De Tulsi à Bernie & retour

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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De Tulsi à Bernie & retour

21 mars 2020 – Je reconnais par simple loyauté mais sans aucune joie ni empressement avoir été affreusement déçu par la décision de Tulsi Gabbard d’abandonner les primaires. Cette déception ne venait pas de décision elle-même, tellement compréhensible moins par le fait de son absence de la moindre chance d’être désignée que par la situation scandaleuse qui lui était faite d’un  complet ostracisme de sa candidature. Bien entendu, ma déception venait de ceci, comme une évidence, qu’en abandonnant elle apportait son soutien au vieux crouton sénile et par conséquent favori démocrate de Joe Biden, choix unanime et bidouillé de la direction pourrie du DNC démocrate et adoubé par l’establishment.

Certes, je ne fus pas le seul dans cette déception cruelle. La jeune candidate samoane représentant Hawaii à la Chambre avait un nombre respectable de partisans marqués surtout par leur indépendance d’esprit et la qualité de leurs positions critiques du Système, sinon antiSystème. On comprend parfaitement que vienne aussitôt la question, déception ou soupçon, de se demander pourquoi, selon les engagements marqués et si courageux de Gabbard, – justement, pourquoi soutenir Biden et pas Sanders dans ces conditions ?

L’article d’Helen Buyinski, avec son titre « Tulsi Gabbard a perdu sa position morale et sacrifié son avenir politique avec son soutien à Biden-2020 », dit tout de cette amertume que l’on pouvait éprouver. Le pauvre “TTG”, du site SicSemperTyrannisqui n’a cessé de soutenir Gabbard, exprima toute sa stupéfaction, tentant de reprendre espoir avec l’hypothèse bien risquée sinon surréaliste, que le ralliement à Biden conduirait peut-être le favori démocrate (qui a annoncé qu’il ne choisirait qu’une femme de couleur pour colistière) à la choisir comme colistière et candidate à la vice-présidence :

« Je suis vraiment surpris qu’elle ait soutenu Joe plutôt que Bernie. Il y a peu de chances pour ceci, mais voici une femme que Biden pourrait choisir comme colistière. Je pense qu'il serait un génie de le faire. Où que nous nous trouvions au moment des élections avec les désagréments de Covid19, je pense que nous pourrions tous être prêts à recevoir une bonne dose d’aloha et d’esprit ohana. »

Mais dans les heures qui suivirent la décision de Gabbard du 19 mars, fut diffusée une précision venue de son frère, qui chamboule toute cette affaire et l’avère finalement assez mystérieuse. Jai Gabbard publiai sur Facebookun commentaire affirmant que Sanders avait traité sa sœur « comme une merde » durant toute cette campagne, qu’elle s’était pourtant ralliée à lui  en même temps qu’elle stoppait sa campagne, mais que Sanders avait refusé ce soutien.

Le site  National File  a donné des précisions sur ce prolongement, en reproduisant le commentaire du frère de Tulsi.

« Une capture d'écran sur Facebook livre un message du frère de Tulsi Gabbard expliquant l'appui de la députée hawaïenne à Joe Biden pour la présidence en disant qu’elle a d’abord offert cet appui à Bernie Sanders, mais qu’il a été refusé par le sénateur du Vermont, âgé de 78 ans.
» La capture d'écran montre un commentaire du compte Facebook de Jai Gabbard, dont l’authenticité a été confirmée par National File.
» Le commentaire dit : “Merci pour vos aimables paroles, Monsieur”. “Bernie a traité ma sœur comme une merde tout le long de la campagne. Elle a essayé de le soutenir à nouveau et il a refusé son soutien. Ses conseillers dans son équipe de campagnes font un travail épouvantable.
» “Vous pouvez continuer à parler dans le sens que vous voulez, mais sachez ceci”, poursuit le commentaire. “Elle va continuer à être indépendante et à se battre pour nous. Bernie n’est pas l’homme que Tulsi et moi avons soutenu à 100 %. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Il a refusé de mener le combat contre l’establishment comme Tulsi continue de le faire”. »

Le même article donne quelques commentaires sur le comportement de l’équipe Sanders et de Sanders lui-même vis-à-vis de Gabbard, tout en signalant que le frère de Tulsi a retiré son commentaire, bien entendu sans le commenter plus avant, sinon en remarquant d’une façon assez curieuse qu’il n’était pas directement au courant des relations de Tulsi avec Sanders.

« L’establishment démocratie n’est pas le seul groupe d’où Gabbard a été victime d'attaques vicieuses. Les partisans de Bernie Sanders ont également repris les attaques de l’establishment contre elle, malgré le soutien de Gabbard à Sanders et son alignement sur de nombreuses positions politiques de Sanders.
» L'affirmation selon laquelle Bernie Sanders est un candidat faible qui reçoit des conseils de mauvaises personnes n'est pas nouvelle. En fait, en janvier, Kyle Jurek, organisateur de campagne de haut niveau de Sanders, a été enregistré sur vidéo par Project Veritas, disant que Sanders est un “mauvais juge du caractère des gens”, qui est enclin à prendre en comptez les conseils de sources notoirement corrompues venant de l'establishment.
» National File a demandé à Jai Gabbard de commenter cette capture d'écran.
» Jai Gabbard a confirmé qu’il avait fait ce commentaire, et l’a ensuite supprimé. Jai Gabbard a souligné qu’il n’avait jamais été impliqué dans la campagne de sa sœur et qu’il n’avait pas de connaissance directe de sa relation avec Sanders. »

Je juge bien difficile de tirer un enseignement concret disons objectif de cette bien curieuse séquence. Je dirais simplement mes appréciations, voire mes convictions qui peuvent être utiles dans une interprétation générale de la chose, mais sans aucunement espérer trancher pour l’instant d’un jugement clair :

• Il est certain que Sanders a constitué dans les deux cas (2016 et 2020) une dynamique intéressante pour accentuer le désordre qui submerge l’establishment washingtonien, mais qu’il s’est toujours montré, aux moments cruciaux, indécis, couard et finalement très prompt à avaler les couleuvres et à rentrer dans le rang du parti auquel il n’appartient même pas sinon pour pouvoir lancer ces candidatures pour lesquelles il n’ose jamais se battre vraiment. S’il a vraiment traité Tulsi Gabbard « comme une merde », il nous permet au moins, dans tous les cas c’est mon avis olfactif, de sentir (à l’odeur) où se trouve effectivement la “merde” dans cette affaire ;
• il nous manque bien des éléments pour juger l’attitude de Tulsi Gabbard dans cette affaire, sinon que le seul fait sans explication de ralliement à Biden ne tient guère la route, qu’il est très probable qu’il y a des explications cachées. L’intervention de son frère, puis le retrait de cette intervention, assortie de l’explication extrêmement douteuse qu’il n’a « pas de connaissance directe » de la relation de sa sœur avec Sanders, peut tout aussi bien constituer une manœuvre de Gabbard de faire connaître la vérité à ceux qui doivent la connaître sans trop la proclamer, et cela éventuellement pour ne pas rompre avec le parti démocrate ;
• ... en effet, il reste à savoir quel avenir politique entend avoir Tulsi Gabbard, qui ne se représente pas à la Chambre (à cause de sa campagne présidentielle) ;
• tout cela, pour observer combien une candidature (Gabbard) complètement étouffée jusqu’à sembler ne pas exister, pourtant objet de toutes les attaques possibles et si possible extrêmement vicieuses, présentée à la fois comme une machination, comme une trahison, comme une dérision, etc., fait énormément de vagues. En faire une manœuvre de tromperie pour tromper les antiguerres, comme font certains, continue à me paraître dérisoire, sinon du temps perdu de la part des manipulateurs éventuels : pourquoi ? Dans quel but ? Pourquoi la lancer pour tromper les antiguerres et tout faire pour que personne ne l’entende ? Etc., avec beaucoup d’autres questions.

En un mot et selon mon point de vue : cette affaire n’est pas définitivement réglée, loin s’en faut. Ma conviction est qu’on en reparlera, et de Tulsi Gabbard également, car aujourd’hui rien n’est simple dans le tourbillon crisique qui nous emporte et le Système ne contrôle plus grand’chose, sinon l’empilement de ses sottises..

Une conclusion plus générale ? Entre Covid-19 et la GCES, nous sommes très, très loin de pouvoir avancer une prospective, une réflexion structurée, une appréciation impérative sur le résultat de USA-2020, et même sur le déroulement de USA-2020, et même, et même sur la nomination démocrate de Joe Biden... Terra Incognita, tout ça, – comme le reste d’ailleurs. Sacrée année 2020 !