jc
08/03/2026
ChatGpt (interrogé -par autre que moi- dans un contexte mathématique) :
" Permettez-moi d’être très clair sur un point important.
Je ne “comprends” pas un sujet au sens humain du terme. Je ne possède ni intuition géométrique vécue, ni vision synthétique stable comme celle qu’un chercheur construit au fil des années. Ce que je fais est différent :
j’agrège des structures connues,
je reconnais des schémas mathématiques,
je reconstruis des enchaînements plausibles à partir de la littérature.
Cela produit parfois des reconstructions justes, mais aussi parfois des enchaînements seulement plausibles, qui peuvent contenir des erreurs ou des glissements conceptuels. "
Voilà, pour moi l'essentiel est dit : ChatGpt ne possède ni intuition géométrique vécue, ni vision synthétique stable !
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Dans son article sur la mathématique essentielle (1) René Thom oppose la mathématique de la maîtrise, mathématique (que je qualifie de "démiurgique"), à la mathématique de l'intelligibilité (que je qualifie d' "herméneutique"), et se situe très clairement du côté des mathématiques de l'intelligibilité, alors que ce sont les mathématiques de la maîtrise qui sont au cœur de l'IA ( drastiquement limitées par les possibilités du hard ware et du soft ware informatiques ). Pour un philosophe "classique" ( ce que je ne suis pas) et pour un français (j'en suis), je verrais bien là la distinction entre Descartes ( une mathématique qui permet "nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature" ) et Pascal ( pour qui la mathématique permet de percevoir ce que le non-mathématicien ne peut (1) ). Et Thom est bien entendu du côté de Pascal (2), en allant selon moi beaucoup plus loin que lui dans cette direction (3).
De formation à la fois scienctifique et philosophique, Thom a retiré de la première un goût pour la précision des définitions. Je redonne une fois encore les siennes en ce qui concerne l'intelligence et la pensée :
"L'intelligence est la capacité de s'identifier à autre chose, à autrui ; (...) il faut en quelque sorte "entrer dans sa peau", il s'agit là presque d'une identification amoureuse." (le chat affamé de Thom aime plus la souris qu'il convoite que lui-même…)
"La pensée conceptuelle est une embryologie permanente"
Thom précise sa position dans un paragraphe intitulé "La double origine du langage" (pour moi la double origine ET la double fonction du langage) :
"L'apparition du langage répond chez l'homme à un double besoin: une contrainte individuelle de nature évolutive, visant à réaliser la permanence de son moi en état de veille et une contrainte sociale, exprimant les grands mécanismes régulateurs du groupe social.
La première contrainte répond au besoin de virtualiser la prédation. L'homme en éveil ne peut, comme le nourrisson de neuf mois, passer son existence à saisir les objets pour les mettre en bouche. Il a mieux à faire: aussi va-t-il "penser", c'est-à-dire saisir les êtres intermédiaires entre les formes extérieures et les formes génétiques : les concepts." (fin de Stabilité Structurelle et Morphogenèse, ed.1977, ce n'est pas dans celle de 1972)
(1) " Les réels et le calcul différentiel ou la mathématique essentielle " (figure dans Apologie du logos, Hachette, 1990)
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hexagramme_de_Pascal
(3) Finis les pour moi, selon moi, à mon avis, à mes yeux, etc. (l'heure est grave), j'affirme que THOM EST UN TRÈS GRAND PHILOSOPHE, et j'ai l'impression que la très grande majorité des philosophes "classiques" ne s'en sont pas encore aperçus (en particulier Alexandre Douguine). Je remets ici une citation thomienne faite tout récemment sur ce site :
"Si l'on veut comprendre l'auteur il faut rentrer dans son monde. (...) Dans ma propre écriture, je mêle de manière indissoluble la pensée verbale et l'idéalité mathématique. Ce style mixte irrite le mathématicien professionnel, habitué à traiter mathématiquement l'être mathématique; et déconcerte le non-géomètre à qui la face mathématique de ma pensée échappe irrémédiablement. mais je vis de ce contact, et si ma pensée a quelque valeur, c'est de cette symbiose qu'elle la tire. La pensée purement mathématique est aveugle, mais capable de marcher, et même fort loin. La pensée intuitive, au contact du réel, est le paralytique de la parabole, qui voit, mais ne peut progresser sûrement."
Conséquence de cette position métaphysique : les matheux ont tourné le dos à Thom (car l'abandon du principe de non-contradiction signifie l'abandon des démonstrations), mais cela ne l'a pas, semble-t-il, rapproché des philosophes :
- "car c'est dans l'intuition que réside l'ultima ratio de notre foi en la vérité d'un théorème -un théorème étant avant tout, selon une étymologie aujourd'hui bien oubliée, l'objet d'une vision." ;
- " Pourquoi, au début de la pensée philosophique, les Présocratiques, d'Héraclite à Platon, nous ont-ils laissé tant de vues d'une si grandiose profondeur ? Il est tentant de penser qu'à cette époque l'esprit était encore en contact quasi-direct avec la réalité, les structures verbales et grammaticales ne s'étaient pas interposées comme un écran déformant entre la pensée et le monde. Avec l'arrivée des Sophistes, de la Géométrie euclidienne ; de la Logique aristotélicienne, la pensée intuitive fait place à la pensée instrumentale, la vision directe à la technique de la preuve. Or, le moteur de toute implication logique est la perte en contenu informationnel : ‘‘Socrate est mortel'' nous renseigne moins que ‘‘Socrate est un homme''. Il était donc fatal que le problème de la signification s'effaçât devant celui de la structure de la déduction. Le fait que les systèmes formels des mathématiques échappent à cette dégradation de la ‘néguentropie' a fait illusion, à cet égard, une illusion dont la pensée moderne souffre encore : la formalisation – en elle-même, disjointe d'un contenu intelligible – ne peut être une source de connaissance. "
Michel Guex-H.
06/03/2026
Mon commentaire précédent comporte une erreur : l'épisode relaté ne date pas d'un quart de siècle, mais d'un demi-siècle (entre 1969 et 1972)
Michel Guex-H.
06/03/2026
Cela fait un quart de siècle qu'un ami, réagissant à l'admiration de quelques réformés face à la "merveilleuse" victoire militaire des Israéliens, les avait scandalisés en affirmant : "Quand l'Écriture ditt "Le désert refleurira", elle ne parle pas des trois salades (sic) du néguev", expliquant ensuite que le "désert" est spirituel, et que c'est lè que la Vie doit rena'itre.
Par la suite, ma frèquentation (momentanée) .de sites évangéliques francoèhones m'a montré leur incompréhension de cette réalité, d'où leur appui aux horreurs en cours
jc
04/03/2026
Dans son article sur la mathématique essentielle (1) René Thom oppose la mathématique de la maîtrise (mathématique que je qualifie de "démiurgique") à la mathématique de l'intelligibilité (que je qualifie d' "herméneutique"), et se situe très clairement du côté de la mathématique de l'intelligibilité, alors que ce sont les mathématiques de la maîtrise qui sont au cœur de l'IA ( drastiquement limitées par les possibilités du hard ware et du soft ware informatiques ). Pour un philosophe "classique" ( ce que je ne suis pas) et pour un français (j'en suis), je verrais bien là la distinction entre Descartes ( une mathématique qui permet "nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature" ) et Pascal ( pour qui la mathématique permet de percevoir ce que le non-mathématicien ne peut (1) ). Et Thom est bien entendu du côté de Pascal (2), en allant selon moi beaucoup plus loin que lui dans cette direction (3).
De formation à la fois science et philosophique, Thom a retiré de la première un goût pour la précision des définitions pour l'utiliser dans la seconde. Je redonne une fois encore les siennes en ce qui concerne l'intelligence et la pensée :
"L'intelligence est la capacité de s'identifier à autre chose, à autrui ; (...) il faut en quelque sorte "entrer dans sa peau", il s'agit là presque d'une identification amoureuse." (le chat affamé de Thom aime plus la souris que lui-même…)
"La pensée conceptuelle est une embryologie permanente"
Thom précise sa position dans un paragraphe intitulé "La double origine du langage" (pour moi la double origine ET la double fonction du langage) :
"L'apparition du langage répond chez l'homme à un double besoin: une contrainte individuelle de nature évolutive, visant à réaliser la permanence de son moi en état de veille et une contrainte sociale, exprimant les grands mécanismes régulateurs du groupe social.
La première contrainte répond au besoin de virtualiser la prédation. L'homme en éveil ne peut, comme le nourrisson de neuf mois, passer son existence à saisir les objets pour les mettre en bouche. Il a mieux à faire: aussi va-t-il "penser", c'est-à-dire saisir les êtres intermédiaires entre les formes extérieures et les formes génétiques : les concepts." (fin de Stabilité Structurelle et Morphogenèse, ed.1977, ce n'est pas dans celle de 1972)
(1) " Les réels et le calcul différentiel ou la mathématique essentielle " (figure dans Apologie du logos, Hachette, 1990)
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hexagramme_de_Pascal
(3) Finis les pour moi, selon moi, à mon avis, à mes yeux, etc. (l'heure est grave), j'affirme que THOM EST UN TRÈS GRAND PHILOSOPHE, et j'ai l'impression que les philosophes "classiques" ne s'en sont pas encore aperçus (en particulier Alexandre Douguine). Je remets ici une citation thomienne faite tout récemment sur ce site :
Conséquence de cette position métaphysique : les matheux ont tourné le dos à Thom (car abandon du principe de non-contradiction signifie abandon de démonstrations), mais ce n'a pas rapproché Thom des philosophes :
"Si l'on veut comprendre l'auteur il faut rentrer dans son monde. (...) Dans ma propre écriture, je mêle de manière indissoluble la pensée verbale et l'idéalité mathématique. Ce style mixte irrite le mathématicien professionnel, habitué à traiter mathématiquement l'être mathématique; et déconcerte le non-géomètre à qui la face mathématique de ma pensée échappe irrémédiablement. mais je vis de ce contact, et si ma pensée a quelque valeur, c'est de cette symbiose qu'elle la tire. La pensée purement mathématique est aveugle, mais capable de marcher, et même fort loin. La pensée intuitive, au contact du réel, est le paralytique de la parabole, qui voit, mais ne peut progresser sûrement."
[ Pour Thom "c'est dans l'intuition que réside l'ultima ratio de notre foi en la vérité d'un théorème -un théorème étant avant tout, selon une étymologie aujourd'hui bien oubliée, l'objet d'une vision." ]
jc
04/03/2026
[ Commentaire sur https://www.dedefensa.org/article/le-martyre-dali-khamenei ET sur https://www.dedefensa.org/article/lamerique-survivra-t-elle-en-2026 ]
Résumé cruciverbiste : Fait tapis en cinq lettres. Khamenei : ISLAM ; Trump : POKER.
Résumé en devises : Iran : In God we trust ; USA : In Gold we trust.
Résumé Wikipédia : "On peut associer le pouvoir symbolique à une forme de soft power." ; Le hard power (en français la coercition ou la manière forte) est un concept utilisé principalement par le réalisme dans les relations internationales. Il désigne la capacité d'un corps politique à imposer sa volonté à d'autres corps politiques à l'aide de moyens militaires et économiques. Le hard power s'oppose au soft power (la persuasion, la manière douce)."
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Dans "Révolutions, catastrophes sociales ?" (1), Thom oppose le soft power au hard power, en s'attachant à " établir qu'aucune société stable ne peut exister sans une certaine forme de pouvoir sémiologique", "sous forme d'une formule (verbale ou écrite) qui a pouvoir de persuasion sur lui" (2).
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(1) 1985, figure dans Apologie du Logos, Hachette, 1990
(2) "Par quels moyens les gouvernants peuvent-ils obtenir l'obéissance des gouvernés? Trois modes de persuasion peuvent être envisagés. d'abord la contrainte physique : violence, force des armes. Ensuite, la contrainte économique : le dominant peut disposer de moyens de production (terres, capitaux, outils, etc.) qu'il met à la disposition du dominé, à charge pour ce dernier de travailler pour lui. Enfin le pouvoir des signes : le gouvernant peut obtenir l'adhésion du gouverné en excipant d'une formule (verbale ou écrite) qui a pouvoir de persuasion sur lui. Ce dernier type de pouvoir -qu'on appellera dorénavant "pouvoir sémiologique"- semble a priori moins évident que les deux autres; et cependant, notre modèle va lui donner une importance prépondérante. il importe donc d'établir qu'aucune société stable ne peut exister sans une certaine forme de pouvoir sémiologique."
OLIVIER RICHE
03/03/2026
Guerre version xiangqi.
https://no01.substack.com/cp/185980275
jc
01/03/2026
Martin Kovac :
» Le néoplatonisme enseigne qu'il existe un médiateur entre l'Esprit pur (‘Noos’) et la Matière lourde (‘Hylé’) : l'‘Anima Mundi’. C'est un champ vivifiant qui imprègne tout. Pour l'homme moderne, dont la perception s'est sclérosée, ce médiateur est toutefois inaccessible. Pour pouvoir revenir à l'Unité (‘Epistrophé’), nous devons d'abord abandonner la Matière. »
Pour René Thom (qui reste platonicien malgré son admiration pour Aristote) :
- "La synthèse ainsi entrevue des pensées "vitaliste" et "mécaniste" en Biologie n'ira pas sans un profond remaniement de nos conceptions du monde inanimé." ((Début de la conclusion de "Une théorie dynamique de la morphogenèse" (1966) )
- "(...) on pourrait rapporter tous les phénomènes vitaux à la manifestation d'un être géométrique qu'on appellerait le champ vital (tout comme le champ gravitationnel ou le champ électromagnétique) ; les êtres vivants seraient les particules ou les singularités structurellement stables de ce champ ; les phénomènes de symbiose, de prédation, de parasitisme, de sexualité seraient autant de formes d'interaction, de couplage entre ces particules… La nature ultime dudit champ, savoir s'il peut s'expliquer en fonction des champs connus de la matière inerte, est une question proprement métaphysique ; seule importe au départ la description géométrique du champ, et la détermination de ses propriétés formelles, de ses lois d'évolution ensuite."
- "D'un être — ou objet — on distingue classiquement son existence, son Dasein, le fait que l'être occupe une certaine portion d'espace-temps, et son essence, c'est-à-dire la totalité de ses aspects, de ses qualités. L'attitude matérialiste, traditionnelle en Science, consiste à dire que l'existence précède l'essence (en fait, l'existence implique l'essence) ; le modèle de la théorie des catastrophes en Morphogenèse va à l'encontre de cet axiome, car il présuppose que, dans une certaine mesure, l'existence est déterminée par l'essence, l'ensemble des qualités de l'être. On peut y voir une résurgence du schème aristotélicien de l'hylémorphisme : la matière aspirant à la forme." ;
- "Car le modèle de la théorie des catastrophes offre une réalisation mathématique du schème hylémorphique d'Aristote. La « forme », définie comme la singularité algébrique d'un potentiel (c'est l'« essence » du processus) se déploie sur la matière, qui va subir les catastrophes préinscrites dans le déploiement de la singularité. Un tel schéma assure la transition entre le « logique » et le « morphologique » entre eidos et morphè.".
Mon commentaire : PhG a bien raison de distinguer (depuis longtemps) Matière et matière (distinction que René Guénon ne fait pas lorsqu'il assimile les deux au Mal).
-
jc
01/03/2026
de la parabole, qui voit, mais ne peut progresser sûrement."
[ Pour Thom "c'est dans l'intuition que réside l'ultima ratio de notre foi en la vérité d'un théorème -un théorème étant avant tout, selon une étymologie aujourd'hui bien oubliée, l'objet d'une vision." ]
Ni Ando
01/03/2026
"La guerre ou la paix ne sont plus maintenant des œuvres humaines, voulues par l’homme, mais deux aspects de la même fatalité qui entraîne vers d’autres catastrophes une humanité qui ne veut plus ni le mal ni le bien, ni la vie ni la mort, et dont le rêve inavouable, inavoué, serait qu’on inventât pour elle des machines qui la dispensent de penser, de vouloir, de prévoir…".
Georges Bernanos. « La civilisation contre l’homme » 1943.
jc
01/03/2026
Je suis frappé par l'analogie entre le titre "Être dans le monde mais pas du monde" précisé par "On trouve ci-dessous la description parabolique d’une façon de préserver les âmes et de les conduire à la rencontre de l’Esprit, en en appelant aux néoplatoniciens." d'une part,
et "La théorie des catastrophes est une théorie mathématique mais ce n'est pas une théorie de la mathématique", citation thomienne précisée par "Dans sa confiance en l'existence d'un univers idéal [platonicien], le mathématicien ne s'inquiétera pas outre mesure des limites des procédés formels, il pourra oublier le problème de la non-contradiction." d'autre part.
[ Conséquence de cette position métaphysique : les matheux ont tourné le dos à Thom (car abandon du principe de non-contradiction signifie abandon de démonstrations), mais ce n'a pas rapproché Thom des philosophes :
"Si l'on veut comprendre l'auteur il faut rentrer dans son monde. (...) Dans ma propre écriture, je mêle de manière indissoluble la pensée verbale et l'idéalité mathématique. Ce style mixte irrite le mathématicien professionnel, habitué à traiter mathématiquement l'être mathématique; et déconcerte le non-géomètre à qui la face mathématique de ma pensée échappe irrémédiablement. mais je vis de ce contact, et si ma pensée a quelque valeur, c'est de cette symbiose qu'elle la tire. La pensée purement mathématique est aveugle, mais capable de marcher, et même fort loin. La pensée intuitive, au contact du réel, est le par
[ Je rapelle également à ce propos que, pour Thom, l'assertion de nature translogique "Le prédateur affamé est sa propre proie" est à la base de l'embryologie animale, assertion que je suis tenté de transposer par analogie biologie/sociologie en "Le capitaliste affamé est sa propre proie" est à la base de l'embryologie sociale".]
jc
27/02/2026
Papelcrema : " Quel type d'être humain le libéralisme avancé produit-il réellement et quelles sont, à votre avis, les conséquences spirituelles, culturelles et politiques de l'absolutisation de ce «moi» déraciné de toute tradition, appartenance et destin commun? "
Carlos X. Blanco : " Un simple animal sans âme. "
Étymologiquement un animal a une âme. Pour moi le libéralisme avancé produit des animaux sauvages comme Donald Trump et Margaret Thatcher, pour qui la société est réduite à sa plus simple expression, à savoir la cellule familiale nucléaire (au mieux pour Trump…) (1). Il existe des sociétés animales très bien organisées (fourmis, abeilles…)
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Carlos X. Blanco : " Tradere signifie « transmettre ». Personne ne veut recevoir du passé des bric-à-brac cassés, des cadavres embaumés, les vestiges d'anciennes splendeurs. On transmet ce qui est vivant, on le chérit et on en prend soin, on le transmet et on le confie aux nouvelles générations afin qu'elles en prennent soin et en amplifient la lumière." :
Thom écrit ceci à propos du rôle de la tradition dans le développement biologique : "Il subsiste toujours à l'intérieur de l'animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l'individu adulte. ".
Puisque pour Thom ce sont les mêmes dynamiques qui fondamentalement, régissent les évolutions des individus et des sociétés d'une même espèce (et, pour moi, l'évolution sociale est plus tardive que l'évolution individuelle, pérenne pour les abeilles mais actuellement encore loin de l'être pour les humains), on peut y entrevoir le rôle que doit jouer la tradition dans cette évolution.
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Carlos X. Blanco : Être traditionaliste, aujourd'hui, signifie être révolutionnaire. (...) "Nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises."
Je ne connais pas l'histoire espagnole. En France, notre grande révolution n'est pas complète de mon point de vue, car l'ordre ancien (clergé et noblesse) étant actuellement remplacé par l'immonde ( je reprends les termes de Blanco) ordre nihiliste bourgeois, l'ordre à venir étant inscrit dans le titre I (de la souveraineté) des constitutions des IVème et Vème Républiques :
"Le principe est le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" (IVème) et "Le principe est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" (Vème).
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Carlos X. Blanco : " Cela ne pourra se faire que dans un Imperium. Un organe suprême d'autorité conciliatrice, et une autosuffisance militaire, nucléaire et énergétique, voilà ce qu'est l'Imperium. "
Napoléon 1er, premier empereur bourgeois. L'empereur qui découle des constitutions ci-dessus est le peuple lui-même et ne peut être autre que lui, il y a donc un progrès de principe. Mais, hélas, seulement de principe, car le titre II de ces constitutions montre clairement que leurs rédacteurs ne veulent pas de la souveraineté du peuple en s'empressent de lui imposer un souverain ( le président de la Vème élu au suffrage universel ) assorti de contraintes qui annulent pratiquement la volonté populaire ( aucun référendum n'est obligatoire pendant les cinq ans d'une législature ). Exit le "Vox populi, vox Dei" (2) et vive la dictature totalitaire.
[ Pour René Thom, lamarckien, il y a action du soma sur le germen (et donc, par analogie licite pour lui, action du peuple sur l'élite). Bien entendu la doxa actuelle impose le struggle for life individuel et le néo-darwinisme (qui refuse toute action du soma sur le germen -barrière de Weismann-. alors que Darwin, lamarckien sur ce point, l'accepte. ]
J'interprète l' "autorité conciliatrice" de Blanco comme une autorité spirituelle distincte du pouvoir temporel. Je vois le peuple élire "bottom-up" ses clercs -ses panoramix (3)- par communes nucléaires (2.500 citoyens environ) puis par strates successives (cantons, départements, régions), les clercs d'un étage élisant ceux de l'étage supérieur.
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Carlos X. Blanco : "L'objectif immédiat (...) est d'écraser l'hydre capitaliste (...) pour ramener la vie humaine dans son lit initial. (...) Une gauche anti-woke (comme le parti Soberania y Trabajo - Souveraineté et Travail), clairement anti-américaine, émerge timidement. On voit également apparaître, de manière minoritaire, un populisme de droite illibéral… et d'autres courants qui voient le jour. À long terme, ils devront converger: nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises."
Réunir le peuple de gauche ( Blanco cite le parti de Sahra Wagenknecht en Allemagne -pour moi l'internationaliste LFI et ses robespierrots (!) ont complètement raté le coche (4)- ) et le peuple de droite (en France je ne vois rien venir de ce côté-là), pour en faire un seul peuple uni. Bien entendu "nos" dirigeants font tout ce qu'ils peuvent pour préserver le statu quo.
( Peut-être à suivre…)
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(1) " There is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families "
(2) « Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l’opinion publique pronostiquer les événements d’une manière si merveilleuse, qu’on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux. » (Machiavel)
(3) " Goscinny a tout compris." (Nicolas Bonnal)
(4) Voir ce qu'en dit Frédéric Lordon dans https://blog.mondediplo.net/boulevard-de-la-souverainete
laodan dandan
27/02/2026
Dans la nature, un pathogène est un agent qui provoque une maladie chez son hôte. Un parasite, en revanche, coexiste avec son hôte dans une relation d'exploitation mutuelle qui maintient une forme d'équilibre. Un pathogène est un envahisseur déstabilisateur, provoquant une maladie grave qui conduit finalement à la mort de son hôte.
À l'heure actuelle, l'agent responsable des maladies de l'humanité est l'esprit lui-même — non pas sa capacité inhérente, mais son système d'exploitation dominant et incontesté. Il s'agit d'un système spécifique et déséquilibré de logique sociétale qui est devenu pathogène. Cette logique installe dans notre esprit des systèmes de croyances et des visions du monde qui encadrent notre perception de la réalité tout en la détruisant activement.
La crise de notre époque n'est pas due à une pénurie de ressources, ni à un échec politique, ni à un manque de technologie. Elle résulte d'un échec de la logique sociétale de la Modernité Occidentale. Le système d'exploitation de la modernité occidentale – atomistique, réductionniste, fragmenté – s'est révélé brillant pour conquérir la nature, mais il s'avère fatal pour naviguer dans la complexité de la vie ou favoriser une évolution consciente de nos sociétés. C'est une logique de séparation dans un univers de connexion.
Les systèmes formels de logique ne sont pas des outils neutres ; ils fixent une vision métaphysique qui impose une ontologie particulière dans l'esprit des individus, et en tant que tels, ils constituent des infrastructures cognitives qui façonnent ce qui peut être pensé, dit et fait dans nos sociétés. Mais pourtant me direz-vous, nous ne manquons pas d'alternatives. La sagesse holistique a toujours été là : dans la perception animiste, dans le flux taoïste, dans la mémoire vivante des Kogis et dans la continuité de la civilisation chinoise.
Ce qui manque en réalité, ce n'est pas la perspicacité, mais la rigueur formelle nécessaire pour la rendre opérationnelle dans les domaines où réside le pouvoir : dans son code culturel, dans ses modèles sociétaux, dans ses institutions, et aujourd'hui dans ses algorithmes.
Pour guérir un système pathogène, nous devons le rencontrer sur son propre terrain : celui de la rigueur formelle. La logique atomistique domine, non pas parce qu'elle est vraie, mais parce qu'elle est calculable, vérifiable et intégrable dans tout, des algorithmes aux institutions. En revanche, la vision holistique est restée jusqu'à présent intuitive, narrative, marginalisée, dépourvue d'une grammaire suffisamment précise pour remettre en cause l'hégémonie de la séparation et de la rupture.
Je vous invite à lire The Pathogenic Mind ; un manuel qui identifie le pathogène, conduisant à l’effondrement sociétal Occidental. Il retrace la chaîne d'infection, depuis les premiers symptômes jusqu'à la convergence actuelle de multiples crises interdépendantes. Il décrit les mécanismes par lesquels le pathogène se reproduit dans le corps de son hôte. Et il propose un antidote.
Le pathogène est le système de logique atomiste né de la collaboration entre les hommes de force, et les hommes de connaissance religieuse, à l'aube de l'archetype societal du pouvoir. Codifiée par les Grecs, imposée par l'Empire romain, adoptée et diffusée par les Francs en association avec la papauté, puis mondialisée par la modernité occidentale, cette logique est désormais si profondément ancrée dans l'esprit des citoyens des pays participant à la modernité occidentale qu'ils ne peuvent plus percevoir la chaîne causale qui relie leurs croyances, leurs actions, et leurs comportements quotidiens à la convergence actuelle de multiple crises interagissantes (la GrandeCrise chère a Mr. PhG).
L'antidote est le système sociétal de logique qui fut rejeté il y a 10,000 ans à Göbekli Tepe. Il s'agit d'une logique, non pas de rupture et de conquête, mais d'interconnexion et d'harmonie continues. C'est la logique de l'ordre cosmique qui est une logique holistique.
La logique véhiculée par la Modernité Occidentale, au contraire, a rompu avec l'ordre cosmique et la primauté des dimensions physiques et biologiques de notre univers. Cette rupture a favorisé un paradigme de connaissance qui encadre la réalité dans une vision dualiste, matérialiste et atomiste du monde, un paradigme qui croit au pouvoir de la rationalité technique pour vaincre la nature !
jc
26/02/2026
Gouvernance technocrotique -et non technocratique- (1) (et aussi
cuirassé -et non cuirassier-).
(1) " L'invasion du cérébral par le génétique, qui est à l'origine de la pensée (si justement nommée conceptuelle), est un autre aspect de l'analogie relevée par Bergson entre organe et outil.
(...)
Dès qu'un mot est utilisé fréquemment avec une signification différente de sa signification initiale, il en résulte une tension sur certaines parois de la figure de régulation du concept, tension qui pourrait fort bien la briser ; le concept alors se défend en suscitant la naissance d'un mot nouveau qui canalise cette nouvelle signification. La formation de néologismes est ainsi une illustration -difficilement réfutable- du principe lamarckien : la fonction crée l'organe. Elle illustre aussi l'accélération énorme des processus évolutifs qu'a opéré le transfert du génétique au cérébral; " (Conclusion de Topologie et signification, qui figure dans "Modèles Mathématiques de la Morphogenèse", 1974, 1980)
jc
26/02/2026
Mesurer la puissance d'un forteresse flottante et volante) à son poids (100.000 tonnes) c'est ravaler ladite forteresse au rang de cuirassier. De ce point de vue le Ford n'a pas une guerre de retard mais deux.
Si l'on mesure le rapport volant/flottant, on s'apercevra aussitôt que le Ford en a encore une de retard, car l'emploi de drones sans pilotes permet de réduire considérablement le poids flottant -ainsi que le nombre de chiottes-.
Dans "La République" Platon n'avait pas prévu le technocratisme totalitaire (et totalement nihiliste) comme mode de gouvernement adopté par l'Occident contemporain, qui y entraîne -volens nolens- les mastodontes des BRICS (1).
Thom au sujet de l'innovation, conclusion de (2), maintes fois cité ici :
"Décourager l'innovation
Les sociologues et les politologues modernes ont beaucoup insisté sur l'importance de l'innovation dans nos sociétés. On y voit l'indispensable moteur du progrès et -actuellement- le remède quasi-magique à la crise économique présente; les "élites novatrices" seraient le cœur même des nations, leur plus sûr garant d'efficacité dans le monde compétitif où nous vivons. Nous nous permettrons de soulever ici une question. Il est maintenant pratiquement admis que la croissance (de la population et de la production) ne peut être continuée car les ressources du globe terrestre approchent de la saturation. Une humanité consciente d'elle-même s'efforcerait d'atteindre au plus vite le régime stationnaire (croissance zéro) où la population maintenue constante en nombre trouverait, dans la production des biens issus des énergies renouvelables, exactement de quoi satisfaire ses besoins: l'humanité reviendrait ainsi, à l'échelle globale, au principe de maintes sociétés primitives qui ont pu -grâce, par exemple à un système matrimonial contraignant- vivre en équilibre avec les ressources écologiques de leur territoire (les sociétés froides de Lévi-Strauss). Or toute innovation, dans la mesure où elle a un impact social, est par essence déstabilisatrice; en pareil cas, progrès équivaut à déséquilibre. Dans une société en croissance, un tel déséquilibre peut facilement être compensé par une innovation meilleure qui supplante l'ancienne. On voit donc que notre société, si elle avait la lucidité qu'exige sa propre situation, devrait décourager l'innovation. Au lieu d'offrir aux innovateurs une "rente" que justifierait le progrès apporté par la découverte, notre économie devrait tendre à décourager l'innovation ou, en tout cas, ne la tolérer que si elle peut à long terme être sans impact sur la société (disons, par exemple, comme une création artistique qui n'apporterait qu'une satisfaction esthétique éphémère -à l'inverse des innovations technologiques, qui, elles, accroissent durablement l'emprise de l'homme sur l'environnement-). Peut-être une nouvelle forme de sensibilité apparaîtra-t-elle qui favorisera cette nouvelle direction? Sinon, si nous continuons à priser par-dessus tout l'efficacité technologique, les inévitables corrections à l'équilibre entre l'homme et la Terre ne pourront être -au sens strict et usuel du terme- que catastrophiques.
Pour moi, à la suite de Thom, le seul progrès qui vaille actuellement n'est pas le progrès technique (qui conduit "tout schuss"l'humanité à la catastrophe), mais au contraire le progrès dans l'organisation des sociétés humaines :
"Les situations dynamiques régissant l'évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l'évolution de l'homme et des sociétés."
(1) https://www.dedefensa.org/article/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-subvertie :
" Lorsqu’un officiel chinois, représentant de l’ambassade, lui fit remarquer que la Chine et de nombreux pays d’Asie ne partageaient pas cet enthousiasme pour bien des raisons, et que les partisans du système occidentaliste pourraient “avoir des surprises, dans quelques années, lorsqu’ils verraient l’évolution de cette région”, – entendant par là que cette évolution ne serait pas celle du “système TINA”, – le silence pour toute réponse…
(...)
Nous avons cité l’intervention de l’officiel chinois avec une intention à l’esprit, ne doutant pas un instant de la sincérité de son propos, et de la véracité de sa propre conviction, dans l’exposé qu’il fit des intentions de la Chine, de l’Asie, et de l’antique sagesse de cette partie du monde. Nous reconnaissons d’autant plus tout cela que nous pouvons dire notre conviction que l’intervenant se trompait, qu’il se trompe en croyant qu’un modèle de civilisation asiatique rénové s’imposera rapidement, à côté du modèle occidentaliste, éventuellement pour le concurrencer et le remplacer.
Ce n’est nullement que ses arguments de fond ne soient pas justifiés et excellents; ils le sont, ceci et cela, et plus qu’à leur tour. Mais l’intervenant ignore deux choses: combien le modèle occidentaliste est, à la fois, plus puissant qu’il ne croit et plus proche de l’effondrement catastrophique qu’il ne croit. "
(2) Article écrit en 1968 pour l'Encyclopædia Universalis
jc
22/02/2026
Sur la forme.
- Je ne suis pas du tout convaincu qu'il s'agisse d'un texte rédigé par une IA (un faute d'orthographe aussi grossière que "on ne fait plus face à des adversaires distincte" est rzrissimee,.
Sur le fond.
- Je fais l'analogie entre Trump face à l'Iran, la Russie et la Chine (et je note que le Royaume Uni refuse l'accès US à Diego Garcia) et Napoléon face la coalition qui a réuni l'Angleterre, la Russie, la ,Prusse et l'Autriche contre lui. Pour moi, ce qui manque actuellement aux USA c'est un Talleyrand car je ne vois pas Witkoff, Kushner et Rubio faire le poids à eux trois (et Donald faire le poids face à Napoléon).
Talleyrand :
"« La véritable primauté, la seule utile et raisonnable, la seule qui convienne à des hommes libres et éclairés, c’est d’être maître chez soi et de n’avoir jamais la ridicule prétention de l’être chez les autres » (1792).
« Je persiste dans l’opinion qu’il est de la nature d’un État libre de désirer que les autres peuples soient appelés à la jouissance d’un bien qui, une fois répandu, promet à l’Europe, au monde, l’extinction d’une grande part des querelles qui le ravagent… » (1807) ;
« Le système qui tend à porter la liberté à portes ouvertes chez les nations soumises est le plus propre à la faire haïr et à empêcher son triomphe. » ;
« En cessant d’être gigantesque la France redevenait grande. » (1814)
Remarque finale.
Pour moi l'IA en est arrivée au point où elle sait capter correctement et reproduire la structure des langues. Et donc , pour ceux -dont je suis- qui pensent que c'est la fonction qui crée l'organe, l'IA sait auusi capter un peu de sa fonction, ce qui donne à l'interlocuteur humain l'impression que ce qu'elle dit a du sens, et donc qu'elle pense (alors que, à mon avis, elle ne sait au mieux que reproduire l'état actuel de la doxa (en piochant dans des "données" de moins en moins données et de moins en moins humaines, typiquement le Grokipedia de Musk).
Thom :
- "Je suis convaincu que le langage, ce dépositaire du savoir ancestral de notre espèce, détient dans sa structure les clés de l'universelle structure de l'Être." ;
- "L'homme en éveil ne peut, comme le nourrisson de neuf mois, passer son existence à saisir les objets pour les mettre en bouche. Il a mieux à faire : aussi, va-t-il « penser » c'est-à-dire saisir des êtres intermédiaires entre les objets extérieurs et les formes génétiques : les concepts." ;
"La pensée conceptuelle est une embryologie permanente.".
Une fois encore, la pensée de PhG est pour moi une embryologie permanente (et je ne vois rien de tel se profiler chez les IA -où sont leurs formes génétiques?-) :
"« Il suffit d’un mot, d’une phrase, d’une citation à placer en tête, la chose inspiratrice [en bref un prompt, c'est moi qui rajoute], qui ouvre la voie et là-dessus se déroule le texte, à son rythme, entièrement structuré, avec sa signification déjà en forme et en place. Je n’ai rien vu venir et j’ignore où je vais, mais j’ai toujours écrit d’une main ferme et sans hésiter… et toujours, à l’arrivée, il y avait un sens, une forte signification, le texte était devenu être en soi… C’était un instant de bonheur fou. »
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