Soros et son double

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Soros et son double

03 septembre 2017 – Un certain “E.B.”a lancé, le 20 août 2017 une pétition officielle d’un particulier intérêt sur le site de la Maison-Blanche. (Cette pratique de la pétition officielle a été institué en 2011 par Obama et permet à n’importe quel citoyen de lancer une pétition qui sera prise en considération si elle répond aux critères de règle des 100.000 signatures dépassées.) “E.B.” demande que George Soros, avec toutes ses organisations, soit considéré officiellement comme “terroriste” et que tous ses avoirs soient saisis en raison de cette catégorisation. La pétition s’adresse opérationnellement au ministère de la Justice et donc au FBI.

(C’est désormais l’une des pétitions les plus populaires et, au vu de la rapidité de son développement, elle pourrait atteindre un chiffre très important. Ayant démarré le 20 août, elle atteignait, ce matin du 3 septembre 2017 [heures de Bruxelles-Paris], à 05H30, 116.934 signatures ; à 06H00, 117.440 ; à 10H00, 118.685, etc. [Et puis dodo aux USA, avant d’arriver à dimanche, pour reprendre à 15H00 avec le seuil des 120.000 signatures dépassé : 120.094...] Pour être prise en compte et soumise au président, une pétition de cette sorte doit donc dépasser les 100.000 signatures, et cela en un laps de temps de 30 jours, toutes conditions aisément et d’ores et déjà remplies par la pétition anti-Soros.)

La pétition dit précisément ceci, avec notamment deux passages soulignés par nous impliquant son caractère remarquable par sa précision et les références qui la justifient : « Considérant que George Soros a intentionnellement et d’une manière active tenté de déstabiliser et/ou commis des actes de sédition contre les États-Unis et ses citoyens, qu’il a créé et financé des douzaines (sinon des centaines) d’organisations discrètes dont le seul but est d’appliquer les modèles de tactique terroriste de Saul Alinsky pour faciliter l’effondrement des systèmes et du gouvernement constitutionnel des États-Unis, qu’il a développé une influence malfaisante et injustifiée au sein de tout le parti démocrate et d’une large portion du gouvernement fédéral, [cette pétition] estime que le département de la Justice devrait immédiatement considérer George Soros et toutes ses organisations et ceux qui font partie de leurs structures comme des terroristes domestiques, et faire en sorte que ses biens et richesses personnels soient saisis selon la loi dite des Biens Civils de Forfaiture. » (*)

Un des passages que nous avons soulignés de gras (Soros « a développé une influence malfaisante et injustifiée au sein de tout le parti démocrate et d’une large portion du gouvernement fédéral ») introduit certainement les précisions les plus intéressantes quant au fondement de cette pétition. Ce membre de phrase pourrait indiquer implicitement que cette pétition a été suscitée par ceux-là même que Soros est censé manipulé, – particulièrement et précisément le parti démocrate. En effet, il est par ailleurs affirmé, par d’autres sources, que le parti démocrate serait bien derrière cette pétition qui met Soros en accusation pour avoir infiltré ce parti et certaines fractions du gouvernement US.

(Pour ce dernier cas, il s’agit essentiellement du département d’État, qui fut conduit notamment sous cette influence à soutenir des actions où le rôle de Soros et de ses organisations fut important, notamment la Libye ou l’Ukraine, par le biais de “courroies de transmission” comme une Victoria Nuland, sinon Hillary Clinton elle-même. L’allusion précise à Saul Alinsky, théoricien célèbre aujourd’hui de la guérilla et de l’agitation révolutionnaire avec notamment la manipulation de la communication et des différents facteurs de la vie sociale normale, est une façon de mettre directement en cause Hillary Clinton. Il est aujourd'hui très connu qu'Hillary a eu des relations idéologiques et politiques dans sa jeunesse étudiante avec Alinsky [une thèse sur lui en 1969, avec l’aide d’Alinsky lui-même], et de même, d’une façon générale, pour la tendance activiste-Obama à l’intérieur du parti et de l’administration Obama.)

Il n’est pas assuré que cette pétition soit suivie d’effets. Jusqu’ici, l’administration Trump s’est désintéressée des pétitions démarrées sous sa direction, et notamment, – on le comprend aisément, – celle qui demande que Trump rende publics sa comptabilité personnelle et celle de ses affaires. (C’est la pétition la plus populaire à ce jour, elle a largement dépassé le million de signatures en quatre mois.) D’autre part et dans le sens contraire, le thème pourrait être considéré comme intéressant par Trump dans la mesure où il alimente fortement les accusations de sédition et d’activisme contre lui-même, notamment durant la campagne électorale.

(Cette accusation porte sur Soros et aussi, comme on l’a vu en détails, sur Hillary Clinton. Cela rend-il improbable l’idée que la pétition serait soutenue par les démocrates ? Pas nécessairement. Il est manifeste, la crise étant absolument générale et n’épargnant pas le parti démocrate, qu’il existe une lutte furieuse actuellement au sein du parti démocrate, et qu’il existe sans nul doute une fraction importante anti-Hillary, lui reprochant sa défaite à cause de ses positions extrémistes développées avec la collaboration de Soros. Attaquer Soros sur ce terrain comme fait la pétition, c’est dans tous les cas attaquer Hillary et prévenir toute tentative de sa part de retour “aux affaires”, et enfin liquider une fois pour toutes l’influence du clan Clinton qui, ces dernières années, a attiré plus des déboires que des avantages au parti démocrate, tout en assurant au clan une fortune insolente et d’une réputation plus que douteuse rejaillissant sur le parti. Il n’est pas assuré pour autant que cette lutte interne soit une rupture [une défaite] de la ligne “dure” et activiste du parti démocrate.)

• Il faut noter l’intérêt russe à propos de cette affaire de la pétition Soros. Les experts russes s’intéressent beaucoup à Soros et aux démocrates US à cause des menaces de “révolution de couleur” en Russie et du Russiagate. Nombre d’entre eux, relayés par les groupes média russes internationaux (notamment RT et Sputnik), estiment que Soros risque gros aujourd’hui et que cette pétition en est le signe. On comprend bien entendu que rien ne pourrait plus satisfaire les Russes qu’un processus d’élimination de Soros en tant que force déstabilisatrice et déconstructrice, aussi bien que pour ses pratiques financières spéculatives.

D’abord, cet avis de l’un des spécialistes des affaires étrangères de la Douma, Igor Morozov, sénateur qui fait partie de la commission parlementaire chargée de ces questions (sur Spoutnik-français, le 1er septembre 2017) : « “Je n’exclus pas la perspective que l’apparition d’un groupe d’initiative de citoyens américains qui signent cette pétition augure de jours noirs pour Soros...”, a-t-il souligné dans une interview accordée à RT. “...Ces mêmes jours [noirs] qu’il aime [voir se développer] dans les calendriers de pays en voie de développement, d’économies et de marchés émergents. Je crois que si la justice américaine se penchait réellement sur les technologies et les instruments utilisés par Soros et sur tout ce qu'il a accumulé pendant sa vie, son empire s’effondrerait”.

» M. Morozov a également souligné que les Américains s'intéressaient aux activités déstabilisantes du milliardaire parce qu'elles concernaient leur pays. “Soros utilise ses instruments de financement pour détruire des économies en développement, affaiblir ou remplacer des élites politiques, modifier les orientations politiques, c'est-à-dire pour déstabiliser”. Et Morozov d’ajouter, que Soros a fait fortune parce que les enjeux de la destruction du tel ou tel pays, de tel ou tel marché régional étaient très élevés : “Je crois que les turbulences provoquées par les technologies qui sont les siennes ont enfin atteint la côte américaine et les Américains eux-mêmes ont commencé à en ressentir les effets”. »

Un autre expert, Alexander Gusev qui dirige l’Institut de Planification Stratégique de Moscou, est d’un avis similaire. « Soros est un spéculateur boursier. Comme il perdu, il est dans l’obligation de rembourser ce qu’il doit. Il a soutenu le parti démocrate avec Hilary Clinton, il a investi de l’argent et perdu près d’un $milliard... [...] Soros se trouve coincé entre le marteau et l’enclume. D’un côté, Trump n’oublie pas qu’il a financé la campagne présidentielle de Clinton, de l’autre les démocrates l’accusent d’être le responsable de leur échec aux présidentielles. Alors, Soros se trouve dans une situation délicate. »

Gusev insiste sur le fait que ce sont les démocrates qui sont à la base de cette initiative, cette pétition qui peut effectivement déboucher sur des actions légales contre lui, Soros. D’autre part, il juge effectivement que Trump peut estimer de son avantage de pousser dans cette direction qui fait de Soros, son adversaire réel durant les élections, rien de moins qu’un terroriste.

« Il ne s’agit pas seulement de la saisie de ses avoirs et de l’intervention dans ses affaires financières. Les démocrates sont furieux de leur échec et ils veulent leur revanche. Ils accablent Soros d’être responsable de tout ce qui leur arrive de désagréable, y compris des échecs des “révolutions de couleur” [développées sous la présidence Obama] en Europe [l’Ukraine] et en Afrique du Nord [Libye]. Dans ces conditions, je crois qu’ils vont pousser pour que cette affaire sorte tous ses effets... »

• Un dernier point important doit être souligné : l’impopularité de Soros en Israël, y compris, officiellement, de la part du gouvernement israélien. Bien que juif et avantageusement présenté par lui-même comme survivant de l’Holocauste, Soros a connu des déboires dans ce domaine des relations publiques, y compris du côté israélien. Qui plus est, ses prétentions largement sollicitées et contestées à s’affubler de la distinction quasi-sacramentelle de “survivant de l’Holocauste” sont largement oblitérées par le cynisme avec lequel il révéla, en 1998 lors d’une émission de la CBS, le rôle qu’il avait joué en Hongrie en 1944-45, dans des organisations officielles du gouvernement fasciste d’Horthy, dans la recherche des biens des juifs déportés.

On peut lire deux textes sur ce site, celui du 27 janvier 2017, avec le verbatim de l’émission CBS, et celui du 11 juillet 2017, avec l’avis officiel du gouvernement israélien. Cet avis a été émis à l’occasion de la campagne anti-Soros qui s’est développée en Hongrie, suivant à peu près les mêmes lignes de critique que la pétition US et sanctionnée par une interdiction d'opérer dans le pays pour les orgaisations de Soros. Une campagne pour développer une accusation d’antisémitisme contre le gouvernement Orban a été écartée par les Israéliens et n’a pas empêché la visite de Netanyahou en Hongrie, en juillet dernier.

Clin d'oeil de Lucifer

Ne nous attardons pas à envisager ce qui sera fait de cette pétition, nous bornant à constater le fait, à relever son origine incertaine et étonnante, son succès incontestable et une certaine publicité qui commence à lui être faite. Quoi qu’il en soit des conséquences opérationnelles de la pétition, en effet, il s’agit d’ores et déjà, par constat d’influence, par la perception de ce qui est officiellement considéré comme une sorte de vox populi, tout cela dans l’environnement d’une situation aux USA extrêmement déstabilisée, d’un événement de communication d’une certaine importance et d’un symbolisme remarquable, – comme une première attaque de cette sorte de grande importance (puisqu'aux USA) contre Soros et ses pratiques subversives jusque-là acceptées en général dans nos pays (sauf en Hongrie, comme on l’a vu).

Encore une fois, il s’agit de la situation classique du passage à la notoriété officielle comme l’on dirait d’un “passage à l’acte”. L’activisme de subversion de Soros, “tout le monde le connaît” selon la formule classique, et l’on serait alors tenté de conclure “rien de nouveau” avec cette pétition. Au contraire, il s’agit de quelque chose de tout à fait nouveau dans le fait que cette reconnaissance de l’activisme subversif de ce personnage est ainsi sur la voie de la possibilité d’être actée dans la structure de communication officielle de Washington D.C. De ce fait même, Soros ne bénéficie plus de l’espèce de “protection implicite” qu’entraînait l’espèce de certitude brumeuse et non-dite, mais pourtant pesant de tout son poids, qu’il travaillait pour les USA et bénéficiait de leur protection. Comme dit le sénateur russe Morozov, les activités de Soros, – et dans ce cas Morozov parle autant de la subversion politique que du “technologisme” financier du spéculateur, – « ont enfin atteint la côte américaine et les Américains eux-mêmes ont commencé à en ressentir les effets ».

Il faut alors mesurer que c’est la stature officielle de Soros qui est mise en cause, et mise en cause sous l’accusation infamante de “terroriste” ; c’est-à-dire, la “stature officielle”, celle d’un homme qui a sa place parmi les intervenants les plus fameux des rencontres de Davos, dans les colonnes les plus lues du Financial Times, etc., c’est-à-dire dans tout le faste et la pompe de lareligion –ultralibérale du Système. La pétition ouvre une brèche, – on verra jusqu’où cela ira, – dans le cloisonnement quasiment hermétique qui existe, ou existait jusqu’alors entre l’activiste, le subversif, le diable-Soros qui s’active à déconstruire, à déstructurer et à dissoudre tout ce qui passe à sa portée, et le financier-spéculateur, ricanant certes mais aussi représentant émérite du capitalisme de casino qui ne cesse de triompher. C’est un processus semblable à celui qui nous fait découvrir peu à peu puis acter de plus en plus assurément que ISIS-EI-Daesh, qui est considéré comme une menace formidable contre notre civilisation, est complètement une création de notre civilisation, – par le biais des usual suspects et déconstructeurs zélés, CIA, Pentagone, complexe militaro-industriel, maison Saoud pourrie, etc., bref toute la bande et toujours les mêmes, inlassablement.

L’importance du phénomène est de l’ordre du psychologique. Il nous semble effectivement que le renouvellement constant de ces phénomènes constitue une sorte de pédagogie de la psychologie dans ses plus extrêmes profondeurs et ses attitudes les moins conscientes, les moins apprêtées, et donc devenant les plus naturelles du monde. A chaque fois que se produit ce phénomène de la duplication dans une même pseudo-ontologie de l’apparence du conforme d’une part avec la vérité de l’im-monde d’autre part, l’écart entre le doute et la certitude se réduit. Nous parlons de l’écart entre le doute et la certitude vis-à-vis du fait que cette civilisation est incapable de produire l’un sans l’autre, le financier triomphant sans le subversif déconstructeur ; que cette civilisation ne peut produire que des artefacts qui se révèlent finalement absolument destructeurs car enfin entre l’affirmation d’une pseudo-“excellence” et l’inéluctabilité de la destruction on sait bien qui l’emporte inévitablement... Bref, nous parlons de la réduction jusqu’à l’inexistence de l’écart entre le doute et la certitude que cette civilisation est si complètement surpuissante qu’elle en est au bout du compte inévitablement, inéluctablement autodestructrice. Soros mériterait une statue à cet égard (pour remplacer celle de Robert E. Lee ?)

... Car Soros n’a pas trahi, ni sa mission, ni ses engagements. Ses activités diaboliques de déconstructeur renvoient complètement à la civilisation dont il est issu, et dont il sait si bien se servir comme il sait parfaitement la servir ; cela est exactement semblable à son comportement entre celui qui s’affirme comme l’une des innombrables “victimes de l’Holocauste” et celui qui vous explique en ricanant que, tout jeune adolescent, il trouvait bien normal de s’occuper de la récupération des biens des juifs hongrois livrés au camp par le régime Horthy parce que, hein, “de toutes les façons quelqu’un l’aurait fait”, – “alors, autant que ce soit moi”.

(Au-delà et finalement, on reconnaîtra que Soros rencontre parfaitement l’enseignement de son maître Saul Alinsky qui plaça parmi ses dédicaces sur son dernier livre (Rules of Radicals) qui est la somme de son enseignement, celle-ci, promise à englober et à dominer toutes les autres : « Et sans oublier une dédicace au moins en forme de clin d’œil au tout premier radical, de toutes nos légendes, de notre mythologie, de notre histoire (et qui sait quand se termine la mythologie et quand commence l’histoire, et qu’est-ce qui est ceci ou cela), – le premier radical connu de l’homme, qui se rebella contre l’establishment et le fit avec tant d’efficacité qu’il créa son propre royaume, – Lucifer. ») (**)

Alors, on va suivre avec intérêt le destin de cette pétition qui nous démontre qu’il n’y a pas vraiment de complot-Soros mais un immense désordre qui ne cesse d’enfler, où les plus terribles ambitions, les plus furieuses folies, les inspirations les plus diaboliques peuvent s’exprimer presque naturellement avant que l’on commence à s’en aviser sérieusement. L’événement de cette pétition sympathique fait partie des surprises sans fin que nous réserve cette joyeuse déconstruction du Système que nous réserve l’Amérique. God blesses America, ça c’est sûr, – et un clin d’œil de Lucifer pour Soros-Alinsky.

 

Notes

(*) Texte officiel en anglais : « Whereas George Soros has willfully and on an ongoing basis attempted to destabilize and otherwise commit acts of sedition against the United States and its citizens, has created and funded dozens (and probably hundreds) of discrete organizations whose sole purpose is to apply Alinsky model terrorist tactics to facilitate the collapse of the systems and Constitutional government of the United State, and has developed unhealthy and undue influence over the entire Democrat Party and a large portion of the US Federal government, the DOJ should immediately declare George Soros and all of his organizations and staff members to be domestic terrorists, and have all of his personal an organizational wealth and assets seized under Civil Asset Forfeiture law. »

(**) Notre traduction à partir du Wikipédia : « Lest we forget at least an over-the-shoulder acknowledgment to the very first radical: from all our legends, mythology, and history (and who is to know where mythology leaves off and history begins or which is which), the first radical known to man who rebelled against the establishment and did it so effectively that he at least won his own kingdom – Lucifer. »

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