La nouvelle Rada de Kiev : une foule de petits Robespierre camouflés

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La nouvelle Rada de Kiev : une foule de petits Robespierre camouflés

D’abord, renouvelons nos appréciations sur le personnage qui va donner sa propre appréciation sur les élections en Ukraine. Nous avons souvent cité dans un certain nombre d’occasions le journaliste US Martin Sieff, qui fut à UPI et qui est désormais installé à Moscou, à l’Université Américaine de la capitale russe, avec diverses activités annexes comme celle de collaborateur régulier (editor at large) de la revue US The Globalist. Nous l’avons cité le 21 février 2014 et le 25 octobre 2014 en le présentant comme ce journaliste réputé qui «a été pendant plus de dix ans le chef des affaires internationales à UPI (jusqu’en 2010-2011) et le récipiendaire, durant sa carrière, de trois Prix Pulitzer.»

Toutes ces précautions doivent nous conforter dans le fait qu’on ne peut soupçonner Sieff de céder à la passion et à la désinformation que tous les avisés commentateurs de la presse-Système détectent avec une acuité de radar de haute technologie (de fabrication US, of course) chez ceux qui dévient de la ligne-Système quant à l’Ukraine. Cette ligne-Système enjoint de pimenter son commentaire des élections du 26 octobre d’une extase démocratique et humanitaire ressemblant à une sorte d’éjaculation morale de longue durée. Martin Sieff ne l’entend pas de cette oreille, comme il l’a confié à Novosti le 27 octobre 2014. Il observe, en poussant la logique à son terme, que les extrémistes ukrainiens, notamment les néo-nazis, seront bel et bien présents parce que nombre d’entre eux figurent parmi les députés des partis “convenables” qui vont détenir la majorité à la Rada de Kiev. Cela peuplera donc cette Chambre d’un nombre conséquent de petits Robespierre ukrainiens qui ne s’y trouvaient pas, pour en faire le Parlement “le moins démocratique, le moins libre, le plus irresponsable et le plus extrémiste qu’ait connu l’Ukraine depuis son indépendance”, – ce qui laisse rêveur lorsqu’on parcourt l’histoire de ces pays durant le presque-quart de siècle qui vient de s’écouler.

« A number of leaders in the new Ukrainian parliament are from previously obscure extremist groups, and can be expected to try and force a new wave of intolerance and muzzling of debate and criticism within Ukraine, Martin Sieff, veteran US foreign correspondent told RIA Novosti on Sunday. “The real victors in these elections are the neo-fascist extremists,” Sieff said, adding that the results will be hailed as a triumph for moderate mainstream American and European-style democracy in Washington and Brussels, however they will be anything but. “This parliament will prove to be a deep embarrassment to the European and American leaders who are so rashly welcoming it. It will be part of the new wave of reckless neo-nationalism, intolerance and racism that we already see sweeping Central Europe from Poland to Hungary,” he added.

»According to Sieff the prevalence of new and previously marginal extremist parties in the new parliament is certain to prove destabilizing and troublesome. “It is a universal myth in the West that the simple fact of holding elections will make government and economic progress in those countries more stable and successful,” Sieff said. “We have already seen in Egypt and Iraq that this is not always the case. We are about to see that lesson repeated in Ukraine,” he noted.

»“The results of the elections are no surprise since the pro-EU and fiercely anti-Russian political parties completely controlled not only the government and presidency, but also the political process across central and western Ukraine,” Sieff said. “This parliament is certainly going to be less democratic, less free and more irresponsibly extreme than any parliament the Ukrainian people has elected since the collapse of the Soviet Union,” he added. [...] “For the first time [since independence], dominant parties based in western Ukraine will be able to totally ignore the interests and concerns of the Russian-speaking population in the east of the country,” he emphasized.

»The journalist noted that Ukraine faces an economic catastrophe under the dictate of the European Commission in Brussels. “The full cost of the austerity package that Brussels wants to impose and that current President Poroshenko wants to impose is now projected to cost at least $200 billion,” he explained. “The Kiev government contains to ignore the concerns of Russia and contains to unleash military violence against the civilian populations of the two provinces that have seceded from it,” Sieff said. “That means we are going to see a winter of economic crisis and hardship in Ukraine. And the full costs of Poroshenko's policies will become clear to the Ukrainian people.” “Ukraine's biased and tilted political system has just elected a parliament of extremists and Robespierres. It has not elected a parliament of moderates, compromisers or Adenauers,” Sieff concluded.»

L’idée de cette infiltration de militants ultra-nationalistes et néo-nazis dans les partis “convenables” subventionnés par l’UE, la CIA & Cie, était déjà présente mais sans être vraiment élaborée dans un article du Financial Times du 24 octobre 2014 (repris par Russia Insider le 27 octobre 2014). On y trouvait une discussion confuse et un brin gênée pour trancher sur le fait de savoir si ces divers militants et combattant sont des suprématistes racistes-nazis ou des héros de la guerre venus du bataillon Azov et d’autres unités du genre ; pour finalement ne pas vraiment trancher ni conclure, laissant sur la suggestion qu’après tout ce serait bien possible, – quoi, finalement ? – eh bien, qu’ils soient un brin “suprématistes racistes-nazis” et surement “héros de la guerre” en même temps, et d’une guerre qui, soit dit en passant mais sans l’oublier vraiment, implique comme but ultime dans l’esprit de ces “héros” la destruction des Ukrainiens de l’Est et des Russes...

Bref, voilà un texte témoignant de l’embarras du FT dont on sait le zèle pour défendre les valeurs démocratiques, qui dans tous les cas renforce sinon confirme complètement les propos de Martin Sieff. On garde donc les quelques premières lignes qui sont tout de même écrites avec à l'esprit l'obligation d’affirmer certaines choses pour au moins justifier l’existence de l’article ; elles suffisent pour nous convaincre de la réalité de la situation évoquée.

«Rightwing Ukrainian political parties supplied much-needed muscle during anti-government protests on Kiev’s Maidan square earlier this year. A question looming over Sunday’s national elections is whether those parties – dismissed by pro-Russia forces as “fascist” extremists – will now enter parliament. [...]

»[...T]here is lingering concern that xenophobic candidates will sneak into parliament under the guise of being war heroes. Scores of men from the winter Maidan protests volunteered to fight and joined a handful of newly established battalions when Ukraine’s ill-equipped and inexperienced army was caught flat-footed in the spring by pro-Russia separatists. They played a big role in preventing the rebels from overtaking Ukraine’s entire Russian-speaking east. Eager to provide fresh and trusted faces for voters seeking a break with the past, Ukraine’s leading pro-western political parties put a handful of battalion commanders and fighters high up on their party lists...»

L’“entrisme” est une bonne vieille tactique de tous les révolutionnaires et extrémistes du monde, affectionnée notamment par les trotskistes, et qui constitue dans le cas qui nous occupe une pratique à laquelle tout le monde a intérêt à se prêter, – les extrémistes et autres néo-nazis, pour ne pas trop gêner les divers canaux de communication BAO et pro-BAO qui soutiennent le régime et ses diverses pratiques où ces extrémistes se trouvent comme des poissons dans l’eau ; les partis “convenables”, qui ont besoin de justifier la guerre faite ces derniers mois en lui donnant une apparence de victoire et de grande cause nationale, au moins par la présence de “héros” ; l’UE et la CIA (ou les USA), pour que les extrémistes se tiennent tranquilles durant l’épisode électoral qui permet d’entériner la narrative de la démocratie.

On tirera de tout cela une observation générale, que chacun peut voir confirmée dans le premier édito ou le premier reportage TV venu de la presse-Système, selon laquelle la question ukrainienne est traitée par le bloc BAO avec une inconscience et une inconséquence affolantes, avec un travail de communication qui tient en compte la perspective des quelques heures à venir, disons le JT de 20H00 au plus loin que l’esprit puisse se projeter, avec le but principal de sauvegarder autant que faire se peut les narrative auxquelles les divers événements depuis novembre 2013/février 2014 ont conduit à adhérer plus fidèlement et plus fortement qu’à n’importe quelle doctrine fondamentale. Objectivement parlant, – c’est-à-dire si l’on recherche un rangement politique acceptable et un apaisement des tensions, – ces élections sont donc catastrophiques et ne peuvent conduire qu’à davantage de désordre (l’hyper-désordre ukrainien à l’image de l’hyper-désordre moyen-oriental), d’autant qu’à l’horizon des deux semaines qui suivent se profilent les élections dans la partie orientale du pays qui n’a pas participé à la mascarade éminemment démocratique d’hier censée représenter toute l’Ukraine, et des menaces de relance du conflit par la possibilité d’une attaque brutale de Kiev. Pour le reste, – c’est-à-dire les enjeux fondamentaux auxquels il faut nécessairement donner la priorité, – la crise ukrainienne est plus que jamais “en crise” active, et le champ d’une bataille où s’affrontent, derrière les narrative du bloc BAO, le Système et les antiSystème.


Mis en ligne le 27 octobre 2014 à 11H33

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