Le JSF des Marines opérationnel : déploiement au Smithsonian Institute

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Le JSF des Marines opérationnel : déploiement au Smithsonian Institute

On avait remarqué que, lors de son audition ( le 9 juillet) désormais fameuse devant les sénateurs de la commission des forces armées brillamment présidée par John McCain, le Général du Corps des Marines Joe Dunford qui va devenir président du Comité des chefs d’état-major (JCS) dans les semaines à venir, avait laissé nettement entendre qu’il faudrait revoir à la baisse les perspectives de production du F-35, alias JSF. On en avait conclu que les militaires du Pentagone commençaient à prendre conscience de la puissance et de la réalité immédiate de la catastrophe que constitue ce programme d’avion de combat, le programme le plus cher de toute l’histoire du Pentagone (des + de $300 milliards actuels à plus de $1.000 milliards projetés, on ne sait exactement quand, comme en toutes choses dans ce programme).

Très récemment, au tout début de ce mois, le Corps des Marines vient de décider officiellement d’accorder le statut d’IOC (Initial Operational Capacity) à son F-35B, version à décollage et atterrissage vertical du JSF. C’est le même Dunford qui a signé l’ordre dans des conditions étranges, alors que les essais en mer du F-35B montraient de très médiocres capacités. Bloomberg.News donnait, le 28 juillet 2015, de très nombreuses indications sur ces difficultés, donnant en général à ce super-nouvel avion de combat flambant complètement neuf un indice de fiabilité d’emploi autour de 50%. (Encore peut-on être assuré que ces indications sont gonflées en fonction des situations de désinformation systématique qui règne entre les services armées, entre eux et d’eux vers le Pentagone, et encore plus d’eux vers la presse-Système, avec le Corps qui a pour mission principale de tout faire pour montrer le F-35B sous son meilleur jour, – bien pâlot “meilleur jour”, enfin...) Ainsi, l’avion dont les essais sont en train de montrer les très-très-médiocres qualités de vol, de maintenance, d’intervention, etc., est-il déclaré avec une certaine précipitation officiellement “apte au combat” (l’IOC impliquant en fait l’ouverture du processus devant parvenir au déploiement de l’avion en unités de combat). Et l’ordre est signé par l’homme qui, le 9 juillet, déclarait devant la commission sénatoriale qu’il serait temps de revoir le nombre de F-35/JSF à produire (sous-entendu, en raisons des problèmes que rencontre cet avion).

Les fidèles soldats de la communication travaillant autour du Pentagone en prenant garde de ne jamais contredire le Pentagone se trouve alors dans un embarras qu’ils ont beaucoup de difficultés à cacher. C’est le cas de Defense Industry Daily (DID), un site d’une loyauté au-dessus de tout soupçon. Dans sa Lettre d’Information Rapid Fire de 31 juillet, DID nous dit successivement que le F-35B va très mal, que c’est sans aucun doute un facteur que considérera le Général Dunford (qui reste à la tête du Corps jusqu’à sa présidence du JCS) alors qu’il finaliserait sa réflexion sur l’ordre pour donner la statut d’IOC au F-35B, alors qu’une décision est attendue comme imminente (le phrase restant nébuleux : une décision donnant le statut d’IOC, ou bien une décision sur le fait de savoir su l’on accorde ou pas ce statut), alors que le Corps a déjà décidé en mars d’accélérer la procédure pour prendre une décision (favorable, suppose-t-on) concernant l’IOC, alors que le software dans sa version 2B (version minimale pour réaliser les missions de combat les plus basiques) ne marche pas, comme on le constatait ce même mois de mars ...

«The six Marine Corps' F-35Bs which underwent testing on USS Wasp in May reportedly showed poor reliability performance, with the aircraft reportedly only achieving availability of around 50%. This is undoubtedly a factor Marine Corps Commandant Gen. Joe Dunford has considered as he finalizes the jet's paperwork for achieving Initial Operating Capability. A decision on whether the F-35B is ready for limited combat operations is expected imminently, with the USMC deciding in March to push on to a timetabled IOC target of fourth quarter 2015, despite issues with the fighter's 2B software.»

Hier 3 août 2015, DID a, comme abstract de son article sur la carrière déjà glorieuse du F-35, repris exactement les mêmes termes que dans son court pensum du 31 juillet, se contentant de le surmonter d’une phrase : «The IOC was announced despite reports that the latter tests uncovered significant reliability issues with the aircraft.» L’ensemble donne alors l’impression que Dunford s’est empressé de donner l’ordre concernant l’IOC avant qu’une intervention extérieure, ou bien une aggravation très probable des conditions de vol et d’emploi des F-35B à la mer, en cours d’expérimentation opérationnelle, ne rendent encore plus difficile une décision en faveur de l’IOC... C’est-à-dire qu’on arrive à une sorte de situation où la décision de l’IOC aurait dépendu de la grandeur extrême des difficultés que rencontre le F-35B : plus il connaît de difficultés, plus vite il sera opérationnel et “prêt au combat”, ce maître de l’inversion.

Dans ces circonstances, que va pouvoir dire le talentueux mais fort malheureux en la circonstance, notre ami William S. Lind, de “son” Général Dunford dont tous ses propres amis du Corps des Marines lui garantissent l’exceptionnelle honnêteté et la très grande capacité, et qui se conduit de la sorte, après l’avoir fait une première fois à un autre propos, devant le Congrès à nouveau ? Lind a critiqué Dunford pour son affirmation (ce même 9 juillet, au Sénat) que la Russie constitue la première “menace existentielle pour les USA” : «...Lind a beaucoup d’amis dans le Corps des Marines, et il nous assure sans la moindre équivoque que Dunford est l’un des très rares généraux des forces armées US d’aujourd’hui à avoir quelques-unes des hautes vertus d’un vrai soldat. [...] Cela étant dit, Lind pose la question évidente : comment est-il possible qu’un officier général de si haute vertu se trompe si complètement ?» (Voir le 29 juillet 2015). Lind fait l’hypothèse assez piteuse que Dunford a fait cette évaluation qu’il sait fausse et faussaire à la fois, pour suivre “la ligne”, chose indispensable devant un McCain, quitte ensuite à revenir à une évaluation plus réaliste. La même explication vaudrait-elle pour l’IOC du F-35B ? Peut-être bien, sauf qu’on ne peut revenir sur une décision d’IOC alors qu’on peut effectivement réviser l’estimation d’une “menace” (“sauf que”, peut-être, sans doute, le même Dunford ne reviendra-t-il pas sur son évaluation de la Russie-“menace existentielle”, simplement pour continuer à rester dans “la ligne”, – ce que Lind lui-même n’écarte d’ailleurs pas...)

Quoi qu’il en soit, il faut revenir au principal, qui est la décision du Corps, Dunford ou pas Dunford, d’attribuer au F-35B un statut opérationnel d’avion “prêt au combat” alors que tout, absolument tout, montre le contraire. Bien entendu, on peut être assuré que jamais dans l’histoire de l’aéronautique militaire, une décision concernant la mise en statut de combat d’un avion de première ligne de cette importance n’aura été prise dans des conditions aussi rocambolesques, aussi scandaleuses en un sens, sinon aussi criminelles pour les pilotes qui vont user de ce machin, et contre toutes les simples évaluations de bon sens. On pourrait aller jusqu’à exprimer les hypothèses les plus farfelues et les plus grotesques tant le comportement des autorités militaires vis-à-vis du F-35 le sont, farfelues et grotesques, et l’on dirait alors que l’IOC a été accordée au F-35B pour pouvoir dire que c’est effectivement un avion de combat, et ainsi pouvoir l’envoyer directement au musée de l’aéronautique et de l’espace, le fameux Smithsonian Institute de Washington, pour y être fièrement exposé... Plus précisément, on observera simplement que le Corps des Marines se comporte comme il fait parce qu’il a basé un renforcement de son propre statut sur le F-35B qui, devant constituer son principal avion de combat dans le futur, lui assurerait à cause de ses capacités théoriques une certaine autonomie vis-à-vis de l’US Navy puisqu’il n’a théoriquement pas besoin des grands porte-avions d’attaque de la susdite Navy. Il s’agit bien entendu d’une conception bureaucratique uniquement à très-courte vue et concernant un statut intérieur au sein du Pentagone et accessoirement de capacités théoriques d’un avion “apte au combat” qui n’existe pas ; en effet et quant au caractère opérationnel de la chose qui porte, lui, sur les futures décennies, on ne sait que dire de cette manœuvre du Corps des Marines si le F-35B est, comme tout F-35 qui se respecte, un pavé pourri effectivement promis à la figuration dans un musée, et réduisant d’autant à une représentation symbolique ce que serait demain l’aviation du Corps des Marines.

Si l’on veut redevenir sérieux un instant, on peut se pencher sur l’article kilométrique de Mandy Smithberger, qui a remplacé Winslow Wheeler à la tête du POGO/CDI Strauss Military Reform Program, et de Dan Grazier, de POGO, le 27 juillet 2015, notamment à la lumière des dernières révélations de la supériorité du F-16 sur le F-35 en combat aérien rapproché qui constitue en général l’ultime tactique en matière de supériorité aérienne après que toutes les promesses de supériorité technologiques accompagnant les nouveaux avions aient été passées au test de la vérité du combat aérien, – et particulièrement dans le cas du F-35, dont le logiciel massif maîtrisant absolument et sans alternative possible toutes les capacités d’évolution de l’avion se trouve dans une crise profonde qui ne cesse de s’aggraver. Il est caractéristique que les très longs commentaires de lecteurs souvent spécialisés, qui accompagnent ce texte du groupe POGO/CDI qui est la meilleure source critique en la matière, ne portent plus sur les critiques émises contre le F-35 parce qu’elles sont toutes largement acceptées, mais sur les diverses possibilités d’alternatives envisageables, le plus souvent des versions spéciales/ nouvelles des F-15 et F-16 pour l’Air Force, et éventuellement des F-18 pour la Navy (et les Marines...).

Avec la décision rocambolesque du Corps des Marines, dans le chef du futur président du JCS, le Général Dunford, on est entré de plain-pied dans la situation totalement schizophrénique correspondant pour le JSF au mécanisme du déterminisme-narrativiste où des décisions officielles de type opérationnel sont prises au profit d’une machine qui, simplement dit, n’existe pas (et, à notre sens, n’existera jamais), – celle qui n’a pas atteint le statut opérationnel et ne l’atteindra sans doute jamais dans les conditions nécessitées par les missions dévolues aux forces aériennes américanistes. Mais il faut, dans le temps présent, dans le “grand Now” qui caractérise la bureaucratie-Système, faire comme si le programme existait à la satisfaction de tous, comme le dit la communication combinée Pentagone/Lockheed-Martin/Hollywood (le F-35 est déjà dans plusieurs blockbusters). Nous aurons, à mesure, les réajustements nécessaires, qui verront l’enterrement progressif du JSF sous des arguments et des circonstances extrêmement complexes, assorties de prospectives diverses sur les succès à venir, une fois l’obstacle identifié franchi. Le JSF disparaîtra peu à peu, et certaines mesures de production d’avion de substitution seront bien entendu prises, jusqu’à ce qu’on passe à un programme de 6ème génération (nous proposons d’ores et déjà de le désigner F-70 [2 fois 35] et RJSSF, pour Revolutionnary Joint Super-Strike Fighter). Le problème sera de convaincre les idiots de services, afin de les rendre “utiles”, – on parle des alliés engagés dans la galère-JSF. Il faudra les convaincre de confirmer sans hésiter et de passer commande fermement du F-35, pour très vite leur proposer le F-70 en remplacement, en leur prêtant d’ici là, pour la soudure, quelques vieux F-16A des années 1980 sortis de leur naphtaline des réserves des avions US mis au tombeau-rebut dans les grands champs de l’Arizona où l’air est très sec et conserve bien les boîtes à sardine, d’où ils seraient ressortis pour l’occasion, selon un coût équivalent à quatre ou cinq fois leur coût original.

Et tout cela, en attendant puis en dégustant la cerise sur le gâteau, celle de voir et d’entendre le Général Dunford, devenu président du JCS, prendre en main le dossier calamiteux du Marine Corps, pour admonester cette bureaucratie des Marines qui s’est imprudemment fourvoyée dans ce foutu programme qui ne marche pas, ce foutu F-35B... “Mais quel est le fou qui a donné le statut IOC à ce fer à repasser indigne de la glorieuse tradition des Marines, – Semper Fidelis !”


Mis en ligne le 4 août 2015 à 15H56