Les généraux israéliens se précipitent à Moscou

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Les généraux israéliens se précipitent à Moscou

Il est rarissime, sinon complètement inédit, qu’Israël envoie aussi rapidement ses chefs militaires concernés dans le pays lui-même directement concerné par un incident militaire, plus encore quand sa participation directe à l’incident n’est pas exactement établie. On peut même dire qu’il s’agit d’une démarche sans précédent. Ce pays (Israël) a toujours agi en complet mépris des lois internationales et des us & coutumes des relations politico-militaires, et le plus souvent laissé dire sans trop se préoccuper les protestations suivant ses actions militaires ponctuelles illégales, considérant que ses intérêts stratégiques primaient tout et ne valaient pas la moindre explication, encore moins une excuse. Ici, c’est vraiment tout à fait différent.

Le fait que, 24 heures après le coup de téléphone de Netanyahou à Poutine, la force aérienne israélienne ait annoncé la visite pour demain (aujourd’hui) à Moscou de son chef d’état-major (le général Norkin) avec une délégation conséquente et tous les documents nécessaires indique à tout le moins un désir presque fébrile de la direction israélienne de faire tout ce qui est possible pour ne pas laisser se détériorer ses relations avec Moscou. (Certains diraient sans rire : “pour prouver sa bonne foi”, mais il vaut mieux laisser de côté cette rhétorique. ) Un commentateur indien des tweet de l’IDF sur la visite, Serav Singh, a simplement écrit ceci, qui explique tout : « Fix it soon » (“Arrangez ça en vitesse”).

Ainsi annonce-t-on cette visite (RT) :  « [Après l’incident, le] Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait rapidement téléphoné au président russe Vladimir Poutine pour lui présenter ses condoléances et avait offert d'envoyer son chef de l'armée de l'air en Russie avec un rapport détaillé.

» Le major-général Amikam Norkin arrivera à Moscou jeudi et présentera le rapport de situation sur l'incident, y compris “les conclusions de l'enquête de Tsahal concernant l'événement” et les “informations préalables à la mission” que l'armée israélienne était si réticente partager à l'avance. Norkin sera accompagné par le général de brigade Erez Maisel de l'Unité de la coopération internationale, ainsi que par des officiers des directions du renseignement et des opérations de l'armée de l'air israélienne, selon l'armée israélienne. La délégation est également censée se disculper de tout reproche et informer Moscou de “tentatives iraniennes continues de transférer des armes stratégiques à l'organisation terroriste du Hezbollah et d'établir une présence militaire iranienne en Syrie” ».

• De très nombreux commentaires ont suivi bien sûr la destruction du Il-20, portant moins sur les circonstances de la destruction de l’avion (la version russe reste une destruction par un missile sol-air syrien à la suite d’une manœuvre de dissimulation des quatre F-16 israéliens) que sur les décisions, voire les montages qui l’ont précédé. Une théorie en vogue est celle d’un montage de provocationdu bloc-BAO par les intermédiaires sur place (les F-16 israéliens et la frégate française Auvergne qui se trouvait dans la zone, et qui a effectué peu de temps avant l’attaque un tir de missile de croisière, – tir d’exercice, de provocation, etc. ? A votre bon cœur, à propos d’une France qui n’en finit pas de sombrer dans l’absurdité d’une politique totalement invertie...) ; le but étant de susciter une réaction armée des Russes justifiant une réaction, soit US, soit OTAN, etc.

• ... Tom Luongo, de Stratregic-Culture.org accepte plus ou moins cette version mais juge que la réaction des Russes, exposant aussitôt en grands détails les conditions de l’incident et mettant Israël en cause, constitue une victoire sans discussion : « En dévoilant aussitôt les implications des uns et des autres mais en s’abstenant de réagir militairement dans l’intervalle de la confusion, les Russes se sont montrés plus habiles et maîtres d’eux-mêmes que leurs adversaires... »

• D’autres préfèrent s’en tenir à la situation générale sans s’attarder aux circonstances, pour constater que les Russes ont réagi avec calme et préservé l’essentiel, qui est l’accord avec la Turquie et le soutien iranien et syrien pour la question d’Iblid. C’est le point de vue d’Elijah J. Magnier, qui juge l’incident et ses conséquences comme une victoire pour la Russie et ses alliés et estime que les Israéliens vont désormais être confrontés à des mesures beaucoup plus restrictives pour leurs incursions en Syrie.

« La destruction de l’avion russe devrait avoir pour effet de forcer Israël à assurer sa pleine coordination et à obtenir une autorisation pour ses vols au-dessus de la Syrie des heures avant leurs frappes pour garantir la neutralité de la Russie. Cela permettra aussi à la Syrie et à ses alliés d’attendre l’arrivée des missiles et des avions israéliens et de limiter les dégâts ou de retirer les armes névralgiques.

» Moscou a payé un prix, mais Israël a perdu l’avantage au profit des alliés de la Russie. Les promenades israéliennes au-dessus de la Syrie ne cesseront pas, car Israël ne s’est jamais gêné dans sa volonté de « défendre notre sécurité nationale », comme se plaît à le répéter Tel-Aviv pour justifier tout acte de guerre ou d’agression contre un autre État ou un groupe. Les violations de l’espace aérien syrien par Israël ne cesseront peut-être pas, mais elles vont ralentir pendant quelques jours, ce qui devrait suffire à l’Iran et à ses alliés pour reconstruire ce qui a été détruit.

» L’Iran, la Russie et la Syrie n’ont pas stoppé la bataille d’Idlib (pour éviter la guerre) de façon à se retrouver coincés dans une nouvelle guerre lancée par Israël ou les USA. C’est ce qui empêche la Russie, l’Iran et la Syrie de fournir aux USA, à Israël et à l’Europe le moindre prétexte pour déclencher une guerre, au prix de paraître faibles aux yeux du monde. Ces décisions très risquées sont prises afin de permettre à la Syrie de se remettre sur pied. Elles sont essentielles pour contrecarrer les plans des bellicistes dans l’administration américaine... »

• Encore une fois, pour notre compte, nous écarterons la question prônant l’importance essentielle et centrale des circonstances et les faits, – et quelles circonstances, quels faits ? Les observations d’Orlov concernant la “vérité” du 11-septembre, qui rencontrent complètement notre concept de l’inconnaissance, valent pour tous les événements intervenant dans la métahistoire que nous vivons. Rappelons ce paragraphe de conclusion d’un texte dont le titre vaut son pesant d’informations (« L’information inutile est inutile ») :

« Est-ce que je sais ce qui s'est vraiment passé ? Bien sûr que non ! Mais je n'ai pas besoin de savoir. Il n'y a absolument rien que je puisse faire pour donner suite à de telles informations si je les avais en ma possession. Qu'est-ce que j'en sais ? Je suis certain que ceux qui pensent savoir ce qui s'est passé ce jour-là ne le savent pas. C'est important pour moi de le savoir, car c'est une information sur laquelle je peux agir : je peux éviter de me laisser entraîner dans des discussions inutiles avec eux sur ce sujet, ou d'ailleurs sur tout autre sujet, parce qu'il est clair qu'ils sont impatients de refaire sans cesse la même erreur, celle de gaspiller leur énergie à essayer d'obtenir de l'information à laquelle ils ne seront pas en mesure de répondre... »

• Par contre, répétons-le et revenons-y, la réaction voyante des Israéliens et la visite en urgence des généraux à Moscou constituent une circonstance et un fait parfaitement identifiables, et par conséquent un événement de grande signification. On a déjà dit dans quelle mesure la chose est de cette signification, et il est possible alors de « donner suite à de telles informations », comme dit Orlov, – montrant par là leur très grand intérêt. L’escapade moscovite des généraux israéliens suivant le coup de téléphone empressé de Netanyahou à Poutine montre évidemment dans quelle estime les Israéliens tiennent la puissance russe, et son influence dans toute la région.

(Et notre appréciation reste, comme il était dit dans le “T.C.-59” de PhG, qu’il est aussi bien possible que l’opération ait été conduite entièrement, ou dans son dérapage, par les militaires sans consultation précise des politiques. Dans ce cas aussi, il peut y avoir eu des “arrangements”. La Force Aérienne israélienne est très proche de l’USAF/du Pentagone et des forces équivalentes de l’OTAN, et entretient ses propres canaux sans passer par le contrôle des civils. Cette hypothèse est intéressante à évoquer parce qu’il est probable qu’elle soit dans l’esprit des Russes et qu’à la lumière de tels soupçons flottant dans les esprits, la visite en urgence de Norkin et de sa délégation constitue encore plus un aveu et une reconnaissance de la puissance russe, sinon une humiliation pour les militaires israéliens. Cela est le fait important, et non la vérification de l’hypothèse.)

En conclusion, nous estimons que les suites de la destruction de l’Il-20, jusqu’à maintenant et en nous réservant pour ce qui concerne les suites, constitue presque par l’absurde, c’est-à-dire a contrario de ce qui aurait dû être une humiliation pour la Russie, la démonstration de la toute-puissance russe dans la zone du Moyen-Orient. Israël joue peut-être le rôle qu’on lui connaît vis-à-vis des USA, dans le bloc-BAO, dans divers domaines de la subversion et de l’agitation ; mais son champ d’action est désormais sévèrement surveillé et contrôlé par la Russie, et cela avec toute l’estime caractérisant les relations entre Poutine et Netanyahou.

 

Mis en ligne le 21 septembre 2018 à 10H39

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