Chaos & folie : un bon rythme-bouffe

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Chaos & folie : un bon rythme-bouffe

13 décembre 2022 (16H30) – Ce que nous nommons le “bloc-BAO”, avec tout ce que cela suppose, continue, avec de plus en plus de succès et d’effets, à montrer ses exceptionnelles qualités et capacités d’agitation-bouffe... Je parle d’une agitation certes opérationnelle, mais marquée par une psychologie-bouffe, ou une folie-bouffe si vous voulez. Tout est bouffe, chez ces gens, jusqu’au chaos qu’ils sont parvenus à créer, – un “chaos-bouffe”, imaginez cela ! Seule cette époque pouvait nous sortir une telle production, notamment grâce à une activité si intense du système de la communication !

On voit quelques domaines de cette spectaculaire création postmoderne, surgissant au même moment et créant ainsi une sorte d’événement intégrant des domaines très différents, pour donner une image d’une exceptionnelle puissance de l’agitation à laquelle parvient cette époque dans ses moments de paroxysme

(Note de PhG-Bis : « Mais la description de PhG ne semble faite que d’une longue suite de paroxysmes jusqu’à constituer une sorte de longue ligne paradoxalement stable d’addition bientôt fusionnée de paroxysmes, sorte de ligne de crête paroxystique jusqu’à l’horizon, ne semblant jamais devoir finir, jamais descendre de ce super-paroxysme... »)

• La situation en Ukraine, où l’agglomérat qu’on nomme “armée ukrainienne” ressemble de plus en plus à un chaos (“chaos-bouffe”) où tout se désintègre dans une inorganisations épouvantable qui n’a rien à voir avec les Russes en ce sens qu’elle n’est pas directement causée par eux (à Bakhmout, au moins deux tiers des blessés ne sont pas évacués par manque d’organisation, et meurent de leurs blessures) ; cela, né de nos ambitions dites-“impériales” (et drotdel’hommistes), doublé par le contraste d’une organisation remarquable des groupes mafieux s’occupant de recycler instantanément vers l’Afrique notamment, l’essentiel des armes et munitions envoyées par les généreux donateurs du “Collective West” en principe pour alimenter le front.

Quelques mots de présentation, du site ‘VuduDroit’, avec sa vidéo n°19 de la série Castelnau-Ferreira, – à regarder régulièrement, – sur cette situation-bouffe (en Ukraine mais aussi sur les plateaux-TV en France) :

« La situation continue à se dégrader en Ukraine. Les différents refus des négociations imposés à Zelenski par les occidentaux, les mensonges dont l’Occident abreuve les ukrainiens, la corruption massive qui fait que l’argent et les armes déversés sur le pays sont détournés, la poursuite des bombardements sur les populations civiles du Donbass, ont abouti à la modification de la stratégie de la Russie. Qui a décidé de broyer l’armée ukrainienne.

» Sur le plan militaire, les troupes de Kiev subissent des pertes insupportables. Comme le dit l’expert suisse Jacques Baud : “Si les opinions publiques occidentales connaissaient le niveau des pertes de l’armée ukrainienne sous-direction Otan, elles exigeraient l’arrêt des hostilités et le passage immédiat à la négociation”.

» Malheureusement les bellicistes occidentaux fanatiques, relayée par des journalistes et des experts dévoyés, veulent poursuivre la guerre contre la Russie par ukrainiens interposés. Et les dirigeants qui ont parrainé les accords de Minsk reconnaissent qu’ils ont menti et n’ont jamais cherché à les faire appliquer. Apparaissant ainsi parmi les principaux responsables de la guerre. »

Bakhmout, c’est un faux-Verdun réussi. La légende, c’est-à-dire Ludendorff dans ses mémoires, a voulu nous faire croire que l’Allemagne avait fait Verdun uniquement pour « saigner l’armée française ». J’ai contesté cette version dans ‘Les Âmes de Verdun’, pour démonter ce canard. Par contre, à Bakhmout, la nullité et la corruption des commandements ukrainiens pourris d’interférence politico-mafieuses jettent les brigades ukrainiennes dans les ruines de la ville où elles se font hacher menu par la formidable artillerie russe : pas “saigner”, mais “saigner à mort”.

• La corruption-bouffe au cœur de l’Europe, à Bruxelles-UE, quelle magnifique cerise sur le gâteau (ici, du Parlement Européen en grand équipage, qui venait juste de clore une grande étape du blanchiment de la morale des âmes en déclarant la Fédération de Russie “État-terroriste”). L’histoire de la vice-présidente du PE, la ravissante Eva Kaili, dont l’histoire d’« europrostituée maffieuse » vaut bien un scénario d’un Hollywood-dissident, – si la chose existe, avec elle et sa sacoche bourrée de billets fraîchement imprimés au Qatar, sur le gazon fraîchement tondue dans les sables du Qatar. On espère, – moi, dans tous les cas, – que Kaili sera remise en liberté pour 24 heures, pour la finale de la Coupe du Monde : elle mérite bien de donner solennellement la Coupe au vainqueur, dans un élégant tailleur Chanel, bien dans son style. Ce n’est pas à un Orban que l’on délèguerait cet honneur.

Tout ce que fait l’Europe est grand. On ne voit pas pourquoi cette activité, la tactique lobbying-corruption qui est le secret des grands footballeurs de légende, échapperait à cette règle de la grandeur. On attend donc des suites, d’autant plus que la sheriffe, la prodige de l’“industrie du factchecking”, va prendre les choses en main, courriels de Pfizer en poche. Tout le monde se et la moque moque, ce qui est humiliant. On n’aura plus guère le temps d’aller à Kiev. L’UE est plus que jamais dans son temps et conforme absolument à son temps, et les persiffleurs commentateurs persiflent en commentant ou bien commentent en persiflant. Ce sont de bien pauvres êtres.

 « Il s’agit désormais de tirer ce fil, jusqu’au bout. Dans cette indispensable et périlleuse entreprise, les Français comme leurs voisins des vieilles nations d’Europe peuvent compter sur un appui de grand poids, une nouvelle militante de la transparence et de l’honnêteté à l’ambition toute neuve. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, très proche du Président Macron, doit toujours quelques explications sur ses liens avec les laboratoires Pfizer. Pas d'impatience, ça va venir. En attendant, elle nous le dit, ce lundi 12 décembre, la main sur le cœur : les soupçons de corruption au sein de l'institution européennes sont “très graves”. Très ! “Ces allégations sont extrêmement préoccupantes”. Mais oui ! “C’est une question de confiance dans les personnes au cœur de nos institutions”. Comment dire… Voilà : on ne l’aurait pas exprimé aussi clairement ! “Cette confiance suppose des standards élevés d'indépendance et d'intégrité”. Mme von der Leyen a compris notre légère inquiétude, tout va changer. Elle a une idée : pourquoi ne pas créer “une autorité indépendante” sur les questions d'éthique dans les institutions de l'Union européenne ? Mais oui, pourquoi pas ? Nous voilà rassurés”. »

... C’est vrai. Une telle “autorité indépendante”, ce serait une sorte de centralisation de toutes ces pratiques : les versements pourraient se faire directement, sur un compte centralisateur, même chose pour les sacs de billets... Très moderne, rentabilité, transporté par l’Air Force, livré par “Amazon”... L’amitié transatlantique en serait confortée, en même temps que la morale qui est livrée en supplément.

• Je vous parlerai bien de la Serbie également, qui s’attaque, chose incroyable et abominable, à la souveraineté séculaire du Kosovo qui a acquis sa légitimité grâce aux bâtisseurs de cathédrales que furent les escadrilles de l’U.S. Air Force déléguées par la papauté de l’OTAN qui officie à la basilique d’Evere.

On ignore si c’est vraiment une stratégie habile de laisser se rallumer ce conflit qui rappelle l’infamie de 1999, au moment de la Coupe du Monde de football de 2022 (une telle phrase confrontant ces deux événements n’avait aucun sens hier, elle commence à en avoir). Dans tous les cas, pour compléter ‘Ukrisis’ par le symbole, par la communication, par le simulacre, et déstabiliser un peu plus l’Europe, on ne pouvait guère faire mieux – et je précise, pour mon compte, “déstabiliser l’Europe transatlantique”, malgré tous les imaginatifs du complot, car à partir de la suggestion du “principe de Peter” les avantages des déstabilisations où les US ont évidemment un doigt de pied deviennent des handicaps qui aggravent en accentuant trop immodérément les risques et en mettant en évidence la folie des excès. Mais faire cette suggestion, c’est leur demander d’un peu trop penser au-delà du bout de leur nez...

Et il est vrai qu’en plus d’avoir Djokovic au tennis, les Serbes refusent d’appliquer les sanctions contre la Russie. En toute souveraineté, c’est une position inacceptable pour les assemblées européennes de Bruxelles. Une deuxième guerre en Europe qui serait un “deuxième front” ? L’enchaînement peut nous conduire loin, d’autant que l’armée serbe est loin d’être négligeable...

« L’Europe, c’est la paix », disait-on durant mon innocente jeunesse. Aujourd’hui, l’Europe semble avoir trouvé sa propre définition de “la paix” ; définition tout à fait nouvelle, comme un mouvement perpétuel inverti, de type orwellien, incroyablement apaisant, vous permettant de faire n’importe quoi en prétendant faire ce qu’il vous plaît.

• Autre nouvelle des jours présents et de nos affaires, la fin du « pétrodollar remplacé par le pétroyuan », pour terminer la liquidation de notre civilisation américaniste-occidentaliste par leur meilleur allié. La vieille monarchie pourrie de la maison-Saoud, bien recyclée et ‘upgraded’ par MbS accueillant pendant trois jours son ami le président Xi, s’avère plus agile et plus créatrice que Washington D.C. couronnée par le dynamique Joe Biden et un Congrès étouffé par la corruption allant de Lockheed Martin à Raytheon. A lire donc, outre la chronique de Christoforou-Mercouris déjà signalée et évidemment excellente en profondeur stratégique et civilisationnelle, tel texte sur la dédollarisation en français direct et directement connectée à l’événement.

Note de PhG-Bis : « Oui, il met cette nouvelle drôlement sérieuse dans la catégorie “chaos-bouffe”, PhG ! Parce que les circonstances de l’événement, le silence assourdissant et anglo-saxon qui l’accompagne (ne parlons pas des Français, please) sont absolument du domaine bouffon par la disparité, le déséquilibre des importances considérées. Sur la France ? On se croit obligé en France d’aller à l’essentiel, de polémiquer parce qu’une “journaliste” du Service Public bien-nommé constate que Zemmour “n’a rien d’un être humain”, que c’est un OVNI fasciste sorti du ventre de la bête humaine en voyage interstellaire... “On a le bouffe qu’on peut“, marmonne PhG, “Macron c’est le bouffe taille basse, mité-étriqué, l’en-dessous du porte-jarretelle...” »

Sérénité requise

J’ignore si ce n’est qu’un répit, un chaos (un épisode-bouffe du chaos) ou si cela amorce une poussée décisive, ou s’il s’agit d’une longue suite d’une seule poussée décisive, ou si cela est cette fois décisif jusqu’à rompre, – mais il n’en reste pas moins vrai que l’on se trouve dans une phase où le ridicule de leurs excès, ou bien les excès de leur ridicule sont en train de les dévorer. La valse, la “Java du Diable” comme s’exclamait le chanteur commentant un temps qui ressemblait au nôtre, est faite de mensonges et de simulacres, d’une corruption qui semble ne jamais devoir cesser de grandir et de s’étendre comme un tsunami rocambolesque, de recrutement dans les milieux les plus veules et les plus dérisoires, de triomphes des images troubles-folles et d’un vide intellectuel qui semble devoir susciter une sorte de vertige des profondeurs, d’une psychologie devenue folle mais bien entendu d’une folie-bouffe, – tout cela semble effectivement, je le confirme, devoir les dévorer irrésistiblement, crus et nus, sans qu’ils ne puissent rien pour faire cesser le festin.

Je veux dire que c’est la même lèpre, la même pathologie-bouffe qui agite toutes ces circonstances dont les êtres sont les jouets comme autant d’esquifs pathétiques emportés par les vagues géantes du gigantesque océan de fureur de la métahistoire. Alors, la Coupe du monde du Qatar, les massacres de Bakhmout, la poignée de main de Xi et de MbS, la valise pleine de billets de la belle europute, les bruits de guerre autour de la Serbie, tout cela se mêle et s’entremêle, tout cela est fait de choses si différentes qui pourtant adhèrent les unes aux autres pour ne plus former qu’un seul événement, dépendant du même horizon, précipité vers la même cataracte. C’est tellement la même chose que certains disent à ceux qui annoncent pour très bientôt la “Troisième Dernière”, que “Nous y sommes déjà”, que c’est cela la “Troisième Dernière” des Guerres Mondiales.

C’est en de tels moments qu’il faut savoir saisir l’instant de presque une grâce, où l’on découvre dans la course d’un éclair, sur le visage contraint d’un corrompu, sur la grimace de douleur d’un soldat, sur le sourire complice d’un prince-roi saoudien, toute l’ironie catastrophique d’un cycle métahistorique qui finit sa révolution. Le cycle parvient au terme de son orbite, se hisse décisivement au-dessus de l’histoire pour se proclamer avec une ironie encore plus forte puisque soulevée par le sentiment de l’œuvre accomplie, comme étant justement un accomplissement qui répond aux injonctions d’ordre, d’harmonie et d’équilibre de l’univers. Il est là, planté ferme sur ses jambes titanesques comme les ‘Racines du Ciel” dont nous parlait Romain Gary, et il nous dit :

“Cessez donc de jouer, de vous croire, de vous écouter en train de vous écouter, de céder un instant à la tentation de croire vraiment à ce que vous dites, cessez donc puisque le rideau rouge est en train de s’abaisser, et la scène de disparaître, et le public de s’évanouir comme un brouillard dissipé vers la sortie”.

Montherlant disait, comme j’aime bien à le citer, et il en fit même un titre de livre :

« Va jouer avec cette poussière ».

Puis, impassible et campé en sa pose aristocratique, une dernière pose de l’artiste, devenant aveugle et décidé à conserver sa posture de Romain, cet athée notoire et confirmé par un prêtre s’il y en avait eu un à son chevet, prit un revolver et se tira une balle dans la bouche. C’était comme s’il ne craignait rien, en aucune sorte, ni l’Être Suprême ni le Néant. Ainsi montra-t-il qu’il n’est nul besoin d’espérer pour entreprendre ni de croire pour faire s’accomplir  des miracles.

Nous sommes un peu de cette sorte, je veux dire sur cette route que l’on prend au sortir de la caverne de Platon. Nous naviguons dans un fol océan de merde, entourés de nageurs fous qui prétendent nous désigner la direction qu’il faut suivre avant de disparaître dans un tourbillon bienvenu. Rien de cela ne doit nous troubler. Notre époque n’est plus celle où nous pouvons apprendre de nouvelles vérités sur le monde. Tout est dit.

C’est une époque pour le solde de tous comptes. Au bout, il y a un homme qui se tire une balle dans la bouche et un personnage de Jean Anouilh qui nous dit cette phrase pleine de grâce, où je goûte surtout ce “presque” à la fois magique et si humain :

« ...tout au bout du désespoir il y a une blanche clairière où l’on est presque heureux. »