Introspection de la riposte iranienne

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Introspection de la riposte iranienne

Dans ce texte et selon sa démarche habituelle dont on connaît la valeur et l’orientation, E.J. Magnier expose le détail de la décision, des plans et des intentions de la riposte iranienne à l’assassinat de Soleimani. Comme à l’habitude, on sait quelles sont ses sources, à la fois sûres et nettement orientées. Mais dans un monde où la réalité est pulvérisée, la  vérité-de-situation se trouve dans la confrontation des narrative des acteurs, des observateurs et des commentateurs. Pour ce cas, nous dirons en espérant ne surprendre personne que nous accordons beaucoup plus d’intérêt et de véracité à la narrative iranienne ou de la tendance iranienne (de la tendance de l’“Axe de la Résistance”) qu’à la narrative américaniste, si seulement il y en a une plutôt que les myriades habituelles dans l’usine à gaz de “D.C.-la-folle”.

L’intérêt du texte de Magnier est surtout de nous faire pénétrer dans la psychologie des dirigeants iraniens au travers des ripostes envisagées, de la résolution affirmée, de la prise de responsabilité des conséquences. Il en découle aussitôt une meilleure compréhension de l’attitude américaniste après l’attaque et de ce que doivent être les effets psychologiques de la riposte iranienne.

Ce que nous montre le texte, et certainement ce que les Iraniens veulent montrer indirectement par leurs confidences et leurs explications, c’est l’affichage d’une résolution sans faille, d’une volonté absolue de ne rien accepter de la part des USA, de riposter à mesure même si cette mesure est celle de la guerre totale, et tout cela avec les moyens de le faire. Il apparaît, à lire ce texte, que les Iraniens étaient prêts à aller jusqu’au bout, c’est-à-dire au déclenchement de cette “guerre asymétrique totale”, qui semble une manière nouvelle et dévastatrice de défier et de mettre en très grande danger la puissance conventionnelle et nucléaire totale que prétendent être les USA.

Nous parlons ici encore bien plus de psychologie que de moyens militaires et de technologie, et l’on sait l’exceptionnelle, – exceptionnalisme américaniste oblige, – l’exceptionnelle faiblesse des USA dans la compréhension de la psychologie des autres ; d’où la surprise un peu effrayée qu’ils ont dû éprouver durant cette séquence... En effet, la résolution iranienne apparaît effectivement inébranlable et Magnier insiste sur le fait que les Iraniens sont le seul pays engagé dans la région, et peut-être l’un des seuls voire le seul pays au monde, qui n’acceptera pas de se soumettre, même par simple choix tactique et temporaire, au diktat irresponsable des USA. Dans cette remarque, la Russie, bien que plutôt amie de l’Iran, est citée : « Lorsque les USA ont bombardé des centaines de sous-traitants russes qui traversaient l’Euphrate à la hauteur de Deir Ezzor, en Syrie, pour pourchasser le reliquat de militants de Daech, la Russie a choisi de ne rien faire. Aucun pays ou armée du Moyen-Orient n’a osé défier les USA, notamment lorsque ceux-ci y ont déployé des dizaines de milliers de militaires et d’effectifs. Seul l’Iran s’oppose directement à l’hégémonie et à la puissance militaire des USA. »

Maintenant, voyons un point qui nous intéresse grandement et qui, d’une certaine façon, constitue un bon indicateur des positions des uns et des autres dans cette séquence.  Comme l’on sait, nous avons beaucoup d’intérêt pour la cause du comportement si inhabituel du Pentagone, qui nous distille au goutte-à-goutte les nouvelles des dizaines de blessés US à la suite de l’attaque iranienne pour, à la fois et paradoxalement, faire mieux passer en douceur le suppositoire et nous rappeler constamment qu’il s’agit d’un suppositoire. Cela signifie, en consultant le texte de Magnier comme lui-même l’écrit, que dans les hypothèses que nous  envisagions hier pour expliquer ce comportement du Pentagone, nous choisirions celle où il est dit : « Ou bien encore, le comportement si inhabituel du Pentagone est-il fait pour souligner la puissance des Iraniens et les risques que courent les forces US dans la région, cette attitude contre ceux des dirigeants civils trop neocon (les exemples ne manquent pas), ou trop inconscients, comme Trump par instants, qui s’engageraient sans hésiter sur la voie de l’affrontement ? C’est une hypothèse audacieuse, mais rien ne doit être exclu dans le domaine de l’audace, aujourd’hui à “D.C.-la-folle”. »

Voici le passage (en conclusion) du texte de Magnier où nous voyons éclairés le comportement du Pentagone et quelques autres aspects de cette séquence d’affrontement très intense où les uns et les autres, selon leur attention et leur capacité de compréhension des choses hors de soi-même, ont plus ou moins beaucoup appris les uns sur les autres... « La magie s’est retournée contre le magicien et Trump a offert à l’Iran un immense cadeau en lui permettant de bombarder son armée et de le défier ouvertement. Trump n’a pas osé annoncer le nombre de victimes la première semaine. Le Pentagone a commencé à dévoiler une partie de la réalité chaque semaine. Les USA, et non pas l’Iran, montrent ainsi qu’ils ont peur. »

• Comme on le lit, les deux dernières phrases, – « Le Pentagone a commencé à dévoiler une partie de la réalité chaque semaine. Les USA, et non pas l’Iran, montrent ainsi qu’ils ont peur », –vont dans le sens de l’explication de la crainte du Pentagone pour ce qui concerne l’idée d’affronter l’Iran, qui est communiquée indirectement par ce dévoilement très soft mais significatif des pertes subies par les forces US ;
• Là où nous avons une perception différente, c’est sur le constat que « Trump n’a pas osé annoncer le nombre de victimes la première semaine », puisqu’il a réagi aussitôt en annonçant qu’il n’y avait aucune perte, alors qu’effectivement il est tout à fait probable qu’on ne savait pas encore précisément les résultats de l’attaque et qu’on ne pouvait encore confirmer rien de précis ; tout cela avant, dans les jours suivants, de noyer le poisson en écartant les questions sur les blessés d’une façon cavalière et totalement indifférente, caractéristique de Trump ; 
• Mais ce passage veut également signifier au lecteur que la perception de la séquence est bien que les USA ont accepté d’être frappés par l’Iran sans riposter, certainement par crainte d’un enchaînement de ripostes où ils avaient beaucoup, beaucoup à perdre. La “pression maximale” n’est pas une exclusivité US (sanctions US contre l’Iran), et il s’avère que les Iraniens sembleraient savoir en user également dans le domaine de la psychologie, – d’ailleurs, pour la seule raison qu’ils ne bluffent pas dans l’affichage de leur résolution.

Encore une fois, il s’agit d’une analyse qui vient d’un côté et qui nous offre la version iranienne. Encore une fois, nous ne pouvons assurer la validité de la version iranienne mais nous serions tentés de pencher vers elle, ne serait-ce que pour la seule cause antagoniste de la puanteur et de la pourriture de toute version-Système de provenance américaniste, où s’empilent simulacre, mensonge, corruption de la psychologie et néantisation de l’esprit, et entraînement joyeux à l’autodestruction. Il est effectivement question, dans ce cas, d’une histoire de suppositoires...

Quoi qu’il soit, nous ne pouvons que confirmer notre appréciation que la mort de général Soleimani est bien un “assassinat métahistorique” qui change le sens et l’orientation du récit des événements dans la région, et au sein du tourbillon crisique de la Grande Crise d’Effondrement du Système... Le texte ci-dessous est donc de Elijah J. Magnier (traduction de Daniel G.), du 1erfévrier 2020.

dedefensa.org

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Comment l’Iran en est venu à riposter 

Peu après minuit le 3 janvier, la nouvelle de l’assassinat du major général iranien Qassem Soleimani, du brigadier général Hussein Pourjafari, du colonel Shahroud Muzaffari Nia, du major Hadi Tameri et du capitaine Wahid Zamaniam est parvenue à l’ambassade de l’Iran à Bagdad. Des officiers à l’ambassade étaient en contact avec le convoi lorsque la communication s’est soudainement interrompue. Sardar Soleimani jouissait d’une immunité diplomatique et avait été invité officiellement par le gouvernement irakien à contribuer à la défaite de Daech. De plus, l’attaque contre le convoi s’est produite à proximité d’un point de contrôle irakien, où l’on savait que le commandant irakien Abou Mahdi al-Muhandes et l’équipe assurant sa protection faisaient partie du convoi. La nouvelle a été communiquée à Téhéran, puis à la demeure du guide de la Révolution iranienne Sayyed Ali Khamenei.

« À Dieu nous appartenons et à lui nous retournerons. » C’est ce verset du Coran qu’un croyant prononce lorsqu’il apprend la mort d’une personne qu’il connaît de loin ou de proche. C’est un rappel que tous les êtres humains sont mortels. Ce fut la première réaction de Sayyed Khamenei lorsque la nouvelle de la mort « d’un fils » lui est parvenue. Ce qui montre jusqu’à quel point Sardar Soleimani était proche de Sayyed Khamenei. Soleimani détenait le titre de « martyr vivant » en raison des nombreuses fois où sa vie a été mise en danger en combattant Daech et al-Qaeda en Irak et en Syrie. 

Le premier janvier, Soleimani a quitté Beyrouth et a dormi en Syrie, pas loin de l’aéroport de Damas. À chacun de ses voyages en Syrie, il réunissait tous ses commandants après la prière du matin, juste avant le lever du soleil, pendant tout au plus deux heures. Ce jour-là, tous les commandants sont restés pendant le déjeuner et n’ont été autorisés à partir qu’au coucher du soleil. Soleimani n’arrêtait pas de parler, en donnant ses instructions à son équipe de commandants au Levant. Le capitaine Wahid Zamaniam était son compagnon inséparable. À son arrivée à l’aéroport de Bagdad, le major général était accueilli par des responsables iraniens et irakiens lorsqu’un drone américain les a tous assassinés.  

Selon une source bien informée au sein de l’Axe de la Résistance, lorsqu’il a été mis au courant de l’assassinat, Sayyed Khamenei a convoqué une réunion de ses commandants dans les heures qui ont suivi le meurtre, en donnant les instructions suivantes : « Préparez-vous à une riposte dure. Nous devons déclarer notre responsabilité directe, pour que nos ennemis sachent que nous les affrontons ouvertement et non d’une manière lâche comme les USA l’ont fait en tuant Soleimani et ses compagnons. Frappez durement l’armée américaine pour briser leur arrogance là où ils ont perpétré ce vil assassinat. » 

Bon nombre de scénarios ont été présentés à Sayyed Khamenei. Le premier choix était Ayn al-Assad, la base aérienne la plus importante et imposante en Irak, là où le président Trump avait atterri et qu’il considérait comme l’endroit le plus sûr en Irak. L’Iran connaît cette base dans ses moindres détails. Ses drones et ses services du renseignement avaient suffi pour savoir ce que contenait chaque hangar et installation de la base.

Une deuxième frappe était également prévue contre une base US à l’extérieur de l’Irak de l’autre côté du golfe Persique, qui aurait été plus puissante et douloureuse que le premier objectif, au cas où les USA auraient riposté à la frappe d’Ayn al-Assad. 

Une troisième frappe était également dans les plans, qui aurait été encore plus puissante et dévastatrice que les deux premières, contre la base US la plus importante du Moyen-Orient. Cette frappe visait à faire de nombreuses victimes, un nombre de loin supérieur à toutes représailles possibles des USA.

Trois plans et trois scénarios donc, tous prévus pour être exécutés l’un après l’autre pour en faire trois frappes consécutives. Sayyed Ali Khamenei a approuvé ces trois ripostes, évitant ainsi à ses commandants d’avoir à le convaincre pour obtenir sa bénédiction. Sayyed Khamenei a ensuite demandé à ses commandants de revenir pour obtenir de nouvelles instructions et appeler à une mobilisation générale au pays, qui aurait déclaré une guerre ouverte contre les USA en cas de ripostes militaires des USA contre toutes les frappes iraniennes. Pour ce dernier scénario, Sayyed Khamenei a ordonné un plan prévoyant le lancement simultané de centaines de missiles contre toutes les bases militaires américaines dans les pays entourant l’Iran, au Levant et ailleurs. Tous les alliés de l’Iran au Moyen-Orient auraient été impliqués et les alliés des USA auraient été frappés directement. Mais cette décision ultime devait être réévaluée une dernière fois par Sayyed Khamenei.

C’est ce scénario prévisible que s’est évité le président des USA en décidant de ne pas intervenir, malgré les souffrances humaines et la destruction infligées dans l’attaque de la base militaire d’Ayn al-Assad. 

« L’Iran n’a utilisé aucun missile provenant de ses silos pour frapper les cibles américaines à Ayn al-Assad. Bien au contraire, les missiles étaient déployés ouvertement et prêts à être lancés deux jours avant, au vu et au su des satellites US. L’Iran n’arrêtait pas de recevoir des messages de diplomates lui demandant de s’abstenir de représailles ou d’en limiter la portée. Toutes ces demandes ont été rejetées. L’Iran a évité de surprendre les USA; s’il avait voulu le faire, les missiles auraient été lancés à partir de ses silos sans avertissement. C’était un affront direct à l’hégémonie américaine. De plus, l’Iran a informé les USA que la frappe allait avoir lieu, défiant encore plus le président Trump et son arsenal militaire au Moyen-Orient pour montrer qu’il ne craignait pas les conséquences », a expliqué la source. 

L’Iran a envoyé ses drones survoler les bases US au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite, dans les Émirats et dans d’autres pays avoisinants. C’était un signal montrant que Téhéran s’était préparé pour la guerre et une indication de ce qui fait partie de sa panoplie d’objectifs. Les dirigeants de l’Iran étaient prêts à dépasser le point de non-retour si nécessaire. 

Personne en Iran n’est prêt à abandonner son programme de missile qui est devenu la fierté du peuple iranien et de ses forces armées. Lorsque les USA ont bombardé des centaines de sous-traitants russes qui traversaient l’Euphrate à la hauteur de Deir Ezzor, en Syrie, pour pourchasser le reliquat de militants de Daech, la Russie a choisi de ne rien faire. Aucun pays ou armée du Moyen-Orient n’a osé défier les USA, notamment lorsque ceux-ci y ont déployé des dizaines de milliers de militaires et d’effectifs. Seul l’Iran s’oppose directement à l’hégémonie et à la puissance militaire des USA. 

L’Axe de la Résistance a confirmé l’équilibre de la peur et l’imposition d’une politique de dissuasion sur les USA au Moyen-Orient. L’Iran a défié ouvertement les USA en revendiquant sa responsabilité sans craindre les conséquences. Les USA ont confirmé jusqu’ici que 64 personnes ont subi des contrecoups de l’attaque iranienne. Un peu plus tôt, l’Iran avait annoncé « pas moins de 80 victimes américaines ». 

Le président Trump croyait vivre un moment historique de sa vie, où il pouvait faire tout ce qu’il voulait sans craindre les conséquences. Il croyait qu’aucun pays du monde n’oserait le défier. On lui disait aussi que l’Irak était divisé, qu’aucun gouvernement ne contesterait la violation de sa souveraineté et que l’Iran n’était plus toléré en Mésopotamie. On lui a probablement dit que le feu mis à deux consulats iraniens suffirait à faire partir l’Iran de l’Irak. Peut-être s’imaginait-il que l’assassinat de Sardar Qassem Soleimani resterait impuni, quand il s’est vanté d’en avoir tué « deux pour le prix d’un ». Lui et son équipe de bellicistes croyaient (et croient encore selon moi) que sa « pression maximale » et ses dures sanctions feraient plier l’échine à l’Iran et l’obligeraient à demander grâce. Il disait attendre l’appel téléphonique de l’Iran, ce qui en dit long sur sa méconnaissance de l’Iran, de sa mentalité, de sa culture, de sa patience, de sa rigueur et de sa fierté. 

La magie s’est retournée contre le magicien et Trump a offert à l’Iran un immense cadeau en lui permettant de bombarder son armée et de le défier ouvertement. Trump n’a pas osé annoncer le nombre de victimes la première semaine. Le Pentagone a commencé à dévoiler une partie de la réalité chaque semaine. Les USA, et non pas l’Iran, montrent ainsi qu’ils ont peur.

« Toutes les bases militaires US sont devenues une menace pour les pays où elles se trouvent au Moyen-Orient. Ces bases ne servent plus à protéger ces pays et constituent pour l’Iran une liste imposante de cibles parfaites. Aucun endroit ne sera sûr pour les forces US au Moyen-Orient si elles dépassent la ligne à ne pas franchir, comme ce fut le cas après l’assassinat de Sardar Soleimani », a précisé la source.

Elijah J. Magnier