Inéluctabilité d’‘Ukrisis

Bloc-Notes

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

 4783

Inéluctabilité d’‘Ukrisis

• Même si l’attaque de Makeyevka peut être considérée comme une des tragédies inhérentes à toutes guerres, elle joue un rôle important dans le développement du formidable affrontement de communication (simulacre versus VdS, si l’on veut). • Elle fixe pour la Russie l’inéluctabilité du rôle des USA dans la guerre en cours. • Elle conduit finalement à la question de l’attitude des USA dans le cas de plus en plus évident d’une victoire de la Russie cotre l’Ukraine.•  Bien entendu, c’est  la question fondamentale, qui donne l'importance écrasante d'‘Ukrisis’.

Nous voilà assurés quant à la poursuite et à l’accentuation de la guerre de la communication. C’est le cas si considère le véritable effet de communication de ces deux déclarations qui viennent souligner l’état des antagonismes après l’attaque ukrainienne de Makeyevka qui a fait près de cent morts parmi des soldats russes qui se trouvaient au repos dans une école réquisitionnée de la ville. Effectivement, ce qui nous ilmporte dans ces deux interventions prises pour exemplaire n’est pas tant leur validité opérationnelle que leur puissance de communication.

• La première de ces déclarations vient directement de Poutine, annonçant la mise en service du premier navire de combat équipé de missiles de croisière hypersoniques ‘Zircon’.

 « Le premier navire de guerre russe équipé de missiles de croisière hypersoniques Zircon, la frégate ‘Amiral Gorchkov’, a commencé son service de combat de routine mercredi.

» Le président russe Vladimir Poutine a supervisé la cérémonie par liaison vidéo. Il a déclaré que le missile Zircon était une “arme unique” et qu’“aucun autre pays ne possède quelque chose de comparable”. “Je suis sûr qu'un armement aussi puissant nous permettra de défendre fermement la Russie contre les menaces étrangères potentielles. Il contribuera à préserver les intérêts nationaux de notre pays”, a-t-il déclaré. »

• La seconde vient du chef du renseignement ukrainien, enchaînant manifestement sur le “succès” de la frappe de Makeyevka, promettant des frappes « de plus en plus en profondeur » sur le territoire russe.

« Il y aura de nouvelles frappes en territoire russe, a déclaré mardi Kirill Boudanov, le chef du renseignement ukrainien.  [...] Parlant avec ABC News, Boudanov s'est vu demander si c'était l'Ukraine qui avait mené une récente attaque contre une base aérienne russe [la base de Engel]. “Je ne peux pas donner de réponse pour l'instant à cette question. Seulement après [la] fin de cette guerre”, a-t-il répondu, ajoutant toutefois qu'il était “heureux” d’avoir vu se faire  cette attaque. [...]

» Budanov a poursuivi en prédisant que la Russie était sur le point de faire face à de nouvelles attaques. Ces frappes seraient “de plus en plus en profondeur” sur le territoire russe ; faisant allusion au fait que cela s'appliquerait également à la Crimée. »

Ces deux interventions ne sont pas données à titre opérationnel mais plutôt du point de vue de la communication dans un moment significatif, après que la partie dite de “l’Ouest collective”, surtout au niveau de la presseSystème poussée par la fraction neocon après l’attaque de Makeyevka à laquelle il a été donné un maximum de publicité et qui est plutôt considérée, de ce point de vue de la communication, comme une “grande victoire ukrainienne” et célébrée en tant que telle (bien que chaque jour ont lieu des pertes très souvent largement supérieures de soldats ukrainiens) ; et, par conséquent, tout cela relançant le simulacre des certitudes de ces milieux sur une victoire ukrainienne contre la Russie..

Certains commentaires, du côté prorusse, ont été très durs pour les autorités russes par rapport aux précautions à prendre, à la surveillance, à la défense des objectifs, etc. C’est le cas de SouthFront.org, et ici c’est bien entendu à nuveau le caractère de la communication que nous voulons mettre en évidence, notamment tel que cet incident a été perçu par l’interprétation qui en est donnée, – et donc son poids d’une importance similaire qui pèse sur l’évolution des perceptions et des résolutions dans ce conflit. Une fois encore et une fois de plus, l’aspect du jugement opérationnel ne nous importe pas ici...

« L'armée russe combat en Ukraine depuis plus de dix mois, mais certains de ses hauts commandants n'ont pas encore appris que les installations sociales non fortifiées, comme les écoles, sont des cibles principales et faciles pour l'artillerie ennemie.

» L'incompétence des officiers russes qui ont pris une telle décision a provoqué une vague d'indignation parmi les militaires et divers spécialistes qui ont exigé leur sanction. L’attaque sanglante a même suscité des soupçons de trahison dans les rangs du commandement militaire russe. Compte tenu des lourdes pertes, du moment de l'attaque et de la grande valeur informative d'un coup majeur porté à l'armée russe au Nouvel An, la trahison semble être une version très probable. L’attaque de Makeyevka s’inscrit dans la lignée d’autres échecs suspects de l'armée russe, et peut être comparée à la défaite du croiseur Moskva. »

Ces divers commentaires et réactions viennent alors que les considérations sur l’évolution du conflit se font de plus en plus pressantes. Il y a manifestement une fraction en Europe, et même aux USA, qui espère, – on dira selon notre point de vue, qui “espère encore” qu’un arrangement s’imposera forcément aux deux adversaires. C’est le cas de ce général allemand, fraîchement à la retraite après avoir commandé les forces terrestres alliées Centre-Europe (OTAN) et qui donne bien entendu un avis se situant à l’intérieur des “nuances” du Système, reflétant une partie des conceptions de l’OTAN et surtout des forces armées allemandes :

« “Je m'attends à une impasse au début de l'été”, a déclaré le général Hans-Lothar Domröse aux journaux du groupe de médias allemand Funke dimanche, estimant qu'à ce moment-là, les deux parties auront le sentiment que la poursuite des combats n'est "plus d'aucune utilité".

» Entre février et mai, il est probable que les deux parties se rendront compte "qu'elles s'enlisent", a déclaré l'ancien général, ajoutant que ce sera le moment d'entamer des négociations de cessez-le-feu.

» “Nous aurons une trêve dans le courant de l'année 2023", a prédit Domröse, avertissant que cela ne signifierait pas une paix durable immédiate. "Un cessez-le-feu signifie : Nous arrêtons de tirer", a-t-il dit, mais les négociations sont "susceptibles de prendre beaucoup de temps”. »

Selon nous, Domröse donne là une position “modérée” des atlantistes, soucieux avant toutes choses d’éviter un conflit direct de l’OTAN avec la Russie. Mais son évaluation est basée sur les analyses et conceptions que ces milieux ont de la puissance et de la détermination russes, qu’ils placent à peu près à parité avec celles de l’Ukraine. C’est à notre sens un des aspects les plus voyants du simulacre que l’“Ouest collectif” entretient pour lui-même grâce à la puissance formidable de la propagande alimentant ce simulacre.

Les deux exemples proposés en début de texte illustrent pour notre compte la distorsion de ce simulacre. La partie ukrainienne annonce des frappes “de plus en plus profondes en territoire russe” : on peut toujours le dire sans préciser de quoi seront faites ces frappes, sans même poser la question de la capacité de pénétration. La partie russe, exprimée par Poutine annonce un début opérationnel de systèmes bien identifiés, inarrêtables, à la portée considérable, y compris dans le champ tactique, et porteurs de munitions à la capacité monstrueusement démultipliée grâce à l’énergie cinétique. (Les hypersoniques, sous d’autres modèles, sont déjà en service dans des porteurs aériens, comme le ‘Kinzhal’ sur MiG-31.) Cette simple différence montre bien que les évaluations de la puissance russe par le simulacre atlantiste ne rendent aucun compte de la véritable puissance russe. La même chose pour les forces terrestres diverses, et même, et surtout, pour la détermination.

La capacité d’arrêter des frappes telles que celles de Makeyevka, tout comme celles que subit le Donbass, si elle est aidée par des mesures défensives et de vigilance accrue, ne peut être véritablement établie que, justement, par “la profondeur” en sens inverse, – sur le territoire ukrainien. Ce qui suppose des avancées russes considérables bien plus que l’impasse dont se berce le général Domröse. Il s’agit alors de l’offensive importante que tous les experts indépendants, c’est-à-dire sérieux, – Macgregor, Ritter, Mercouris & Cie, – prévoient pour les semaines et les mois qui viennent. Il n’est alors plus question d’“impasse” mais de victoire russe, qui devient alors pour la Russie, pour Poutine, pour Medvedev, la seule issue envisageable.

C’est-à-dire que, par des chemins divers et au travers d’une jungle folle de la communication et du simulacre, on se rapproche de plus en plus du point où se profilerait une question fondamentale : si la Russie commençait à montrer qu’elle est en train de gagner, que feraient l’OTAN et les USA, – et surtout : que feraient les USA ? Plus encore, cette question se dessine déjà dans le fait que les Russes ont jusqu’ici pris attention de ne pas s’en prendre directement à des centres de commandement et à des centres de concentration de divers services OTAN et surtout US se trouvant en Ukraine. Cette attention des Russes fait l’objet de pressions grandissantes, de la part de l’armée et du public russes réclamant que l’on riposte contre ces divers points tactiques et stratégiques (US) qui jouent un tel rôle en Ukraine. (Les Russes les connaissent parfaitement, Lavrov citait récemment la connaissance que les Russes avaient du centre de la CIA u sein du SBU ukranien, ou des bureaux opérationnels de l’attaché militaire US, de centres de “mercenaires” US, de matériels US, etc.)

Comme d’autres (M.K. Bhadrakumar, comme l’on voit par ailleurs), Mercouris croit qu’il existe un accord tacite entre Russes et US entre d’une part l’absence d’interventions ukrainiennes trop marquées contre la Russie elle-même avec du matériel US avancé qui serait livré à l’Ukraine, et d’autre part une restriction des attaques russes contre des centres US parfaitement identifiés. On a pourtant noté, cette fois, l’attention que les Russes ont prise à toujours pentionner que les systèmes ayant frappé à Makeyevka sont de “de fabrication américaine” ...

« Quoi qu'il en soit, bien que les services de renseignement russes aient une bonne idée de l'emplacement des officiers de l'OTAN qui mènent les opérations en Ukraine, ils n'ont pas été pris pour cible jusqu'à présent. C'est pourquoi la décision du ministère russe de la Défense, lundi, de souligner que des missiles Himars fournis par les États-Unis ont tué des dizaines de soldats russes dans la nuit de dimanche à lundi, a dû provoquer un certain malaise à Washington. » (Bhadrakumar.)

Combien de temps un tel “accord tacite” peut-il tenir, par exemple sous la pression des neocon relançant leurs cris de guerre jusqu’au cœur de la Russie après l’attaque de Makeyevka, et les pressions du côté russe sur le gouvernement pour des ripostes beaucoup plus dures, touchant les éléments US dont la responsabilité est avérée ?

«... Mais ce genre de chose, d’accord implicite, tend à être extrêmement instable et, avec les neocons qui ne cessent de pousser vers des mesures maximales, vous pouvez aisément imaginer comment cette sorte d’entent tacite peut s’effondre... Probablement, éventuellement, sous la poussée de certains événements, nous allons voir une certaine escalade du côté russe... Il y a des lignes rouges, des règles, mais dans des conditions pareilles, les restrictions si délicates peuvent s’effacer très rapidement, et finalement je ne crois pas que ces [arrangements implicites] tiendront... » (Mercouris)

Effectivement, c’est également notre conviction. Il existe déjà un état de mobilisation partielle du côté de la Pologne dont on ignore le but réel. L’orientation des événements semblent irrésistiblement poussés vers l’affrontement ; sans oublier pour autant, – référence au désordre plutôt qu’à la volonté d’arrangement, – qu’il existe l’élément de la situation intérieur du système de l’américanisme...

Car, n’en déplaise au catéchisme courant nous continuons à penser que la situation intérieure de la direction US face aux convulsions ukrainiennes est beaucoup plus fragile que la situation intérieure de la direction russe. Ce n’est pas une note d’espoir un peu utopique, c’est une note de réalisme interprétée selon l’écho inédit du sol mystérieux d’une terra incognita.

 

Mis en ligne le 5 janvier 2023 à 09H45