La psyché de G.I. Joe

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La psyché de G.I. Joe

9 novembre 2015 – Je vais m’attacher à un aspect très important, le plus important d’ailleurs, dans tous les travaux de ce site, – la psychologie ; plus précisément, la psychologie US depuis que les Russes sont en Syrie. Je crois en effet qu’il existe une très forte possibilité que cette intervention russe, – sans l’avoir voulu précisément, mais peut-être inconsciemment, qui sait..., –  inflige, si ce n’est déjà fait mais encore mal ressenti, un choc psychologique terrible à la psychologie US. Je parle de la psychologie militariste et expansionniste qui gouverne cette puissance dont l’oxygène, le sang même, la fonction vitale se nomme : hybris. Je vais même avancer, dans ce Journal dde.crisis où je me sens après tout plus libre que dans les textes courants du site pour laisser vagabonder l’inspiration des forces intuitives, que ce choc psychologique ne pourrait se comparer qu’à ceux, respectivement, de Pearl Harbor et du 11 septembre 2001. La forme est différente certes, l’intensité apparente sans commune mesure, la chronologie complètement sans comparaison, mais l’effet profond, souterrain, me semble pouvoir être envisagé comme étant similaire. Il y a aussi la question du sens, du point de vue trivial de l’orientation stratégique ; au contraire de Pearl Harbor et de 9/11, le sens de ce choc n’apparaîtrait nullement comme une sorte d’appel puissant et en apparence réussi pour la mobilisation d’une “puissance assoupie”, mais comme la découverte du trou noir et glacé de la déroute puisque se produisant alors que les USA vivent depuis près de quinze ans en état permanent de guerre et de mobilisation.

Je crois que nous allons très vite lire sur le site un texte sur le thème : “Les Russes en Syrie, s’ils n’ont pas changé le monde, vont provoquer, ou peut-être ont déjà provoqué au sein de cette communauté de sécurité nationale de Washington qui constitue la colonne vertébrale du Système bien plus que tout le reste (y compris la finance), une terrible crise psychologique”. On y étudiera les causes de ce phénomène et la façon dont les USA peuvent soit tenter d’y remédier, soit ne même plus avoir la force de tenter d’y remédier. Moi, dans ce texte-là, je vais m’attacher à tenter de montrer en quoi il pourrait s’agir d’un “choc psychologique” équivalent à ceux de Pearl Harbor et de 9/11, mais avec cette capitale dimension d’inversion (le “trou noir et glacé de la déroute”).

Pour Pearl Harbor, c’est évident : le choc de l’attaque venue de l’extérieur est d’une très grande force et modifie de fond en comble la psychologie de l’américanisme, suscitant une intense et immédiate mobilisation. Laissons de côté les implications intérieures et manigances diverses : l’attaque jetant les USA dans la guerre, donc constituant le remède temporaire de la Grande Dépression ; les manœuvres de Roosevelt pour au moins favoriser ce conflit, sinon le précipiter, jusqu’aux soupçons dont certains sont notablement étayés selon lesquels Roosevelt était au courant de l’attaque mais n’en avait pas averti le commandement de l’US Navy, notamment l’amiral Stark commandant la Flotte du Pacifique à Hawaii. Je garde le fait psychologique qu’il faut lier très serré au fait de l’événement survenu du dehors (ou au dehors) des USA. C’est cela en effet, cette incursion du dehors de la nation exceptionnelle, choisie par le Seigneur, qui importe par-dessus tout ; il n’y a pas de plus grand sacrilège ni de plus grand malheur qu’une intervention hostile contre cette “Cité de Dieu”, une intervention qui viendrait des terres et des projets vulgaires conçus dans le reste du monde, qui est d’une substance beaucoup plus basse.

... Pour cette raison, je ne retiens pas le Vietnam et sa défaite de 1975 comme un de ces “chocs psychologiques”, parce que la catastrophe vietnamienne est d’abord le produit d’une guerre civile intérieure (révolte des Noirs, révolte des campus, mouvements de contestation et de contre-culture, etc., se cristallisant dans l’opposition à la guerre du Vietnam). Les agitations intérieures, les malheurs intérieurs, les dangers intérieurs, font partie de ce qui est concevable et paradoxalement acceptable, même si la mort et le suicide pourrait sanctionner l’épisode. C’est l’aspect très paradoxal de la citation qu’on fait souvent sur ce site, du fameux discours de Lincoln de 1838 : « Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. » Il y a certes dans ces deux phrases une sinistre prédiction, et c’est dans ce sens qu’on les cite souvent ; mais il y a aussi une incroyable affirmation d’arrogance et d’hybris, d’affirmer que seuls les États-Unis sont capables de détruire les Etats-Unis, c’est-à-dire que nulle force extérieure n’est autorisée en fait à entretenir de tels projets à leur encontre, et qu’il puisse y avoir des occurrences qui puissent survenir dans ce sens représente un choc absolument fantastique. Pour cette raison, les troubles intérieurs qui rendent compte des aléas de la seule histoire universelle possible pour ce pays unique, c’est-à-dire sa propre histoire, constituent bien moins un choc psychologique que les troubles venus de l’extérieur, nécessairement sacrilèges, avec tout le poids du choc qui est presque un défi infâme lancé au Seigneur-Créateur de la chose.

Ainsi en venons-nous à 9/11, qui a quelque chose d’infiniment mystérieux pour moi. (Et qui dit “mystérieux” dans le cas de la Grande République bidon-gilden qui est toute entière une construction dont le but extrahumain et surhumain est dès l’origine la déstructuration et la dissolution du monde, dit nécessairement maléfique ; encore plus, certes si l’on tient compte de tout ce qui a été révélé depuis à son propos, – cela pour les plus innocents, les autres étant depuis longtemps au courant.)

9/11, donc, ou 11 septembre 2001... Je suis porté à croire qu’il y a eu des manigances, des complicités, voire plus, du régime en place (GW Bush et sa multitude d’acolytes), dans tous les cas de certains de ces composants, dans la manufacture de cette attaque. Parmi les divers suspects, on placerait volontiers en tête de liste des personnages comme Cheney et Rumsfeld ; pourtant, je crois absolument à la sincérité de Cheney disant à l’ambassadeur de France venu le saluer en novembre 2002, avant le départ de l'ambassadeur de Washington : « Vous autres, Européens, vous n'imaginez pas l'ampleur de l'effet qu'a produit sur nous l'attaque du 11 septembre. » Ainsi, en poussant l’hypothèse à l’extrême mais sans nulle exagération ni invraisemblance, on aurait un personnage, instigateur sinon informé de l’attaque ou de sa possibilité avant qu’elle n’ait eu lieu, affirmer que cette attaque a eu sur lui un effet psychologique extraordinaire... Comme si le largement-attendu se transformait, une fois réalisé, en complètement-inattendu, avec l’effet psychologique à mesure. Mais peut-être, si l’on observe l’Histoire au plus long de ses termes et du plus haut de ses sommets métahistoriques, le montage 9/11, si montage il y eut, n’est-il qu’une façon particulièrement vicieuse de donner raison à Lincoln. (D’ailleurs, certains pourraient dire la même chose, s’ils croient à la manigance, du cas Roosevelt/Pearl Harbor, pour le résultat final et l’enchaînement jusqu’à nous que déclenche la Deuxième Guerre mondiale.)

Quoi qu’il en soit, le choc 9/11 est là et bien là. Nous vivons sous ses effets sans nombre, ses répliques et contre-répliques depuis près de quinze ans... Fort bien, mais comment pourrais-je en venir à la situation présente, à l’intervention de la Russie en Syrie, et comment parviendrais-je à aligner cet événement sur les deux précédents ? Je vais tenter de m’expliquer. Que contient en substance cet événement (c’est justement sur quoi portera le texte à venir mentionné plus haut) ? (Ici, on tient l’élément nucléaire à part, comme on a vu débattre ceux qui parlaient récemment de la Troisième Guerre mondiale, sans même effleurer le fait nucléaire, – toujours la psychologie...)

... Non d’ailleurs, nullement “que contient cet événement ?”, mais plutôt : que nous dit cet événement des Russes en Syrie ? Qu’entendons-nous de lui, à Washington ? Un bavardage continuel, un “bruit de fond” qui devient assourdissant concernant les capacités russes, le constat qu’elles sont peut-être, sans doute, supérieures à celles des USA. Un fameux colonel de l’US Army, Douglas MacGregor, qui dit l’indicible : « In early September he circulated a PowerPoint presentation showing that in a head-to-head confrontation pitting the equivalent of a U.S. armored division against a likely Russian adversary, the U.S. division would be defeated. “Defeated isn’t the right word,” Macgregor told me last week. “The right word is annihilated.” »

Il s’agit de la pénétration dans les esprits que l’armée des États-Unis n’est plus au-dessus absolument des autres, quelque chose d’intouchable, d’une autre catégorie supérieure ; peut-être même l’armée des États-Unis est-elle devenue quelque chose de l'intérieur des États-Unis qui est très susceptible d’être battu par quelque chose de l’extérieur (la Russie, pensez !). Et alors, il s'agit des États-Unis eux-mêmes... En effet, les évènements, les circonstances, les conceptions ont fait que l’armée, la force militaire, est devenue la représentation des USA, de l’intérieur même des USA, de la substance des USA, projetée partout dans le monde (plus de mille bases, ses bombardiers universels, ses porte-avions au-dessus de toutes les mers du globe, bla-bla-bla). C’est donc, avec l’affreuse révélation de la-Russie-en-Syrie en train de se faire, la réalisation psychologique que ce qui représente l’intérieur fondamental des USA pourrait être battu, vaincu par quelque chose d’extérieur ... Voilà ce qui représente peut-être bien, peut-être sûrement, à mon sens, un formidable choc psychologique en devenir, sinon déjà sur le point d’être subi, sinon même déjà-asséné. Un nouveau Pearl-Harbor, un nouveau 9/11, mais cette fois avec toute la puissance des USA déployée en ordre de combat au contraire complètement de Pearl-Harbor et de 9/11 ; cette fois sans aucune position possible de renversement, de riposte, de sauvegarde jusqu’à la victoire finale, comme dans les films d’Hollywood des good old times, quand le 7eme de cavalerie, John Wayne en tête, arrivait toujours à temps.

... Dans ce cas horrible, et pour tenir compte de la prédiction de Lincoln, la Grande république en toc préférerait-elle le suicide à la perspective, même théorique, mais sûrement psychologique, de voir son intérieur d’elle-même vaincue par quelque chose d’extérieur ? Alors, pour la première fois, on pourrait dire que les États-Unis d’Amérique auraient apporté quelque chose de constructif et d’utile à la longue lignée des civilisations qui font l’histoire du monde, en réussissant à porter le coup décisif à la nôtre qui ne mérite plus que cela.

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