Que sont les neocons devenus ?

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Que sont les neocons devenus ?

12 novembre 2015 – D’abord, arrêtons-nous à quelques remarques d’une lectrice du texte du 5 novembre sur la “‘routinisation’ de la Troisième Guerre mondiale”. Madame Rose-Marie Mukarutabana nous dit notamment, commençant par une citation du texte : « “La perspective de la guerre mondiale est évoquée à la fois comme allant de soi et comme la plus probable dans les hypothèses de conflit.” Il est logique que dans ces milieu les mentions de la 3e guerre mondiale – voire la 4e – soient devenues chose banale aujourd’hui. C’est depuis la fin de la 2e guerre mondiale que les néoconservateurs en parlent et la préparent... »  

Il n’est pas une seconde question dans notre esprit de mettre en cause de façon polémique ce que notre lectrice nous écrit, – chacun a sa perception ; il est question, si elle le permet, de nous servir de ce qu’elle écrit pour introduire ce F&C. Nous allons rappeler, ou plutôt préciser ce que nous avions à l’esprit en présentant ce texte de WSWS.org. D’abord, il y a ceci que ce n’est pas le fait lui-même de parler de la Troisième Guerre mondiale qui est jugé extraordinaire, mais d’en parler comme si le fait nucléaire n’existait pas. Ce ne peut être vu comme un facteur “banal” de la conversation entre ces gens d’une compétence affirmée à ce niveau et dans des conditions solennelles (audition au Congrès) mais comme un facteur démentiel, c’est-à-dire développé par des gens souffrant d’une réelle pathologie de la psychologie. Nous rappelons la citation, où nous mettons en concurrence les auditions décrites et ce qui se passait durant la Guerre froide :

« Un autre point qui rend ces auditions à la fois totalement irréalistes et totalement irresponsables, – alors que les acteurs se devraient d’être les plus réalistes et les plus responsables dans l’ensemble de sécurité nationale US, – est l’ignorance ou le désintérêt complet pour l’aspect majeur d’une Guerre mondiale entre ces puissances, c’est-à-dire l’extrême probabilité qu’un tel affrontement dégénèrerait nécessairement en une guerre nucléaire stratégique. (“Aucune des auditions n’a abordé le sujet le plus large des préparatifs et des implications d’un  tel conflit pour les USA, c’est-à-dire ce qu’impliquerait pour la survivance de la race humaine, sinon pour toute vie sur la planète la perspective d’une guerre de haut niveau entre ces puissances nucléaires stratégiques.”) Il s’agit sans aucun doute d’un fait remarquable quand l’on compare cette atmosphère avec le courant de cette sorte d’auditions durant la Guerre froide, où l’évocation d’une guerre mondiale se faisait dans des conditions intellectuelles très précautionneuses, avec la présence massive dans les esprits du risque de guerre nucléaire et de ses conséquences. »

Le deuxième point que nous voulons préciser, et qui nous conduit encore plus au cœur de notre sujet, c’est la description que fait notre lectrice du comportement, des déclarations, des pensées, etc., des neocons comme commentaire de ce texte, comme s’il allait de soi que l’audition s’était faite entre neocons. Or, ce n’est pas du tout le cas, stricto sensu par rapport à ce que désigne organiquement le terme de neocons en tant qu’étiquette d’identification partisane. Ni les parlementaires, ni surtout les officiers généraux qui déposent, ne peuvent être en aucune façon classés, stricto sensu répétons-le, comme neocons (appartenance à un think tank dit de tendance-neocon, articles publiés sous ce label officieux, interviews, etc., – aucun d’eux n’est présenté ni perçu comme neocons). Ce ne sont donc pas des neocons qui parlent… Nous irions plus loin encore, bien plus loin, essentiellement pour les chefs militaire : nous croyons pouvoir affirmer que l’on trouve parmi eux bien peu, sinon quasiment aucun neocon, toujours selon le sens strict du terme, et l’étiquette est en général complètement rejetée dans les forces armées, sinon haïe comme étant celle de pseudo-idéologues affairistes, des amateurs irresponsables et de mauvaise fréquentation.

• Pour autant, il semblerait que les neocons existent puisqu’on en parle. Nous-mêmes d’ailleurs en “parlons” souvent, et ce texte est une excellente occasion de préciser de quelle façon nous en parlons, – et même de le préciser pour nous-mêmes, en constatant que nous en parlons depuis très longtemps d’une façon qui pourrait prêter à confusion et qu’il est temps de remettre les choses à leur place à cet égard... C’est alors pour constater que, lorsqu’on veut s’attacher à l’analyse précise de leur situation en tant qu’identifiés précisément par l’étiquette neocons, on ne les voit ni ne les entend plus guère. Nous nous reportons dans ce cas à un texte de Jim Lobe du 19 octobre 2015, où Lobe se demande : qu’est devenu Richard Perle, alias “The Prince of Darkness”, l’un des plus fameux d’entre tous ? Nous citons un long extrait du texte de Lobe, qui nous montre qu’il ne sait pas très bien ce qu’est devenu Perle, qu’on ne voit plus que très rarement, mais en rappelant que ces dernières années son activité a surtout été affairiste, jusqu’à travailler pour le dirigeant libyen Kadhafi (ce qui ne fait pas très neocon). Par ailleurs Lobe, rappelle que ce comportement de Perle n’est pas une surprise puisqu’il (Perle) a quitté la vie publique active de premier plan à l’occasion d’une affaire délicate de type affairiste révélée par Seymour Hersh, comme nous l’avions signalé en mars 2003.

Ce que nous montre Lobe, c’est que les neocons se sont abîmés dans des guerres internes d’où émerge essentiellement Danielle Pletka, qui fut la protégée de Perle (injustice du destin) et vice-présidente du grand think tank neocon AEI (American Economic Institute). Par ailleurs, la plupart des autres neocons fameux des premières années du siècle ont suivi le chemin de Perle vers une retraite de leur pseudo-polémique politique pour diverses activités, sans doute plus lucratives, sinon la retraite elle-même. (Il semble que la Foundation for Defense of Democracies [FDD], grassement financée par quelques milliardaires pro-sionistes, dont le mi-Israélien, mi-Américain Sheldon Adelson, financier des candidats présidentiels US les plus extrémistes et maître du crime organisé, section Jeux & Casinos, soit un des lieux privilégiés pour cette sorte de retraite luxueuse.)  Restent, pour cette action de “pseudo-polémique”, quelques vieux guerriers neocons comme Pletka elle-même, John Bolton, plutôt pièce rapportée des neocons, et Michael Rubin, qu’on n’écoute plus guère. Bien sûr, il y a aussi les vieilles badernes du Weekly Standard, William Kristol en tête, mais eux non plus ne font plus guère de vagues. Le principal constat qu’on peut faire alors est que les neocons sous la forme qu’on qualifierait de “grandes plumes/grandes gueules”, ayant accès aux médias les plus prestigieux s’éteignent et disparaissent, et qu’il n’y a pas de génération nouvelle pour porter haut et fort l’étiquette glorieuse.

« I have heard from some well-connected neoconservatives, however, that Danielle Pletka, a former Perle protégée who has served as AEI’s vice president for foreign and defense policy for a number of years now, has long looked forward to (and may have lobbied for) Perle’s departure. Her unhappiness with him apparently dates at least from 2008 when the Wall Street Journal reported that he was actively exploring investing in oil-related projects in Kurdistan. He was also looking into additional investments in Kazakhstan whose notoriously authoritarian and corrupt president, Nursultan Nazarbayev, he had praised as “visionary and wise,” according to the Kazakhstan embassy here.

» As the Journal noted at the time, Perle resigned as chairman of Don Rumsfeld’s Defense Policy Board (DPB) in March 2003 after the exposure of his role as an adviser to a telecom company (Global Crossing) that was seeking the Bush administration’s approval of its sale to a Hong Kong-based corporation. Global Crossing had retained his services for $125,000 with the promise that he would receive an additional $600,000 if the sale were consummated, according to The New York Times. Perle subsequently severed his ties to Global Crossing and pledged to donate any fee for his past service to “the families of American forces killed or injured in Iraq,” But he retained his membership on the DPB—which, thanks to Perle and his good friend then-Deputy Defense Secretary Paul Wolfowitz, was dominated by fellow neocons—at Rumsfeld’s behest. (Perle and Rumsfeld forged close ties dating back to their mutual effort to derail détente in the mid-1970s.)

» Pletka’s unhappiness reportedly increased in 2011 at the outset of the insurrection against Muammar Qadhafi. Documents made public by the Libyan opposition established that Perle had travelled to Libya twice in 2006 to meet with Qadhafi as a paid adviser to The Monitor Group, a Massachusetts-based consultancy firm that had been retained by Tripoli for a “Project to Enhance the Profile of Libya and Muammar Qadhafi,” as one Monitor memo described its role. Perle, who never registered as a foreign agent, later reported his findings to Cheney, according to the documents.

» If it’s true that Pletka has maneuvered Perle out of AEI, it marks something of a watershed. Probably Washington’s most influential neocon operative of his generation, he played a critical role in driving the U.S. to war in Iraq, along with Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, and Undersecretary of Defense Douglas Feith (another Perle protégé). But he seems to have retired to the fever swamps of Gaffney’s CSP.

» His departure, if that indeed is what it is, follows those of his long-time collaborators at the Institute. There’s Joshua Muravchik, one of the few neocon apparatchniks who has voiced some regret about Iraq but who has nonetheless promoted war with Iran since at least 2006. And there’s also Michael Ledeen, who, judging by his writings, has long occupied a fever swamp of his very own as a columnist at Pajamas Media. Ledeen went from being the “Freedom Scholar” at AEI to the “Freedom Scholar” at the Foundation for Defense of Democracies (FDD) several years ago. Another former AEI scholar, Reuel Marc Gerecht, moved over to FDD at the same time. It’s not clear whether the departure of any or all three were related to Pletka’s dissatisfaction with their work (although Muravchik had loudly complained to colleagues before he left that he was under pressure to produce more op-eds in more prominent publications). Or perhaps the promise of FDD’s ever-expanding budget—provided by billionaire members of the Republican Jewish Coalition such as Sheldon Adelson and Paul Singer— lured them away.

» None of this means, however, that AEI’s foreign policy team has lost its belligerent and militaristic stripes. Its most visible “scholar,” after all, remains John Bolton, while Paul Wolfowitz has occupied a perch there since his unceremonious departure from the World Bank. Pletka, who, like Bolton, once worked for Jesse Helms, has herself become something of a television regular as the acerbic critic of the “weakness” and “appeasement” of the Obama administration. Meanwhile, the albeit much more obscure Perle protégé, Michael Rubin, continues to uphold hardline neocon orthodoxy in his contributions to National Review and Commentary’s Contentions blog. »

• Au reste, les grands noms neocons avaient déjà très largement entamé diverses reconversions politiques il y a déjà près de dix ans, lorsque les démocrates avaient repris la majorité au Congrès. Ce fut le cas sensationnel de notre fameux Richard Perle (dont on peut retrouver un portrait sur ce site, datant de novembre 2002, du temps de sa splendeur, et aussi une recension de son roman à clef, Hard Line). Cela se fit en douce, avec les nuances qu’il faut, l’ensemble ressemblant à un pseudo-mea-culpa de circonstances qui laisse tout de même à penser par logique antagoniste sur ce que fut la réelle originalité de la pensée-neocon. (Ce dernier point est essentiel et nous y revenons plus loin.) Nous écrivions donc, sur ce “revirement” de Richard Perle et d’autres du même calibre, le 5 novembre 2006...

« L’auteur [David Rose, de Vanity Fair] nous dit sa surprise lorsque, après avoir rencontré Perle et avoir entendu que, si c’était à refaire et sachant ce que l’on sait, lui, Perle, aurait recommandé de ne pas partir en guerre, il découvre les autres vedettes néo-conservatrices qu’il visite, — pour entendre le même refrain. “Perle goes so far as to say that, if he had his time over, he would not have advocated an invasion of Iraq: “I think if I had been delphic, and had seen where we are today, and people had said, ‘Should we go into Iraq?,’ I think now I probably would have said, ‘No, let's consider other strategies for dealing with the thing that concerns us most, which is Saddam supplying weapons of mass destruction to terrorists.’ … I don't say that because I no longer believe that Saddam had the capability to produce weapons of mass destruction, or that he was not in contact with terrorists. I believe those two premises were both correct. Could we have managed that threat by means other than a direct military intervention? Well, maybe we could have.” »

• Pour compléter ce tableau de l’activité des neocons, on signalera la plus récente pièce du dossier. Il s’agit de la publication très récente d’une biographie de Bush-père, par Jon Meacham, document complètement autorisé sinon manigancé par le sujet principal de Destiny and Power: The American Odyssey of George Herbert Walker Bush, puisque Bush-père (91 ans) est directement cité, quasiment en questions-réponses, et qu’il règle drôlement ses comptes. “41” (surnom de Bush-père en tant que 41ème POTUS) (*) confirme ce qu’on devinait depuis longtemps : son opposition féroce à la politique de “43” (son fils GW, 43ème POTUS), notamment l’attaque de l’Irak au printemps 2003. Il confirme ce qu’on savait précisément, le peu d’estime qu’il éprouve pour ce même GW, qu’il juge avoir agi sous influence et rien d’autre. Il insiste enfin sur la responsabilité quasi-exclusive qu’il attribue, pour cette “influence”, aux deux personnalités très fortes de l’administration de “43”, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, – ni l’un ni l’autre neocons en aucune façon. Le journaliste David A. Graham de The Atlantic écrivait pour DefenseOne.com, le 5 novembre :

« While Rumsfeld and Cheney have always been close—Cheney recommended Rumsfeld to run the Pentagon in the second Bush administration—there isn’t the evidence of a long-running rivalry between him and George H.W. Bush as there is with Rumsfeld. But the two men did disagree about policy. In the lead-up to the first Gulf War in 1990, Bush wanted to get congressional authorization to attack Iraq. Cheney argued against it, saying the administration should act on its own. (Bush went to Congress, which approved the war.) When the attack was successful, Cheney agreed with the president’s decision not to continue to Baghdad and topple Saddam Hussein, as a 1994 interview recorded; Cheney would seem to have disregarded his own warnings a decade later when the U.S. again attacked Iraq. As Jake Tapper reported in 2003, Cheney also oversaw the production of a very hawkish defense-planning report—written by Scooter Libby and Paul Wolfowitz—which the Bush administration disavowed.

» The idea that George W. Bush’s foreign policy reflected a fundamental shift in worldview from his father’s approach is not a new one. It was made in 2003, and my colleague Conor Friedersdorf argued in October that Jeb Bush’s presidential campaign was foundering in part because by aligning himself with his brother, he had taken up the wrong George Bush’s worldview. One reason for that shift, surely, was that George W. Bush’s administration was heavily influenced by Rumsfeld and Cheney, two men who had long had a harsher and more aggressive approach to the world than George H.W. Bush. What do Bush 41’s comments to Meacham indicate, inside this context?

» For one, the book shows that Bush père really did have substantive disagreements with much of his son’s conduct of foreign policy. (He also singled out one 2002 speech for criticism: “You go back to the ‘axis of evil’ and these things and I think that might be historically proved to be not benefiting anything.”) It isn’t quite right to say that Bush 41 is letting his son off the hook; after all, he told Meacham, “The buck stops there.” It’s also true, however, that the harshest words are reserved for Rumsfeld and Cheney. »

• Alors, quid des neocons ? D’abord, bien sûr, on ne peut dire que les neocons préparent la Troisième Guerre mondiale « depuis la fin de la 2e guerre mondiale ». (Nous ferions l’hypothèse que notre lectrice a fait un lapsus, voulant dire plutôt “depuis la fin de la Guerre froide” ?) A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la plupart des futurs neocons, ou plutôt de leurs ancêtres, étaient évidemment trotskistes (ils en gardèrent le goût de la “révolution permanente” prestement transformée en “destruction permanente”). Ensuite, cet amalgame de radicaux dont beaucoup venus de l’ultragauche trotskiste, marqués de plus en plus par l’anticommunisme (anti-stalinisme au départ, mettant en place les évènements qui les amèneraient vers le conservatisme-belliciste-expansionniste) passèrent par la case-Jackson dans les années 1970. (Richard Perle, notamment, avait une vénération pour le sénateur démocrate de l’État de Washington, Henry Scoop Jackson, – puisque c’est de lui qu’il s’agit.) D’ailleurs, plutôt que “passés”, nous dirions que les futurs-neocons sont nés ou se sont transformés en neocons dans le giron du sénateur. Jackson était formidablement pro-Israël, antisoviétique, etc. – tout cela fait très neocon, – mais aussi surnommé le “sénateur de Boeing”, ce qui en dit long sur ses pratiques de lobbying et du fric qui va avec, – là aussi, cela fait très neocon. (Boeing avait alors son quartier général historique, à Everett, près de Seattle, dans l’État de Washington, avant de migrer à Chicago.)

Ainsi les neocons faisaient-ils simplement partie d’une cohorte de Cold Warriors (le roman Hard Line, de Perle, décrit bien la psychologie de ce “guerrier froid”), regroupés à partir de 1975-1976 dans le “Comité du Danger Présent”, et qui comprenait toutes les sortes possibles d’anticommunistes radicaux qui allaient trouver leur héros dans Ronald Reagan. Ainsi y trouvait-on Rumsfeld et Cheney, sans qu’il faille faire d’eux des neocons ; le contraire eut d’ailleurs été bien difficile, car l’expression, l’étiquette, la classification de neocon n’existait pas et Perle n’était qu’un Cold Warrior comme les autres. Ce n’est que dans les années 1990 que l’expression commença à se répandre, mais essentiellement à partir de l’attaque 9/11 qu’elle fut universellement connue.

Cela nous invite à avancer l’hypothèse qu’en réalité le “génie” des neocons et même leur substance même ne sont ni idéologique ni philosophique, mais essentiellement du type de la communication, de relations publiques et de publiciste/publicitaire, de lobbying, d’activité d’agents d’influence, etc., qui imposa leur groupe dans le circuit du système de la communication et attira par conséquent des soutiens considérables une fois qu’ils se furent installés dans le giron du groupe Murdoch. (Cet aspect de communication n’est nullement orienté idéologiquement : Perle, malgré tout ce que l’on dit de ses opinions qui existent bien sûr mais n’empêchent rien, fut essentiellement, dans les années1990, agent lobbyiste pour la Turquie.) D’autre par, les connexions avec le Corporate Power de l’armement étaient évidentes, – ceci explique cela, – et deux des dirigeants des neocons jusqu’au milieu des années 2000 venaient directement de chez Lockheed Martin, notamment le fameux Bruce P. Jackson.

Les neocons, “idiots utiles” mais usés

Cette espèce de disparition des neocons grande-plume/grande-gueule, alors que le terme subsiste, indique bien à notre sens combien le “néoconservatisme” a été d’abord une création publicitaire, un habillage de relations publiques [RP], avec des références philosophiques qui font sérieux, telles que Leo Strauss, etc., d’une politique absolument destructive menée essentiellement à partir du 11 septembre 2001. La spécificité de cette “politique absolument destructive”, qui est à notre sens une politique “extérieure” à la réflexion humaine composée par la dynamique de forces effectivement “extérieures”, qui est imposée par ces forces au centre le plus puissant et le plus actif du Système (Washington), nous a poussé plus tard à la baptiser “politique-Système” à l’issue d’une évolution qui a commencé à nous apparaître clairement en 2009. C’est à l’occasion d’une analyse de Harlan K. Ullman, à qui nous devons beaucoup dans ce cas pour son identification, que nous présentions ce phénomène le 29 mai 2009. Le 17 novembre 2012, dans un article du Glossaire.dde qui s’appuyait sur un article précédent du 31 octobre 2012 précisant le concept de “politique-Système”, nous rappelions ainsi cette intervention d’Ullman, et la façon dont nous l’avions interprétée, avec l’évolution qui s’en était suivie. L’ensemble permettait de reprendre, en l’expliquant conceptuellement d’une façon plus satisfaisante, toute la politique US depuis le 11 septembre 2001.

« C’est en 2009 que nous avons pour la première fois identifié, d’une façon générique et conceptuelle, une politique générale (ou “politique générale de sécurité”, intégrant aspects intérieurs et aspects extérieurs), qui deviendrait la politique-Système dans notre rangement conceptuel. Bien entendu, la politique-Système dans sa phase finale, en tant que telle, était déjà en cours de constitution à cette époque, même si nous la prîmes d’abord comme désignation de la politique spécifique de l’administration GW Bush, c’est-à-dire d’un système de l’américanisme dans sa fraction la plus activiste. (Il faut du temps pour conceptualiser un phénomène en pleine activité.) On sait que cette politique était désignée par celui qui la détailla assez précisément, le premier selon notre identification, comme la “politique de l’idéologie et de l’instinct”. L’inspirateur est donc l’expert américaniste Harlan K. Ullman, et notre texte qui s’y réfère en explorant les premiers aspects de cette “politique de l’idéologie et de l’instinct” date du 29 mai 2009. Effectivement, Harlan K. Ullman décrivait cette politique comme celle de G.W. Bush et de son administration, c’est-dire valable depuis le 11 septembre 2001, et il la décrivait implicitement comme une politique de destruction. (Mais la référence s’arrête là  : Ullman définit cette “politique de l’idéologie et de l’instinct” comme une catégorie, même extrême, de la politique normale. Il n’évoque à aucun moment la possibilité de ce que nous nommons “politique-Système”. Il ne désigne aucun des caractères spécifiques essentiels [de la “politique-Système”], telles que déstructuration et dissolution...) »

Vient ensuite  l’étape de la définition de ce qui devient dans notre esprit la véritable “politique-Système”. Dans le même Glossaire.dde, nous définissions évidemment cette évolution générale de la politique, qui fut d’abord celle des USA depuis 9/11, puis celle de ce que nous désignâmes comme le bloc BAO... Bien évidemment, nous y vîmes une évolution remarquable qui balayait naturellement et radicalement toutes les explications conjoncturelles, pseudo-idéologiques, pseudo-partisanes, etc., bref tout cet amoncellement d’agitations humaines où les neocons eurent une place si importante du point de vue de la communication.

« ...Par rapport à ce qui a précédé (“politique de l’idéologie et de l’instinct”) et qui était perçu comme pouvant après tout disposer encore d’un but et d’une ambition compréhensibles, la “politique-Système de l’idéologie et de l’instinct” a complètement renversé l’ordre du rangement. L’idéologie et l’instinct ne sont plus des forces qui déterminent les buts et les ambitions, – si elles l’ont jamais été vraiment, ce qui est [largement] ouvert au doute, – mais des outils au service d’une force essentielle, et désormais exclusive, que nous nommons “politique-Système”. Cette “politique-Système” se développe dans la plus complète indifférence des possibilités et des moyens, des intérêts, de l’équilibre des situations intérieures de ceux qui l’activent aveuglément et sous la pression du Système, c’est-à-dire les directions politiques des différents pays et acteurs impliqués, en général du bloc BAO.

» Cette indifférence de la “politique-Système” pour le reste a permis une évolution dans la position des différents facteurs évoqués (possibilités, moyens, intérêts, équilibre des situations intérieures des pays et acteurs impliqués), par rapport à cette “politique-Système”. La “beauté” (?) de la situation actuelle, dans le chef de la démonstration impérative qu’elle nous offre au travers de la situation peu ordinaire où nous nous trouvons d’une surpuissance en constante activité avec le résultat de perdre avec régularité les atouts dont elle dispose, tient en ceci que l’évolution des circonstances, notamment les crises intérieures, a fait que ces possibilités, ces moyens, ces intérêts, cet équilibre des situations intérieures sont devenus complètement contradictoires de la “politique-Système” telle qu’elle se développe et, par conséquent, absolument saccagés par elle. […]

» La “politique-Système” (la “politique-Système de l’idéologie et de l’instinct”) ne peut mieux se définir que comme un piège qui s’est refermé sur les pays du bloc BAO, unis dans un ensemble corseté de perceptions et de conceptions elles-mêmes étroitement tenues ensemble pour ne recevoir qu’une seule sorte de communication. Tous les pays du bloc BAO sont peu ou prou touchés par cette “politique-Système”, et non pas contraints d’y participer. Dans le chef de chaque direction politique, il y a comme une incapacité et une impuissance, à la mesure d’une pathologie de la psychologie, à vouloir envisager autre chose que d’y participer alors que les enseignements bien compris, les jugements équilibrés et les chiffres, autant que l’intuition quand il y en a, disent qu’il s’agit d’une politique catastrophique à la fois pour le pays et l’ensemble des pays. (Lorsque nous disons “incapable de vouloir…”, nous parlons bien de volonté, dépendant de la perception et de la psychologie, et du jugement. Nous évoquions récemment le cas démonstratif des USA, au travers des propos du philosophe-Stratfor George Friedman faisant équipe désormais avec Joseph de Maistre [voir notre texte du 15 octobre 2012]...)... »

A notre sens, c’est dans ce cadre très vaste qu’il faut placer le phénomène neocon, que nous nommerions alors plutôt “étiquette de convenance neocon”, “étendard neocon”, “slogan-neocon”, etc. Il est évident, comme l’a bien vu Bush-père, que les deux inspirateurs de la “politique de l’idéologie et de l’instinct” qui caractérise les USA dès 9/11 sont évidemment Cheney et Rumsfeld, et qu’en aucun cas aucun des deux ne peut être qualifié de neocons en fonction des caractères apparents qu’on a voulus signaler pour fabriquer une apparence sérieuse au néo-conservatisme.(Par exemple, Rumsfeld surtout, Cheney tout de même mais un peu moins, sont plutôt des “isolationnistes-interventionnistes” dans une tradition typiquement conservatrice et républicaine, très peu intéressés par le “nation-building” et l’appel aux valeurs qui a guidé la dialectique publicitaire et de relations publiques des neocons. Dans tous les cas, bien qu’ayant été l’objet d’une assimilation constante aux neocons, les deux n’ont jamais jugé utile ni d’y souscrire, ni de s’en distancer, ignorant simplement cet artifice de communication comme sans le moindre intérêt pour eux.)

C’est donc également “dans ce cadre très vaste” de ce que nous jugeons être l’expansion, l’affirmation, la “folie” même en un sens, de la politique-Système, qu’il faut placer l’évolution du phénomène tel qu’on l’a présenté : disparition progressive des neocons-tête d’affiche, grande-plume/grande-gueule, alors que se poursuivait la généralisation du terme devenant franchement un artefact de communication-RP (qui n’est pas neocon dans la presse-Système, dans la rubrique people, dans la couture, dans le sociétal, etc. ?) ; cette évolution caractéristique fut donc accompagnée d’un soutien général, absolument impératif, aveugle, pavlovien, etc., à une politique maximaliste de déstructuration-dissolution qui n’a besoin d’aucun but opérationnel et stratégique mais simplement d’un emballage sociétal et du maquillage standard du pur moralisme-humanitarisme que les publicitaires se chargent de tenir au frais pour refaire à intervalles réguliers le maquillage nécessaire.

Les neocons grande-plume/grande-gueule n’existent plus en tant que tels, étiquetés, etc., comme ceux de la grande génération triomphante des années 2001-2006 parce que, “idiots-utiles” usés mais grassement admis à une retraite confortable, ils ne sont plus d’aucune utilité, parce que l’on n’a plus besoin d’un habillage pseudo-idéologique d’une certaine prestance ; et de là, bien entendu, l’absence de nécessité de successeurs, tous les journalistes de la presse-Système étant automatiquement conduits à faire du neocon-sans-le-savoir, comme Mr. Jourdain sa prose. La machine fonctionne d’elle-même, les mêmes évidences absolument inverties sont partout proclamées comme autant d’incantations absolument irréfragables et les psychologies fatiguées s’inclinent sans autre forme de procès ni la moindre approche critique. On peut donc envisager les prolongements les plus démentiels comme ceux que nous imposent le déterminisme-narrativiste, comme on peut développer les conceptions les plus démentielles, comme cette discussion sur la Troisième Guerre mondiale USA-Russie sans se référer un seul instant à l’armement nucléaire et à son emploi réciproque, sont suivies sans qu’aucune remarque critique à cet égard ne soit soulevée, – psychologies épuisées, certes.

Ainsi croyons-nous qu’il n’y a guère d’affrontements entre modérés (réalistes) et extrémistes (neocons), – sans doute n’y en eût-il jamais vraiment, depuis 9/11, –  que tout le monde est à la fois réalistes et neocons, parce qu’être neocons naturellement et obligatoirement en  suivant la politique-Système est tellement catastrophique qu’à certains moments on tente de freiner pour devenir réaliste, – plus ou moins de freinaage selon le degré de fatigue de la psychologie et la pression de l’hystérie qui se glisse dans ces psychologies fatiguées. Mais la résistance est pathétiquement insuffisante, pour des personnages mangés par le Système, prisonniers du Système, rangés dans un ordre-Système, et après avoir freiné un peu par “réalisme”' l’on redevient neocons comme si on l’avait toujours été, sans nécessité de l’être, – et cela d’autant plus que neocons, hein, cela n’existe pas ... Cela paraît complexe mais ne l’est point du tout si vous prenez tout cela du point de vue qui importe, qui est celui du Système cela va de soi.

Comme d’habitude lorsque nous démontons la narrative courante qui prétend nous faire croire qu’il y a une intervention humaine (GW Bush/pseudo-neocons, politique différente avec BHO) dans le déchaînement d’une politiquer si totalement inhumaine et si totalement contraignante, se pose la question de l’origine et du fondement de cette politique. Il y a longtemps que nous avons répudié une interprétation mécaniste, et nous la répudions de plus en plus, car il y a aucune raison qu’une telle politique mécaniste, nécessairement connectée aux conceptions du type “hasard et nécessité” ait choisi une voie aussi déterminée, aussi droite, aussi complètement enfermée dans une seule direction et dans une seule perspective dont on ne peut pas ne pas penser qu’elle basculera, dans sa dynamique, de la surpuissance à l’autodestruction. Ce qui est en effet remarquable, c’est que, malgré le désordre que cette politique cause et qui rassemble de plus en plus des conglomérats de circonstances et d’évènements qui enchevêtrent des pressions autodestructrices, elle continue sur cette voie sans en dévier une seconde. On doit alors envisager, sous forme d’une sorte de “pari pascalien”, la possibilité sinon la probabilité d’une influence maléfique dont l’automatisme conduit effectivement à l’autodestruction, qui sera celle du Système au bout du terme. 

Comme on le voit, nous sommes bien loin des neocons et nous comprenons parfaitement qu’ils aient choisi la voie de la retraite dorée, notamment chez le milliardaire, pro-sioniste et membre notoire du crime organise, Sheldon Adelson. L’Histoire, aujourd’hui, a des proportions bien trop vastes pour eux : ils ont passé la main... Quoi qu’il en soit, du point de vue de la communication, “nous sommes tous des neocons”.

 

Note

(*) POTUS, pour President Of The United States, naturellemet.

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