Eh, Paul, pourquoi pas un putsch ?

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Eh, Paul, pourquoi pas un putsch ?

07 juin 2012 – Il y vingt ans, lors des primaires républicaines, le populiste de droite Patrick Buchanan remportait d’une façon complètement inattendue la primaire du New Hampshire, battant le président sortant George H.W. Bush. Exultant, Buchanan parla des caciques du parti républicains (GOP) qui attendraient désormais, avec angoisse, “la colère des Américains, arrivant à Washington avec leurs piques et leurs faux…” Les Américains en colère n’arrivèrent jamais jusqu’à Washington, parce que les caciques du GOP firent en sorte que cela ne se fît pas, et que Buchanan s’en allât très vite reprendre son travail de chroniqueur. Ainsi se terminent, aux USA, les aventures populistes réellement sérieuses et menaçantes, à l’intérieur même des deux grands partis…

Dans tous les cas, c’était la règle jusqu’en 2012 ; est-ce la règle en 2012 aussi ? Nous en venons à l’inévitable Ron Paul… Cela, pour nous attacher d’abord à un texte qui a, dans le monde US des extrémismes qui mènent la danse des orientations politiques, une réelle signification. Il est de Pamela Geller, une des stars de la droite extrême, religieuse, anti-islamiste et même anti-musulmane, dans cette frange qui est devenue de plus en plus activiste jusqu’à se confondre quasiment avec les néo-conservateurs. Le texte de Geller qui nous intéresse est publié sur le site WND World Net Daily (le 5 juin 2012), extrêmement populaire et très fréquenté, traditionnellement de cette même droite extrême et religieuse mais qu’on soupçonne, à l’image de son éditeur Joseph Farah, d’être devenu une courroie de transmission directe des neocons. Malgré les prétentions populistes des uns et des autres, cette orientation place les intéressés en opposition avec nombre de populistes, – essentiellement en opposition avec le groupe Ron Paul et l’énorme troupe des partisans de Ron Paul, appuyés sur un programme de politique extérieure qui rend hystériques les neocons.

Mais venons-en au texte de Geller, qui est un cri d’alarme annonçant le risque de rien moins qu’un “putsch”… Putsch de Ron Paul lui-même ou des “partisans de Ron Paul” ? La nuance n’est pas indifférente et elle est même essentielle, on le verra très vite dans la suite de notre analyse… Le fait est que la deuxième expression (les “partisans de Ron Paul”) revient plus souvent sous la plume de Geller que la première.

«Is a Paulian putsch being planned for the Republican National Convention? Newt Gingrich has warned that Republican leaders have not thought through “how they’re going to handle the convention in Tampa, and how they’re going to handle the Ron Paul forces.” The New York Sun reported that “what Mr. Gingrich seems to be worried about is the delegates that Congressman Paul is winning through his strategy of dealing with state conventions. The former speaker had just come from the convention at Georgia, where … the ‘Ron Paul people’ were out in force.”

»I have been receiving alarming emails concerning an underhanded, anti-American Ron Paul coup that is being plotted for the GOP convention. From Virginia: “I’m running for delegate to the RNC convention in Tampa. There is a serious Paulbot infestation in the GOP here in Virginia. I’m spending a lot of time at GOP apparatchik meetings. I’ve gotten the endorsement of the Conservative Coalition (I was the top vote-getter), and usually that is enough but not this cycle.”

»And this came in from a reader of my website AtlasShrugs.com out West: “There is a very interesting situation going on behind the scenes in the Republican Party state caucuses, and the MSM is not reporting it. Ron Paul’s followers have taken control of the Republican state committees in Nevada, Alaska, Iowa, Maine and Louisiana and working for more control in upcoming meetings. They have stolen delegates to the upcoming Republican National Convention away from Mitt Romney by following some technical rules.”…»

Suivent diverses autres interventions de partisans de Romney dénonçant les “méthodes fascistes” des partisans de Ron Paul, dans tel ou tel débat dans divers États où les délègués sont en train d’être désignés, voire sur le site même de Pamela Geller (Atlas Shrugs) où ces mêmes partisans de Ron Paul interviennent beaucoup. Vient la conclusion, sans appel, où l’on remarque évidemment que l’un des principaux reproches fait à Ron Paul est d’“abandonner” Israël et de “soutenir” un Iran nucléaire (accusations approximatives mais qui vont dans le sens qu’on comprend aisément).

«Paul is a dangerous, self-deluded man, and his followers behave like Occupy fascists. Whenever I write anything concerning Paul at AtlasShrugs.com, the Paulbots swarm the comment section en masse, attacking and deriding and fighting with Atlas Shrugs readers. The Paulbots have Ron Paul’s name plugged into their RSS feeds and are told to respond immediately to any negative Paul posts. It’s amazing, disquieting cult-like behavior. I may not have been Romney’s first supporter, but I am his last supporter and fierce. I would have preferred someone more conservative, but Romney is going to be the GOP candidate, and next to Obama, Romney is Ronald Reagan. Obama and Ron Paul would split the freak vote. Paul’s putsch must be stopped. Ron Paul supports a nuclear Iran and the abandonment of Israel. What is the RNC doing?»

En vérité, la campagne de Ron Paul est entrée dans une phase volatile, insaisissable, marquée de plusieurs faits, que nous allons signaler selon l’importance que nous leur voyons. Dans tous les cas, un point fondamental s’impose : contrairement à ce qui se déroule en général, lorsqu’un dirigeant populiste menace de s’imposer, les mesures prises contre lui (contre Ron Paul) n’ont pas réduit l’activisme des partisans de Ron Paul. Bien entendu, la différence avec la situation de janvier-avril est celle d’une extrême incertitude sur les conditions de cet activisme, sur les positions des uns et des autres, y compris sur celle de Ron Paul lui-même qui semblerait bien abandonner tout espoir d’intervention efficace à la convention de Tampa. Ainsi, la question qui se pose n’est plus tant de savoir si l’activisme des partisans de Paul reste bien vivant, mais plutôt de savoir si quelqu’un contrôle cet activisme et l’oriente, – si quelqu’un est capable de le contrôler et l’orienter encore, – s'il est nécessaire que quelqu'un le contrôle et l'oriente… La question qui se pose est de savoir s’il ne faut pas distinguer désormais l’entité “partisans de Ron Paul” comme quelque chose de spécifique, de complètement à part.

• On peut lire désormais sur le site des supporteurs de Paul (DailyPaul.com) des messages mettant en cause Ron Paul lui-même, comme celui-ci du 6 juin 2012 : «Ron Paul killed his own momentum.» Même si certains des commentateurs du message accusent son auteur d’être un provocateur du camp Romney, il reste que la logique développée n’est pas absurde. Là-dessus, Ron Paul lui-même se signale par un e-mail qui est aussitôt répercuté par la presse-Système comme une reconnaissance de sa défaite… Cette fois, la presse-Système ne fait aucune obstruction contre Ron Paul, comme nous en informe un lecteur du site DailyPaul.com qui nous donne toutes les précisions voulues sur cette couverture considérable de Ron Paul par la presse-Système annonçant, pour la deuxième fois d’ailleurs, qu’il abandonne la course à la nomination (voir le 6 juin 2012). Un autre lecteur, ce même 6 juin 2012, donne son commentaire désabusé et amer du message de Ron Paul, sous la forme du titre de son message : «Ron Paul Concedes: Happy With 4th Place…»

• Jusqu’à ce jour, il y a eu plusieurs sévères accrochages dans les réunions qui désignent les délégués par États. Les partisans de Ron Paul ont obtenu des résultats remarquables. Mais il y a eu aussi, pour la première fois ce week-end, une intervention de la police contre ces mêmes parisans lors d’une réunion du GOP. (Voir Russia Today, le 5 juin 2012 : «A disagreement between supporters of presidential hopeful Ron Paul and the Republican Party establishment in Louisiana led to arrests and injuries during the state's GOP’s convention over the weekend. The party-elected committeeman of the state convention was wrestled to the ground by police and suffered a dislocated hip during an altercation in Shreveport, LA on Saturday. Cops on hand at the Louisiana GOP convention attempted to arrest at least two supporters of Congressman Ron Paul (R-Texas) after other members of the state’s Republican Party ordered that they leave the building.») Au contraire, dans d’autres cas, il y a des interventions des autorités du parti, comme dans le Massachussetts, ce 6 juin 2012 (le Boston Globe), où des délégués pro-Paul qui avaient été d’abord interdits, ont été rétablis dans la représentation de l’État.

• Il reste une grande inconnue, qui est le grand rassemblement que les “pauliens” veulent organiser à Tampa (voir le 25 mai 2012). Comme Russia Today l’explique le 6 juin 2012, les organisateurs ont beaucoup de difficultés à concrétiser la location de l’espace et des locaux dont ils veulent disposer pour le rassemblement (24-26 août, juste avant la convention du GOP). Ces difficultés sont bien entendu liées à l’action des autorités de la ville (républicaines) et de la direction du parti. Finalement, le commentaire le plus significatif pour cet article vient d’un lecteur, manifestement un “paulien” lecteur de Russia Today

«I really think this should be the last straw. Knowing what we now know, the corrupt politicians wanting to control their interest, the controlled election, the lies and media manipulation. It doesn't matter if they want to block this festival, we should still get supporters to go to Tampa and flood the streets and let the voice of Liberty be herd. If our forefather can see this, they wouldn't even spit in Washington D.C. It’s clear that with these wars, there has to be a clear benefactor and it’s not the American people. “A small body of determined spirits fired by an unquenchable faith in their mission can alter the course of history” (Gandhi).»

La révolte Ron Paul, sans Ron Paul ?

Est-ce la fin de l’aventure Ron Paul ? Ron Paul craint-il des troubles de ses partisans faits en son nom, ou bien craint-il autre chose qui le concerne, ou bien, ou bien… ? On se gardera de donner la moindre réponse, même imprécise, tant cette aventure a, depuis l’été dernier, connu des hauts et des bas ; et, surtout, tant cette aventure a été d’abord le fait d’un homme puis, de plus en plus, le fait de ceux qui le soutenaient (ceux qui étaient à l’origine et ceux qui sont venus le soutenir). Ainsi parlions-nous plus haut (le cas du “putsch”), de façon différenciée : “Putsch de Ron Paul lui-même ou des ‘partisans de Ron Paul’” ?

Le fait intéressant à cet égard est qu’il existe un point de fixation et de ralliement, un objectif daté et localisé, pour une poursuite du mouvement, notamment dans le pire des cas de la confirmation de l’abandon de Ron Paul : ce rassemblement de Tampa, dont les organisateurs jugent qu’il devrait attirer entre 10.000 et 100.000 personnes, et plutôt 100.000 que 10.000 … Et maintenant, avec ces nouvelles venues de Ron Paul : moins de 10.000 ou 200.000… ? Et s’il n’y a pas d’espace pour ce rassemblement, tout cela se ferait-il dans les rues de Tampa ? Et d’ailleurs, le rassemblement sera-t-il maintenu ? Mais Ron Paul lui-même, ou bien les structures de direction du mouvement (s’il y en a de sérieuses), peuvent-ils s’opposer à une affirmation populaire d’un tel mouvement à Tampa ? (Cela, d’autant que Ron Paul se réjouit de disposer d’au moins 20% des délégués à la convention républicaine, ce qui suppose qu’il compte bien lui-même sur leur présence, et sans doute la sienne propre, à la convention elle-même…)

Un autre fait intéressant est que le mouvement (les “partisans de Ron Paul”) dispose d’une infrastructure de communication dite de “réseaux sociaux” extrêmement puissante, bien rôdée, fonctionnant à plein, au travers des différents sites “pauliens” (notamment et surtout, les sites “pauliens” qui sont indépendants et hors du contrôle de la direction politique) et tout ce qui va avec. Il existerait presque, pourrait-on dire, une psychologie collective du mouvement. Les questions qui se pressent là aussi concernent l’utilisation de ces réseaux de communication, notamment le fait de savoir si leur contenu va passer du simple débat et de la simple information, à un mouvement d’organisation qui n’aurait pas nécessairement besoin d’une direction, comme se font aujourd’hui les mouvements populaires par le moyen des réseaux sociaux.

Bien, voilà quelques questions sans réponse… On peut être sûr que d’autres surgiront ces prochains jours, au gré de nouveaux évènements qui s’imposeront, et sans savoir encore très précisément quel sera le comportement de Ron Paul. Dans les prochains jours, on pourra commencer à avoir quelques indications, en suivant les réactions sur les sites adéquats, pour pouvoir juger si le mouvement extraordinaire suscité par Ron Paul est capable éventuellement de lui survivre, éventuellement de se passer de lui, éventuellement de se poursuivre contre lui par rapport à ce que seraient ses conceptions légalistes refusant des comportements extra-institutionnels.

La chose sera intéressante à observer, même si Ron Paul manœuvrait à nouveau (comme certains lecteurs de DailyPaul.com l’affirment, ou bien veulent s’en convaincre, en jugeant que tout cela constitue une tactique de Ron Paul pour ne pas risquer un affrontement direct contre les autorités du parti républicain avant la convention d’août). La chose sera intéressante à observer, pour déterminer si, oui ou non, la “révolte Ron Paul” a acquis sa propre dynamique, si elle est capable de vivre elle-même et d’elle-même, sans autre objectif, au point où l’on semble se trouver, que de porter le plus de coups possibles au parti républicain et à l’establishment, et de susciter des réactions populaires puissantes. Il s’agit bien d’une interrogation à propos de l’existence éventuelle d’une sorte d’“âme collective” de se mouvement, qui se serait formée, dans les circonstances pressantes et extraordinaires qui caractérisent la situation intérieure des USA.

…La question est donc de savoir si, en perdant un petit peu de la sienne, ou en semblant perdre un petit peu de la sienne en fonction de la décision qu’il semble avoir prise (que de précautions de langage !), Ron Paul n’a pas donné une âme propre à son mouvement. C’est évidemment la plus intéressante de toutes les questions qui s’imposent à la suite de ces évènements.