Obama ou l’élégance du Diable

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Obama ou l’élégance du Diable

02 janvier 2017 – Ce qui me décide à écrire cette chronique, finalement, c’est la déclaration que je retrouve de trois jours d’un commentateur célèbre aux USA, dont il a été parfois question, qui est d’une tendance neocon très affirmée sans être complètement enrégimenté dans le groupe de base de cette tendance (laquelle est aujourd’hui en plein désordre de dissolution en tant que structure). Il s’agit de Charles Krauthammer, parlant à Fox.News, à propos de la décision du président Obama de prendre des sanctions antirusses spectaculaire. La déclaration de Krauthammer ne concerne pas le fond de l’affaire (la validité de la mesure décidée) mais le comportement du président-sortant à cette occasion (et après d’autres, ajouterais-je) :

« This is about as anti-democratic as you can get. You were in office for eight years — you got your mandates — and on all of these issues… he is doing all these things that have been explicitly rejected by his own party. Then he doesn’t have the courage of his own convictions, getting them done to lock in his successor.

 » It’s very anti-democratic.”

» I don’t know about the merits of the case. I would imagine that allowing mixed use and some exploration would be a good thing for the country, but Obama sees himself as God hovering over the country dispensing goodies to the extent that he’s got control.

» He figures, “I’ve got control here. No one can stop me, and it may be somewhat irreversible.” »

Bien entendu, cette citation renvoie à plusieurs textes très récents, qui contiennent notamment commentaires et appréciations sur le comportement du président Obama dans cette fin de mandat (celui du 29 décembre 2016, celui du 30 décembre 2016, celui d’hier, pour aller au plus récents). Il y a notamment ce passage du texte du 1er janvier, dont je crois qu’il annonçait déjà cette chronique, où l’on trouve un jugement sur Obama lui-même, un peu en-dehors des considérations politiques rationnelles habituellement sollicitées.

« Obama élu, personne ne pouvait dire ce qu’il serait en fonction de ce qu’il ferait, c’était une énigme ; Obama sur le départ, personne ne peut dire ce qu’il a été en fonction du flou considérable qui entoure ce qu’on croit qu’il a fait, et il est donc toujours une énigme. La seule certitude finalement, c’est qu’il fut, du point de vue de la politique générale [de sécurité nationale] rationnellement appréciée, réellement catastrophique, certainement pire que GW Bush selon notre point de vue.  [...] Qu’il soit à la fois certainement une énigme et certainement une catastrophe nous invite à penser qu’il est un personnage influencé par des forces qu’on qualifierait de maléfiques, que nous jugeons complètement étrangères à toute manipulation et construction complotiste humaines et bien agencées. Son action n’a satisfait entièrement aucune des forces humaines d’influence, en général d'une dissimulation transparente, auxquelles on l’acoquine généralement. On doit donc dire qu’il a favorisé le Système en général mais en n’étant l’exclusivité d’aucune de ces forces principalement, alors que les intérêts et les préférences de ces forces sont aujourd’hui fortement divergentes dans le cadre de la crise générale de la globalisation. Cela est d’ailleurs un signe essentiel du désordre général généré par le “Système en général” et dont le Système lui-même est le prisonnier en mode d’autodestruction ; et, par conséquent, ayant favorisé “le Système en général”, Obama a accéléré partout où c’était possible le désordre, y compris et bien souvent contre les intérêts des USA, comme au Moyen-Orient, si possible en en accusant la Russie selon un antirussisme qui est un événement né du Système lui-même, sans nécessité de racines historiques puisque d’ampleur métahistorique. »

On notera qu’il n’y a nulle part dans cet extrait, comme dans le reste d’ailleurs, une indication quelconque suggérant qu’Obama ait agi en connaissance de cause, poussant volontairement et en conscience du but poursuivi dans le sens qui est décrit. Effectivement, je ne crois pas une seconde dans ce cas, – comme dans tant dans d’autres cas aujourd’hui, d’ailleurs, – que le personnage ait eu conscience, et encore moins la volonté consciente par conséquent, de la signification de l’action qu’il conduisit un peu comme en pilotage automatique, par enseignement pavlovien, dans le sens où il a été ; bon élève, Obama, même s’il ignore pour quoi et pour qui, énigme et catastrophe pour lui-même finalement...

Obama est effectivement une énigme et une catastrophe, et c’est une chose qu’il faut bien préciser ; c’est-à-dire qu’on ne peut pas écrire, selon cette idée qu’il est une “énigme catastrophique”, mais bien qu’il est ceci (énigme) et cela (catastrophe) à la fois et considérés séparément, même si certains voudraient nuancer ironiquement en disant que l’énigme est “catastrophique” et que la catastrophe est “énigmatique”, – ce qui ne serait d’ailleurs pas faux. L’important à bien apprécier est qu’il y a bien deux choses, qu’on qualifie comme on veut : une “énigme” et une “catastrophe”, et même en précisant, j’y tiens sans aucun doute, que les deux termes doivent être pris dans un sens eschatologique et métahistorique... Cela est extrêmement important à préciser, ici sous la forme d’un exemple : ce n’est pas simplement sa politique qui est “une catastrophe” à partir d’un jugement catastrophique du départ de la conception de la chose, ce sont l’agencement, la façon de faire (ce qui lui tint lieu de politique), les hésitations et les manœuvres qui sont la production de son caractère, son caractère lui-même fait à la fois de brio et facticité, tout cela aboutissant à son tour à la production d’une politique dont on ne sait rien (et lui-même dans ce cas) quand elle se développe et dont on constate au terme que c’est “une catastrophe” dont l’ampleur échappe à la manufacture humaine, aux complots les plus vils et les plus habiles, aux manœuvres secrètes les plus infâmes et le plus influentes... Pour compléter, on notera que tout cela a de quoi alimenter le jugement de l’énigme, et qu’alors il se justifie effectivement de parler de lui également comme d’une énigme

Par conséquent, je tiens ce personnage comme absolument hors du commun, quelles que soient les futilités et les bassesses qu’on trouve dans ses défauts, où dominent la vanité, l’arrogance, et l’hybris transformée en une appréciation extraordinaire sinon quasi-démente de lui-même (“Dieu”, selon Krauthammer). Il est hors du commun, ou plus précisément hors du commun caractérisant le fait politique parce qu’il ne sort aucunement du moule habituel, et l’on peut alors se permettre l’hypothèse, qui est la mienne sans aucun doute, qu’il a ainsi été investi avec d’autant plus de facilité d’influences qui dépassent la seule raison et le seul jugement de la perception rationnelle. (On ferait bien de se rappeler ici qu’Obama, durant sa campagne de 2008, eut souvent, devant les foules, des accents de passion et d’irrationalité faisant appel à l’instinct pur, qui le firent parfois comparer à une sorte de candidat jouant au prédicateur ou peut-être bien après tout, à un Messie de fortune. Et l’on ajouterait, sans se forcer, que le soutien dont il bénéficia et bénéficie toujours de nombre de groupes de ses partisans relève plus du culte jusqu’à l’hystérie et la transe que d’une quelconque appréciation rationnelle.)

Voilà en quoi je juge ce personnage d’une importance considérable, et qui explique directement le fantastique “travail” qu’il a accompli pendant huit ans, – bien plus efficacement et profondément que le pauvre GW Bush, – d’extension du désordre nihiliste de néantisation, de destruction des principes, d’installation au-dessus de tout de l’affectivisme comme moteur de la vision du monde ; de là également, malgré les affirmations qu’on lui prêta d’être un “centriste” quasi-modéré recherchant des arrangements et freinant tous les instincts de déstructuration, – et Prix Nobel de la Paix en décembre 2009, meilleure de farce troisième millénaire à ce jour, – sa tendance constante à s’entourer de créatures essentiellement féminines (ça, c’est son truc, convenant à son tempérament), les Harpies diverses, Nuland, Rice, Flournoy, Clinton, Power, les personnages les plus extrémistes de toutes les administrations depuis des décennies, sinon les plus extrémistes de toute l’histoire de la diplomatie US, placées à des postes-clef. (*)

(Même les Russes s’y sont trompés, même un Lavrov pourtant rue et roublard et à qui on ne la fait pas, félicitant Kerry en mars 2013 pour avoir balancé Victoria Nuland, porte-parole du département d’État sous Clinton, et s’entendant répondre qu’au contraire elle avait reçu une promotion considérable en devenant secrétaire d’État adjointe pour les affaires européennes et caucasiennes [toute l’Europe sauf la Russie], – les Russes s’en apercevraient en 2013-2014 en Ukraine.)

Après huit ans d’Obama et suivant la crise financière de 2008-2009 qu’on jugeait être la chute au bout du tunnel avant la remontée, la situation du monde s’est enfoncée à un rythme remarquable dans un désordre globalisée, un tourbillon crisique touchant toutes les structures. Il réussit même, Obama, à faire éclore de toutes pièces dans son pays une guerre civile de communication en donnant une place importante, à côté du racisme courant qu’il était censé réduire et qui se poursuit, à une nouvelle sorte de “racisme anti-blanc”, l’ensemble divisant les communautés les unes contre les autres et aussi bien chacune à l’intérieur d’elles-mêmes ; son allure souple et gracieuse, élégante et presque dansante, ses talents exceptionnels d’orateur (et de joueur de golf) en firent un parfait agitateur que personne ne vit venir, réussissant à allumer partout des incendies, hors des USA mais surtout à l’intérieur des USA, qui ont dépassé les crises développées jusqu’ici pour créer des crises hautes et un tourbillon crisique embrasant la globalisation et le monde lui-même. Autour de tout cela, il a contribué à la création d’un univers magique, une addition de narrative entraînant le déterminisme-narrativiste, une sorte de “caverne de Platon” à l’échelle de l’univers, remplaçant la réalité désintégrée. (« ...[L]a caverne de Platon n’est plus dans la caverne, elle est l’univers tout entier, le monde où nous vivons, dans la mesure où l’univers/le monde est sous l’empire du Système/de la Matière selon cette appréciation spécifique de cette sorte de matière devenue Matière majusculée dont nous faisons une création du Mal. »)

Tout cela n’a été nullement planifié ni même ambitionné en tant que tel, car jamais une telle réussite n’aurait pu être accomplie en si peu de temps et d’une façon aussi totalitaire par une machination humaine. Obama fut la parfaite créature d’autre chose que lui, la créature des forces infra- et suprahumaines qui sont aujourd’hui les moteurs grondants de la grande crise Générale dont nous espérons et attendons grandement et avec ferveur qu’elle se réalise dans l’effondrement du Système ; car, et cela sans le moindre étonnement du commentateur, il fut tellement l’excellente créature du Système qu’il a bien entendu accéléré l’équation surpuissance-autodestruction sur le rythme de La Java du Diable...

Son comportement sur la fin est insensé si l’on n’accepte pas l’hypothèse de l’influence diabolique qui pousse, au travers des défauts de celui qui la subit, à la volonté de destruction, – de déstructuration, de dissolution et d’entropisation des conditions où opérera son successeur. Par contre, si on accepte l’hypothèse sans avoir trop peur de se compromettre dans les salons où l’on croise BHL, alors la mécanique fonctionne à la perfection, comme une véritable Java, et l’on a la réponse à la question figurant dans la présentation hebdomadaire, en tête de page d’accueil de ce site, pour le récapitulatif de la dernière semaine de 2016 :

« Son comportement [d’Obama] ne peut se comparer à aucun autre, d’un autre président-sortant, dans aucune période de transition des États-Unis, y compris les deux plus fameuses et tragiques, celle de 1860-1861 menant à l’installation de Lincoln et au déclenchement de la Guerre de Sécession, et celle de 1932-1933 menant à l’installation de Roosevelt en plein cœur de la Grande Dépression. [...] Justement, alors que le comportement d’Obama est infiniment plus étrange et agressif que ceux de Buchanan et de Hoover (les deux présidents-sortants dans les cas signalés), aucun événement en apparence ne semble avoir la gravité et la pression de la Guerre de Sécession sur le point d’éclater et de la Grande Dépression, – à moins que nous voyions pas distinctement l’importance de l’événement servant de cadre à cette transition, qu’il soit encore dissimulé à nos yeux»

On voudra bien croire enfin et pour conclure, à la lumière des nombreux textes qui lui ont été consacrés ces dernières semaines que je ne fais certainement pas une fixation sur Obama, – bien que ce soit le moment ou jamais, – mais que je lui rends un hommage justifié par la manière et de la façon qu’il mérite. Il apparut dans une ambiguïté extrême, suscitant même chez certains, dont dedefensa.org et par conséquent moi-même sans le moindre doute ni le moindre remord car il faut toujours tout essayer, la possibilité qu’il pourrait être l’“American Gorbatchev”, – possibilité vite enterrée il est vrai, avant même qu’il ne prêtât serment... J’en oublie même qu’il fut le premier président Africain-Américain de l’histoire des USA parce que ce fait-là, présenté comme révolutionnaire sur l’instant et qui relèvait de l’écume des jours, s’est avéré n’avoir aucune importance sérieuse sinon pour l’art du camouflage. Le fait qui compte est que la politique qu’il produisit est la première véritable politique-Système conçue en tant que telle, aussi bien dans la brutalité que dans a subtilité, sans nécessité d’un 9/11 pour l’amorçage, et dispensant son efficacité au-delà de ce que nul, avant lui, ne s’était avéré capable de faire ; et par conséquent le fait qui compte est qu’il fut ainsi conçu et développé pour être la créature-sapiens la plus vulnérable à ce qu’on pourrait désigner comme “l’influence du Diable”, – non pas tant “la beauté du diable” dans son cas, mais “l’élégance du Diable”, – tant était grande sa vulnérabilité à cet égard...

Son “legs” est tout tracé, et nul ne peut vraiment lui en faire reproche. De toutes les façons, il lui reste les dix-huit trous.

Note

(*) Les Harpies occupèrent divers postes au département d’État, comme Secrétaire, adjointe au Secrétaire, ambassadeur à l’ONU, porte-parole, et pour Susan Rice en deuxième affectation, directrice du NSC et conseillère du président pour les affaires de sécurité nationale (même poste que le général Flynn pour Trump).

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