Dans la grosse tête des petits maîtres

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Dans la grosse tête des petits maîtres

19 mars 2021 – On le sait, ou bien on le devine et on se le confirme, je n’ai pas une estime excessive pour ces “petits maîtres”, les nouveaux Masters of the Universe  de poche, les poches pleines de $milliards, qui ont accouché sans douleurs des GAFAM et de Big Tech. Je les trouve insignifiants, arrogants, dégoulinants de moraline, et surtout, surtout, d’un conformisme à couper le souffle. Il est bon alors de trouver un élément ou l’autre qui permet d’explorer si tout ce parti-pris que je vous expose a, disons, quelque fondement plus ou moins objectif.

(Notez aussitôt que, selon mon habitude, cette ”objectivité” dont je vous parle n’a rien d’“objectif”, par exemple selon leurs critères à eux, les “petits maîtres”. Je vous parle, moi, d’une sorte d’“Objectivité-Sacrée”, comme il existe le Nombre Sacré ; née de l’intuition haute, chargée aussi bien d’une affirmation cosmique que d’une mission terrestre… Vous voyez bien, avec mes tours et détours, mes imbroglios à moi, je ne suis pas un type fréquentable. On l’a bien compris, à la mesure du succès que je recueille dans mon époque, dans cette époque épouvantable, dont le vieux Lévi-Strauss, au crépuscule de sa vie disait, dans un entretien devenu célèbre : « …et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime »... Mes “petits maîtres”, vous, vous faites absolument partie de ce monde.)

Bref, j’en viens au principal du jour, qui est un document assez précieux et, pour mon compte, extrêmement révélateur… C’est un document dont l’intérêt se trouve, vous l’aurez deviné sinon compris après toute mon intro, plus dans la confirmation de certaines appréciations et d’une psychologie dominante que par la révélation de quelques nouvelles éblouissantes. Il s’agit d’une plongée “sur le vif” dans des réflexions, conversations, etc., de dirigeants de Facebook, en interne. Ainsi dispose-t-on d’une appréciation de ce que sont réellement mes nouveaux-petits Masters of the Universe, comme on dit “nouveaux riches”.

C’est Project Veritas qui a eu le truc, qui nous conduit comme si nous étions petite-Alice un peu perdue, au cœur du cœur du monde wokeniste des “petits Masters” de ce monde que, moi non plus, je n’aime pas du tout… Project Veritas se fait une spécialité de la pêche aux lanceurs d’alerte et vidéos subreptices, essentiellement et surtout, aujourd’hui dans ces temps qui wokent à un rythme si effréné, de l’hypergauche-wokeniste ; donc organisation étiquetée fasciste et bien entendu suprémaciste-blanche, étiquettes soulignées de points d’exclamation d’un grand poids et livrées avec nausée de dégoût garantie.

(Maintenant que j’ai craché mon venin, vous pouvez aller voir ce que Wiki en dit ; c’est peut-être acceptable, je m’en fiche car je n’ai pas de mon précieux temps à perdre à de telles lectures, pas pour mon âge je veux dire...)

Pour moi, dans ce cas, Project Veritas me donne ma pitance de type pas fréquentable, absolument confiné hors de ce monde qui « n’est pas un monde que j’aime ». Du sur-le-vif donc, invitant à l’analyse introspective et consultation puéricultrice du développement de la psychologie infantile, et votre serviteur s’exécute un peu plus loin, comme il peut.

Voici une transcription lapidaire, on dirait plutôt en vrac mais suffisamment révélatrice à notre sens à tous, de la vidéo mise en circulation, qu’on trouve sur le site WorldNetDaily (WND)... On nous avertit que « James O’Keefe a créé Project Veritas en 2011 en tant qu’entreprise journalistique à but non lucratif pour dénoncer “la corruption, la malhonnêteté, la direction incontrôlée, le gaspillage, la fraude et d'autres comportements répréhensibles dans les institutions publiques et privées afin de parvenir à une société plus éthique et transparente.” »


« Un cadre de Facebook affirme que son entreprise a trop de pouvoir et qu’elle doit être démantelée pour réduire les dommages qu'elle inflige.
» Les commentaires de Benny Thomas, responsable de la planification mondiale de Facebook, ont été capturés dans une interview en caméra cachée par Project Veritas.
» “Aucun roi dans l’histoire du monde n’a été le dirigeant [le souverain ?] de 2 milliards de personnes, mais Mark Zuckerberg l’est”, dit-il.
» “Vous ne devriez pas avoir le pouvoir sur 2 milliards de personnes. Je pense simplement que c'est mal.”
» Thomas a déclaré qu'il travaille pour une entreprise “qui fait beaucoup de dégâts dans le monde”.
» “Elle fait beaucoup de bien, mais elle fait beaucoup de dégâts", a-t-il dit.
» “Si cela ne dépendait que de moi, je démembrerais Facebook, ce qui signifie que je gagnerais probablement moins d’argent, – mais je m'en fiche. Je raisonne selon ce qu’il faudrait faire selon moi. Instagram, Facebook Messenger, Oculus, WhatsApp, – tous doivent devenir des entités distinctes. Il y a trop de pouvoir rassemblé quand elles sont toutes ensemble”, dit-il encore.
» Thomas a reconnu qu'il y a des préjugés intégrés dans le logiciel de l'entreprise.
» “Il y a toujours un parti pris [algorithmique] intégré. ... Et vous savez quoi ? Je vais vous le dire : ce sont des êtres humains qui ont écrit ces codes”, dit-il. “Nous réexaminons les algorithmes, mais c'est un ensemble tellement massif et compliqué qu’il faut énormément de temps pour faire les corrections nécessaires, comme cela devrait être fait. Honnêtement, je pense que nous devrions prendre le taureau par les cornes même si c’est très pénible et tenter d’intervenir plus rapidement, mais vous perdez aussi beaucoup d’argent si vous faites cela.”
» Il a prédit un avenir sombre.
» “L’IA [Intelligence Artificielle] évolue essentiellement pour devenir comme l’intelligence humaine. Après être arrivée à ce stade, elle va dépasser l’intelligence humaine et, à ce moment-là, les humains ne seront plus indispensables [ils seront jetables]”.
» Par contre, il s’est montré très satisfait de son travail durant l’élection de 2020.
» “L'une des choses sur lesquelles j’ai travaillé, qui m'a rendu heureux, c’est la campagne d’inscription des électeurs. ... C’est le genre de chose que vous ne pouvez faire qu’avec une entreprise qui a la puissance et la portée de Facebook. Nous nous étions fixé pour objectif l’inscription de quatre millions de nouvelles personnes et nous avons dépassé cet objectif.”
» Thomas est revenu sur le sujet de la concentration et a déclaré à nouveau que les plateformes appartenant à Facebook, telles qu’Instagram, Oculus et WhatsApp, “doivent être des entreprises distinctes”, car “c’est un trop grand pouvoir quand elles sont toutes ensemble.”
» “Si j’en avais l’autorité, je briserais cette structure et retirerais à Zuck son statut de PDG”, a-t-il dit.
» Thomas a fait remarquer que Zuckerberg détient une participation majoritaire dans l’entreprise.
» “Donc, vous ne pouvez pas le faire de la manière habituelle dans les entreprises, c’est-à-dire que le conseil d’administration [CA] peut vous virer, n'est-ce pas ? Le CA ne peut pas faire ça à Zuck. De même, leur CA ne peut pas faire ça à Larry Page et Sergey Brin [de Google] parce qu'ils possèdent trop de parts de l’entreprise. Ils sont trop puissants. Alors, ce ne sont plus des entreprises à proprement parler. Ce sont quasiment des pays à elles seules”, a-t-il déclaré. »

Une autre intervention est contenue dans la vidéo de Project Veritas. Elle concerne Zuckerberg lui-même et ses positions politiques par rapport aux élections présidentielles, par rapport à Trump, à Biden, à la politique de Biden, etc.

« L’opposition de Zuckerberg au président Trump et son espoir de pouvoir travailler avec Joe Biden sont flagrants.
» “Le président [Trump] a l’intention d’utiliser le temps qu’il lui reste dans ses fonctions pour compromettre la transition pacifique et légale du pouvoir“, dit Zuckerberg avant l’investiture-Biden.
» Il a accusé Trump de subvertir les intérêts de la nation : “Il est tellement important que nos dirigeants politiques montrent l'exemple, qu’ils s’assurent que tout est fait pour que nous mettions en premier dans nos considérations, et ce que nous avons vu c’est un président a fait le contraire de cela.”
» Lorsque Biden a signé une série de décrets pour démolir complètement les politiques de Trump, Zuckerberg a dit : “Je pense que ce sont toutes des mesures importantes et positives. J’attends avec impatience les occasions où Facebook va pouvoir collaborer avec cette nouvelle administration sur certaines de leurs priorités, à commencer par la politique-Covid.”
» Zuckerberg dit que Biden, dès son premier jour, “a émis des décrets dans des domaines qui nous tiennent vraiment à cœur en tant qu’entreprise, et ce depuis un certain temps”.
» “Des domaines comme l’immigration, la préservation de DACA [dispositif favorisant l’intégration des illégaux arrivés aux USA à l’âge de l’enfance], la fin des restrictions sur les voyages en provenance des pays à majorité musulmane, ainsi que d'autres décrets sur le climat et la promotion de la justice raciale et de l'équité. Mon avis est que ce sont toutes des mesures importantes et positives”, dit-il. »
 

Dans ces diverses interventions, je dirais qu’on devrait être, je trouve, plutôt étonné, et peut-être même stupéfait, de voir combien les réflexions internes, les craintes, les illusions, les choix politiques, correspondent à tout ce qu’on suppose des GAFAM et de Big Tech. Bref, on est tout de même surpris d’être aussi peu surpris, malgré qu’on s’y attendait évidemment. Il devait rester au fond de moi-même un petit tas de neurones non employées, où s’ébattaient quelques images significatives, en 3-D, et peut-être même 4-D, voire 5-D, nous décrivant une sombre conspiration, un complot global et globalisant où des créatures mystérieuses mais hyperpuissantes préparaient un bouillon infernal et globaliste où nous serions balancés, comme des petits poissons-moutons pris dans une nasse.

Eh bien pas du tout, 

Ah mais non, en effet ! certains, prompts à s’enflammer, les auraient crus Par-delà le bien et le mal ; et bien pas du tout, on parle du bien et du mal comme si l’on s’y trouvait en plein et respectueux de leur signification et de la bonne conduite qu’il fait avoir vis-à-vis d’eux, presque comme si l’on allait à confesse, le dimanche, après avoir mis son joli costume et sa cravate de premier communiant ; et l’on dit, dans leurs cercles de discussion styratégique, que ceci c’est gentil, et que cela l’est un peu moins sinon pas du tout, vraiment c’est mal.

On dit, – méchant petit camarade parlant dans le dos du “petit-Master”-en-chef, – que ‘Zuck’ a tout de même trop de pouvoir, car il commande à deux milliards d’individus qui lui obéissent au doigt et à l’œil, – vous vous rendez compte ? Sacré ‘Zuck’, non, l’homme-garçonnet reçu par des présidents et répondant en bon petit citoyen à des sénateurs préalablement corrompus selon la règle du jeu, et faisant marcher la planète à ses ordres et caprices ; c’est qu’on croirait finalement qu’ils y croient, qu’ils s’y voient en Masters of the Universe, méditant sur le sort du monde et décidant d’en faire un destin comme dans les bandes dessinées.

Ils ont conscience de leur puissance qu’ils décrivent en termes scolaires et bien élevés, ils ont conscience des limites de leur puissance qu’ils pondèrent avec politesse, ils croient que l’Intelligence Artificielle (IA) qu’ils développent à 200 à l’heure va nous rejoindre vite-fait, puis nous dépasser, et alors nous ne servirons plus à rien du tout, et alors ce sera notre fête, et alors du balai les sapiens, et alors “Valsez Saucisses !” comme l’on disait récemment à propos d’un sujet bien plus sérieux.

C’est bien qu’ils reconnaissent qu’ils font du mal parce qu’ils sont trop balèzes, – quoi que je pense vraiment qu’ils se la montent un peu trop, un peu trop bon petit soldat du Règne de la quantité ; et puis ça laisse aussitôt rêveur quand ils soulignent tout de même qu’ils font du bien aussi et que, manifestement, la “campagne” de Big Tech, armé des ciseaux électroniques d’Anastasia, pour soutenir Biden et liquider l’Im-monde, voilà pour eux l’archétype de l’exemple-type de la très-bonne action.

D’ailleurs, ‘Zuck’ lui-même est tout à fait en phase avec le vieux Joe, ‘Ol’White Joe’, qui fait des étincelles à la Maison-Blanche en allant se coucher tous les soir à 19H00 tapantes et trébuchantes. ‘Zuck’ trouve son programme incroyablement habile et signifiant, incroyablement excitants, comme la découverte de l’Amérique par un Colomb à la peau noire, et alors, vraiment, cette proximité (entre ‘Zuck’ et Joe) achève de nous édifier sur la vastitude de leurs intelligences algorythmées.

Et voilà, il fallait donc s’y attendre. Tous ces formidables petits bonhommes, ces Start-Up Sapiens qui mènent le monde sont donc tous les mêmes, exactement comme on les prévoyait : déjà clonés les uns les autres, déjà zombifiés, déjà bidénisés, réduits à la simple expression de l’alphabet 2.0, enroulés dans la farine de leurs incroyables simulacres, et s’y croyant absolument… Il n’est pas mauvais d’en avoir la confirmation car, décidément, il est inévitable d’en venir soi-même à cette conclusion, même sans Project Veritas, tant leurs activités exsude la sublime mais si petiote bêtise du conformisme.

Alors, vous confierais-je in petto, je ressors de ce petit épisode complément rasséréné, malgré l’obligation de vivre dans ce monde qui « n’est pas un monde que j’aime ». Je suis un peu plus conforté dans la conviction que cette insupportable posture du monde ne saurait durer très longtemps. Les héros de ce monde qui « n’est pas un monde que j’aime » sont des fraudeurs-simulants, des ombres furtives qui se dissolvent dans l’ombre des souterrains, des masques sans têtes ni Covid, des habitants des rhizomes deleuziens sans queue ni tête. Ils jouent à déconstruire ce monde qui « n’est pas un monde que j’aime » et, en cela, ils font exactement le travail que toute belle âme doit attendre qu’on fasse surtout en croyant faire le contraire.

Je crois entendre le Diable qui en rit encore, mais de plus en plus jaune. “N’ai-je pas lancé, se demande-t-il, de ces stupides sapiens qui, dans leur enthousiasme pour tout déconstruire, sont en train de déconstruire l’enfer que j’ai pris tant de mal à installer Ici-Bas pour scier la branche sur laquelle le Patron, que le Diable l’emporte, est installé ?  – Eh bien, je m’en aperçois ! Ces imbéciles, ils sont en train de scier la branche sur laquelle, moi, je suis installé !”