The-Donald ou Hillary ? That is (not ?) the question

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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The-Donald ou Hillary ? That is (not ?) the question

05 novembre 2016 – Pour enchaîner sur avant-hier, avec une question fort longue et circonstanciée d’un lecteur en commentaire du texte, ma question à moi : n’a-t-il pas déjà été répondu à cette question ? Une recherche ardue grâce à un moteur de recherche qui est souvent mal alimenté m’a tout de même conduit à une réponse positive. Pour autant, je ne me contenterai certes pas de signaler le texte et d’en extraire une citation conséquente comme réponse. S’il y a certes une réponse dans le texte du mois d’août qui est largement cité ci-dessous,  il n’est pas inutile de la revoir d’un œil non seulement critique mais plus vieux de trois mois, voire de nécessairement la modifier puisque cette réponse donnée il y a presque trois mois a certainement évolué ; non qu’on puisse suggérer de la renverser complètement, certes non, mais bien des événements (en trois mois, au rythme où vont les choses) permettent de penser qu’on peut la nuancer, la prolonger, l’accentuer c’est selon. Ainsi est-il intéressant à quelques tous petits jours de la chose (le 8 novembre) d’y revenir par le biais de la question posée par notre lecteur.

Donc voici la question du lecteur, D.M. : « Trump ou Clinton ? »

« Il y a une question de fond que j'aimerais vous poser concernant les élections USA-2016: pensez-vous que la situation de plus grande efficacité "antisystème", c'est-à-dire où le plus violent coup serait porté au système, serait une élection de Trump, ou bien une élection de Clinton? …On a habituellement coutume, sur dde, de soutenir Trump, parce qu'il s'oppose à des zombies-système (ou à des représentants-système, ou à des dirigeants-système, ou à des pitres-systèmes, ou au système tout court, etc.); mais il représente aussi une sorte d'espoir de sauvegarde des USA, et peut-être même, le seul espoir, par une ébauche de restauration principielle, ou de quelle que chose qui tendrait à aller vers un principe; tandis que Clinton, par son effet pro-système, entraînerait une surpuissance de la chose se muant rapidement, et peut-être de façon décisive, si j'en crois la thèse qui est souvent avancée ici (et qui me paraît tout à fait justifiée), en autodestruction. Il n'y a qu'à écouter ses discours pour s'en convaincre, et sentir à quel point elle serait un fléau épouvantable pour les USA, par l'absence totale d'âme, d'unité, de frontières, de principes, par l'effet décisivement entropique que sa politique y ferait régner. Si bien qu'elle représente certainement en elle-même, un “élément de fin des temps” pour les USA. Comme Trump l'a dit dans l’un de ses discours: “This election is the last chance for the United States of América”. Pensez-vous donc, que l’effet le plus “antisystème pour le système” serait une élection de Trump, ou bien une élection de Clinton? »

D’abord, les citations du texte du 12 août 2016, avec le titre qui ne se cache pas dans ses intentions, mais qui présente bien un argument majeur pour l’élection de Clinton : « Plaidoirie invertie pour Hillary »

« ...Ainsi le paradoxe, et l’inversion finale et sublime, serait bien ceci : élisez donc Hillary, elle vous conduira aussi sûrement qu’un guide expérimentée de haute montagne, vers la crevasse finale, le gouffre de l’effondrement par le seul fait du paroxysme psychologique de ses projets d’agression totalitaire, et de la division d’une quasi-guerre civile à tous les échelons que ces projets susciteraient... Même si nous croyons à cette logique, nous ne sommes certes pas rassurés en énonçant de telles possibilités, parce que notre psychologie n’est certes pas à l’abri de réactions d’affectivisme (l’essentiel est de le savoir, pour s’en garder finalement dans ses jugements). En un sens nous faisons une sorte de pari pascalien, mais avec de solides arguments : les USA ont montré en mode-turbo, depuis quinze ans, une éblouissante et stupéfiante capacité à la catastrophique gestion de leur puissance, à l’impuissance de leur puissance, à leur auto-déstabilisation ; en toute logique, encore plus de surpuissance jusqu’à l’ultime (avec Hillary) produirait exactement en même temps l’ultimité de toutes ces productions autodestructrices. (Un humoriste noir poussant l’humour jusqu’à l’absurde terrifiant vous dirait qu’ils commenceraient une attaque nucléaire first-strike contre la Russie par surprise en “prenant la précaution” de simuler une attaque nucléaire russe pour sembler avoir le bon droit pour eux et parce qu’ils sont malins, attaque simulée type Inside Job-9/11 qui les annihilerait complètement eux-mêmes, peut-être même avant de pouvoir attaquer, comme le scorpion qui se pique à mort...)

» Bien sûr, cela ne supprime pas, ni l’option Trump, ni le sens de la bataille tactique tout au long de la campagne, qui est de dénoncer ce qu’il y a de certainement catastrophique chez Hillary. Au contraire, cela confirme le rôle de Trump, dont nous avons dit qu’il est là, avant tout, comme un destructeur, – et nullement comme un sauveteur des USA (“America Great Again”), qui serait objectivement un sauvetage du Système, chose qui nous paraît totalement catastrophique et de toutes les façons absolument impossible. L’élection d’un Trump, qui est aujourd’hui assez improbable en raison du dispositif général du Système développé contre lui, aurait à notre sens un pouvoir de chaos sur la situation US et hors-USA que nous avons déjà envisagé, qui conduirait à un état chaotique également intéressant... C’est bien entendu toute cette situation USA-2016, quelle qu’en soit l’issue, qui développe cette crise haute comme nous l’apprécions.

» Mais faisant cette bataille tactique anti-Hillary d’une façon loyale, nous participons tout de même à l’évolution paroxystique et favorisons l’issue que nous avons évoquée en cas de victoire d’Hillary. L’idée générale revient à l’image militaire dite par nous “Stratégie de La Marne”, dont nous donnions en mars 2013 une explication précise et complexe, mais qui revient à ceci : une série de victoires tactiques puissantes et remarquables de l’attaquant pour l’application d’un plan de surpuissance (le plan Schlieffen, qui doit liquider, militairement et même au-delà, la France en un mois) qui, par dissolution de “la clef stratégique” que les victoires tactiques ont déstructurée, débouche sur une défaite stratégique fondamentale de ce même attaquant : symbole militaire de l'équation “surpuissance-autodestruction”.  

» De toutes les façons, on connaît notre religion (que l’on doit religieusement comprendre au sens absolument figuré, c’est-à-dire non-religieux) : les événements sont aujourd’hui supérieurs aux sapiens, ils sont supjuikora-humains, et Hillary n’est qu’un instrument du Système, dont nous croyons qu’il y a d’assez sérieuses chances, parce que la bestiole est d’une catégorie hors du standard, qu’elle soit si elle l’emporte l’instrument ultime pour conduire le Système à son autodestruction. Cette sorte de pensée est lourde à porter mais elle ne peut être ignorée. »

Où en est-on, trois petits mois plus tard, par rapport à ces considérations ? Je vais énoncer plusieurs points qui me paraissent à la fois importants et complètement indiscutables.

• La situation générale s’est vertigineusement aggravée. Je ne parle ni d’Hillary ni de Trump, ici, mais de l’aspect général, donc la situation du système de l’américanisme, c’est-à-dire pour notre propos de la situation du Système. Une aggravation de cette force et surtout de la substance et de la structure de cette force était, pour moi, raisonnablement inimaginable au mois d’août. Je pensais qu’on allait assister à une bataille terrible, furieuse, mais classique pour une élection présidentielle ; je pensais même qu’il pourrait y avoir une certaine “fatigue psychologique”, pour laisser au “verdict des urnes” le soin de trancher. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Au contraire, la tension déjà extrême en août n’a cessé de croître, avec des éléments internes (cette fantasmagorique accusation contre la Russie dont je n’osais croire qu’elle pourrait s’installer structurellement et qui s’est installée structurellement jusqu’à la démence devenue leur pain quotidien) et des éléments extérieurs (l’October Surprise du directeur du FBI, bien sûr) qui ont transformé un événement hors du commun en un cataclysme qui concerne désormais directement le sort du Colosse et du Système qu’il représente si fidèlement. La fièvre touche le pays entier et le monde lui-même, the Rest Of the World, qui retient son souffle. L’époque elle-même, le temps historique et métahistorique, semblent comme suspendus, – mais il me semble bien, avec plus d’ironie que d’angoisse, contemplant le spectacle de dissolution dans l’hystérie de cette superbe civilisation, si sûre d’elle-même et si assurée de son suprémacisme irrésistible et extraordinairement vertueux.

• ... Pourtant et malgré cela, ou peut-être en disant mieux à cause de cela, nul ne l’ignorant tout à fait car cela paraît désormais comme un développement naturel et inévitable : le 8 novembre n’est plus la ligne d’arrivée d’une course folle mais une étape dans une dynamique qui dépasse toutes les péripéties de USA-2016 et nous dépasse nous-mêmes pour nous conduire au-delà de 2016, et même au-delà des références du calendrier. (Si je voulais employer un langage churchilien, je dirais que c'est “The End of the Beginning”.) D’une certaine façon, cela relativise la réponse, et même la question elle-même … Je veux dire par là qu’ils éliraient le 8 novembre un Jefferson ou un Lincoln, – pas sûr qu'ils seraient candidats, d'ailleurs, — qu’à ce point où ils sont et où nous sommes il ne me semble pas que cela changerait quelque chose de fondamental au flux qui ne cesse de gronder plus massivement et plus rapidement. Peut-être même la question qui devrait être posée pourrait être d’ores et déjà celle-ci : les USA existent-ils encore ?

• Quoi qu’il en soit hors de ces considérations “globales”, il reste que la position d’Hillary Clinton comme “autodestructrice” du Système s’est notablement renforcée depuis août. Il y a avec elle et chez elle une massivité des actes illégaux, des constructions factices et criminelles, une sorte de canaillerie-escroqueuse élevée au rang de système et globalisée à mesure, de raison d’être, d’ontologie devenue presque pathologie, qu’on n’imagine pas une seconde effectivement que son installation à la Maison-Blanche ne soit pas instantanément saluée par une volée de fuites, de mises en cause, de procédures diverses lancées contre elle, destitution par-ci, impeachment par là, tout cela impliquant la paralysie instantanée de sa présidence. Effectivement, il s’agit là d’une perspective qui la confirme dans la position de favorite comme autodestructrice du Système, qui lui était allouée dans le texte du mois d’août. Je suis d’autre part intimement persuadé, – conviction bien sûr, mais avec quelques appuis solides comme on l’a senti avec l’hypothèse FBI-contre-Coup, – qu’une partie importante de l’appareil de sécurité nationale se dresserait contre elle avec une très grande diversité de moyens et, surtout, le sens complètement perdu de l’autorité tant cette première présidente des USA serait installée avec quasiment une illégitimité ontologique, avec la parodie du serment sur la Bible actant pompeusement et diaboliquement pour son compte cette illégitimité.

• Pour autant, Trump n’est pas mal non plus, et là je dirais plutôt par les vagues qui seraient celles que ferait son élection elle-même bien plus que celles qui viendraient de ce qu’il semblerait nous amener lui-même. Je ne parle surtout pas de son “programme” lui-même, qui reste si insaisissable jusqu’à se faire s’interroger sur sa cohérence et dans tous les cas très loin d’être satisfaisant, avec de bonnes choses et d’autres, contradictoires, qui le sont beaucoup moins sinon exécrables ; non, je parle bien de son élection comme un fait spécifique et se suffisant à lui-même, comme tombe le couperet de la guillotine. D’ailleurs c’est l’essentiel pour lui et c’est l’essentiel de ce qu’on lui demandait pour secouer le Système jusqu’aux hypothèses extrêmes : être élu. L’élection de Trump serait nécessairement un ouragan, un tsunami balayant toutes les officines, organisations, directions-Système et ainsi de suite des pays du bloc-BAO. Il y aurait là une sorte de crise de nerfs globalisée, tant la trahison de la puissance exceptionnelle, de notre American Dream, du beacon of freedom qui nous éclaire tous, nous autres dans notre civilisation si absolument satisfaite d’elle-même, nous plongerait dans un désarroi absolument cosmique. Je ne parle même pas des bourses, des banques, des présidents-poires, etc., non je fais simplement allusion à un climat général d’instabilité psychologique terrifiante, la psychologie cul par-dessus tête et dans tous ses états, un peu comme si vous priviez brusquement, d’une heure à l’autre, un hôpital psychiatrique de sa ration de Xanax et une entreprise high-tech ultra-performante de sa ration de coke.

Bien entendu comme l’écrit notre lecteur, il est vrai qu’il y a les promesses de Trump de “redresser l’Amérique” qui sembleraient devoir faire de ce candidat antiSystème finalement un allié du Système ; je n’y crois guère s’il s’agit de considérer cela comme une voie apaisante, rétablissant les choses d’une façon telle que le tout serait récupérable par le Système... Il n’y a pas si longtemps, j’en parlai en disant de lui : « La seule voie qui lui reste et qui lui est tracée est glorieuse, mais bien audacieuse : être le Gorbatchev des USA. » Je m’aperçois que j’ai oublié de rappeler que Gorbatchev a achevé son travail historique (que je continue à juger historique puisqu’il est venu à bout d'une chose qui avait en elle une ontologie renvoyant au Système) par la désintégration de l’URSS, et cela non pas comme un accident malheureux de mon point de vue, mais comme étant la seule manière, quoique lui-même (Gorbatchev) en ait voulu et pensé, de briser cette entité-là du Système. Un “American Gorbatchev”, en vérité, ne pourrait l’être qu’en achevant sa tâche à l’image du vrai Gorbatchev, par un travail de désintégration dont je ne puis dire quelle orientation il prendrait et ce qu’il donnerait dans sa nouvelle vérité historique et géographique...

(Je ne suis pas d’avis, contrairement à ce que semblent pafois penser Poutine, et souvent les Russes en général, qu’on aurait pu réussir à maintenir l’URSS en l’état après et même avec les réformes nécessaires que lui imposa Gorbatchev. La rupture était nécessaire, et même la catastrophe imposée par le capitalisme déstructurant dans les années 1990, pour que la Russie retrouve une structuration psychologique qui la rétablisse dans sa position historique naturelle.) 

Cela pour Trump, qui en fait une option remarquable pour que se poursuive une marche antiSystème malgré ses promesses qui sembleraient s’orienter vers le contraire (“Make America Great Again”). On objectera qu’avec une Hillary aussitôt emprisonnée par son maillage serré de scandales et de pression de communication, juridiques, etc., l’instabilité intérieure, cette fois au niveau populaire comme dans le cas de Trump, deviendrait également chronique et vaudrait bien, dans un autre style, celle de Trump. Rien de tout cela n’est faux et la formule déjà citée dit tout à mon avis de leurs positions paradoxalement presque similaires : « Trump serait un président assiégé autant que Clinton serait une présidente emprisonnée. »

Cela me conduit alors à une position beaucoup moins nette que celle qui était exposée par rapport au sort du Système qui est la seule chose qui m’importe (Delenda Est Systema), dans le texte cité d’août 2016, avec la claire différence entre la position tactique (pro-Trump) et la position stratégique (pro-Hillary) ; il est vrai qu’entretemps Trump a magnifiquement accompli son travail antiSystème et, – surprise, surprise, – il y a été magnifiquement aidé, dans ce sens antiSystème, par les excès, les outrances, les vilenies d’Hilary agissant ainsi involontairement en véritable et inattendue missile ultra-sophistiqué antiSystème. Les deux méritent absolument d’être décorés de la Médaille du Congrès avant dissolution définitive de l’honorable assemblée.

Encore une fois s’impose ce jugement que j’ai dit plus haut de la vitesse des événements, de la rapidité de la dégradation de la situation qui s’ensuit, qui font que le choix du futur président a de moins en moins d’importance tant les événements évoluent désormais d’eux-mêmes, presque en toute autonomie. J’ai bien conscience que répondre de cette façon, c’est ne pas répondre, c’est “botter en touche”... C’est passer du “That is the question” au “That is not the question” ; par conséquent, c’est en revenir à la question, déjà posée ci-dessus sous une forme plutôt provocatrice, cette fois posée en forme d’énigme fondamentale : “Les USA existent-ils encore ?”

Mon constat est bien que plus l’on s’approche du 8 novembre moins on se trouve capable d’envisager ce qu’il va en sortir. Il est d’une plume qui n’impose pas trop de contraintes à l’expression du jugement de l’esprit, comme dans les textes courants du site qui sont plus tenus que ceux de ce Journal-dde.crisis, donc reflétant un jugement, – qui est et reste le mien, certes, – qui prend moins de précautions, surtout lorsqu’il s’agit de poser l’une ou l’autre affirmation sur le sort de la chose dont je juge... Mais peut-être, parfois, est-ce dans ces conditions libérées que se glisse plus facilement l’intuition haute ? “On verra”, dit Le Sphinx...

Je crois bien et ne cesse de croire plus encore selon une conviction qui ne cesse de me quitter et que je ne parviens pas à écarter dans mes moments de plus grande mesure, que c’est de cette façon que vont se passer et se passent les choses essentielles, dans cette époque démente et cosmique à la fois ; et alors, certes, conduisant à l’inévitable et impératif effondrement du Système ; par conséquent, toujours cette pensée, qui doit conserver tout son mystère et son caractère qui en fait l’énigme fondamentale de l’opérationnalisation de cette catastrophe métahistorique si bienvenue, si nécessaire et si inévitable  : « Cet événement-cosmique qui est quelque chose que nous ne pouvons connaître et qui prendra la forme qu'il voudra. Peut-être même ne le réaliserons-nous pas lorsqu'il se produira, peut-être même est-il en train de se produire... »

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