DSK, le retour, – non, le désordre...

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Depuis hier matin, grand bruissement sur les réseaux, dans les agences et autres rédaction, dans les talk shows et dans les salons (ce qui revient au même). DSK est de retour…

Le thème n°1 est effectivement que DSK est de retour, et son body language ne le dément pas... En sortant hier de sa très belle maison new-yorkaise comme du tribunal, en costume bleu foncé très présidentiel, DSK avait retrouvé sa démarche rouleuse de mécaniques et danseur de musette postmoderniste des beaux jours. Pour autant, il n’est pas quitte de son affaire ; il est libéré sur parole et libre de ses mouvements restreints aux USA, mais il demeure accusé. Pour l’instant, la bataille juridique se poursuit, cette fois avec affrontement entre la partie civile et son célèbre avocat Kenneth Thompson, et le procureur accusé par Thompson d’être passé d’une stratégie très violemment offensive, à une stratégie de retraite massive, sinon de capitulation. Selon Reuters du 1er juillet 2010 :

«Kenneth Thompson, l'avocat de la plaignante a en revanche continué à accuser Dominique Strauss-Kahn. “La seule défense de Dominique Strauss-Kahn est que cette relation sexuelle était consentie”, a-t-il déclaré sur un ton passionné. “C'est un mensonge.”

»Kenneth Thompson a ajouté que le procureur de New York, Cyrus Vance, voulait étouffer l'affaire et a annoncé que sa cliente sortirait de la clandestinité pour raconter aux journalistes “ce que Dominique Strauss-Kahn lui a fait”. “Nous pensons que le procureur pose les fondations pour abandonner les poursuites. Tout le monde peut le voir.”

»Les procureurs vont poursuivre leur enquête et ils prendront les décisions appropriées, a toutefois indiqué la Cour suprême de l'Etat de New York. Aucune charge contre Dominique Strauss-Kahn n'a été abandonnée. “Il n'y aura aucune précipitation vers un jugement”, a déclaré le juge Obus. La prochaine comparution en justice de l'ancien patron du FMI est fixée au lundi 18 juillet.»

Les commentaires sur “le retour” sont mélangés quant à la possibilité d’un véritable “retour” (pour les présidentielles françaises). Dans tous les cas, le dossier est à nouveau ouvert, c’est-à-dire ouvert aux rebondissements, et le commentaire ne peut s’en tenir qu’à ce fait, nullement à une situation définitive. Comme le dit avec vivacité l’avocat de Tristane Banon, “chaque information qui nous parvient est traitée par la presse comme si c'était la dernière”. (Banon accuse DSK d’une tentative de viol et se réserve de porter plainte en France.) Tenons-nous donc à ce seul fait du “dossier rouvert”, juridiquement mais surtout politiquement et psychologiquement.

… “Le retour”, ou pseudo-retour, apparaît alors comme un formidable élément de désordre. Depuis son arrestation, deux perceptions divergentes, sinon antagonistes, se sont développées à propos de Strauss-Khan, – considérées évidemment dans la seule hypothèse qui nous intéresse de la poursuite de sa vie politique. D’une part, sa réputation dommageable de “séducteur”, voire de “séducteur brutal”, s’est renforcée considérablement de faits assez précis ayant parsemé sa vie publique/privée avant son arrestation (l’affaire Banon, par exemple, connue mais discrètement écartée jusqu’ici et désormais prise au sérieux, et d’autres précisions de la même sorte sur les habitudes et comportements de DSK). L’argument, possible désormais selon le déroulement de l’affaire, selon lequel “s’il n’y a pas eu viol, son comportement relève de la vie privée” est d’une faiblesse pathétique face à ce changement dans la perception du comportement de DSK, qui a et aura nécessairement un effet sur la perception de son possible comportement dans sa vie politique ; l’exemple extrême à cet égard (les ambitions présidentielles supposées de DSK) nous renvoie à l’exemple de Sarko, d’où l’on sait désormais par démonstration a contrario que, pour la fonction présidentielle, ce point du comportement (la question du “rang” à tenir) joue un grand rôle dans le jugement populaire. On ajoutera l’aspect supplémentaire de l’utilisation de très importantes ressources financières pour la défense de DSK depuis son inculpation, autant que pour son confort matériel durant cette défense. Quoiqu’on se force à en penser rationnellement, ces facteurs aggravent encore la perception du personnage.

D’autre part, la quasi-certitude jusqu’à hier de son absence des présidentielles françaises de 2012 a conduit à des tombereaux de louanges, tant sur ses activités à la direction du FMI que pour sa position de vainqueur irrésistible “s’il avait été candidat”, et un vainqueur chargé par avance de l’aura d’une formidable capacité politique. Les compliments ont été à cet égard aussi excessifs qu’ils semblaient ne plus concerner qu’une situation devenue totalement impossible ; ils ont laissé des traces, tant dans l’opinion générale que dans les opinions des personnes directement impliquées, y compris dans la conscience satisfaite, sinon arrogante, qu’a DSK de ses propres qualités. En se référant ainsi aux deux aspects évoqués, on peut observer qu’un DSK blanchi serait à la fois plus faible que jamais et plus fort que jamais ; un DSK candidat ferait basculer la campagne, déjà bien affutée à cet égard, dans une bataille de positions extrêmes, violentes, où l’on dépasserait très largement le seul domaine politique pour la polémique de personnes.

En attendant, si, comme le dit le juge Obus, «Il n'y aura aucune précipitation vers un jugement», si l’avocat de la plaignante adopte une stratégie très agressive, c’est-à-dire si l’affaire “DSK-le retour” traîne avec l’hypothèse d’un retour, l’effet sur la situation politique française, qui n’en demandait pas tant, sera extrêmement déstabilisant. Tout le monde jouera en fonction d’une situation réelle jugée instable (sans DSK) et en fonction d’une situation hypothétique jugée possible (avec DSK), enfantant un système marqué à la fois par une agitation intense et constamment entretenue, et une paralysie conditionnelle. L’appréciation internationale de cette situation conditionnée par la notoriété de DSK, avec une attention accentuée pour les présidentielles de 2012, exercera une pression supplémentaire. Le résultat ne peut être que l’accentuation du désordre, avec l’accentuation de la tension et de l’incertitude.

Ainsi DSK, blanchi ou pas, apparaît plus que jamais dans son rôle que nous avions déjà décrit, en même temps que le cas ben Laden (voir le 20 mai 2011), de verrou du Système pourtant “liquidé” par le Système agissant dans son mode autodestructeur de désintégration, et continuant à être manipulé dans ce sens. Le désordre par tension et incertitude, dans une affaire haussée au niveau le plus haut de l’importance politique avec des interférences personnelles graves, constitue dans ce cas une pression nouvelle et sauvage sur les structures du Système, y compris sur les structures de la dynamique d’une élection présidentielle. DSK “liquidé” n’est nullement réhabilité du point de vue du Système, il est “réutilisé” après semi blanchiment ou blanchiment complet, par action indirecte et éventuellement directe, toujours comme facteur d’autodestruction. Il est absurde et déraisonnable de croire que, dans une hypothèse extrême de blanchiment complet, on reviendrait à la situation d’avant le 14 mai. Au contraire, on serait passé à un pas supplémentaire de la dynamique d’auto-déstructuration du Système pour ce cas.

Les coïncidences de date montrent elles-mêmes un souci du détail remarquable et significatif. A ce point et dans les circonstances qu’on décrit de pression activiste du Système dans ses modes complémentaires de surpuissance et d’autodestruction, on peut, non on doit considérer qu’une approche symbolique est plus enrichissante qu’une approche factuelle aujourd’hui discréditée par les interférences de l’extrême relativité de l’information. On jugera alors comme effectivement significatifs, et plus symboliques que coïncidents, les événements de la déclaration de candidature de Martine Aubry aux primaires socialistes et de la nomination à la présidence du FMI de Christine Lagarde, le même 28 juin, trois jours avant la libération sur parole de DSK. Ce sont les champs d’action de DSK (parti socialiste, présidentielles, FMI) qui entérinent ainsi son élimination, et par deux femmes en plus, – catégorie biologique et politique qui a des rapports contrastés avec DSK. Le symbole est considérable et ne manquera évidemment pas d’attiser les rancœurs et les tensions, quels que soient les prolongements de l’affaire. Le symbolisme, autour des affrontements dus au Système, est aujourd’hui un des moyens préférés de la métahistoire d’attiser les tensions psychologiques et politiques.


Mis en ligne le 2 juillet 2011 à 10H05