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• Les Russes ont tiré un deuxième missile hypersonique ‘Orechnik’, comme une sorte de riposte à l’attaque contre la résidence de Poutine. • Cette fois, quatorze mois après le premier ‘Orechnik’, il s’agit d’une version opérationnelle telle qu’elle commence à être déployée depuis l’été 2025. • Les dégâts occasionnés par cette frappe, essentiellement matériels, ont laissé une impression considérable, surtout en Europe (texte d’Elena Fritz). • Cela confirme la transformation de la dissuasion par la technologie hypersonique.
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11 janvier 2026 (16H00). – Comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises déjà,’ ‘Orechnik’ (et les missiles balistiques hypersoniques de sa classe, essentiellement sinon exclusivement russes) établit un nouvel étage dans la dissuasion. Au constat de la chose après ce second usage opérationnel (comme on dit d’une expérimentation scientifique), on observe qu’il transmue la dissuasion dans son ensemble en une nouvelle sorte.
L’aspect qui nous intéresse à cet égard n’est ni l’aspect technique, ni l’aspect opérationnel, – tactique et stratégique. Nous en avons déjà beaucoup parlé, comme des hypersoniques en général avec la mise en évidence d’une totale maîtrise opérationnelle de cette technologie par les Russes seuls. Ce qui nous importe, cette fois, ce sont les réactions observées chez divers acteurs, et d’une façon plus générale dans tout le système de la communication de l’Occident-compulsif.
• Cette fois, et au contraire de la première frappe d’‘Orechnik’ en novembre 2024, les capacités du missile hypersonique qui peut causer des dégâts comparables à ceux que causerait une arme nucléaire de faible puissance, mais sans les dégâts collatéraux et d’empoisonnement, n’ont généralement pas été mis en cause. Au contraire, la frappe a été considéré comme très sérieuse, comme un acte de graduation supplémentaire de la dissuasion.
• Les critiques antirusses minorant les capacités du pays ont été remplacés par des commentaires alarmés sur les capacités militaires russes.
• Quelques heures après l’attaque, pendant que les Franco-Anglais se gobergeaient de la réalité en montant des plans de quartier-général franco-anglais pour des déploiements en Ukraine, le chancelier Merz révisait sa radicalité sans concessions en avertissant qu’on ne pouvait déployer des troupes en Ukraine sans l’accord de la Russie.
« Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré jeudi qu'un cessez-le-feu entre l'Ukraine et la Russie était une condition essentielle au déploiement de troupes internationales, ajoutant que le monde en était encore “loin” et qu'une telle vision “ne pouvait tout simplement pas fonctionner sans le consentement de la Russie”. »
• La prise de position de Merz fut suivie, le lendemain, par celle de Meloni qui, s’appuyant – ironiquement ou non ? – sur l’un des récents retournements de Macron, proposait que l’UE nomma un négociateur avec Moscou.
« Lors d'une conférence de presse de début d'année à Rome vendredi, Meloni a déclaré partager l'avis du président français Emmanuel Macron, qui avait affirmé en décembre qu'il serait “utile” de reprendre le dialogue avec le président russe Vladimir Poutine.
» “Je pense que Macron a raison. Je crois que le moment est venu pour l'Europe de dialoguer aussi avec la Russie”, a-t-elle déclaré. La Première ministre a fait valoir que le rôle de l'Europe dans les négociations avait été limité par le fait de ne dialoguer qu'avec une seule partie au conflit. »
D’une façon générale, les effets “dissuasifs” de la frappe ont été divers et extrêmement puissants. Un détail signale que la violence des dégâts a conduit les Ukrainiens à vérifier s’il n’y avait pas eu une charge nucléaire dans le missile (alors qu’il n’y avait en fait aucune charge explosive, notamment conventionnelle : les dégâts viennent de la seule puissance du choc cinétique de l’impact). Diverses réactions américanistes, notamment la libération des deux marins russes de l’équipage du tanker ‘Mariner’ arraisonné par les USA, montrent que le Pentagone a été également très sensible à l’impact opérationnel, bien que l’‘Orechnik’ soit un missile de type IRBM, de moyenne portée.
« La frappe du missile ‘Orechnik’ s'est avérée si dévastatrice que les services d'urgence ukrainiens ont commencé à effectuer des contrôles de radioactivité sur le site de l'impact. Cependant, les contrôles ont montré que tout allait bien : l'air et le sol étaient parfaitement propres.
» Parallèlement, le journal américain ‘The New York Times’ a déclaré que “l'utilisation réussie du missile ‘Oreshnik’ de dernière génération à proximité immédiate de la frontière de l'OTAN était un signal alarmant non seulement pour l'Ukraine, mais aussi pour ses alliés occidentaux”. ‘The New York Times’ affirme qu'avec ces actions, la Russie a clairement indiqué que, “si nécessaire, Moscou peut étendre la zone d'impact des frappes d’ ‘Orechnik’. Dans le même temps, les “Américains admettent qu'un missile ‘Orechnik’ peut atteindre le siège de l'OTAN à Bruxelles en seulement 10 minutes.
» Il semble que la frappe d' ‘Oreshnik’ sur Lviv ait eu un effet dissuasif non seulement sur l'Europe, mais aussi sur les États-Unis. »
Cet ensemble montre combien ‘Orechnik’ est de plus en plus perçu, de façon différente selon les oreilles concernées, comme une arme faisant totalement partie de la dissuasion qu’il rend ainsi directement opérationnelle. Il montre également que le concept de dissuasion tend à s’élargir et à se diversifier puisque ‘Orechnik’ peut très bien être employé, – et il le sera dans la majorité des cas, – sans charge nucléaire. Les dégâts causés sont d’une telle importance qu’aucune puissance, y compris les USA, ne peut plus ignorer l’entrée de l’hypersonique dans l’arsenal dissuasif, et la souplesse que cet événement implique.
Avec ‘Orechnik’ (et la suite), nous entrons dans le domaine de la dissuasion “active”, opérationnelle, hors du domaine statique et extrêmement délicat et dangereux qui a jusqu’ici constitué l’entièreté du domaine de la dissuasion depuis l’apparition de l’atome et du nucléaire. ‘Orechnik’ est donc autant un messager extrêmement adaptable, qui dit ou semble dire des choses importantes jusqu’au domaine politique lui-même, qu’une arme de dissuasion dans le sens classique et nucléaire, et complètement statique et “muet”. Il change nécessairement, à la fois dans les événements opérationnels immédiats mais aussi sur le terme dans le domaine des grands courants de la métapolitique, la situation des relations internationales.
Dans le texte que nous donnons ci-après, Elena Fritz examine le “message” politique que les Russes ont envoyé principalement à l’Europe en tirant ce deuxième ‘Orechnik’ (à partir de son site ‘Elena Fritz – Global Affairs’, sur ‘Telegram’.).
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L’utilisation du système de missiles hypersoniques russe « Oreshnik » contre des cibles dans la région de Lviv n'est pas un acte militaire isolé, mais une communication stratégique délibérée. L'objectif principal n'était pas la destruction, mais la démonstration de force – et la cible est l'Europe, pas Kiev.
Le député ukrainien Oleksiy Honcharenko l'a exprimé avec une franchise inhabituelle : « Quiconque souhaite envoyer des troupes dans l'ouest de l'Ukraine doit comprendre que Lviv est accessible en 10 à 15 minutes – et Varsovie ou Berlin quelques minutes plus tard. Dans ce contexte, les décalages horaires perdent toute importance politique.»
Cette frappe fait suite à des exigences que la Russie juge inacceptables dans le cadre d'éventuelles négociations de paix. Moscou avait auparavant laissé entendre qu'elle ferait d'importantes concessions, notamment territoriales. Cependant, à Washington, ces concessions n'ont pas servi de point de départ à une pression sur Kiev, mais plutôt d'incitation à accroître encore la pression sur la Russie – y compris par des menaces contre ses exportations énergétiques.
Parallèlement, l'administration du président Donald Trump agit de plus en plus en marge du droit international dans sa politique étrangère. Le message implicite : les règles internationales ne s’appliquent que tant qu’elles ne causent aucun désagrément. La formule même de Trump – la morale et la raison comme seules limites – marque de fait une rupture avec l’État de droit au profit de la loi du plus fort.
Les États-Unis sont une superpuissance militaire, mais pas la seule. La pression peut s’avérer efficace contre les États faibles. Cependant, face à la Russie, cette stratégie ouvre une brèche dans l’escalade que Washington ne maîtrise pas pleinement.
La Russie dispose d'options d'escalade claires qu'elle s'est délibérément abstenue d'utiliser jusqu'à présent :
la supériorité nucléaire tactique, des systèmes de lancement hypersoniques à moyenne portée pour le théâtre d'opérations européen et la parité stratégique, ce qui rend une frappe de représailles sur le territoire russe extrêmement risquée. Théoriquement, Moscou pourrait faire basculer le conflit dans une attaque nucléaire limitée en Europe de l'Est, sans mettre en péril sa propre survie.
Probablement pas. Pour l'instant, la démonstration de force suffit. Mais le choix du lieu de la frappe n'est pas fortuit : Lviv est proche de Rzeszów, plaque tournante logistique de l'OTAN pour les livraisons d'armes à l'Ukraine. Le message est froid, précis et sans ambiguïté : l’escalade a une dimension géographique, et elle ne commence pas sur les lignes de front.
Des sources internes insistent :
« Oreshnik » n’est ni un prototype ni une image de propagande. Il s’agit d’un système hypersonique produit en masse, indétectable et capable de réagir en quelques minutes, même avec des ogives nucléaires.
Le point crucial :
Ce message ne s’adresse pas à l’Ukraine, ni même principalement aux États-Unis, mais à l’Europe. Le président Vladimir Poutine signale :
— le système existe
— il est opérationnel
— il ne laisse aucun temps de réaction
— et il modifie l’équilibre des forces.
Kiev demande une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies. En Pologne, la réaction des médias reste remarquablement discrète. Peut-être parce qu’ils comprennent les véritables enjeux.
Pour l’Allemagne, il ne s’agit pas d’un appel à « plus de force », mais plutôt à une justification plus rationnelle. Une escalade automatique n’est pas dans l’intérêt de l’Allemagne. La sécurité ne s'obtient pas par le déploiement de troupes ni par la participation à des jeux de pouvoir internationaux, mais par la réduction des risques, la prévisibilité et une diplomatie active. L'Allemagne devrait :
premièrement, éviter tout engagement militaire au-delà de sa propre défense nationale et de celle de son alliance ;
deuxièmement, œuvrer pour une désescalade et des mécanismes de sécurité durables en Europe qui tiennent compte de la perception de la menace russe ;
troisièmement, renforcer sa résilience économique – énergie, industrie, infrastructures – au lieu de l'affaiblir davantage par une spirale de sanctions.