Alerte rouge à propos du “coming crash” du Pentagone

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Un important rapport a été adressé au secrétaire à la défense Robert Gates, qui dresse un état de la situation du Pentagone et constitue une très sévère mise en garde. Venu du Defense Business Board (DBB), – une commission institutionnelle établie en 2001 et directement contrôlée par le secrétaire à la défense, – le rapport suggère pour la première fois de façon aussi caractéristique des risques de crise ou de rupture systémique, parlant d’une menace contre «the core of the institution» (le Pentagone). Le DBB s’attache essentiellement aux problèmes de développement et d’acquisition des programmes et des systèmes d’arme, constatant une augmentation de ces programmes de $401 milliards (l'équivalent d'un budget annuel du Pentagone du début de la période considérée) sur 7 ans.

Un article de Defense News, le 23 octobre, présente ce rapport (l’hebdomadaire en a obtenu un exemplaire).

«The Defense Business Board Oct. 23 approved a list of studies that sound new alarms from inside the Pentagon about a number of issues, including the growing trend of major acquisition programs far exceeding original cost estimates. Business Board task groups looked at a range of issues, from how the Pentagon generates requirements to managing the Department of Defense to rising military health care costs. The panel was set to deliver the final versions of each study to Defense Secretary Robert Gates and Deputy Defense Secretary Gordon England later that same day. The board intends to present them to each presidential campaign soon.

»As part of 18 new reports for the Bush administration, the panel found that over the last seven years changes to initial program plans have cost the DoD $328 billion. Such program changes, typically referred to as “requirements creep,” have helped swell the price tag for the department's major programs from $783 billion to $1.7 trillion, according to the panel. Of that increase, $401 billion, or 44 percent, was caused by program cost growth. On one slide, the panel uses striking language to express its concern about the skyrocketing cost of the Pentagon's next-generation systems, warning it could “in times of budget stress, threaten the core of the institution.”

»One chart included in the briefing shows that $205.7 billion of the $401 billion in seven-year program cost growth was generated by just five programs: The Army's Future Combat Systems ($69.7 billion), the tri-service Joint Strike Fighter ($66.8 billion), the Navy's SSN-774 attack submarine program, the Chemical Demilitarization initiative ($23.4 billion) and the Air Force-run Evolved Expendable Launch Vehicle program ($18.5 billion). More than 90 programs from across the services accounted for the remaining $195 billion in cost growth. In the coming years, the board warns, the situation could affect the state of the American force. “Rising program costs increases unit costs,” the briefing states, “limiting the ability to recapitalize the force.”»

Il est vrai que ce rapport, par le ton qu’on y trouve, évoque la possibilité de ce que l’on désigne comme le “coming crash” du Pentagone, – dont on commence à beaucoup parler ces derniers temps. Outre les remarques mentionnées, le rapport ne dissimule pas que cette situation du Pentagone peut avoir un effet direct sur la puissance des USA, voire sur la cohésion structurelle de leurs forces armées: «…the situation could affect the state of the American force. “Rising program costs increases unit costs,” the briefing states, “limiting the ability to recapitalize the force.”»

Allant plus loin dans l’analyse, le rapport met en évidence l’aspect structurel de la crise, et combien cet aspect structurel touche tous les échelons. Le système politicien lui-même contribue évidemment à la situation, avec une extrême lenteur à pourvoir aux postes d’encadrement civil du Pentagone, à cause des conditions de nomination, des tractations avec le milieu privé des affaires, avec le Congrès, des arrangements partisans, etc., bref tout ce qui constitue les caractères d’un système où les intérêts privés et les groupes de pression ont complètement pris le pas sur le service public. Il y a ainsi une paralysie de la direction civile, comme Anthony Cordesman l’affirmait dans son rapport du 1er octobre, conduisant à des situations ponctuelles où le Pentagone est réellement, physiquement sans direction. («The task force uses a chart to illustrate that many top Pentagon jobs are expected to be without a Senate-confirmed official in charge for much of 2009. The chart predicts that following the Nov. 5 election, more and more Bush appointees will step down, leaving fewer than 10 in office on Inauguration Day.»)

Le rapport insiste donc sur cette situation: la crise qu’il décrit est une “crise culturelle” au moins autant qu’une “crise de gestion”, impliquant par là la gravité de la chose. C’est une crise du comportement fondamental et des jugements, et non plus seulement une crise des décisions (mais cette dernière subsistant bien sûr, et même étant aggravée). Tout cela est constaté au moment où le Pentagone entre dans la situation de crise générale que l’on sait, avec les contraintes budgétaires qui vont s’imposer dans le cadre de la crise financière et économique.

«Driven by seemingly unconstrained Pentagon budgets, the cost growth trend “is as much as cultural problem as a management issue,” the panel concludes. But the board, echoing defense analysts and Pentagon observers, notes acquisition decisions and management likely will be harder for the next administration because annual defense budgets are expected to contract.

»“All indications are the department is entering a prolonged period of fiscal constraint in a tough economy with deficits increasing and competitive spending pressures,” the briefing states. “Actions related to the Wall Street crisis will exacerbate the pressure.”[…] “Business as usual is no longer an option,” the board wrote. “The current and future fiscal environments facing the department require bold action.”»

Il faut insister sur l’importance d’un tel rapport. En lui-même, il n’est pas capable de révolutionner les choses mais il s’inscrit évidemment dans une situation déjà très fortement déstabilisée et en renforce cet aspect. Il s’agit d’un rapport à la fois officiel et indépendant (les membres du DBB sont recrutés en général hors des réseaux d’experts proches du Pentagone). Il s’agit du premier rapport de cette sorte qui présente un avertissement clair de la possibilité d’une crise systémique au Pentagone, en même temps qu’il met en évidence la nécessité d’agir très rapidement, de façon radicale. C’est un signal convainquant du sérieux (nul n’en a jamais douté) de la crise du Pentagone et, surtout, de sa réalité conjoncturelle et pressante (ce qui est une perception, dite d'un point de vue officiel, assez nouvelle). La nouvelle présidence, quel que soit l’élu, sera un rendez-vous très important pour la situation du cœur de la puissance américaniste.


Mis en ligne le 25 octobre 2008 à 12H09