L’entropisation de l’écrevisse

Faits et commentaires

   Forum

Il y a 2 commentaires associés à cet article. Vous pouvez les consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

L’entropisation de l’écrevisse

11 octobre 2012 – On a deux exemples remarquables de la situation décrite dans notre Bloc-Notes du 3 octobre 2012 sur la “paralysie par l’hubris”. Ces exemples concernent le rôle joué par les USA dans deux des points les plus hauts et les plus actifs de la chaîne crisique du “printemps arabe”, respectivement la Syrie et la Libye où l’intervention du bloc BAO et des USA est patente, très publique, très soutenue par de fortes actions de relation publiques. On y trouve les USA, bien sûr, comme puissante dominante. L’intérêt de ce propos est de montrer l’attitude des USA d’une façon plus précise, témoignant à la fois de l’impuissance, de la paralysie, des hésitations, de ce que nous nommerions une “philosophie de l’écrevisse” si largement présente dans les actes les plus divers du Système et qui acquiert des caractères extrêmement particuliers (avec son opérationnalisation dans une “stratégie de l’écrevisse”).

• Concernant la Syrie, il y a cet article de Robert F. Worth, du New York Times, du 7 octobre 2012, – « Citing U.S. Fears, Arab Allies Limit Syrian Rebel Aid». Il s’agit de confidences de Saoudiens et de Qataris, qui se plaignent des constantes pressions US pour ne pas accorder une aide trop importante aux rebelles syriens, suivant de constantes pressions US pour soutenir les rebelles… L’article est d’autant plus intéressant qu’il ne cite pas que des “officiels” (des sources anonymes), mais notamment un ministre qatari cité en tant que tel.

«For months, Saudi Arabia and Qatar have been funneling money and small arms to Syria’s rebels but have refused to provide heavier weapons, like shoulder-fired missiles, that could allow opposition fighters to bring down government aircraft, take out armored vehicles and turn the war’s tide.

»While they have publicly called for arming the rebels, they have held back, officials in both countries said, in part because they have been discouraged by the United States, which fears the heavier weapons could end up in the hands of terrorists.

As a result, the rebels have just enough weapons to maintain a stalemate, the war grinds on and more jihadist militants join the fray every month. “You can give the rebels [Kalashnikov] AKs, but you can’t stop the Syrian regime’s military with AKs,” said Khalid al-Attiyah, a state minister for foreign affairs in Qatar. Providing the rebels with heavier weapons “has to happen,” he added. “But first we need the backing of the United States, and preferably the U.N.”

»Saudi officials here said the United States was not barring them from providing shoulder-fired missiles, but warning about the risks. The Saudis and Qataris said they hoped to convince their allies that those risks could be overcome. “We are looking at ways to put in place practices to prevent this type of weapon from falling into the wrong hands,” one Arab official said, speaking on the condition of anonymity in line with diplomatic protocol.

»American support for such weapons transfers is unlikely to materialize any time soon. The Obama administration has made clear that it has no desire to deepen its efforts, mostly providing logistical support for the rebels.»

• Pour la Libye, la situation est différente, mais non moins significative de réflexes d’impuissance et de paralysie. Il s’agit de la perspective d’un engagement prolongé des USA en Libye, essentiellement à l’aide de drones qui fourniraient les outils d’une offensive contre des “bases” des groupes affiliés à al Qaïda. Cet engagement est une “riposte” à l’assassinat, le 11 septembre, de l’ambassadeur Stevens, dont il est aujourd’hui officiellement affirmé, – c’est la narrative finale, si l’on veut, – qu’il est l’œuvre d’un complot et d’une opération planifiée d’un groupe type al Qaïda, ou faisant partie d’al Qaïda. La remarque qui nous viendrait immédiatement à l'esprit est que cette “riposte” est bien longue à venir. Nous atteignons le mois complet depuis le 11 septembre, ce qui dépasse en temps réel la riposte à l’attaque du 11 septembre 2001 qui avait débouché sur l’attaque contre l’Afghanistan le 7 octobre 2001, qui avait d’autres dimensions et d’autres conditions nécessaires de préparation (l’attaque massive de 9/11, la désignation de l’adversaire [l’Afghanistan, talibans et al Qaïda mêlés], la riposte massive impliquant des forces aériennes considérables, une coordination de ces forces avec des offensives terrestres de groupes temporairement amis, etc.). Le commentaire du journal en arabe d’un groupe palestinien en exil, à Londres, Al-Quds al-Arabi, ce 3 octobre 2012 («Libya and Return of Masked Colonization», selon une traduction de la BBC, le 5 octobre 2012), situe effectivement les enjeux, et surtout les risques, pour les USA dans ce projet…

«In its edition yesterday, the Washington Post reported that the US Administration is considering the possibility of dealing air strikes by drones against Al-Qaeda bases in the Islamic Maghreb countries. Other news reports said that the US Administration sent 20 drones to Libya and that they are awaiting a green light to carry out their mission and destroy Al-Qaeda bases.

»The US concern over Al-Qaeda increased after this organization and its allies seized control of northern Mali and as well as huge quantities of weapons from the former Libyan regime`s depots after the revolution that overthrew it. The CIA, which will undertake implementation of the mission of hunting down and killing Al-Qaeda operatives, will not consult with the new Libyan authorities. If it consults them, it would be to inform them of its intentions rather than take their views, because Libya is still in a state of chaos, thanks to the presence of armed militias and the absence of a strong national Libyan army capable of extending its control throughout the country.

»If the United States gets involved in military action in Libya, this might turn Libya into another Afghanistan-like country, because the air raids that US drones carried out over the past 10 years have not succeeded in eliminating the Al-Qaeda organization although they succeeded in killing some of its leaders. The evidence is that the organization is still strong and managed to open branches in more than one country, notably Somalia, North Africa, Yemen, and Syria, and reorganized its ranks in Iraq.

»The use of drones might have negative impact on the United States and on the nascent Libyan regime. US military involvement in Libya might be easy at the beginning, but it would be difficult to set a date for ending it or saying for sure it would achieve its goals. More than that, military involvement would incite the Libyan people and the peoples of other countries against US military involvement, particularly if the air raids kill civilians as is the case in the tribal border region between Afghanistan Pakistan. Should the United States get involved in military action in Libya, it would put any Libyan authorities under US mandate just like the authority of Afghan President Hamid Karzai. Libya would be liberated from Al-Qadhafi`s tyranny only to fall under greater US tyranny.»

Ce que nous voulons montrer, c’est la proximité de ces deux situations dans les processus autant que dans les résultats obtenus au long de ces processus. (Bien sûr, ces processus ne sont pas terminés mais il ne nous paraît faire aucun doute que la même sorte de démarche va se poursuivre, avec la même sorte d’effets.) L’idée centrale du texte auquel nous faisons référence (3 octobre 2012), qui est une idée de paralysie ou d’emprisonnement “dans sa propre politique” concernant les USA, est contenue dans ce passage… «US foreign policy is almost stuck when it is required to be most agile. While the Middle East is finally breaking away from a once impenetrable cocoon, and China – and Russia, among others – is attempting to negotiate a new political stance, the US is frozen. It took part in the bombing of Libya because it knows of no other alternative to achieving quick goals without summoning violence. In Syria, it refuses to be a positive conduit for a peaceful transition because it is paralyzed by its military failure in Iraq and fearful over the fate of Israel, should Syria lose its political centrality.»

Dans les deux cas envisagés, qui sont parfaitement illustratifs de cette situation d’une “politique extérieure” gelée, nous distinguons une évolution qui constitue ce que nous qualifierions d’“entropisation du processus”. Nous mélangeons dans ce cas les différents aspects du processus, – l’aspect de sécurité des faits, l’aspect politique, l’aspect psychologique, etc. Pour ces deux cas, nous suggérons une description qui reprendrait l’image de l’écrevisse que nous avons aussi employé pour le programme JSF, mais en la chargeant d’une appréciation très spécifique, – d’où notre titre d’“entropisation de l’écrevisse”, – ou, si l’on préfère, la “stratégie de l’entropisation de l’écrevisse” (ou la “stratégie de l’écrevisse entropique”).

Dans le cas, soulevé plus haut, des pressions contradictoires US (“livrez des armes aux rebelles syriens”, qui est l’exhortation initiale des USA, puis “ne livrez pas d’armes lourdes ou trop efficaces aux rebelles syriens”, qui est l’exhortation qui a suivi), on constate des effets directs sur le terrain (efficacité des rebelles), puis indirects (afflux de membres d’al Qaïda), puis dans les relations entre les USA et ses alliés du Golfe… A tous égards, la situation devient pire dans le sens du désordre et du chaos qu’elle n’aurait été s’il n’y avait eu aucune intervention US… Un pas en avant (les USA, soutiens agités et effrénés des rebelles, avec pression pour la livraison d’armes de la part des alliés du Golfe), au moins deux pas en arrière dans les effets (livraison réglementée, contingents d’al Qaïda en Syrie, relations détériorées avec les alliés du Golfe, etc.). Dans le cas libyen, même processus, mêmes effets, même “stratégie de l’écrevisse entropique”, etc.

Ce qui nous importe est bien de montrer que le phénomène de l’entropie, ou d’entropisation plus précisément, qui est du domaine de la thermodynamique, intéresse en fait tous les domaines de la civilisation devenue contre-civilisation, et constituée en un Système devenue hermétique et animant, selon la même logique thermodynamique, un processus d’entropisation général. (Nous avons commencé à employer ce terme d’“entropisation” depuis quelques mois, – voir le 31 mai 2012.) Dans les cas présentés ci-dessus, on voit bien que l’ensemble des initiatives, opérations, manipulations, etc., a abouti comme effet à une dynamique d’entropisation, – c’est-à-dire une opérationnalisation et une sorte de “structuration” paradoxale des processus de déstructuration et de dissolution de l’activité militaro-politique.

Ce qui nous intéresse, c’est la diversités des cas caractérisée par l’unicité du processus, la similitude d’une dynamique alors que les domaines concernés sont si différents, allant de la matière physique elle-même comme dans le cas des lois thermodynamiques, aux domaines les plus élaborés, les plus “vivants” et les plus sophistiqués, comme l’on est habitué d’attendre d’une politique comme celles qui ont été détaillées. Le résultat est toujours, derrière l’apparence du mouvement qui paraîtrait orienté et créateur, celui du mouvement fermé sur lui-même, finalement du mouvement en spirale descendante, vers la situation de l’absence de sens et du chaos grandissant, et donc, sous l’action des forces en action, celui de l’entropisation. Pour rendre compte de la diversité des domaines touchés, nous nous référons au cas du JSF dans notre récent texte 20 septembre 2012. Nous citons deux passages qui, à notre avis, s’appliquent à la notion de “stratégie de l’écrevisse entropique”

• A propos de la notion de “bon” ou de “mauvais” “progrès”… (Le soutien aux rebelles syriens est-il un “bon” ou un “mauvais” “progrès” pour la politique expansionniste et d'influence du Système ; idem pour l’“intervention” en Libye ?). «Ces mots (du général Bogdan) raisonnent étrangement et relèvent effectivement à la fois de la psychiatrie, d’un psychologie terriblement perturbée, et d’une sorte de schizophrénie qu’on qualifierait d’objective, comme si l’on ne savait plus, face à une ‘réalité’ de plus en plus insaisissable, quel est le vrai monde, et même si cela existe encore, le ‘vrai monde’: “It scares the heck out of me […] We are making progress… . I’m not sure we are creating the right progress.» Qu’est-ce qu’un ‘bon progrès’ ou un ‘progrès juste’, cela semblant indiquer qu’il y a de ‘faux progrès’ ou des ‘progrès mauvais’? Par nature, un ‘progrès’ est une amélioration, quelque chose de ‘meilleur’, – ou bien non, et alors le général-philosophe serait-il en train de nous faire le procès de la modernité, et du système du technologisme qui est un des piliers de l’entité (le Système) qui substantive la modernité ?»

• A propos de la référence principale de notre propos, qui est la notion d’entropie et celle d’entropisation… «Ainsi le JSF “progresse”-t-il, c’est-à-dire qu’il poursuit sa chute en pleine cadence de production, avec le “progrès” produisant de l’autodestruction, exactement comme le suggère la loi thermodynamique de production maximale d’entropie (MEP ou MaxEP : Maximum Entropy Production). La question est de savoir jusqu’où il va entraîner le Pentagone, et Lockheed-Martin, dans cette descente aux enfers, qui se fait effectivement à la cadence maximale, selon les vastes plans de production du JSF. On reconnaît là les schémas de la logique de l’effondrement de l’Amérique et de la dynamique d’autodestruction du Système. La psychologie en crise des serviteurs du Système, une psychologie complètement terrorisée et qui s’enfonce dans la panique et dans la dépression devant l’évolution de ce qu’ils n’osent même plus croire qu’ils contrôlent, marquera pour nous la progression (encore du “progrès”) du processus.»

L’entropisation de la psychologie

Comme on le voit ci-dessus avec le rappel de l’exemple du JSF, comme on le voit par exemple pour le cas de “la fusion-entropisation”, la notion d’entropie nous est chère pour décrire les processus qui nous paraissent essentiels dans l’évolution de la situation de la crise d’effondrement. Dans notre conception, l’entropie, et l’acte de produire de l’entropie ou de se produire soi-même en entropie qu’est l’entropisation, constituent les actes opérationnels des processus de déstructuration et de dissolution dans le sens où nous les entendons. Nous faisons allusion à la loi thermodynamique régissant ce phénomène (la MEP ou MaxEP, citée ci-dessus) qui est aussi appréciée de plus en plus comme la troisième loi de la thermodynamique. C’est dans le livre du scientifique et astronome François Roddier, Thermodynamique de l’évolution (Parole Éditions, mars 2012), que nous trouvons des indications très intéressantes, notamment à propos de cette troisième loi de la thermodynamique ; le cadre est celui d’un modèle d’évolution qui diagnostique “l’effondrement de nos sociétés” («L’effondrement de nos sociétés paraît inéluctable»), cela dans la période historique actuelle, période métahistorique actuelle pour nous.

C’est dans ce cadre général, bien entendu, et pour notre compte et selon nos conceptions aussi bien, que nous développons nos divers exemples caractérisés par l’entropisation, que ce soit le programme JSF, la “fusion-entropisation” telle qu’elle a été envisagée et avec ses effets dont certains subsisteront même si l’opération a été stoppée, les politiques développées actuellement (exemples ci-dessus), etc. L’intérêt de la démarche de Roddier est double, selon ce que nous retenons de son propos (et qui reste, pour notre compte et pour ce qui concerne les aspects les plus strictement méthodologiques, sujet à notre capacité de compréhension claire de concepts évidemment scientifiques) : d’une part, comme mentionné plus haut, sa perception hypothétique selon laquelle “nos sociétés” (pour nous, notre contre-civilisation) sont à leur terme et confrontées à un effondrement très prochain ; d’autre part, l’extension du champ d’action des lois de la thermodynamique, et essentiellement cette troisième loi sur l’entropie, cette “loi de l’entropisation” comme nous l’appellerions volontiers, à des domaines beaucoup plus significatifs pour notre contre-civilisation et pour le Système, essentiellement la sociologie, la culture et l’information.

Pour nous, cela correspond à notre schéma de fonctionnement du Système, et notamment au développement et à la transformation de sa dynamique de surpuissance en dynamique d’autodestruction. De même, le développement final contenu dans cette dynamique, qui est pour nous l’effondrement du Système, est rencontré. Dans les divers cas que nous évoquons souvent, nous rencontrons ce phénomène de production accélérée (surpuissance) qui, à partir d’une certaine occurrence circonstanciée, notamment quand le “système” concerné se referme sur lui-même, devient producteur d’entropie sous la forme de “progrès” qui s’avèrent en fait destructeurs par rapport au but général. Le cas du JSF, tel qu’il est rappelé ci-dessus, est exemplaire, notamment avec cette occurrence étonnante du général-philosophe de l’USAF se demandant si tel ou tel “progrès” réalisé ici et là constitue un “bon progrès” («We are making progress… . I’m not sure we are creating the right progress.»). Nous avons proposé de décrire cette situation générale comme étant engendrée par une “philosophie de l’écrevisse” tant l’impression, à cette jointure du temps où l’effondrement se précipite, reste pour beaucoup celle du “progrès” alors que l’écrevisse a la particularité de présenter une somme de son déplacement vers l’arrière (“un pas en avant, deux pas en arrière” dit-on pour cette sympathique habitante du fond de nos rivières, qui sait, elle et au contraire de nous, pourquoi elle “progresse” ainsi, et dont le nom est identifié officiellement comme «nom vernaculaire donné à certaines espèces de crustacés décapodes appartenant en général à la super-famille des Astacoidae mais dispersés dans plusieurs genres», et qui «nagent dans l’eau près du sol, à reculons»). Cette “philosophie de l’écrevisse” marque notre déplacement qui est de plus en plus marqué par une somme résolument négative, qui est toujours plus négative, qui est marquée par des pertes constantes d'énergie créatrice, qui peut donc être également qualifié d’“entropisation”.

Il s’agit donc de constater que dans cette évolution du Système vers sa chute et son effondrement, le “progrès” est devenu producteur de la destruction de lui-même. Nous sommes confortés, notamment en fonction du schéma que suggère Roddier, pour proposer l’idée de l’insertion dans le domaine de l’entropisation de toutes les activités humaines qui se font à l’intérieur du Système, qui dépendent du Système, qui répondent au diktat général du Système. Ainsi, aux domaines de la sociologie, de la culture, de l’information, nous proposerions d’ajouter le domaine clef de la psychologie qui est le sas d’accès de l’humain entre l’extérieur et la perception qu’il peut en avoir, et son intelligence.

Nous croyons effectivement que la psychologie elle-même est soumise à cette loi de l’entropisation, et cela depuis un temps assez long, puisque nous faisons remonter ces attaques d’entropisation de la psychologie à la période depuis la Renaissance, au XVIIIème siècle avec le phénomène du persiflage, puis avec le déchaînement du tournant des XVIIIème-XIXème siècles (“déchaînement de la Matière”). C’est pourquoi, d’ailleurs, nous appuyons ce texte sur les exemples des politiques du Système (politiques US) vis-à-vis de la Libye et de la Syrie, qui, à notre sens, ne relèvent pas d’erreurs intrinsèques, d’accidents, etc., mais bien d’une détérioration accélérée de la psychologie en cours depuis 2001 et en accélération irrésistible depuis 2008, et favorisée dans ce cas par le cadre dominant de la bureaucratie et des services de planification des services de sécurité nationale, conduisant à des décisions qui renvoient effectivement à la “philosophie de l’écrevisse” (une décision “en avant”, plusieurs décisions “en arrière” qui détruisent complètement le sens recherché et accélèrent l’entropisation de la politique, se traduisant par une succession en apparence incompréhensible d’échecs). Bien entendu, la détérioration accélérée, – l’entropisation, – de la psychologie dans le cadre du Système est aujourd’hui beaucoup plus rapide qu’elle ne le fut jamais, quasiment en phase terminale. La puissance du système de la communication joue un rôle essentiel dans ce cas.

L’intérêt de ces exemples (Syrie, Libye) est effectivement de montrer combien les effets réducteurs d’entropisation s’exercent dans divers domaines, y compris de façon indirecte, d’une façon désordonnée dans la chronologie et les enchaînements mais toujours dans le même sens de l’entropisation (les effets en cascade du binôme encouragement-freinage de l’armement des rebelles syriens imposé aux alliés du Golfe, rendant totalement inefficace l’aide aux rebelles et minant un peu plus la confiance des pays du Golfe dans les USA). Dans tous les sens, on voit combien le modèle de l’entropisation nous semble répondre à la perception que nous avons de la dégradation accélérée de notre contre-civilisation et des forces qui prétendent l’animer. (Pour prendre un cas encore plus récent, le texte [le 10 octobre 2012] de Tom Engelhardt sur l'état d'impuissance totale de la formidable puissance militaire US renvoie également à cette situation, tant la psychologie malade y joue un rôle considérable.) Dans de telles situations, il nous paraît manifeste d’observer que les évènements eux-mêmes de l’effondrement comptent beaucoup moins que cette dynamique de l’effondrement, d’autant que cette dynamique ne se nourrit pas elle-même, nécessairement, d’évènements brutaux et spectaculaires. L’entropisation des psychologies des sapiens au service du Système constitue un processus silencieux et caché, qui se mesure à l’absurdité grandissante et chaotique de ses effets, par le relais de décisions également chaotiques et absurdes.

Bien entendu, il reste après ces constats à appréhender l’essentiel, qui se situe dans le champ des causes fondamentales du mouvement d’effondrement, et non plus seulement des causes “opérationnelles” et de processus. Cette intervention que nous suggérons, dans le processus décrit, de la psychologie dans l’éventail des activités affectées par l’entropisation implique une dimension différente où entrent en jeu des facteurs métaphysiques. C’est là, dans le domaine de la métaphysique, que nous faisons un lien entre le phénomène de l’entropisation et la question de la “proximité du Mal” (que nous traitons dans la livraison de dde.crisis à venir) ; nous faisons de l’entropisation le moyen opérationnel privilégié pour manifester cet aspect de l’effet général du Mal dans le processus de l’accélération de l’effondrement du Système, de la contre-civilisation, de la modernité.

 

Donations

Nous avons récolté 1633 € sur 3000 €

faites un don