés, engagés dans cette sordide aventure autant par la corruption courantes de leurs relations avec Washington, que par leur corruption psychologique de considérer toujours les USA comme la référence indépassable de leur excellence commune à tous.

Que fait-on maintenant? (re-Bis.) Nous continuons à observer la descente aux enfers du programme JSF et comptons les pas supplémentaires faits ainsi pour l’arrivée à maturité de la crise du Pentagone, éventuellement de son “coming crash”. Plus que jamais, la crise de l’américanisme, au travers de cette crise du JSF, nous confirme et nous confirme encore que le mal est au cœur de la chose. L’américanisme, qui s’est tant équipé et bardé de toutes les certitudes et de toute la quincaillerie pour repousser les loups qui prétendument l’assaillent, est bien entendu menacé par les termites qui le rongent de l’intérieur, à mesure de l’aberration maléfique qu’il constitue. La crise du JSF est un point brutalement explosif et aveuglant d’une crise générale. Elle est à placer, par exemple, dans la même catégorie que celle de l’écroulement de Wall Street, du 15 septembre 2008. Tout ça, c’est la même boutique.


Mis en ligne le 2 février 2010 à 07H10

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