La guerre des menteurs

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La guerre des menteurs

19 février 2024 (15H45) – A quoi avons-nous assisté depuis le 22 février 2022, bataillant jusqu’à l’épuisement, chacun à sa façon, pour colmater les voies d’eau que les menteurs perçaient allègrement pour évacuer la vérité et proclamer leur simulacre ?

L’entrepreneur Richard Saks synthétise bien la guerre en Ukraine, deux ans plus tard, sur tweeterX. Son texte porte comme titre « Une guerre des mensonges », et il se lit comme ceci :

« La guerre en Ukraine est basée sur des mensonges – des mensonges sur la façon dont elle a commencé, comment elle se déroule et comment elle va se terminer. On nous dit que l’Ukraine est en train de gagner alors qu’en réalité elle est en train de perdre. On nous dit que la guerre rend l’OTAN plus forte alors qu’en réalité elle l’épuise. On nous dit que le plus gros problème de l'Ukraine est le manque de fonds du Congrès américain, alors qu'en réalité l'Occident ne peut pas produire suffisamment de munitions – un problème qui prendra des années à être résolu. On nous dit que la Russie subit de plus grandes pertes, alors qu’en réalité l’Ukraine manque de soldats – un autre problème que l’argent ne peut résoudre.

» On nous dit que le monde est avec nous alors qu’en réalité la majorité mondiale estime que la politique américaine est le comble de la folie. On nous dit qu’il n’y a aucune possibilité de faire la paix alors qu’en fait nous avons rejeté de multiples opportunités de règlement négocié. On nous dit que si l’Ukraine continue à se battre, elle améliorera sa position de négociation alors qu’en réalité les conditions ne feront que devenir bien pires que celles déjà proposées et rejetées.

» Néanmoins les mensonges réussiront à faire durer la guerre. Le Congrès s'appropriera davantage de fonds. La Russie occupera davantage de territoire. L’Ukraine mobilisera davantage de jeunes hommes et femmes pour alimenter le hachoir à viande. Le mécontentement va monter. Finalement, il y aura une crise à Kiev et le gouvernement Zelenski sera renversé.

» Et puis, quand la guerre sera finalement perdue, quand le pays tout entier reposera en ruines fumantes sur un bûcher funéraire qu’ils ont eux-mêmes fabriqué, les menteurs diront « eh bien, nous avons essayé ». Ayant empêché toute alternative, ayant diffamé tous ceux qui disaient la vérité comme des marionnettes au service de l’ennemi, les menteurs diront : « Nous avons fait de notre mieux. Nous avons tenu tête à Poutine.

» En fait, diront-ils, nous aurions réussi sans la cinquième colonne d’apologistes de Poutine qui a poignardé les Ukrainiens dans le dos. Puis, après avoir changé de blâme et se félicité, ils passeront allègrement à la prochaine guerre, comme ils se sont dirigés vers l’Ukraine après leurs désastres en Afghanistan et en Irak.

» Les mensonges sont nombreux, mais ils fonctionneront. »

«  Exact », a écrit Elon Musk, ami de Saks,  en commentaire de ce texte. Tout cela s’inscrit sur l’ombre terrible du “désastre d’Avdeyevka”, qui est d’abord et plus justement la “déroute d’Avdeyevka” puisque les soldats ukrainiens, exaspérés d’être laissés sans aide ni soutien sous de feu terrible des Russes, ont commencé à abandonner leurs positions ou à se rendre un jour avant que leur commandement ait ordonné une “retraite”, – pour “épargner, dirent-ils, la vie des soldats”, –parce qu’en effet, selon la bonne vieille tactique des frimeurs du mensonge, le mot d’ordre est : “ce que tu ne peux étouffer, embrasse-le !”.

C’est  ce choc terrible qui annonce le deuxième anniversaire de la guerre malgré les roulements de tambour des zombies de plateau et de cocktails qui continuent à nous parler de victoire en songeant à leur guerre d’après. Nous n’avons pas encore mesuré la force et l’orientation des ondes de choc de la fausse bataille d’ Avdeyevka laissée à une sorte de tuerie tandis que les “chefs”, les corrompus et les irresponsables, négociaient de mirobolants traités de sécurité et dressaient des plans de rétablissement sur des lignes de défense. Ceux-là, se détournant des petits fours et du champagne de la grande conférence annuelle de Munich, ils pourraient être parcourus par ce même frisson de l’antique Rome sans y rien comprendre par ailleurs, et se comportant comme s’ils étaient piqués par les tarentules de leurs mensonges, et ainsi devenus tels que Lucrèce les décrit, écrasés par « le poids du rien » de ces mêmes mensonges :

« Si seulement les hommes, qui ont bien, semble-t-il, le sentiment du poids qui pèse sur leur esprit et les accable de sa pesanteur, pouvaient aussi comprendre l’origine de ce sentiment, d’où vient cette énorme masse de malheur qui oppresse le cœur... [...] C’est ainsi que chacun se fuit soi-même, et cet être qu’il nous est impossible de fuir, auquel malgré soi, on reste attaché, on le hait — on est malade et on ne comprend pas la cause de son mal. »

Il y a de terribles possibilités pour que la “déroute d’Avdeyevka” dégage une telle amertume dans les esprits que même les résistants, les dissidents, tels et comme nous sommes en une sorte d’‘armée des ombres’, pourraient être saisis de cet  affreux ‘tædium vitae’ décrit par Sénèque et dont les corrompus de l’esprit et eux-mêmes tarentules du mensonge sont les porteurs de l'infection, les artisans les plus zélés, les plus irresponsables, les plus hystériques :

« Devant la vision apocalyptique d’un monde qui menaçait de s’écrouler au milieu des ruines de Rome et du massacre de ses plus éminents citoyens, un découragement sans bornes s’empara des âmes et des esprits les plus éclairés. »

Cela, c’est la menace qui pèse sur nous, notre risque, – et il faut le prendre et le courir... Car il est enfin possible, par complet contraste de ces terribles possibilités, que de tels chocs de la “déroute d’Avdeyevka” et de la « guerre des mensonges » nous placent enfin devant les vérités-de-situation que nous avons repoussées jusqu’ici, qu’elles nous les imposent, qu’elles nous y forcent et nous y contraignent.... Alors, on pourra commencer à croire que les morts de la “déroute d’Avdeyevka” n’auront pas été tout à fait inutiles.