Voyage au bout de notre-bruit

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Voyage au bout de notre-bruit

22 janvier 2017 – La beauté de la situation d’aujourd’hui, avec l’ère-Trump, c’est que l’on ne sait plus qui est avec qui et qui est contre qui, qui fait quoi et avec qui, et contre qui, et ainsi de suite. Qu’on le  veuille ou pas, qu’on l’accepte ou non, Trump a tout changé dans notre perception ; marqué au fer rouge de l’antiSystème, quoi qu’il fasse, malgré les myriades de soupçons qui s’attachent à lui, – essentiellement de la part des antiSystème bien sûr, parce que les zombies-Système, eux, savent depuis longtemps que c’est un agent du KGB. (Donat Ivanovich Trolstoyevski, gros-agent dormant, qui squatte désormais le Bureau Ovale.)

Avec Trump à l’Élysée (lapsus irréfragable, bien dans la tendance-coquilles de dedefensa.org, qui ne sera donc pas rectifié), peut-on encore charger les USA de tous les maux, comme nous en étions accoutumés ? Difficile, malgré les doutes qui s’accumulent et les enquêtes en cours. (DJT ou “Dés Jetés” [appellation désormais contrôlée, en acronyme courant ou camouflé de “Donald John Trump”] serait-il le représentant d’une partie de l’“État profond” contre l’autre ? Le représentant de l’“État profond” contre les “Masters of the Universe” ? Un maître de la maçonnerie secrètement allié à Obama contre les Bush-Clinton, les Maîtres du Crime globaliste ? Un agent-double-dormant et difficile à réveiller du Système déguisé en antiSystème ?)

... Malgré tout cela, disais-je, tout se passe comme si, selon le langage Scientifiquement Correct, l’on était contraint par le sentiment écrasant qu’il y a du nouveau, comme s’il y avait quelque chose de brisé dans les us & coutumes du Système, et par conséquent dans le rangement de nos références. Comment est-il possible, par exemple, que le patron de la CIA sorte de l’ombre protectrice où le met sa fonction pour venir à la télévision menacer en direct le président-élu à quelques jours de son serment. (Cela, voilà qui a marqué dde.org.) Si l’épais Brennan se permet cela, à quelques jours de ses grandes vacances, cela signifie-t-il que la CIA exècre Trump et le montre, et le clame ? Si c’est cela, comment s’y retrouver dans nos anathèmes habituels contre le pouvoir américaniste, si le pouvoir américaniste nous file entre les doigts pour ne plus justifier notre juste courroux ? (Ou bien, est-ce une mascarade, un coup monté ? Qui nous le dira ? Trump lui-même, dont la première sortie hors les murs du Bureau Ovale est pour aller saluer la CIA elle-même à Langley ?)

De Russie nous viennent également d’étranges échos. Le grand Sergei Lavrov accuse les Allemands, les Anglais et les Français d’interférences grossières dans les élections présidentielles USA-2016, un peu si comme les Russes voulaient nous dire in fine : “Domaine réservé ! S’il y a des interférences étrangères dans les élections US, elles ne peuvent venir que de nous, car nous en sommes les maîtres-manipulateurs, alors pas-touche les gars”. Son chef direct, plus petit de taille mais non moins agile et subtil, Vladimir Poutine, avertit depuis la Moldavie qui s’est tournée vers Moscou, que les mêmes qui ont fait le coup du Maidan à Kiev s’apprêtent à renouveler leur agression à Washington, contre Trump. Ce serait alors, finalement, que toutes les activité russes dans cette campagne USA-2016, si magnifiquement mises à nu, n’ont eu et n'ont d’autre but que de protéger le fonctionnement impeccable de la démocratie américaniste, non ? Dans ce cas, les amis de nos amis étant nos amis, et Poutine-Lavrov étant de nos amis, et Trump ayant finalement prêté serment, les USA deviennent-ils officiellement nos amis, à nous antiSystème de choc ? Qui, alors, est responsable de toutes ces choses dont nous conspuons avec allégresse les responsables ? Il y a encore un an, il suffisait de dire : “Ces salopards de Ricains”, et tout le beau-monde antiSystème vaquait à ses occupations, le cœur léger... Qu’il est loin le temps des cerises.

Certains disent : “Voyez les Chinois...” Il est vrai que Soros, à Davos, et BHL de même, n’ont eu, objectivement parlant comme l’on dit en langage marxiste-maoïste, de meilleur allié que le Chinois Xi, venu défendre le globalisme, c’est-à-dire le courant “frontières-ouvertes” que l’infâme DJT ne cesse de conchier. Mais Davos a fermé ses portes sans que personne n’ait osé dire un mot aux Chinois qui restent de notre fratrie après tout, en même temps que DJT ouvrait celles du Bureau Ovale, au matin du 21, pour signer ses premières ordonnances démontant tout le travail accompli par son prédécesseur et excellente relation, BHO... (“Curieusement, faisait remarquer une commentatrice finaude le 20 janvier lors de l’Inauguration Day de Trump, l’annonce officielle vient de dire ‘President Barack H. Obama’ alors qu’en 2008 elle nommait “President-elect Barack Hussein Obama” ; et qu’à côté de cela, vendredi, l’on annonçait en toutes lettres et pas la moindre initiale ‘President-elect Donald John Trump’”.)

Justement, DJT, dans son nouveau Bureau Ovale, a reçu de bonnes nouvelles de l’excellente Tulsi Gabbard, qui a si fière allure. Elle a vu tout le monde à Damas, cette démocrate de gauche et de choc, et elle fait savoir que Bachar est bien content que tout le monde se retrouve, le 23, à Astana, au Kazakhstan, pour les négociations de la paix syrienne machinée par les Irano-Russo-Turcs, et auxquelles les USA sont amicalement conviés. Tulsi ferait une belle et bonne représentante du président Trump à Astana, si les choses étaient bien organisées, — ce qui ne semble pas être le cas. Pendant ce temps, DEBKAFiles nous annonce que les Russes et le Central Command du Pentagone vont faire offensive commune pour bouter décisivement et définitivement Daesh hors de Palmyre. Mais où est l’Ennemi, l’adversaire, le démon dans tout cela, alors qu’il est bien assuré que les Européens sourcilleux, – Franco-Allemands pour l’occasion, – vous font de fort gros yeux si vous insistez dans votre dénonciation de Daesh & ses amis, frisant ainsi l’islamophobie ?

Si vous voulez encore plus d’embarras dans la valse des étiquettes, consultez la chronique des aventures de Tucker Carlson, de Megin Kelly, de Tulsi Gabbard et bien d’autres par rapport à FoxNews, qui fut l’étendard des neocons. Ajoutez à cela que Nigel Farage, de l’UKIP et le maître du Brexit, sera bientôt collaborateur régulier du même FoxNews ; mais ce ne serait sans doute qu’une couverture car il serait parallèlement “conseiller-éminence grise” du président Trump, – pour quoi faire d’ailleurs, je ne sais pas moi, pour préparer un exit de plus, peut-être USexit après tout (mais exit de quoi, d’ailleurs ?).

Puisqu’il est question d’ USexit, je dirai quelques mots sur la première conférence de presse du porte-parole du président Trump, extrêmement surréaliste. Le porte-parole vient, fait une déclaration (un statement du président) et ne prend aucune question ; brouhaha considérable dans le salle, qui plonge même ZeroHedge.com dans une complète stupéfaction (“Bizarre First Meeting”) ... Le statement, qui dit que la foule lors de la prestation de serment de Trump était considérable et que la presse-Système déguise la réalité comme d’habitude, Trump jurant y avoir vu lui-même “a million, million and a half people” là où la presse-Système affirme qu’il y avait deux à quatre centaines de milliers de personnes ; le statement qui semble si outré aux journalistes professionnels que des mauvais esprits y verraient une provocation, un nouveau majeur levé destiné à la presse-Système ... Pendant ce temps, le 21 janvier journée de l’anti-Trump a vu des centaines de milliers à la pelle dans les rues, et assez proche d’un million de dames venues sur le Mail, face au Capitole, 24 heures après la prestation de serment de The-Donald et bien possiblement d’une quantité plus considérable. (Mais vous savez, dit le sage dans ces moments-là où le sort lui semble numériquement défavorable, moi Le règne de la quantité !)

Énorme succès des dames en état insurrectionnel complet, conspuant le Président et ses obsessions nocturnes, et réclamant on ne sait quoi, avec en prime tout et tout en plus de tout, et même encore plus, c’est-à-dire l’égalité des sexes d’au-delà du sexe, des tailles, des couleurs d’yeux, des tours d’épaule et de poitrine à égalité, c’est-dire réclamant un USexit à fortes connotations sexuelles; l’un de ses bruits, venue de la pétillantes Ashley Judd (inconnue au bataillon pour mon compte, moi l’ignare), nous confia même ses élégantes réflexions sur les rêveries incestueuses et “humides” du président en fonction, à l’égard de sa fille... La classe, vous dis-je ; et puis le bruit, encore le bruit, celui qui enchante et enivre les adolescents et les bébés en garderie, voilà qui draine des foules en multitude et des multitudes de foules ... USexit (prononcez You-Sexist dans ce cas), mais exit de quoi s’interrogera-t-on encore une fois et avec insistance, – peut-être bien les USA voudraient-ils sortir d’eux-mêmes, parce qu’ingouvernables, insaisissables, inavouables, désormais introuvables et impubliables ? Avec des acteurs/actrices à $20 millions le film issus de l’usine à décerveler qui vous donnent des leçons d’humanisme et de liberté-de-penser non sous-titrées ; avec un Président, Hitler-postmoderne qui se fiche bien de gouverner hors ses propres conceptions, parce qu’il a ses propres idées dont un certain nombre doivent être sans aucun doute complètement folles, comme par exemple celle de lancer partout des forages pour que la machine tourne à fond, dans les Grandes Plaines et dans les montagnes sublimes de America-the-Beautiful... Et alors, au reste et du reste ? Folie pour folie, qui peut prétendre ne pas manifester la sienne ? La folie du haut en bas et du bas en haut nous l’avons, avec du bruit, encore et encore du bruit ! « Leurs têtes auraient explosé », disait l’autre jour Charles Krauthammer, commentateur-neocon de la classe supérieure et psychiatre à ses heures, à un autre propos qui n’est pas si éloigné ni du leur ni du mien, – et je pourrais bien, moi, faire mienne son image : oui, leurs têtes, à toutes et à tous (puisque le genre existe encore), oui “leurs têtes vont exploser”... Si vous voulez, c’est ce qu’on appelle en langage diplomatico-stratégique, l’“option nucléaire”.

... Et alors ? dira-t-on, impatient de connaître la suite... C’est-à-dire que je voulais simplement vous faire entendre le bruit-qui-court, immense, furieux, comme un tonnerre cosmique roule dans les abysses profondes, venu d’un ciel immense et encombré de nuages hideux et d’une puissance incroyable ; je voulais simplement faire entendre ma voix, disons comme on manifeste dans une rue d’une de nos belles capitales civilisées, selon quoi le monde est devenu un immense bruit de communication où ne tient plus rien de structuré, où toutes les identités partent dans des envolées incompréhensibles, où nos références vous glissent comme du sable entre les mains et se dispersent  en de petits amas de grains de sable, où les paroles, les phrases, les mots, les interférences, les non-sens, les sophismes, les paraboles, les balbutiements hurlés deviennent un bruit sans fin, un “bruit de fond”, un bruit qui roule et qui roule like a rolling stone, un immense bourdonnement comme ceux qu’on entend dans les asiles d’aliénés lorsque les patients décident d’entrer en insurrection, type-Vol au-dessus d’un nid de coucous, et s’exécutent en tournant en rond avec leurs pancartes, et scandant : “La fo-lie au po-teau !”. Il est difficile dans ce brouhaha des assurances et des réalités dissolues d’émettre des choses assurées qui tiendraient aimablement et justement à la structure du monde et au commandement de la raison.

De tout cela pourtant, veuillez me croire, je ne me plains en rien car tout ce qui se défait en poussières et débris insensés appartient au Système qui est maître en tout ici-bas. Un Mai-68 cosmique dans de telles conditions, dans ce domaine du monde que le Système tient sous son empire, c’est un risque bien grand pour le Système lui-même et personne d’autre, qui peut tout emporter dans des tempêtes imprévues, que le Système lui-même n’avait ni prévues, ni même imaginées un seul instant... Qui sème la tempête récolte l’imprévisible tourbillon crisique.

C’était donc une revue quotidienne du monde d’un jour de janvier 2017, un jour parmi d’autre dans l’éblouissant feu d’artifice de la postmodernité, illustrée par quelques lieux communs de circonstance. Ce n’est qu’un débat continuons le délire ; et Ainsi Soit-il, et ainsi de suite... 

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