L’Amérique du Sud, continent-Snowden

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L’Amérique du Sud, continent-Snowden

L’Amérique du Sud est manifestement le point sensible de la crise-Snowden, le centre de fusion où l’évolution politique par rapport à cette crise est la plus forte, la plus profonde, et par conséquent la plus active au niveau de la communication. L’Amérique du Sud est le foyer principal par quoi la crise-Snowden ne cesse de se renforcer et de se développer structurellement, désormais installée dans l'infrastructure crisique. (Trois pays ont jusqu’ici accepté la demande d’asile de Snowden, selon des conditions peut-être différentes : le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie.) On retient deux éléments qui ont trait avec la crise-Snowden.

• La situation au Brésil a été largement modifiée à cet égard par l’article d’O Globo, dont nous avons déjà parlé le 8 juillet 2013. Glenn Greenwald, qui en est le co-auteur, nous en dit quelques mots le 8 juillet 2013 dans sa rubrique régulière du Guardian.

«As for the revelations I wrote about yesterday regarding mass, indiscriminate NSA surveillance of millions of Brazilian citizens, the fallout in Brazil is substantial and growing. The New York Times this morning has a good summary of the rising anger among the citizenry and political class over these revelations. The most influential television program in the country, Fantastico, did an excellent investigative segment last night really highlighting why this is such a significant scandal; it includes the country's Communications Minister conveying that President Dilma Rousseff reacted with "indignation" to the story and vowing criminal investigations (the segment can be seen here). Senators are scheduling formal investigative hearings and calling for international action.»

L’article du New York Times signalé par Snowden est du 8 juillet 2013 également et détaille les réactions du gouvernement brésilien. La présidente brésilienne, bien qu’ayant d’abord réagi avec vigueur à l’aspect sud-américain de la crise-Snowden (l’équipée de président Morales dans son avion, dans le ciel européen), avait observé une position plus en retrait que celle du groupe des pays les plus radicaux. Les révélations de O Globo devraient évidemment modifier cette position.

«The international tensions stirred up by recent revelations about American spying spread to yet another nation on Sunday, when Brazil’s foreign minister expressed “deep concern” over the issue and said his government would press the United Nations to take action that “preserves the sovereignty of all countries.”

»Reacting to a local news report asserting that the United States has been collecting data on telephone calls and e-mail traffic in Brazil, the foreign minister, Antonio Patriota, said Sunday that his government would pursue United Nations measures “to impede abuses and protect the privacy” of international Internet communications to “guarantee cybersecurity that protects the rights of citizens.” Mr. Patriota said that his government was taking action because of its “deep concern at the report that electronic and telephone communications of Brazilian citizens are being the object of espionage by organs of American intelligence.” For the same reason, he added, Brazil has also “asked for clarifications” from the American government.»

• L’équipée de Morales dans les cieux européens, justement, est l’objet d’une interview du président bolivien dans Russia Today, ce 8 juillet 2013. Morales raconte certaines des conditions du vol, de son escale forcée à Vienne, etc. Il annonce également qu’il veut obtenir des explications des pays européens qui se sont signalés par l'interdiction de leurs espaces aériens.

Point intéressant : dans le cours de l’interview, Morales révèle que les USA avaient transmis une demande d’extradition de Snowden à la Bolivie deux ou trois heures après que son avion se soit posé à Vienne, – dans une occurrence qui élève la coïncidence au rang des beaux-arts. Nous sommes donc conviés à faire l’hypothèse à multiple enchaînement, 1) que les USA étaient certains, selon leurs informations exclusives, que Snowden se trouvait à bord de l’avion de Morales (bravo pour la CIA + la NSA, pour leurs “infos exclusives”) ; 2) qu’ils avaient demandé à la Bolivie son extradition au cas où Morales “passerait” sans encombre le rideau des pays européens et souverains lui interdisant leurs espaces aériens ; 3) qu’ils étaient donc au courant de ces dispositions d’interdiction de leurs espaces aériens par ces pays européens ; 4) qu’ils étaient au courant, – cela étant supposé pour saluer leur esprit d’initiative et leur sens de l’organisation, – simplement parce qu’ils étaient les initiateurs impératifs de la mesure  ; enfin 5) qu’ils se sont avérés suffisamment rapides pour n’avoir pas fait parvenir, en dernière minute, l’avertissement au département d’État de prudemment suspendre la demande d’extradition pour ne pas trop se découvrir, puisqu’ils devaient savoir depuis quelques heures que Snowden avait bel et bien, à Moscou, raté son avion pour La Paz, via Vienne et les espaces aériens européens interdits.

Rien de fondamentalement nouveau sous le soleil de juillet, mais un peu plus de lumière sur les pratiques des divers figurants-Système du bloc BAO, sur la brutalité et l’habileté US, sur la servilité européenne et ainsi de suite. On admirera, dans cette interview, que le malheureux Morales aient encore entretenu, avant l’incident, quelques illusions sur la capacité à préserver leur indépendance de ces pays européens ; mais soyons beaux joueurs : nous aussi, nous avons tout de même été surpris par cette formidable capacité européenne, et surtout française ne le dissimulons pas, à rendre compte avec une rigueur exemplaire et une telle rapidité de l’existence de cette Europe-là.

«Bolivian President Evo Morales has threatened “measures” against European countries in response to the grounding of his plane in Vienna last week, demanding they reveal the source of false information that Edward Snowden was on board. “We are expecting European countries that forced me to land to explain what made them think I was transporting the fugitive US citizen. Where did this information come from, and why are they breaking international laws? If we in South America are not given that explanation, we will have to take measures,” the socialist politician said during an interview with RT in La Paz.

»Morales blamed Washington for masterminding the audacious scheme. “At 3 or 4 pm we are forced to land the plane in Austria. At 6 pm the US ambassador delivers an extradition request in Bolivia, which is proof that is the work of the US, who used European countries for their aims,” said Morales. “My first thought when I was forced to land was: how can European countries obey the will of the US? I imagined these nations were defenders of democracy.”

»Morales confirmed that officials did not attempt to search the French-made Dassault jet, which would have been “illegal” under diplomatic conventions, but still attempted to find their way on-board. “I said to the airport officials, ‘You can’t search the President’s plane. They said ‘We can’t unless you invite us for a cup of coffee’. They wanted me to invite them for coffee!” recalled a still-seething Morales. [...]

»“We have had enough humiliation at the hands of the Americans. I am not scared of shutting the US embassy in Bolivia,” he said. Morales claims the incident reflects a “neo-colonial” attitude to his entire continent. “It is a crime not against Evo Morales, but against the people of South America and the Caribbean. It is utter discrimination,” said Morales, who insisted no one should be treated as a “second-rate president”. “The Europeans and Americans think that we are living in the era of empires and colonies. They are wrong. We are free people. They think that by intervening in our affairs, staging coups, installing neoliberals or military dictatorships they can suck out our resources. But this is in the past, they can no longer do this.”»


Mis en ligne le 9 juillet 2013 à 14H29