Harvey-le-Déluge et les pompes de la FLOTUS

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Harvey-le-Déluge et les pompes de la FLOTUS

30 août 2017 – L’impitoyable Harvey, le cyclone qui a dévasté et continue à dévaster la ville de Houston sous des flots d’inondations qui semblent le Déluge lui-même, est l’occasion, une fois de plus, de mesurer encore plus haut et toujours en phase d’accélération le degré de folie affectant tant de citoyens de la grande République ; tous ceux-là dont nous parlons sur ce site et dont je vous parle à l’instant, frappés des spasmes orgasmo-maniaques du FTSD-Trump transmués opérationnellement en une haine qui a elle aussi des allures bibliques.

Le fait simple de cet épisode est qu’il n’y a pas seulement ceci que des millions de mètres cubes d’eau sont en train de détruire une ville de plus de 2 millions d’habitants. (Perspectives du fric que tout cela va coûter, prospective très américaniste : Harvey, s’il consent à s’arrêter dans quatre-cinq jours, devrait coûter selon certaines estimations “réalistes” par rapport à l’optimisme officiel entre $500 et $1.000 milliards au Texas. Je crois qu’on est en train de laisser Katrina loin derrière, – d’autant plus que Harvey a lancé un tentacule vers la Louisiane où l’on craint justement une réplique de Katrina.) Mais non, il y a aussi, et il y a eu d’abord sinon essentiellement pour certains pendant au moins une journée, les pompes (les chaussures) de Melania Trump, la FLOTUS (First Lady of the United States).

Plusieurs articles incrédules sur cette “affaire”, devant un constat de plus en plus lourd au fil des heures en marge du déplacement du couple Trump à Houston. Très vite pendant la journée d’hier, le flot des tweets-citoyens a de plus en plus délaissé les conséquences en cours de Harvey pour le cas de la FLOTUS. D’abord arrivée et montée dans Air Force One certes avec une paire de chaussures dénoncée comme un peu trop chic et sexy pour la tragédie de Houston malgré l’équipement “opérationnel” (blouson kaki, pantalons noirs, lunettes de soleil type Ray-Ban) ; ensuite occupée pendant le voyage jusqu’à Houston à changer de vêtements (plus légers pour la température mais toujours aussi “opérationnels”) et de chaussures pour des “tennis” de sport un peu plus appropriées quoiqu’un peu trop blanches pour les rues marécageuses de la capitale texane. Melania Trump a tout faux, et c’est bien la preuve qu’elle est l’épouse inconséquente, arrogante et insensible aux souffrances des gens d’un fasciste-raciste notoire venu se repaître du spectacle de la noyade inégalitaire des Africains-Américains de Houston qui coulent plus vite que les blancs suprémaciste ça c’est sûr, et ciblés par Harvey-le-déluge, lui-même aussitôt soupçonné des mêmes tares. Nous sommes au royaume d’une sorte de déchaînement d’un fantasme constant qui a trouvé, l’espace d’une journée, un élément dérisoire de plus où fixer sa puissance et sa fureur de haine.

Puisqu’il faut bien traiter sérieusement le problème, puisqu’il y a là ampleur nationale dans une puissance d’ampleur mondiale, j’y sacrifie comme le fait The Federalist, le 29 août, sous la plume de Britt McHenry, et sous ce titre-là : « Si vous êtes plus préoccupés par les chaussures de Melania que par les victimes de Harvey, c’est vous qui êtes le problème. » Je vous mets quelques phrases en un anglo-américain pas trop difficile à comprendre, d’autant que le sens apparaît évident, et d’ailleurs résumé par cette dernière phrase (la conclusion) qui dit : « Aussi enfantin et insignifiant que cela soit, les adversaires de Trump trouveront toujours quelque chose jusqu’au plus minuscule pour ridiculiser [Trump] ou l’attaquer alors que notre pays est en train d’affronter une très grave catastrophe qui devrait susciter son unité. »...

Extraits de l’article... « Instead of focusing on our first lady choosing to accompany her husband to a state dealing with utter wreckage, cynics chose to fixate on her choice of fashion because “optics.” Newsflash: If you align with a public perception that’s more concerned with a woman’s shoes instead of the hundreds of thousands who are forced to abandon their flooded homes, then you’re part of the problem. Quite simply, you belong to the divisive, accusatory political witch-hunt aimed at tearing the social seams of this country apart.

» Furthermore, the people criticizing FLOTUS for her “elitist” attire are the same people who lambast President Trump for not being “presidential” enough. I’m not here to argue with every instance that particular point of view has been vocalized. But if the supposed informality of Trump’s appearance and colloquial speech is a source of ire, it’s hypocritical to get bothered by our first lady’s immaculate, polished appearance. Shouldn’t she be “presidential” enough for you? [...]

» ...Like most things when it comes to the quick-to-judge extremists of the Left, the outrage was for nothing. No matter what the presidential family does or happens to wear, it’s never going to be good enough for the staunch Left. As inappropriate and juvenile as it is, Trump combatants will always find something miniscule to ridicule or attack despite our country facing much larger issues that require unity. »

On dira que le sujet est bien dérisoire et insignifiant et l’on n’aura pas tort, sans nul doute, tout en n’ayant pas tout à fait raison. C’est justement parce qu’il est dérisoire qu’il est important et donc nullement insignifiant en raison de la place qui lui est accordée … Certes, faire d’une telle question d’un style de chaussure ou de telle sorte de vêtements par ailleurs adaptés aux circonstances, l’objet d’une campagne de tweets aussi considérable que celle qui concerne les victimes de Harvey qui continue à l’instant à être en plein développement, voilà qui n’est nullement insignifiant.

Ce n’est pas tant la critique qui est remarquable d’ailleurs, car l’on trouve souvent de ces petites polémiques pour animer nos pauvres esprits toujours ardents à tenter de prouver leur libre-arbitre et leur indépendance de penser, que cette critique-là, dans ce moment-là, dans les circonstances générales qu’on sait. Que le dérisoire soit haussé à un niveau si important alors que se développe cette énorme catastrophe naturelle, justement alors que les personnes visées vont sur place pour observer les conditions de cette catastrophe, alors qu’il y a ce contexte crisique de la “guerre civile de communication” qu’on connaît depuis désormais plus d’un an du déchaînement de haine contre Trump & Cie, voilà qui est loin d’être insignifiant. Cela implique que rien, absolument rien n’arrête ce déferlement diluvien de haine, un Harvey de la haine, que soulèvent Trump et tout ce qui approche Trump.

Il y avait eu très vite une polémique lors de Katrina, en Septembre 2005, mais il s’agissait de la façon d’organiser les secours, de l’efficacité de l’agence fédérale FEMA, critiquée par de nombreuses voix, de la nécessité de faire intervenir des forces militaires à sa place, Garde Nationale, US Army, etc. Ces polémiques dérivaient directement des conditions de la catastrophe et, même si elles pouvaient apparaître comme un élément de division du fait d’appréciations différentes sinon partisanes entre centres de pouvoir concurrents, elles n’en concernaient pas moins les conditions d’une action générale face à la catastrophe. Le cas d’aujourd’hui (d’hier) est complètement différent : il fait passer la polémique à la haine d’un personnage politique et de son entourage, sans aucun rapport avec les conditions de la catastrophe. On passe du domaine de la polémique politique à partir d’événements réels à celui du comportement des psychologies, quels que soit l’événement et sa réalité.

Loin de moi l’idée de prendre la défense, ni de Trump ni des pompes de la FLOTUS, justement parce qu’il ne s’agit pas du tout de cette question, de ce problème, de cette interrogation, de ce parti pris, de cet “engagement”, etc., – vraiment rien de semblable, en aucune façon. L’intérêt est bien dans cette prégnance collective d’une psychologie d’un segment entier de la population américaniste, animée par la puissance quasi fascinatoire du courant progressiste-sociétal, non pas comme élément d’une opinion publique et d’un jugement politique, – même si ce courant peut par ailleurs être jugé et apprécié comme tel, – mais comme une drogue absolument, qui aveugle sur tout à propos de ce qui n’est pas un argument en sa faveur, et qui retourne tout en rien d’autre qu’un argument en sa faveur. Il s’agit de quelque chose qui est un monde en soi, constitutif de soi et avec sa logique propre, qui ne répond qu’à ses seuls caractères propres, qui se domine et s’ordonne en tant que tel et qui, dans l’esprit de ceux qui en sont affectés, domine et ordonne tout le reste comme si tout le reste n’existait pas en tant que tel.

Je me rends bien compte que je ne fais que poursuivre l’observation d’un phénomène dont l’originalité, la puissance et la durée, et d’une certaine façon la nouveauté par sa radicalité absolue et sa vitesse d’intervention, sont maintenant bien identifiée. Mais cette identification doit justement conduire à une attention renouvelée, car nous ne savons rien des conséquences de cette chose si complètement sans précédent dans les diverses circonstances où elle se développe. Nous ne savons pas où tout cela peut mener et nous mener, nous savons seulement de plus en plus assurément que l’outil central de la bataille est psychologique et que la communication y tient donc le rôle d’outil principal, et que tout cela, considérée la hauteur de l’enjeu qui n’est rien moins que le destin des États-Unis d’Amérique, est d’une importance si considérable. Ainsi, je ne m’avancerais pas tant que cela en observant que les conséquences psychologiques, c’est-à-dire politiques, de Harvey, parallèlement à l’étendue et au gigantisme de la catastrophe, pourraient être très importantes, bien plus importantes que celles de Katrina qui a constitué en 2005 un énorme ébranlement des structures politiques des USA, mais aussi et encore plus fortement considérées sur le long terme, des structures psychologiques justement.

Ainsi en est-il, par conséquent, du sort qu’il faut faire aux chaussures de la FLOTUS, dont, par ailleurs, l’élégance et l’allure ont, là aussi d’une façon révélatrice, constitué un argument de plus pour la sombre haine qui s’est ainsi déchaînée. Il est assuré, à mon sens, que se joue une partie qui nous dépasse, qui utilise les êtres et les attributs des êtres à sa façon, et dans un sens que nous ne pouvons ni imaginer ni prévoir

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