Démission au champ d’honneur

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Démission au champ d’honneur

31 octobre 2020 – On en a déjà parlé hier, on a laissé entendre tout le bien que l’on voit, et que je pense et éprouve moi-même, à propos de la décision de Glenn Greenwald. Il s’en va, il se tire, il se casse, il rend son bardas qui commençait à un peu trop ressembler à un tablier, il fait le bras d’honneur réglementaire, – et basta !

On appelle ça : démission au champ d’honneur. Cela se respecte.

Certes, on en parle peu dans la presseSystème libre & subventionné, honneur & gloire de notre démocratie. Et moi, permettez-le moi, je m’interroge : comment peuvent-ils se supporter, les soi-disant journalistes, et ne dire mot du geste de l’un des plus valeureux, l’un des combattants les plus rudes et les mieux informés dans cette époque absolument puante ? Comment font-ils ?

Il y en a quelques-uns qui salue le geste, la décision. Vous savez que je supporte bien mal les sarcasmes venus du soi-disant ‘notre-camp’, concernant la prétendue poltronnerie, la supposée moutonnerie que les héros d’opérette qui persiflent, dénoncent chez ceux qui ne suivent pas leur musique des sachant-tout des complotismes qui nous ont battus d’avance, leur façon de moquer la résistance sans même l’avoir tentée. J’aimerais beaucoup, j’apprécierais qu’ils se taisent, ceux-là qui persiflent et mêlent leur défaitisme à l’extraordinaire servilité volontaire, non pas des peuples mais des élitesSystème qui écrivent aussi vite que l’on baisse sa culotte.

Bien entendu et bienheureux certes, je ne suis pas le seul parmi les isolés à saluer le geste, et l’on trouve également et par exemple, une Caitline Johnstone et un Matt Taibbi, d'autres encore signifiant que l'acte de Greenwald a un grand poids et une signification considérable.

Voici quelques lignes encore de Greenwald, un évadé du bagne de plus...

« Ce choix n’a pas été facile. Je sacrifie volontairement le soutien d’une institution puissante et la permanence confortable d’un salaire garanti en échange de rien de plus que ma conviction qu’il y a suffisamment de gens croyant aux vertus du journalisme indépendant et à la nécessité d’un parole libre, et qui seront prêts à soutenir mon travail en s’abonnant à mon site.
» Comme toute personne ayant de jeunes enfants, une famille et de nombreuses obligations, je pose mon geste non sans appréhension, mais aussi avec cette conviction qu’il n’y a pas de choix. Je ne pouvais pas dormir en sachant que j’autorisais n’importe quelle institution à censurer ce que je veux dire et croire. Et moins encore, cela, pour un média que j’ai cofondé dans le but explicite de faire en sorte que la censure n’entrave jamais d’autres journalistes, et encore moins ne m’entrave moi-même ; et encore, à propos d’un article critique d’un politicien démocrate puissant du fait du soutien véhément de la cohorte des directeurs de rédaction dans l’attente fiévreuse des élections présidentielles.
» Mais les pathologies, l’illibéralisme et la mentalité répressive qui ont conduit à l’occurrence étrange d’une censure de moi-même par mon propre média sont loin d’être propres à The Intercept. On peut dire que les virus ont infecté pratiquement toutes les grandes organisations politiques de centre-gauche, les institutions universitaires, les centres de presse. J’ai commencé à écrire sur la politique il y a quinze ans dans le but de lutter contre la propagande et la répression des médias ; quels que soient les risques encourus, je refuse une situation, aussi sûre et lucrative soit-elle, qui m’oblige à soumettre mon travail et mon droit à la libre expression à ses contraintes étouffantes et à ses diktats dogmatiques. »

La défection révoltée de Greenwald a été fortement ressentie, qualitativement parlant, dans les psychologies des happy few et les structures cachées de la démarche antiSystème dans la communication. J’espère avec une certaine ferveur qu’elle va imprimer une marque profonde dans les structures du système de la communication, dans la mesure où la décision de Greenwald marque l’échec de la seule tentative sérieuse de ces dernières années, – la première et dernière, me semble-t-il, – de réconcilier l’argent et l’Esprit dans une dynamique antiSystème. L’échec est complet,  l’argent est absolument inconciliable avec tout ce qui n’est pas Lui, et c’est là un facteur fondamental de l’irrémédiabilité de notre Grande Crise.

En vérité, avec moi on l’a compris je pense : je ne me plains en rien de cette orientation catastrophique. Mon jeu est de pousser à l’extrême de l’extrême de la rupture, bien au-delà des idéologies hyper-radicales de la panoplie idéologique-théologique du genre humain courant, très moderniste même si ce petit monde veut tout casser et prétend à la référence diabolique-satanique très en vogue, ces idéologies extrêmes de l’extrêmes, et faiseuses de catastrophes bien contrôlées, et alliées objectives, serrées, soumises à l’Argent majusculée pour l’occasion, comme on se pomponne, – et comment !

Je n’attends bien entendu rien du tout des ‘valets-bouffes’ et des ‘révoltés-pitres’ de l’hypercapitalisme, de ce que prétendait être un Pierre Omidyar qui finance The Intercept, milliardaire-bobo, aussi libertaire que libéral, et comprenant les profondeurs sensuelles des relations de l’humaine nature avec l’Argent-majusculé ; les deux se roulent dans la même addiction à leur propre déconstructuration, du type de la courante déjection.

Ces constats sur une passion qui m’est étrangère autant qu’étrange me mettent, moi-même vis-à-vis de moi-même, dans la situation curieusement ironique d’en venir à vous suggérer, amis lecteurs, de faire avec moi comme avec Greenwald : ne pas oublier le soutien que dedefensa.org attend de vous.

Le 31 du mois, c’est de bonne et saine coutume, Monsieur le Grand Argentier.

Cette curieuse oxymore de la métaphysique, – proclamer son mépris ironique et souverain de l’argent et rappeler qu’il faut songer à durcir notre position courante avec un apport sonnant discrètement et trébuchant parfois rudement, – fait de notre existence une sympathique symphonie en schizophrénie prudemment assumée. J’en souris d’autant plus, en vous demandant de suivre cette pente ironique, que si c’était à moi qu’il m’était demandé un tel effort, j’aurais d’abord un tel sourire devant l’ironie profonde de la Grande Crise de l’Effondrement du Système, avant de m’exécuter selon une solidarité d’une légèreté et d’une affection remarquables. Cela s’adresse à l’effort bien plus qu’à l’homme, et à l’être bien plus qu’au savoir-faire.

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