Impuissance dans l’erreur nucléaire

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Impuissance dans l’erreur nucléaire

2 mai 2024 (18H55) – Par ailleurs, pour qui sait chercher sur ce site foisonnant de dedefensa.org, il verra que, pour Orlov, le ‘IIIème dernière’, la nucléaire, c’est du pipeau, dans tous les cas dans la situation actuelle. Je ne suis pas très loin, à peine quelques mètres, d’avoir le même jugement. Mais mon sentiment n’est ni politique, ni idéologique, ni technico-technologique ; il est fait d’un curieux mélange d’intuition, de mépris, de perception sarcastique, et d’une incroyable croyance, non pas à la bêtise, ni à la connerie toute pure, mais une incroyable croyance en l’inutilité humaine, réfugiée dans une sorte d’impunité de la bêtise, au point de la très-GrandeCrise où nous nous trouvons aujourd’hui, tout au fond de l’ornière en carton-pâte, les quatre roues en l’air...

Nous sommes, tels qu’on nous voit, en train de consulter notre ‘Aïe-phone’ pour guetter les dernières nouvelles et savoir si l’on ne parle pas de notre accident, qui a eu lieu comme vous le savez à cause d’une mine nucléaire que les Russes avaient creusé sous notre course véloce et sublime, comme un vol aussi puissant que le divin Achille, aussi arrangeur et bon négociateur que l’habile Ulysse.

Note de PhG-Bis : « Par “inutilité humaine”, PhG entend une totale incapacité à être, dans un sens ontologique, la moindre partie de ce qu’il prétend être, – en totalité, en plus, le rustre ! Pour être  plus précis, cela signifie que s’il n’était pas là, la situation serait moins différente que si un berger de Beauce manquait à l’appel. Ainsi l’homme est-il parvenu à son point le plus bas, au-dessous du sous-sol, et PhG de nous rappeler un commentaire de lecteur pour le texte saluant la mort de ses chiennes ‘Margot’ et  ‘Klara’ :

» “Dans un deuxième texte consacré à Margot, ou plutôt aux réactions qu’avait suscitées le premier texte sur sa mort, il y avait notamment ceci, d’un ami de ce temps-là,qui fit des études de métaphysique : « Évoquant les sentiments que j’éprouvais pour Margot, “dont je ne sais plus, à l'heure actuelle, s'il faut admirer les traits ‘humains’ au détriment de son ‘animalité’ (ce qui serait presque dégradant étant donné la bassesse de ‘l’humanité’), ou bien plutôt l'inverse”, – cet ami précisa : “Comme l'avait indiqué un Schelling, martelant sur la tête des ‘philosophes’ un vieux dogme théologique : ‘Malheureusement, l'homme ne saurait être qu’au delà ou en deçà de l'animal’. On sait ce qu'il en est de nos jours de l’‘humanité’”.»

Pas de Troisième Guerre Mondiale, disais-je ? Et pourquoi donc, s’il vous plaît !... Mais non pourtant, je ne dis pas cela en passant, éventuellement comme on exorcise, non, j’y crois vraiment. Ce qui fait que je me trouve empêché de croire à la capacité de l’homme de déclencher sa Troisième dernière et précisément par erreur (c’est là le vrai du propos), c’est à première vue, un mélange peu ordinaire de maladresse, d’ignorance, de trouille cosmique, de croyance dans les contes de bonne maman et de fascination absolument totale pour ses propres mensonges qui les tiennent à la gorge d’une façon aussi vulgaire et méchante que lorsqu’on vous tient par les couilles. Cela, c’est pour le détail des capacités humaines en jeu pour cette hypothèse de catastrophe.

De l’autre côté, je veux dire pour ce qui est des mécaniques et technologies menant à l’emploi des bombes “plus claires que mille soleils”, je crois qu’il s’est bâti une telle muraille de bureaucratie, de chaîne d’analyses, de vérifications, de contre-vérifications, décisions assorties d’appréciations mesurées de toute décision, de commandements lancés avec détermination mais pourtant soumis à révision in-extremis, de consultation d’un avocat avant d’autoriser l’erreur que personne n’a vu venir, – ou pour le général chargé d’exécuter les ordres de savoir si l’ordre de tir du président est légal, –  , qu’on se retrouve dans une jungle de lianes et d’entrelacs d’où il est, je crois bien, devenu  impossible de sortir un seul bras au bout de laquelle se trouverait une main pleine de doigts, – au moins cinq, selon la CIA, confirmée par le MI6 qui avait dit “six” mais qui se range toujours derrière l’avis de l’Anglais (ou Langley), – dont l’un serait chargé d’atteindre par erreur pour appuyer sur lui à l’aide de son inattention, sur leur fameux “bouton rouge” veux-je dire, qui nous fit, je vous l’assure en tant que témoin de première main à cinq doigts, si souvent trembler durant la Guerre Froide.

Note de PhG-Bis : « Est-il nécessaire de préciser que, selon PhG et selon cette description où il a mis beaucoup de lui-même, on parle de ‘notre’ côté, le côté américaniste-occidentaliste. De l’autre côté, les Russes, Chinois & Cie savent se tenir tout seul. Il était inutile de le préciser mais il est toujours utile de la dire. »

Mais je vais être un peu plus sérieux, passés la mention rassurante sinon festive du torrent de médiocrités coulant à flot extraordinairement tumultueux, actuellement dans le sillon humain qui se débat au milieu de cette formidable jungle bureaucratique. Je crois qu’il existe quelque chose de plus (imaginez ‘plus haut’, ‘plus grand’, ‘plus élevé’, dans le sens que certains accordent à l’Élévation) qui constitue la barrière suprême pour l’utilisation de cet engin.

Cette complexité composant cette barrière, d’où l’extrême difficulté de la franchir, s’est à mon sens imposée d’elle-même, à partir de sa première utilisation de juillet 1945 et à cause d’elle-même et de ce qu’elle savait être elle-même comme quelque chose qui apporterait l’absolutisme de la mort. A cette occasion et quoiqu’à posteriori parce qu’Oppenheimer utilisa la formule bien plus tard, la Bombe se baptisa elle-même en accompagnant l’Élévation de la Révélation : « Je suis la Mort ». Tout cela conduit à comprendre que, pour écarter cette barrière qui interdit finalement de parvenir à l’erreur fatale, il faut avoir une force, même dans l’aveuglement et la sottise, qu’ils n’ont pas ; il faut être le Diable comme s’il était un dieu, et ces créatures qui se prétendent nos élites ne sont ni l’un ni l’autre ;

Ce que je veux parvenir à dire, c’est que des caractères si légers, si inconsistants, des cultures si déplorables, des excitations si artificielles qu’on ne trouve que dans les rassemblements de camés mondainement parisiens, – cette espèce de dynamique d’aimantation (mue par un aimant) des plus bêtes et des plus transparents, – tous ces troupeaux bon-chic bon-genre ne peuvent montrer assez de force même dans leur maladresse, dans leurs jugements erronés, dans leurs paniques incontrôlables, pour commettre des erreurs suffisantes pour nous conduire à l’innommable situation que j’évoque.

Ce que je dois absolument parvenir à dire, c’est que notre médiocrité  est telle, notre stupidité  passive si impressionnante, notre conformisme rangé sous les bannière les plus infâmes, nos cruautés les plus hypocrites, nos haines les plus cuités et recuites, nos piètres passions petites-bourgeoises, nos pince-fesses de culs qui n’existent plus puisque le sexe et le genre nous ont échappés,  – tout cela, vous comprenez, fait en sorte que nous ne méritons certainement pas l’ampleur cosmique d’une guerre nucléaire. En un sens, “vraiment trop cons”, –comprenez-vous ce que je veux dire ? Non seulement, nous n’avons pas les moyens de déclencher une guerre, même par erreur, mais en plus elle nous sera refusée par les autorités suprêmes, les dieux réunis en Conclave à L.os Alamos qu’ils viennent de saisir et de faire transporter sur l’Olympe.

Alors, pour dissimuler, pour montrer qu’on sait monter des monts irréels, incroyables contreforts de notre simulacre d’Himalaya, où se cacheraient notre sagesse et notre sérénité, notre sûreté de nous-mêmes et notre grandeur sans fin, on s’acharne dans la production d’autant de  ‘Troisièmes Guerres Mondiales’ de pacotille, agitant nos petits bateaux qui voguent sur l’eau et nos chars si lourds qu’ils s’enfoncent dans la boue et l’on fait défiler cela devant les monceaux de cadavres ukrainiens qui prouvent bien que la guerre gronde. Et l’on clame que la voilà, la Troisième dernière !  Qu’il suffit de la dire, d’en faire des déguisements, des montages, des Fake de toutes les couleurs et capables de changer de genre, de 1 jusqu’à 10 !

Et puis la cloche sonne, toute électronique, déclenchée par un surveillant général déguisé en Intelligent Artificiel, et c’est la fin de la récréation... Bientôt, nous partirons sur la route des vacances, chargés du savoir nouveau, ayant vaincu, écrasé sous les bombes de nos affirmations catastrophiques les  infâmes monstres qui se terrent à l’Est et n’osent même plus nous attaquer.

Ainsi sera-t-îl acté que nous avons remporté la Troisième Guerre Mondiale, à coup de volées de bombes nucléaires de communications, de missiles hypersoniques-nucléaires chargés d’Intelligence Artificielle, – dans tous les cas, c’est déjà écrit, – “c’est comme si”, c’est dans tous les grands journaux de référence... Tenez, je peux sur le moment même, à cet instant précis, maintenant, à cette seconde où vous lisez cette chronique, commencer l’article sans intention particulière ni le moindre divertissement que vous lirez après-demain pour commenter les événements de demain.