Le G20, ou la Charge de la Brigade Légère

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Le G20, ou la Charge de la Brigade Légère

• Cela se passera en novembre à Bali, dans une des nombreuses îles qui forment ce grand pays qu’on nomme Indonésie. • La conférence du G20 s’y tient. • Enfer et damnation ! Xi et Poutine devraient y être, y seront en personne, en chair et en os. • In-sup-porta-ble ! • Britanniques et citoyens du DeepState américanistes montent sur les barricades, tout en soupçonnant les Européens de trahison. • S’il le faut, ils amèneront Zelenski en chair et en os et on se giflera. • Cela a l’air d’être du Courteline en diplomatie mais c’est bien plus grave que l’on ne croit..

Il est difficile de faire mieux, aujourd’hui, en matière de caricature monstrueuse d’une politique difforme, on veut dire de la part de nos dirigeants chargés à la fois d’une civilisation sans égale et des valeurs sans égales de cette civilisation. Bref, on est en pays de connaissance, et le G20 du mois de novembre se profile comme un mélange de Verdun, de Dunkerque, de Stalingrad (oups), – et surtout, surtout, une espèce de remake de la Charge de la Brigade Légère. Ce sont les Britanniques, bien entendu, qui chargent les premiers, comme ils firent en 1854, – face aux Russes ! Et, en plus, en Crimée ! On est en terrain connu, sinon conquis.

Les Russes nous racontent cela sur un ton faussement détaché.

« Le gouvernement britannique a suggéré que la Russie ne devrait pas être autorisée à participer au sommet du G20 qui se tiendra en novembre à Bali. “La Russie n'a aucun droit moral de siéger au G20 alors que son agression en Ukraine persiste”, a insisté un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, selon Reuters.

» La déclaration aurait également salué l'Indonésie, hôte du sommet, pour ses efforts “pour s'assurer que les impacts de la guerre de la Russie sont pris en compte dans les réunions du G20” tout en se félicitant de la décision d’inviter le président ukrainien Vladimir Zelenski à la réunion... »

Cela, aussitôt suivi de cette précision, pendant que l’on s’interroge pour savoir si l’invitation de Zelenski au G20 porte sur une intervention par téléconférence ou une présence en chair et en os :

« L'Ukraine, – le pays le plus pauvre d'Europe, mesuré par habitant, – ne fait pas partie des vingt premières économies mondiales. »

Dans le même temps, les deux candidats pour remplacer Boris Johnson, – dont Liz Truss, actuelle et brillante ministre des affaires étrangères dont le porte-parole actuel vient de s’exprimer comme on l’a lu, – ont pris position ou prennent position sur cette importante affaire d’être éventuellement dans la même pièce que Poutine, et comment l’en sortir vivement et sans sommation

« ...Liz Truss, a déclaré le mois dernier qu'elle serait prête à affronter le président russe Vladimir Poutine lors de l'événement [du G20]. “Je m'y rendrais et j'interpellerais Poutine”, avait-elle déclaré à l'époque.

» Vendredi, le représentant de Sunak [l’autre candidat au remplacement de Johnson] a également appelé le G20 à exclure Vladimir Poutine de ses sommets en raison du conflit en Ukraine. Commentant sa déclaration, l'équipe de Mme Truss a réitéré sa position précédente sur la question. »

... Passons maintenant l’Atlantique, à Washington D.C. où Joe Biden était réveillé en urgence pour, peut-être bien mais cela n’est pas assuré, une réunion dans la ‘Situation Room’ de la Maison-Blanche. La réaction, sous forme d’un communiqué, a  été également très ferme, réclamant la mesure extrême de faire venir Zelenski en chair et en os pour, disons, affronter Poutine, – ce qui semblerait laisser à penser que Zelenski n’était jusqu’alors prévu qu’en présence virtuelle ?

« ... La réponse de la Maison Blanche a été de dire vendredi que le président ukrainien Volodymyr Zelenski devrait également assister en personne au sommet prévu pour novembre dans le cas où Poutine y participerait effectivement.

» Selon un communiqué du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche, “Comme le président Biden l'a dit lui-même publiquement, il ne pense pas que le président Poutine devrait assister au G-20 alors qu'il mène sa guerre contre l'Ukraine. Mais si Poutine participe, les États-Unis pensent que Zelenski devrait également y participer”, selon Bloomberg. »

Entre trahison et insignifiance, le G10+2

La même dépêche de ‘ZeroHedge.com’ rappelle les événements qui ont précédé de quelques heures les prises de position anglo-saxonnes, dans une certaine confusion, notamment autour de la présence ou non de Zelenski, mais avec la certitude que Poutine est bien un “paria” qui n’a rien à faire à Bali. Ce dernier point est en effet un des axes centraux de la politique du DeepState aux USA, que ‘ZeroHedge.com’ moque désormais ouvertement, ne parvenant plus à développer une critique rationnelle contre cette chose qui est manifestement complètement indifférente à toute rationalité.

« “Xi Jinping viendra. Le président Poutine m'a également dit qu'il viendrait”, a déclaré Jokowi (surnom du président indonésien), dans une interview accordée à John Micklethwait, rédacteur en chef de Bloomberg News, jeudi. Selon Bloomberg, c'était la première fois que le dirigeant de la quatrième nation la plus peuplée du monde confirmait que les deux hommes avaient l'intention de se rendre au sommet de novembre.

» Il va sans dire que la présence de Xi et de Poutine à la réunion va provoquer une épreuve de force avec les manipulateurs de l'État profond qui contrôlent le téléprompteur de Joe Biden et d'autres dirigeants “occidentaux” moins séniles, qui doivent tous se rencontrer en personne pour la première fois depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. [...]

» Montrant à quel point la Maison Blanche de Biden est devenue insignifiante dans les affaires mondiales, la présence de Poutine aura lieu alors que Biden avait demandé que la Russie soit retirée du G-20, et que les responsables américains avaient auparavant fait pression sur l'Indonésie pour exclure Poutine du sommet de Bali.

» C'est presque comme si, lorsqu'il s'agit pour le monde de choisir entre les exportations de gaz naturel de Poutine et les souhaits de l'État profond, le monde choisissait les premières. »

Le dernier paragraphe est significatif. Il exprime un soupçon qui existerait chez nombre de dirigeants et décideurs du DeepState avec accompagnement des Britanniques, selon lequel la présence de Poutine pourrait bien constituer en fait une manœuvre de circonstance pour rétablir le contact entre des “alliés” (européens et non-anglosaxonisés) désireux de copiner à nouveau mais discrètement avec Poutine pour quelques milliards de mètres-cube de gaz.

La présence de Poutine devient ainsi, dans cette imagination exacerbée, un enjeu stratégique... On parle ici d’“imagination exacerbée”, car il faut l’être, exacerbé, et de toutes les façons, pour arriver à imaginer des Européens, d’une façon générale et de toutes les façons absolument paralysés par les pressions de la bienpensance atlantiste, renouant avec Poutine malgré les consignes atlantistes dispensées par Londres et Washington.

Bien, on comprend qu’il est difficile de distinguer, dans ce chaos extraordinaire, où se trouve la démence la plus exotique, la plus persistante, la plus profonde. Si les Européens ont montré à cet égard une grande constance, il semble cette fois que les Anglo-Saxons se trouvent dans une séquence où ils les dépassent en développant à propos du G20 une narrative complotiste absolument prodigieuse d’hystérie. (Cela ne nous empêchera certainement pas d’envisager, – et comment ! – que le poulailler européen, toujours à la recherche d’une terreur à éprouver et d’une soumission à exécuter, laisse échapper un certain nombre de gallinacés venant aussitôt s’aligner en rang caquetant derrière les Anglo-Saxons déchaînés. Qui s’en étonnerait aurait bien tort.)  

Pleins d’espérance naïve, nous écrivions, le 12 juillet 2022, « Il semble que Blinken ait compris », – Blinken, retour de Bali où il y avait réunion des ministres des affaires étrangères des pays membres du G20. Là-dessus, nous entonnions le grand air de l’analyse psychologique, comme s’il était possible que quelque chose de positif puisse toucher les fondements de la psychologie US :

« • Un discours de Blinken sans grandeur, stéréotypé comme d’habitude, mais où pointe la panique et la fureur de la réalisation que les Russes veulent, à partir d’Ukrisis changer l’ordre du monde et congédier l’hégémonisme US. • Cela est apparu en pleine lumière à Bali  à la conférence des ministre des affaires étrangères du G20. • Cela constitue un choc terrible pour les psychologies des dirigeants US, pour lesquelles la puissance et la domination sans conteste des USA sont une référence absolue de leur propre stabilité, mais aussi de leur survie. »

Eh bien, nous nous trompions donc ?! Coupons la poire en six ou huit : Blinken a peut -être à moitié compris le temps d’une réunion avant d’y réfléchir, mais le DeepState, le Système lui-même, c’est une autre affaire. L’Amérique, les Anglo-Saxons, l’“Anglosphère” continuent à vivre au temps où leur puissance écrasait le monde, où leur influence était à mesure et ainsi de suite... Qui plus est, ces certitudes n’ont rien à voir avec la raison, la comptabilité, le réalisme, mais sont aujourd’hui toutes entières encapsulées dans une narrative de fou, et des fous hystériquement dangereux quand on a dans sa poche arrière un Zelenski qui se verrait bien faire de la belle centrale nucléaire de Zaporozhye une de ces “Armes de Destruction Massive” que les Bush, Cheney & Cie ne trouvèrent jamais chez Saddam.

Il est bien temps de mesurer combien le monde marche au rythme d’une caravane chargée jusqu’à la gueule d’une troupe de déments en pleine bacchanale, n’écoutant que leurs rêves d’hégémonie du monde cosmique, prenant les films d’Hollywood pour des documentaires réalistes. Il est très probable désormais que ce G20 s’annonce comme une épreuve de force, non pas sur le fond des choses importantes à traiter mais dans la forme même, ce qui implique la possibilité de situations abracadabrantesques, comme par exemple une gifle de la Truss devenue Thatcher 2.0 (nouvelle Première Ministre puisqu’elle est notablement favorite), assénée avec la force du droit et des ‘valeurs’ sur l’une des joues, ou les deux après tout, du monstre-Poutine. L’on peut dire ces choses d’une manière plaisante mais n’en pas moins les garder à l’esprit comme dans le champ des possibles ; c’est aujourd’hui de cette façon, de la façon tragédie-bouffe, qu’évoluent les affaires du monde, et parfois provoquent des développements imprévues à partir de ce qui semblait être au départ d’étranges futilités de comportement.

Tout cela vaut d’autant plus que les comportements du bloc-BAO ne cessent de plus en plus d’exaspérer les pays du ‘Grand-Sud’, comme le montre par exemple la réaction des chefs d’États et Premiers ministres des pays d’Afrique Australe (SADC), furieux des injonctions de Blinken et de l’ambassadrice des USA à l’ONU vis-à-vis de leurs relations avec la Russie, sous peine de sanctions, cela suivi par une loi votée par la Chambre des Représentants menaçant les pays africains...

« Le Sommet a exprimé son mécontentement concernant le fait que le continent soit la cible de mesures unilatérales et punitives en vertu de la Loi sur la lutte contre les activités malveillantes de la Russie en Afrique, récemment adoptée par la Chambre des représentants des États-Unis et a réaffirmé sa position de principe de non-alignement à tout conflit extérieur au continent. À cet égard, le Sommet a mandaté le Président de la SADC de notifier au Président et au Congrès des États-Unis la forte opposition de la SADC à cette loi et a exigé que cette question soit inscrite à l'ordre du jour de l'Union africaine. »

Dans de telles conditions, avec un G20 qui devient une énorme bombe à retardement dont l’effet sera de transformer les neutralités hostiles des pays du ‘Grand-Sud’ en hostilités actives contre le bloc-BAO, avec le monde des experts bouillonnant d’analyses et de propositions, le G20 des grands pays de la civilisation occidentale rameutant régulièrement le troupeau du ‘Rest Of the World’ risque de se retrouver par un jour de mauvais temps, face à une amputation décisive. On cite comme exemple, pour bien fixer les esprits, cette idée d’une « Nouvelle géopolitique, créer le G10+2 », communiquée par Rodolfo Sanchez Mena

 « Nous allons analyser d'un point de vue géopolitique la création du G10 qui regrouperait le Mexique, le Brésil, l'Indonésie, la Turquie, l'Inde et l'Iran, l'Argentine, le Venezuela, l'Afrique du Sud, le Nigeria + la Chine-Russie.

» Le changement géopolitique que connaît le monde prendrait une nouvelle physionomie avec la création du G10+2 avec les pays non alignés et le Sud global, alliés à la Chine et à la Russie, afin de multiplier le potentiel des puissances intermédiaires et avec cette constellation réaliser un nouveau monde où règneront la paix, la prospérité et le bien-être des peuples du monde. »

Qui la probable-future Première Ministre décidera-t-elle alors de gifler pour faire rentrer le troupeau dans le rang ? Faudrait-il en venir peut-être à considérer que les choses changent parfois ? Impensable ! Tel est notre verdict... Il faut savoir que cette vilaine affaire, à partir d’un G20 aussi pourrie par le temps que le vaisseau-amiral de Nelson à Trafalgar, pourra très probablement déboucher sur des remous considérables, à l’unisson avec d’autres développements. Il faut être extrêmement pessimistes quant à la capacité des Anglo-Saxons à reconnaître qu’ils sont juste un peu moins bons, un peu moins supérieurs au reste, “un peu moins” de ce qu’ils ont la certitude  de se voir confirmés lorsqu’ils se regardent, les yeux fermés, dans leurs miroirs.

 

Mis en ligne le 21 août 2022 à 13H40

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