Covid19 et la “rébellion du temps”

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Covid19 et la “rébellion du temps”

13 juillet 2020 – Jeudi dernier, sur CNN, le maire de New York City, Bill de Blasio, fit « quelques remarques surprenantes, déclarant que les manifestations de protestation dans les rues [attention, uniquement des BLM] sont parfaitement autorisées, tout en annonçant l’interdiction des événements de foule jusqu’en septembre ». Bien entendu, il s’agit de la défense en hérisson contre Covid19, qui est le producteur et le manufacturier-complotiste d’une relance particulièrement forte de la pandémie du coronavirus aux USA, depuis autour de deux semaines.

C’est aussi aux USA que la crise du Covid19 est le plus radicalement “politisée” sinon “idéologisée”, comme le montre la décision de Blasio impliquant que parce que l’on proteste contre le racisme au nom des Black Lives Matter, on est immunisé contre le virus. Cette idée devrait d’ailleurs être plus répandue, permettant de lutter contre deux fléaux “de Dieu & Compagnie” à la fois : la pandémie et le racisme. Cette “politisation”/“idéologisation” est bien résumée par Alexis Toulet dans Le Sakerfrancophone :

« En caricaturant à peine, si l’on parle de confinement et de distanciation :
» • Une partie des gens de droite répondra “Pas question, ça interfère avec la liberté, et d’ailleurs à quoi serviraient masques et gel contre ce virus transmis par la 5G comme chacun sait, tout ça est antipatriotique !”
» • Pendant qu’une partie des gens de gauche répondra “Pas question, ça interfère avec la justice raciale, et d’ailleurs vous êtes coupable vous aussi, venez manifester et vous repentir avec nous, sinon c’est que vous devez être raciste”.
» On objectera peut-être que ce sont là des positions extrêmes et extrémistes. Peut-être, mais tout se passe comme si c’étaient celles-là qui avaient droit de cité les premières, et qui déterminaient l’action – ou plutôt l’inaction – des politiques.
» Comment lutter contre une épidémie ? Solution de la gauche américaine : des manifestations de masse à répétition dans tout le pays. Solution de la droite américaine : meeting de campagne dans un endroit fermé et les masques c’est antipatriotique. »

D’une façon plus générale, on peut apprécier, je crois, que la pandémie Covid19 est l’événement qui est l’objet du plus grand nombre de thèmes différents du complotisme, et venant de tous les horizons, du Système et de soi-disant antiSystème, de dénonciateurs du complotisme comme de croyants du complotisme, etc. Là aussi, il y a une “politisation” et une idéologisation” qui dépassent largement, pour le coup, celles qu’on identifie aux USA (et cela, bien entendu, avec le fait que les USA restent les plus gros consommateurs de complotisme dans tous les sens).

L’effet obtenu est une sorte de tourbillon crisique accéléré et prenant des formes différentes, semé de fractures (un “temps fractal”) et suscitant dans la psychologie un “vertige crisique”. Le désordre a fait sauter les “cloisonnements crisiques” (entre les crises) et mélange les diverses fractures. Ainsi le maire de New York City peut-il proclamer qu’il est sain de se tenir hors-‘distanciation sociale’ si c’est pour dénoncer le racisme selon la formule-BLM, car c’est comme une incantation qui foudroie le virus, – croyez-moi, c’est simple il n’oserait pas ! – je veux dire, infecter les gens qui se pressent héroïquement, au coude-à-coude, contre le racisme, tant de vertus diverses, n’est-ce pas... Tout de même, il faudrait raison garder, n’est-il pas ? Quoi qu’il en soit, ainsi les fractures crisiques se mélangent-elles en une incroyable sarabande, comme s’il s’agissait de rien de moins que La java du diable.

Plus que jamais il a sa place dans les hypothèses intuitives, ce commentaire d’‘avant-Covid19’ (du 12 janvier de cette terrible année) ; je veux dire qu’on doit reconnaître qu’il est complètement du ‘temps présent’ comme du Temps en général et en majesté. Le mouvement décrit ici n’a fait qu’accélérer du fait de Covid19 et de la Grande-Emeute2020.

« Le Temps n’accorde plus à personne le temps de la réflexion pour mieux situer sa position, pour bien juger d’un événement et de ses implications. Le Temps a décidé d’agir en suscitant la “rébellion du temps”, de notre temps-courant, et nous allons devoir nous en accommoder, accepter de juger sans comprendre et de comprendre sans en rien connaître, appuyés sur une volonté d’inconnaissance qui rend accessoire tout ce qui ne fait pas l’essentiel de la bataille. Le Temps ne me laisse plus qu’un interstice de temps pour situer en un éclair où se trouve le Système par rapport à moi, dans cet événement qui vient à peine d’éclater et qui déjà s’achève, et me situer contre le Système dans cet éclair de temps.
» Le Temps nous prend à notre propre piège, selon l'orientation transcendantale de l'“assassinat métahistorique”. Nous, – c’est-à-dire les zombies du Système, les modernes, les déconstructeurs, – nous avons organisé le désordre-chaos pour faire jaillir ce qui devait nécessairement complaire à notre raison et à notre belle conscience, dans le sillon triomphant de la modernité que nous traçons depuis quatre-cinq siècles. La riposte du Temps, c’est d’accélérer le temps pour accélérer le désordre et nous faire nous y perdre sans ne plus rien y comprendre. »

Il faut bien accepter l’idée que, de ce point de vue et à cette lumière, Covid19 est un formidable accélérateur et un garde-chiourme de la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). Il empêche, par ses allées et venues, sa persistance, sa redondance et son opiniâtreté, la moindre tentative de dissimulation de cette GCES, et encore plus, la moindre tentative de réparation de l’usine à gaz gigantesque où nous errons et nous débattons sans trêve.

Croyez-vous que l’article du 10 juillet (traduction le 12 juillet de Aube Digitale) de Jeffrey A. Tucker, directeur éditorial de l’American Institute for Economic Research, soit fait pour concerner le Covid, les épidémies, voire les troubles conformes et contrôlés de la psychologie humaine, lorsqu’il décrit une rencontre fortuite avec un psychiatre, le 12 mars dernier ? Et qu’il nous introduit cette anecdote dans cet article dont le la question « Quand la folie s’arrêtera-t-elle ? » fait office de titre ?

« Ce jour-là [le 12 mars], tout le monde savait ce qui allait arriver. Il y avait une panique sanitaire dans l’air, fomentée principalement par les médias et les personnalités politiques. [...]
» Un homme mince et sage, barbu, avec des lunettes à la Freud, s’est assis en face de moi, venant de quitter le studio. Il reprenait certes son souffle après l’interview, mais il paraissait également, profondément troublé et désemparé.
» — Il y a de la peur dans l’air, dis-je, rompant le silence.
» — La folie est autour de nous. Le public est touché par un trouble de la personnalité que j’ai traité toute ma carrière.
» — Quel est votre métier ? demandai-je.
» — Je suis un psychiatre praticien spécialisé dans les troubles de l’anxiété, les délires paranoïaques et la peur irrationnelle. Je traite ces troubles chez les individus en tant que spécialiste. Il est déjà assez difficile de contenir ces problèmes en temps normal. Ce qui se passe maintenant, c’est une propagation de cette grave maladie à l’ensemble de la population. Cela peut arriver avec n’importe quoi, mais ici nous voyons une peur primaire de la maladie se transformer en panique de masse. Cela semble presque délibéré. C’est tragique. Une fois que cela commence, cela pourrait prendre des années pour réparer les dommages psychologiques... »

En un sens, tout à fait d’accord, “la folie autour de nous” ; mais pas dans le sens qu’on croirait, car dans certains cas ce qui paraît folie selon le jugement que nous imposent les références qui nous bornent, c’est une façon d’être en paraissant, pour s’en sortir.

Autrement dit, – non, absolument pas, je ne suis pas en train de vous suggérer un complot en vous rapportant cette anecdote, bien au contraire ; je suis en train de vous suggérer une description complètement hors du domaine sanitaire de la fragilité des psychologies calfeutrées depuis si longtemps dans la bulle-simulacre où le Système les avait enfermées, et cette bulle crevée par un virus, et le simulacre dispersé aux quatre vents, montrant combien il est monstrueux, ridicule, risible, difforme et odieux. Cela “prendra des années”, dit-il ? Eh bien, cela permettra à la vigilance antiSystème installée par la rébellion du temps de repousser toute tentative du Système de reconstituer un simulacre, pour lui donner le temps, rapide mais efficace, d’agoniser enfin, – toi, le Système, comme l’on dit “Toi, le venin”.

En ce sens, on comprendra que je tiens le virus Covid19, non pour un produit du diable-comploteur, mais bien pour un envoyé du Ciel. Amen, mes bien-chers-frères et comploteurs divers comme d’été.