L'asile du transgenrisme triomphant

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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L'asile du transgenrisme triomphant

24 janvier 2021 – Je m’arrête à Monsieur Andrew Doyle, comédien, et semble-t-il un peu humoriste quoique toujours britannique, et qui a décidé de faire son métier. Comme l’explique FigaroVox le 22 janvier très tard le soir, « Fin connaisseur de l’idéologie diversitaire dans le monde anglo-saxon [LGTBQ & indigénistes, etc.], Andrew Doyle a créé un personnage fictif, baptisée “Titania McGrath”, pour en parodier les outrances. » Et ainsi, Titania McGrath a-t-elle commencé à sévir.

(Exemple d’un de ces tweets de Titania ‘second degré’, comme on dirait transgenre : « La seule raison pour laquelle les blancs ont des enfants est qu’ils peuvent simuler l’expérience de posséder un esclave. » Et boum ... J’espère que vous êtes fiers, célibataires blancs, de ne  rien laisser derrière vous de l’antique péché, – car peut-être l’ignorez-vous, mais le péché originel s’est fait en blanc sur blanc, comme on dit ton sur ton : sans parler des deux piètres humains, à poil, le serpent était blanc et d’une espèce inconnue, esclavagiste comme pas deux ni trois, et la pomme elle-même blanche, qu’on avait confondue avec une bille de billard, – tiens, justement, qui n’a songé encore à mettre en accusation les billes de billard en général blanchisée ? Il serait temps de les racialiser en une couleur un peu moins blanchisée, oui ? Non ?)

Monsieur Andrew Doyle travaille donc au second degré, mais tout le monde n’est pas au courant. En général, pour les intellectuels wokenistes (catégorie racialiste dans ce cas), le premier degré est largement suffisant pour déployer toutes leurs fines capacités d’analyse et de tragique mémoire victimaire. Alors ? Eh bien alors, ceci, comme dit encore monsieur Andrew Dole : « D’ailleurs il y a beaucoup d’exemples de militants authentiques qui prennent Titania pour une personne réelle qui tweete au premier degré. C’est ce qui s’est passé en France lorsque la militante racialiste Rokhaya Diallo [vedette médiatique, vue souvent sur LCI]  a retweeté un post de Titania, qui disait “Si quelqu’un vous demande des preuves de racisme, il suffit de leur répondre que de demander des preuves de racisme est en soi une preuve de racisme. À vous de jouer, bigots”. »

Curieusement, je commence cette page du Journal-dde.crisis par cette anecdote qui n’a pas de rapport direct avec le thème central que j’y veux traiter. Néanmoins, cet emploi virtuose du passage du premier au second degré chez certains (Doyle) et cette impossibilité pour d’autres (Diallo) de passer du premier au second degré ressemble un peu au transgenrisme, dans tous les cas considérés d’un point de vue théorique et complètement en mode inverti par rapport aux personnages cités ici ; il y a ceux qui refusent ce transfert et il y a ceux qui s’y adonnent, le ‘premier degré’ étant un genre auquel certains se cantonnent et n’en veulent pas décoller (Diallo), refusant ainsi le transgenrisme selon l’analogie utilisée ; et le passage au ‘second degré’ qui est l’acceptation du transgenrisme, passant d’un genre à l’autre (Doyle)... Comme on l’a soigneusement noté, il s’agit de l’ordre de l’inversion, si caractéristique de nos Derniers Temps. Si l’on considère, dans le cas exposé les positions des uns et des autres, par rapport à leurs idéologies qu’on devine aisément entre wokenistes (Diallo) et non-wokenistes (Doyle), je dirais que la référence symbolique est celle d’un transgenrisme inversé (entre ceux qui le favorisent, non-wokenistes dans ce cas comme monsieur Doyle et sa Titania, et ceux qui s’en défient jusqu’à le repousser éventuellement, et qui sont des wokenistes comme madame Diallo).

Cela montre que la souplesse de l’esprit et du genre ne sont pas toujours du même côté, ce qui n’est pas une trouvaille fondamentale mais qui permet une transition bienvenue, et venue naturellement. Il s’agit de la question du transgenre, ou dirais-je mieux, celle du transgenrisme, et du coup le cas apparaît bien plus sérieux que celui de le très-fine Rokhaya Diallo campant sur le premier degré face au second degré du trop-facétieux Andrew Doyle. Mais ne sommes-nous pas habitués, dans l’étrange époque, à voguer du bouffe au tragique et retour, et départ à nouveau, toutes voiles dehors ; d’où l’expression consacrée ‘tragédie-bouffe’, et même l’étrange ‘trabouffe’. Je voulais  simplement montrer que l’extrême plasticité des radicaux les plus extrêmes dans le domaine des idées (Diallo) semble les priver de toute plasticité (premier degré-second degré) lorsqu’il s’agit du langage et de l’esprit.

La thèse exposée ici, venons-en au principal, est qu’il semble bien que nous  entrions, toutes voiles dehors également, dans l’époque du triomphe du transgenre, selon les canons du transgenrisme ; car je crois bien pouvoir avancer que, dans la mystique LGTBQ, avec quelques allusions dans leurs Évangiles, le transgenre  est le Messie, le ‘patron’, le ‘Boss’, ‘il capo di tutti capi’. (D’où ma tendance à lui donner parfois un -isme, comme on fait d’une doctrine : ‘transgenrisme’, à l’imitation du féminisme mais en train de le supplanter complètement dans l’ordre des idéologies fondamentales de notre wokeniste-civilisation, dite ‘woke’n’roll‘.)

Pour structurer mon propos d’actes très actuels du type-fondamental (j’insiste sur ce qualificatif, qui reflète une époque, disant ce qu’elle estime être ‘fondamental’), il y a ces deux exemples de ces derniers jours, démontrant l’importance très formidable du transgenrisme, y compris parmi la floraison LGTBQ.

• L’énorme erreur théologique du Monde vis-à-vis du transgenrisme, tragique sacrilège il faut bien le comprendre, qui place le canard de référence à la limite de l’excommunication. C’est à propos d’un dessin et cela donne ceci (voir Valeurs Actuelles) :

« On appelle cela “aller à Canossa”. Depuis mardi [19 janvier], le quotidien de référence se couvre de cendres devant le nouvel ordre moral. En cause, un dessin de Xavier Gorce, le père des “Indégivrables”,  dans lequel il brocarde deux manchots, l’un demandant à l’autre : “Si j’ai été abusée par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?”  Comme c’est désormais la norme sur les réseaux sociaux, les patrouilleurs de vertu, à l’affût du moindre manquement à la morale contemporaine, s’emparent aussitôt de cette non-affaire.
» Le Monde, qui donne toute licence à Xavier Gorce depuis dix-huit ans, est ainsi accusé de complicité de “banalisation de l’inceste” et [surtout, surtout] de “transphobie”... »

Gorce a démissionné, parlant d’un journal « qui se couche » et de la liberté qui « ne se négocie pas ». Brice Coutourier a dit que « l’indignation s’est cristallisée autour de la prétendue “transphobie” du dessin. Ce n’est pas un hasard. Dans la nouvelle hiérarchie extravagante woke, les “trans” occupent une place de choix parmi les intouchables. » La toujours fine Dame-Diallo a complété le dossier : « Immonde blague sur l’inceste et la pédocriminalité qui au passage jette l’opprobre sur les femmes transgenres.  »

• Le deuxième acte fondamental, plus net, plus tranchant, nous vient du nouveau Messie d’Outre-Atlantique. Un article résume l’une des premières décisions de Biden, tout en dénonçant les effets que cela pourrait avoir pour les femmes sportives (l’article vous explique pourquoi), et par conséquent suggérant le caractère du transgenrisme comme plus fondamentale qu’aucune autre tendance wokeniste, et par conséquent justifiant l’attention que je lui porte : « Le décret de Biden qui donne la priorité aux personnes transgenres est un DÉSASTRE pour les femmes et les filles ordinaires à travers l'Amérique. »

L’aspect fort important, le thème central j’insiste, dans cette page du Journal-dde.crisis tient à ce que le transgenrisme, dans la constellation LGTBQ, est de mon point de vue particulièrement métahistorique la seule doctrine qui offre une véritable transformation de l’être dans les divers composants de la susdite constellation. Tout le reste ne caractérise que des comportements spécifiques et des attitudes socialo-sociétales sans transformations physique, ni physiologique, ni biologiques, et donc ni transformations psychologiques et métaphysiques, en plus du sociétal. Le transgenrisme est de l’ordre de l’ontologie par ses caractères bien réels de transmutation, et nécessairement par ses effets psychologiques et métaphysiques directs (sur la personne transgenre) et sur les autres.

Le transgenrisme ainsi mis en épingle, ainsi acclamé et salué comme un phénomène majeur, voire même, avec un tel entrain et une telle hargne qu’on le croirait recommandé manu militari par les dieux de l’Olympe chargés respectivement du politiquement-correct et de la bienpensance, porte avec lui une perspective de transformation radicale, comme une véritable transmutation en forme d’amputation. Il frappe littéralement, avec quelle violence, quelle vindicte et quelle sauvagerie, tout ce qui constitue dans la véritable beauté d’une vie un passé, des souvenirs, des émotions, les grandes espérances des jeunes âmes, les longues rêveries des adolescents, la structure même du monde telle que nous la percevions, que nous l’amadouions, pour tenter de nous ouvrir le chemin d’une existence et d’une âme. Toute adolescence, de mon temps, et de tant d’autres temps qui lui ressemblent, était construite sur cette double identité à la fois irréconciliable, à la fois complètement indissoluble, effrayante et magique, porteuse de terreurs et de rêves absolument du domaine de l’au-delà, que constituait le partage des êtres entre hommes et femmes, entre petites filles et petits garçons, entre adolescents et adolescentes. C’était quelque chose d’immuable, cela rythmait ma vie et structurait ma perception du monde, et il devait en être ainsi depuis des générations et des générations, ou bien cela signifie que le monde n’est plus le monde ou qu’il n’a jamais existé.

Comprenez bien n’est-ce pas que je ne parle ni de sexes, ni d’amourettes, ni de rapports sociologiques, ni de marivaudage, ni d’ambitions de fonder une famille, ni d’affrontements des charmeurs et des enjôleurs confrontés à la séduction habile et parfois manipulatrice, ni de séductrices, ni d’équilibres sociaux. Je parle de l’ontologie du monde en tant qu’il abrite notamment une civilisation qui est la nôtre, dont il y avait de quoi être fier, et dont je commence à désespérer jusqu’à des souhaits d’effondrement et d’apocalypse.

C’est à ce niveau que s’affirme avec une force incroyable, pour tenir un rôle dont je veux que nul ne doute plus désormais ou bien l’on se chargera de lui, tête sur une pique, – que s’affirme le transgenrisme ! Bien entendu, je ne parle pas d’individus divers, de tel ou tel sexe (genre), qui eurent, ont et auront besoin de soins chirurgicaux pour une transformation qui est personnellement une sauvegarde pour eux, – quand c’est le cas, qu’il en soit ainsi, et dans tous les cas il s’agit d’une affaire personnelle qui les concerne eux seuls pour l’essentiel, même si l’on peut prévoir des aides diverses, y compris de la santé publique. (Très en vogue, la santé publique, en ce moment, très sollicitée.) Je parle, d’une façon complètement différente, du statut d’idéologie, voire de philosophie qu’il faut qualifier de démente pour pouvoir reprendre sa respiration, à laquelle prétend le transgenrisme tel qu’il est promis par les automatismes du Système, au service du Diable, et employant des troupeaux bêlants d’élitesSystème, comme autant de zombies.

Car le transgenrisme qui concerne les deux genres, a nécessairement vocation, c’est dans la nature de la chose telle qu’elle est construite dans la « raison suffisant », à réunir ces deux genres en un. C’est plus économique, plus juste, enfin c’est plus égalitariste ! Et les surlendemains chanteront un jour...

... “Et maintenant ?”, dit en ricanant et persiflant, une petite voix acide, mauvaise, que j’ai tout au  fond de moi, car nul n’est à l’abri de cette tentation, – “Et maintenant que je te vois au bout de ta jactance, et maintenant que vas-tu faire ? ” La réponse fuse, comme une épée flamboyante brutalement tirée de son fourreau !

Car alors, et pour suivre selon mon idée, mesdames & messieurs enfin réunis en un, – “enter Hermaphrodite !”...

Wiki nous dit notamment : « Le mythe d'Hermaphrodite peut être rapproché de celui des androgynes évoqué dans Le Banquet de Platon : à l'origine, certains humains (hermaphrodites) possédaient à la fois les caractères féminins et masculins, et Zeus, s'alarmant de leur potentiel, les sépara brutalement en deux moitiés. » Bien entendu, nous, nous-autres modernes, nous les “sachant-absolument-tout”, nous en avons fait un mot commun, voire une prétention en -isme, concernant les animaux et les végétaux, mais les gens de l’espèce humaine également : ‘hermaphrodisme’.

Ainsi, tout l’arsenal est-il présent. Mon sentiment est bien que, dans l’idée de Lucifer, l’hermaphrodisme est le terminus du transgenrisme, que la mission du transgenrisme est de liquider les deux genres-sexes entre lesquels ses organes balancent, et qu’au bout du compte se trouve l’égalitarisme absolu qui réduit tout ce petit monde à l’unité parfaite, parce qu’inexistante, l’unité insaisissable et dissolue de l’entropie ; cette unité-là qui est parfaitement l’inversion de l’Unité originelle, de l’Unité primordiale productrice cosmique de la Tradition pour tenir constamment éloignés les enfers entropiques et grondants du Mordor.

Vous me suivrez ? Le fil rouge, le fil d’Ariane. “Venez tous, précipitez-vous tous”, pour l’écouter et l’entendre, le bateleur, le Elmer-Gantry du Progrès-infini enfin achevé !

On ne peut s’étonner que cette affaire nous vienne de l’Antiquité. Les Anciens avaient tout exploré , tout rencontré, et ils disposaient d’un remarquable arsenal de dieux, demi-dieux, mythes et légendes, où classer tout ce qui posait quelque problème, dérangeait la marche vers ce qui leur tenait de poutre-maîtresse du monde, d’axe divin du Cosmos, la Trinité d’Or, – la description sublime Ordre-Harmonie-Équilibre, qui est la formule, l’équation suprême de la tenue et de l’existence de l’univers dans une dimension acquise et extra-dimensionnelle de l’éternité. Bien entendu, il a bien fallu que, nous autres modernes et fouilles-merde, nous fouillions dans ces fosses communes et d’aisance, ces fosses à merde pour tout dire, au nom de la connaissance (« raison suffisant ») et pour satisfaire notre hybris de bourgeois balzacien du XIXème, pour nous engager joyeusement dans cette Impasse de l’Hybris jusqu’au cul-de-sac des Illusions Perdues. Nous avons accouché, en guise de Platon et de Socrate, du p’tit Zuckerberg, de Jacques Dorsey et de Macron.

(Je cite Macron parce que Macron arrive à se glisser partout, sur toutes les photos, dans tous les docs, en arrière-plan de tous les selfies, pour nous faire sa leçon de choses, on voit sa tête omniprésente en surimpression, permanent arrêt-sur-image, son beau visage sans relief et inaperçu, et adoubé par la non-esthétique de l’Art Contemporain, Macron communiqué par les communicants, Macron la midinette de l’Apocalypse, Macron vaccin en bandouillère, Macron parlant chaque semaine, Macron cette obsession comme notre sparadrap du capitaine Hadock).

Nous y sommes, et le transgenrisme est en principe destiné à liquider les deux genres et tout ce qui va à la pêche autour, toutes les autres initiales de LGTBQ à virer, à évacuer, pour s’imposer, triompher, activer et opérationnaliser le transhumanisme dans les bulles-simulacre de Mister Google & co, éventuellement se faire robot et faire robot-commun comme on ‘fait tapis’ au poker, – quelle importance et querelle sans importance, – et nous précipiter dans les usines Amazon installées dans le Mordor. Ainsi sera institué, statufié, glorifié, intitulé décisivement « le dernier homme » de Nietzsche revu et corrigé, soit l’Hermaphrodite roll’n’rock.

Simplement ceci , comme ultime commentaire du correcteur, dont on ne sait s’il s’adresse à l’auteur (moi) ou aux aventuriers du Progrès-infini : votre projet est tellement inverti et impie, et crétin par-dessus le marché, qu’il s’auto-liquidera très rapidement, un jour ou l’autre, comme on glisse dans une bouse de vache non-hermaphrodite, et plus vite que nul ne peut croire. Les cons, poursuit le correcteur qui en oublie la dignité de sa fonction, c’est comme les emmerdes, ça vole en escadrille, et cela ne prend aucun soin de dissimulation comme c’est le cas dans une telle formation qui nous occupe dans cette page, croyant la bataille gagnée d’autant qu’ils se sont tous rééquipés en JSF. C’est dire qu’ ils vont dérouiller sévère, et alors, grands cœurs qui nous gardons des folies du monde, il nous faut songer à leur préparer leur petit coin dans l’asile des cœurs-perdus et des folies rompues et balayées.

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