Glossaire.dde : le “tourbillon crisique”

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Glossaire.dde : le “tourbillon crisique”

15 novembre 2017 – Il y a un certain temps déjà, depuis juillet 2015, que nous aurions pu envisager de faire figurer le concept de “tourbillon crisique” dans cette rubrique Glossaire.dde. Dès ce texte paru le 13 juillet 2015 (« Vertigo »), nous disposions d’éléments de réflexion et de supputation suffisants pour un tel travail. Il n’est pas plus mauvais d’avoir attendu, certes, car entretemps l’hypothèse s’est de plus en plus renforcée selon laquelle le “tourbillon crisique” représente sans doute le mouvement ultime, la “forme” ultime dans sa situation de forme fuyante, fluide et insaisissable, sa forme non pas informe mais antithétique à l’aspect structurel d’une forme ; pourtant, malgré ce caractère fuyant du point de vue de l’identification, événement d’une puissance considérable, justifiant l’importance que nous lui accordons au point que nous pourrions envisager d’affirmer que le “tourbillon crisique” a une action sur le Temps, dans le sens de sa contraction signifiant l’accélération des événements, – c’est-à-dire l’accélération décisive de l’Histoire.

Par conséquent le phénomène crisique tel qu’il est devenu, “une forme non pas informe mais antithétique à l’aspect structurel d’une forme” ou si l’on veut une ombre invertie de la forme, s’applique parfaitement à l’évolution qui s’est faite par rapport à la lointaine situation historique d’avant la postmodernité, que nous nommerions désormais plus volontiers “modernité tardive”, et qui n’était pas encore complètement achevée en juillet 2015 ; c’est-à-dire la situation d’avant le développement monstrueux que nous connaissons aujourd’hui, qui s’apparente de plus en plus à une fuite en avant surpuissante du Système se transmutant en même temps en autodestruction, essentiellement grâce à l’action du système de la communication.

(Il doit ainsi être bien compris que, dans ces conditions, le système de la communication est l’opérateur direct de cette formule du “tourbillon crisique”, agissant directement sur sa constitution et ses caractères dynamiques. Le système de la communication accouche le pire et le meilleur de l’évolution du Système, selon la logique de sa fonction-Janus, – le pire, la surpuissance du Système ; le meilleur, son autodestruction.)

Maturité du “tourbillon crisique”

... En d’autres termes plus généraux, il nous semble opportun aujourd’hui de faire un sujet, et un sujet important du Glossaire.dde de ce concept parce que nous jugeons qu’il est parvenu à maturité depuis son identification en juillet 2015 (signe certain, selon nous, de l’évolution fondamentale et extrêmement rapide de la situation). D’autre part, il y a ce point essentiel qui s’impose intuitivement de plus en plus à notre jugement, que le concept de tourbillon crisique est le stade ultime de l’évolution de la situation crisique du Système, qu’il confirme que la situation crisique est l’essence même du Système et la voie nécessaire de la transmutation de sa surpuissance en autodestruction ; et peut-être même, qu’il est également la voie initiatique pour ce qui se passera au-delà du Système.

De ce point de vue également, il y a le passage à une maturité, qui est celle de la dynamique d’effondrement du Système. Il s’avère désormais qu’il est impossible de concevoir le Système autrement que comme une situation crisique, et sa dynamique de surpuissance implique une évolution vers autant de paroxysme(s) qu’il faudra à cette situation crisique pour qu’il (le Système) parvienne au terme de son destin, à l’ultimité de sa surpuissance transmutée en autodestruction. Le “tourbillon crisique” est la formule, la forme et la dynamique qui règlent tout cela.

Nous réaffirmons donc l’inéluctabilité de l’autodestruction du Système, avec le “tourbillon crisique” comme dynamique structurelle dans ce sens. Le caractère principal du “tourbillon crisique” est alors son impossibilité de disparaître avant que le Système n’ait achevé son autodestruction. Les deux sont inéluctablement liés. Comme il y a “la révolution [qui] dévore ses enfants”, vieux trucs de notre histoire pré-postmodernité et déjà de la “modernité tardive”, où les “enfants de la révolution” sont effectivement des productions de la révolution et non le contraire (1) ; de même y a-t-il “la dynamique crisique parvenue au stade du tourbillon crisique qui dévore le Système comme s’il [le Système] était sa principale production”.

(Nous avons souvent laissé entendre, ces derniers temps, que nous arrivions à ce point de l’utilité, sinon de la nécessité de définir ce concept de “tourbillon crisique”, par exemple dans des textes du 4 septembre 2017, du 17 octobre 2017, du 23 octobre 2017, etc. Le concept de “tourillon crisique” y figure dans une position centrale dans la tentative d’analyse de la situation générale que nous poursuivons.)

Nous allons procéder comme nous faisons souvent lorsqu’il s’agit de définir un concept dans le Glossaire.dde, c’est-à-dire en donner à la fois l’historique et l’évolution de son identification d’une part, de la perception de sa composition et de son rôle d’autre part, tout cela qui permet de nous conduire vers l’achèvement de sa conceptualisation. Dans ce cas comme déjà dans le cas de plusieurs autres sujets du Glossaire.dde, nous nous servons de reprise d’extraits de textes déjà publiés, qui marquent les étapes de cet historique du processus de conceptualisation, pour les renforcer, les enrichir ou les utiliser comme bases d’une réflexion plus développée.

Introduction du concept

C’est le 13 juillet 2015 que nous introduisons le concept de “tourbillon crisique”. En même temps, nous signalons qu’il s’agit d’un concept élargi qui s’impose comme le remplacement du concept de “chaîne crisique“, – ce qui sous-entend qu’il n’y a plus lieu d’utiliser le second concept (“chaîne crisique”) parce qu’il est dépassé par le déferlement prodigieux et diluvien des événements. Dans une première approche qui n’est pas fausse et qui subsistera, mais qui ne se suffit plus à elle-même, certes, nous identifions effectivement encore, ou bien d’abord, le “tourbillon crisique” comme un simple prolongement d’un concept précédent (ici la citation avec quelques modifications qui appuient son sens le plus profond)…

« En fait, on pourrait avancer qu’avec ce “tourbillon crisique”, il s’agit du développement, – [sans aucun doute] ultime, – du phénomène de “chaîne crisique” identifié au début de 2011 avec le “printemps arabe”. Si l’on veut, la (les) chaîne(s) crisiques “se déchaînent” dans les deux sens du mot (deviennent de plus en plus virulentes et perdent de plus en plus leurs dépendances communes et leurs liens de cause à effet) ; pourtant, les crises restent regroupées entre elles, et même de plus en plus, productrices d’autres crises, jusqu’à un pullulement crisique extraordinaire. Simplement, il y a de moins en moins de rapport de cause à effet direct (“chaîne crisique”) et de plus en plus un mouvement aléatoire concernant les liens et effets entre ces crises ; mais il y a surtout la création et l'alimentation d’un puissant mouvement tournant sur lui-même, d’une formidable tempête tourbillonnante, – le “tourbillon crisique”, où c’est la nature crisique elle-même qui agit, d’elle-même, transformant en crise tout ce qu’elle touche, tout ce qu’elle frôle, tout ce qu’elle apprécie, sans cohérence politique créatrice, sans logique politique d’enchaînement ... »

Le 7 décembre 2015, dans “Rétrospective” que nous conservions chaque semaine pour nos archives dans le Journal dde.crisis, nous présentions en quelques lignes l’idée du renforcement du concept du “tourbillon crisique” comme définition de la situation générale, jusqu’à laisser deviner que nous jugions ce concept comme révolutionnaire dans la le développement de notre situation crisique. Nous introduisions une idée centrale dans le mode opérationnel de notre travail consistant à considérer que le “tourbillon crisique” constituait le seul sujet possible de ce travail (le “tourbillon crisique” « est désormais si constant [et si universel] qu’il ne permet plus d’avoir d’autre sujet que lui-même »). Cela impliquait évidemment que ce concept serait présent partout, même si l’on ne le nomme pas systématiquement, dans l’observation des événements en cours.

« • Le phénomène de “tourbillon crisique”, décrit en d’autres temps pas si lointain (13 juillet 2015) comme une sorte d’intégration permanente de tous les paroxysmes des diverses crises en cours, est désormais si constant qu’il ne permet plus d’avoir d’autre sujet que lui-même. • Mais, certes, en abordant ce “sujet”, vous les abordez tous, ou plutôt le contraire : en traitant tous les paroxysmes crisiques en cours, vous êtes “dans le sujet-‘tourbillon crisique’”, qui n’est qu’une caractérisation de plus, mais avec très forte dynamique d’intégration, de la Grande Crise de notre civilisation/du Système... »

Le 15 février 2016, enfin, nous constations que “‘le tourbillon crisique” règne”, c’est-à-dire nous-mêmes commençant à lui reconnaître son caractère primordial dans la définition de la situation crisique, dans son évolution : « [L’] essence même de la vérité-de-situation du monde, c’est-à-dire le “tourbillon crisique” qui est tel “qu’il ne permet plus d’avoir d’autre sujet que lui-même”. On ne sera pas étonné que chacune des “crises” passées ici en revue, non seulement aient des connexions sérieuses sinon fondamentales les unes avec les autres, mais en plus prennent elles-mêmes la dynamique d’un “tourbillon crisique” à leur échelle. […]

» C’est donc la situation qui règne aujourd’hui, qui s’est généralisée à tout l’essentiel de la situation du monde, qui s’est littéralement globalisée. La globalisation se révèle comme une crise dans sa substance même, elle se découvre comme une situation spécifique en tant que crise. Elle fixe de plus en plus les différentes crises dans un schéma général et interdit par conséquent des résolutions spécifiques de l’une ou de l’autre. De plus en plus, il s’agit d’une situation de “tout ou rien”, où seule une occurrence globale pourrait et pourra changer quelque chose dans un sens décisif, pour toutes les crises à la fois. En attendant, le “tourbillon crisique” règne. »

On conviendra aisément, et on n’en sera pas étonné, qu’il apparaît évident que cette situation d’intégration des crises dans un mouvement tourbillonnaire extrêmement rapide n’a cessé de se renforcer depuis ce jour (15 février 2016) où nous constations que « le “tourbillon crisique” règne. »

(…Prenez quelques jours en novembre 2017 et vous passez du labyrinthe de la situation crisique de Washington “D.C.-la-folle” où se poursuit l’affrontement autour de Trump, le débat rampant sur la liberté laissée ou pas au président US de décider de l’emploi du nucléaire, la poussée de Trump pour un conflit avec l’Iran, les tensions sociétales avec des dimensions politiques nées du scandale Weinstein à “Hollywood-la-folle”, la vertigineuse crise saoudienne avec tous ses débouchés possibles tant intérieurs qu’extérieurs, et la perspective de possibles nouveaux conflits, les avertissements de Poutine devant la probabilité d’interférences des USA dans l’élection présidentielle russe de 2018, et tant d’autres, etcetera... Nous plaçons cet exemple ici parce que c’est l’époque de mise en ligne de ce Glossaire.dde. Nous le publierions quinze jours plus tard que nous aurions quatre, cinq autres “sujets crisiques du jour” à mentionner tandis que les précédents perdurent, et ainsi de suite ; et aucun ne s’éteint vraiment parce que le feu activé par le souffle du “tourbillon crisique” agit comme un terrible aliment du brasier général.)

C’est bien dans le constat de cette dynamique que nous devons placer notre réflexion. Nous envisageons essentiellement, pour une analyse spécifique, les effets de cette dynamique sur la psychologie qui est à nos yeux le domaine essentiel pour notre perception de la réalité et de l’évolution du monde, et notre outil essentiel dans ce domaine pour approcher la Vérité par le biais de la détermination de vérités-de-situation.

Hisser la psychologie au niveau de l’enjeu

En effet, selon notre méthodologie habituelle, le point central de notre démarche est nécessairement l’effet du “tourbillon crisique” sur la psychologie, – beaucoup plus important à notre sens que l’effet sur les marchés, sur les régimes politiques, sur les forces déstabilisatrices ici et là, qui pullulent les uns et les autres mais dans tous les sens et pour la seule production de désordre ; et cet effet du “tourbillon de crise” sur la psychologie, de la fascination au vertige, etc., jusqu’à enfin trouver des impulsions conduisant les psychologies humaines à produire elles-mêmes des effets qui vont dans le sens qu’on doit souhaiter, d’énergie, d’ardeur, d’audace, etc. L’hypothèse que nous avançons, c’est que ces effets psychologiques productifs doivent participer à la préparation de ce qui va suivre, c’est-à-dire à la recherche de l’accélération de la Grande Crise d’Effondrement du Système, qui doit rester le but ultime.

(Il est si important de rester dans le domaine de la psychologie, pour ne pas s’effrayer soi-même à la pensée des évènements que l’on pourrait susciter avec une telle formule, avec des mots comme “désordre”, “chaos”, etc. Cette frayeur-là est tout à fait déplacée puisqu’il doit être admis, – et nous tenons la chose pour acquise dans ce raisonnement qui habille notre concept de tourbillon crisique, – que les évènements ont leur propre force, leur propre production de “désordre” et de “chaos”, qu'ils se suffisent à eux-mêmes pour produire “désordre” et “chaos”, qu’il s’agit simplement pour nous d’accompagner, de renforcer somme toute humblement par la tension de nos observations, et nullement de produire quoi que ce soit qui ressemble à un “désordre”, à un “chaos” d’origine humaine.)

La dynamique du tourbillon qui ne présente aucune cohérence explicative pour notre appréciation rationnelle doit nous forcer à suivre les crises, à les interpréter (faussement ou pas, qu’importe), à chercher des explications (c’est d’autant plus pressant que c’est d'une utilité opérationnelle directe nulle), etc., à chercher et encore chercher et produisant de ce fait une grande tension psychologique. La dynamique du “tourbillon crisique” force le sapiens, malgré son épuisement psychologique, à croire de plus en plus fortement à la Grande Crise d’Effondrement, même au prix d’une dramatisation de la perception, d’une amplification de l’interprétation parfois d’une façon absolument grotesque (qu’importe), qu’on peut d’ailleurs fort bien critiquer pour continuer à exercer la vigueur et la vigilance de son jugement ... En un mot que nous espérons assez clair, le “tourbillon crisique“ doit exister comme il existe pour forcer les psychologies humaines et leurs perceptions à se hausser au niveau de l’enjeu de la Grande Crise...

(Cette tâche ne peut être laissée aux seules intelligences humaines qui prétendent d’abord se réguler elles-mêmes avec la raison comme maitresse d’œuvre, car alors existe le risque de la raison-subvertie. Il faut d’abord accepter le déchaînement des psychologies avec la perception de la Grande Crise, car par là également se glissent les brusques illuminations de l’intuition haute ... Si elle est laissée à elle-même selon sa situation présente la plus fréquente [raison-subvertie], la raison se contentera de s’enfermer dans ses habituelles supputations qui satisfont son hybris [que va-t-il se passer, comment expliquer ceci, cela, etc.] et freinent toute participation active à la montée nécessaire de la tension psychologique.)

Notre idée (suite) est que ce “tourbillon crisique” est là à la fois pour nous faire prendre conscience de la vérité de situation de la Grande Crise d’Effondrement du Système ; à la fois pour nous faire mesurer la substance de cette Grande Crise, en même temps universelle et dégagée des sens spécifiques et particuliers de tel et tel événements crisiques (telle et telle crises) qui la composent nécessairement puisqu’elle est la réceptacle de tout à cet égard ; à la fois pour nous forcer à jouer notre rôle qui est d’accroître, de grandir, de dramatiser la perception de ce qui doit être de plus en plus tenu d’être considéré comme la Grande Crise, et ainsi contribuer à son accélération, à sa maturation, à son développement en constante expansion...

Nous ignorons enfin si l’on peut avancer la remarque finale et fondamentale, – nous ignorons si c’est précisément le cas, si l’épisode actuel du “tourbillon crisique” qui se réalise maintenant est celui de l’enclenchement final du mécanisme de l’effondrement du Système. Mais nous ne pouvons ignorer que nous nous trouvons dans une posture exceptionnelle par rapport à ce qui est normalement concevable. Il est extraordinaire, il est fascinant, justement, de songer que l’on se trouve au cœur de ce “tourbillon crisique”, normalement complètement emporté par lui, et qu’en même temps nous nous trouvons comme en-dehors, que nous disposons tout de même de la possibilité d’observer la chose avec une sorte de deuxième regard (“de nous observer en train d’observer la Grande crise d’effondrement du Système”).

... Ce point est un constat universel depuis le début de cette phase métahistorique. Il nous est apparu dès le 11 septembre 2001 et l’on voit bien qu’il est resté dans notre perception et dans notre esprit comme l’un des plus grands “acquis”, l’une des plus grandes nouveautés de la position du sapiens dans cette période entièrement nouvelle, sans précédent, sans parallèle, sans rien du tout de semblable dans l'histoire du monde, – selon une perspective qui rejoint ce qu’on décrit ici :

«D’abord, il y a ceci: en même temps que nous subissions cet événement [l’attaque 9/11] d’une force et d’une ampleur extrêmes, nous observions cet événement en train de s’accomplir et, plus encore, nous nous observions les uns les autres en train d’observer cet événement. L’histoire se fait, soudain dans un déroulement explosif et brutal, nous la regardons se faire et nous nous regardons en train de la regarder se faire. On sait également que ceux qui ont décidé et réalisé cette attaque l’ont fait, et précisément ce qu’elle est, parce qu'’ils savaient qu’existe cet énorme phénomène d’observation des choses en train de se faire, et de nous-mêmes en train d'observer. Le monde est comme une addition de poupées russes, une duplication de la réalité en plusieurs réalités s'enfilant les unes sur les autres.» (Premier paragraphe de l’essai Les Chroniques de l’ébranlement de Philippe Grasset, éditions Mols, 2003.)

Il est évident que cette situation ne peut être tenue pour un hasard, ni même une “nécessité du hasard” si l'on veut faire le bel esprit. Cette situation contient pour nous un impératif transcendant. Elle nous engage à tenir un rôle actif dans le cours de l’évènement eschatologique en cours. Il est essentiel que ce rôle soit celui qui convient, et non pas une tromperie de plus de notre raisons-subvertie. Pour cela, il nous apparaît essentiel d’élever l’esprit et sa réflexion hors du marigot tourbillonnaire actuel de l’avalanche des false-flag, des délires de la presseSystème et de ses FakeNews, et ainsi de suite dans la grande dynamique du “tourbillon crisique”.

Le “tourbillon crisique” contre le Système

C’est un point de vue de plus en plus répandu, – qui est le nôtre depuis plusieurs années, – qu’il n’est plus guère possible d’écarter aujourd’hui le constat que le phénomène crisique est devenu la constitution même de la dynamique du monde. Littéralement, la crise, le phénomène crisique, est la respiration du monde. Il en résulte que le monde ne peut plus être perçu et compris qu’“en crise” et ne peut être autrement qu’“en crise” ; la crise est non seulement sa respiration, c’est finalement l’ontologie du monde.

(La question doit être posée de savoir si cette constitution fondamentale, cette réduction de l’ontologie du monde au phénomène de la crise, ou bien cette extension de l’ontologie du monde dans le phénomène de la crise, si tout cela ne constitue pas une suggestion de réponse à la question générale du mystère du monde-en-ce moment, à la question du “Qu’est-ce que le monde ?” ; de savoir enfin si la réponse au mystère du monde-en-ce-moment n’est pas que “le monde est quelque chose qui doit être dépassé” et que la crise dans son accomplissement complet est l’état qui conduit au bout du compte à ce dépassement.)

Désormais, puisqu’il n’est plus nécessaire de s’interroger sur l’existence du phénomène crisique qui doit être considéré comme évident et acquis, on s’essaie plutôt à déterminer la cause de cette transformation du monde en phénomène entièrement crisique et à en trouver l’explication. On cite ici un exemple qui est une illustration de cette situation intellectuelle, bien plus que le sujet d’une discussion ou d’une réfutation de notre part, et qui nous permettra de reprendre notre sujet dans son entier au niveau conceptuel.

Il s’agit d’une remarque du philosophe italien Giorgio Agamben, dont les influences vont de Nietzsche et Heidegger à Derrida et Foucault, qui apparaît effectivement comme l’illustration du fait que, dans les esprits, la dynamique crisique est désormais considérée comme un fait structurel majeur, sinon le fait structurel exclusif de la situation du monde. Dans Éléments n°158 (janvier-février 2016) et parlant d’Agamben, Alain de Benoist écrit : selon Agamben, « [p]lutôt que gouverner les causes, il [le pouvoir politique] cherche à gouverner les effets. C’est pour cela que la crise n’est plus un fait provisoire. Elle constitue le moteur interne du capitalisme, en même temps qu’elle permet au pouvoir d’imposer des mesures qu’il ne serait pas possible de faire accepter en temps normal. »

Certes, personne ne songe à nier cela (le goût de nos dirigeants pour des mesures d’encadrement et de répression) puisqu’on le répète depuis quinze ans (depuis 9/11) que se succèdent les législations dans ce sens. Mais ce que nous enseignent d’abord ces quinze années c’est que ces mesures, qui ne parviennent nullement à supprimer et même au contraire suscitent tout un pan de résistance (tout ce qui est antiSystème, et notamment la presse antiSystème) que le système de la communication favorise et renforce continuellement dans la logique de sa fonction-Janus, ces mesures ne sont d’aucune véritable efficacité et courent derrière leur raison d’être plutôt que de l’accomplir ; cela, puisqu’en même temps, elle (la Grande Crise) n’a cessé de produire de plus en plus de désordre dont les effets sont de plus en plus impossibles à gouverner malgré toutes les recherches entreprises et les lois d’exception édictées.

Parmi ces effets, il y a principalement celui d’un désordre intense et multiforme qui érode toutes les structures de l’autorité et de la légitimité (faussaires bien entendu, puisqu’installées au service du Système). Il y a aussi et par conséquent, dans ce flou et ce vague de l’autorité, un climat insurrectionnel grandissant qui s’affirme structurellement comme une sorte de basse continue soulignant le caractère insupportable des sons de la cacophonie du Système ; un climat insurrectionnel qui n’a pas besoin d’insurrection véritable pour se manifester, mais qui se contente de la communication à cet égard et qui touche même des serviteurs du Système.

Ce constat donne la mesure dans un sens incontestablement négatif de l’inefficacité et de l’orientation autodestructrice de ces mesures d’une autorité faussaire et productrice de désordre plus que d’ordre, pour une situation que le capitalisme, quand il n’était pas devenu fou, aurait conseillé d’éviter comme la peste. La Guerre froide, qui effectivement évitait les crises comme la peste, conçut l’expansion globale (ou la poursuite de l’expansion globale) du capitalisme dans l’ordre et la vertu à ce point qu’il (le capitalisme) parvint à se faire prendre pour le rempart de la liberté (du Monde Libre) contre l’oppression. Au contraire, aujourd’hui où il triomphe prétendument et prétendument sans alternative possible, il apparaît, selon un sens commun de plus en plus répandu, comme l’oppression par définition, sinon en essence, et créateur par conséquence de réaction d’une insurrection de plus en plus généralisée contre lui-même.

Même les partisans du “désordre créateur” (du “chaos créateur”), argumenteurs ultimes et déjà tonitruants dès 9/11, il y a quinze ans, pour donner une explication rationnelle du phénomène crisique, doivent aujourd’hui songer à commencer sérieusement à en rabattre après les échecs successifs de la transformation du désordre en créativité, de l’Irak à la Syrie en passant par l’Ukraine à l’UE (espèce particulière de désordre, mais non la moindre), alors que le désordre n’a cessé de s’amplifier jusqu’à atteindre le cœur même du Système (Trump et “D.C.-la-folle”), celui qui n’aurait, selon la conception du Système, nul besoin de désordre pour s’accomplir dans le bon sens. Puisque la crise est bien “le moteur du capitalisme”, – et de quoi d’autre pourrait-elle être “le moteur” d’ailleurs puisqu’il n’y a plus rien hors du capitalisme, c’est-à-dire hors du Système ? – on doit aussi savoir cette évidence qu’il y a des “moteurs” qui s’emballent et échappent au contrôle de leur pilote jusqu’à faire craindre des accidents fatals ; ou encore des moteurs qui surchauffent, jusqu’à remplir d’une fièvre trompeuse ceux qui croient les conduire, pour leur faire croire à un voyage qui n’existe pas ; ou, plus encore ou pire encore, des “moteurs” qui rugissent si bien qu’ils remplissent d’ivresse ceux qui croient les contrôler et entraînent l’accident fatal du fait du soi-disant chauffeur complètement hors de sa raison et trompé par cette ivresse. Ainsi la crise comme soi-disant “moteur du capitalisme” (du Système) devient-elle l’accident fatal pour le chauffeur, à la limite sans même la nécessité d’une responsabilité directe du moteur, par simple pathologie devenue structurelle.

C’est pourquoi nous privilégions plus que jamais la forme de pensée qui nous guide depuis l’origine de l’actuelle séquence, et singulièrement depuis 9/11, quant au caractère très spécifique des “crises”, à leur prolifération extraordinaire sans qu’aucune ne soit jamais résolue, à leur fusion progressive, d’abord ordonnée selon des lignes de force géopolitique (“chaîne crisique”), puis, plus récemment avec le “tourbillon crisique”, à leur fusion générale et catastrophique en un seul phénomène de dimension globale qui représente la substance même de l’époque, et l’essence même de son destin. Il n’est alors plus question de géopolitique et l’ensemble du phénomène se traduit pour nous en termes de psychologie, laquelle est la cible directe de l’influence catastrophique qui sourd de ce phénomène littéralement informe et sans la moindre structure géographique nécessaire pour exercer cette influence qu’on doit qualifier de métahistorique et qui règle toute notre politique.

Pour nous, il y a beau temps que plus aucune force humaine n’est capable de dompter, de maîtriser puis d’orienter ce phénomène du “tourbillon crisique”, alors qu’il a fini lui-même, en un espace de temps stupéfiant par sa rapidité, trois-cinq années à peu près, par apparaître comme un acteur à part entière, et bien entendu le principal, et bien entendu enfin l’unique acteur de ce formidable tremblement du monde. C’est-à-dire que, pour notre compte, ce phénomène a largement dépassé les limites productives (surpuissance déstructurante et dissolvante) du Système et s’est complètement installé sur le territoire de la contre-production catastrophique (l’autodestruction déstructurante et dissolvante des constituants du Système).

Le “tourbillon crisique”, référence de l’antiSystème

Ainsi le “tourbillon crisique”, si caractérisé par le désordre crisique complet, devient-il l’acteur central puis unique de la crise générale du monde et il s’identifie de plus en plus lui-même comme la seule référence possible de tout ce qui est antiSystème dans la mesure où il est perçu comme l’opérationnalisation de la Grande Crise d’Effondrement du Système. D’une certaine façon, chaque fois désormais que nous parlons du fait antiSystème, qui est un phénomène nécessairement lié au processus d’autodestruction du Système et lui aussi une réaction hors du contrôle humain (même si des éléments de l’antiSystème se révèlent volontairement et consciemment au travers du comportement, du travail de certaines personnes, de certaines forces, etc.), nous parlons en vérité du “tourbillon crisique” ; chaque fois, même, que nous parlons du Système, c’est pour mieux cerner ce qu’il a d’antiSystème en lui, ou par quel biais, quel orifice, pourrait-on faire entrer un constituant ou une dynamique antiSystème, c’est-à-dire que là aussi nous en revenons à parler du “tourbillon crisique” puisque c’est lui qui peut et doit être aussi considéré comme le véritable moteur de l’antiSystème. Par conséquent, si nous ne parlons pas souvent ès qualité du “tourbillon crisique”, nous en parlons tout le temps parce qu’il est impossible, pour écrire sérieusement sur le sujet de la situation du monde, d’avoir un autre sujet de réflexion que lui-même (« ...désormais si constant qu’il ne permet plus d’avoir d’autre sujet que lui-même »).

Cela revient à s’interroger, non plus tant sur le Système, que sur le “tourbillon crisique”, – ce que nous désignerions comme “les événements qui se conduisent tout seuls”, – parce que, par sa puissance extraordinaire le “tourbillon crisique” est en train d’absorber le Système, de l’intégrer en lui-même, de le dissoudre en le transmutant. C’est décrire là le constat général que le Système est devenu désordre en soi et avancer qu’il n’est pas vraiment créateur du désordre, mais qu’il devient au contraire la créature du désordre ; c’est envisager l’hypothèse qu’au lieu d’être le géniteur du “tourbillon crisique”, le Système apparaît comme en train d’être dévoré par lui, comme si le “tourbillon crisique” se découvrait comme la force fondamentale qui attendait le moment métahistorique fondamental pour prendre une forme événementielle qui exprimerait cette force dans notre Histoire.

Dans de telles conditions, la possibilité pour les raisonneurs d’avancer la proposition que ce désordre est “créateur” selon les consignes du Système, y compris par les élucubrations sur l’instauration de l’empire du Système (qui est déjà en place mais en pleine dissolution), devient absurde en plus d’être rendue pathétique par les événement. Il suffit, pour rendre compte de ce pathétique, d’observer qu’on ne peut être créateur de ce qui apparaît, ontologiquement sous diverses formes et malgré les apparences de la chronologie, comme votre créateur. Il faut alors progresser, aller plus loin encore dans le raisonnement ; il faut accepter la thèse de l’antiSystème et envisager l’hypothèse encore plus avancée que le Système porte en lui, dès sa création et dans son développement, sa propre destruction. L’on retrouve ainsi, dans un cercle parfait d’une raison transcendantale retrouvée, l’équation surpuissance-autodestruction qui porte toute notre démarche.

(Dans ce cas, le Système est effectivement et plus que jamais une création du “déchaînement de la Matière” qui, à l’orée du XIXème siècle, est lui-même aussi la matrice de ce qui deviendra notre “tourbillon crisique” : ce que nous voyons comme l’incarnation et l’opérationnalisation du Mal [le “déchaînement de la Matière” produisant le Système], et qui l’est effectivement, porte aussi en lui les éléments de la destruction du Mal, que l’on retrouve de plus en plus évidemment dans le “tourbillon crisique”.)

L’incertitude de la thèse de ceux qui, comme Agamben, identifient justement “la crise” comme quelque chose qui “n’est plus un fait provisoire” tout en continuant, faussement à notre sens, à reconnaître au “capitalisme” (au Système) la capacité d’être le maître de ce changement colossal (« [p]lutôt que gouverner les causes, il [le pouvoir politique] cherche à gouverner les effets), et bien entendu, peut-on supposer, d'être son créateur à l’origine, cette incertitude se découvre et pèse lourdement dans leur incapacité d’énoncer une issue rationnelle à ce jugement rationnel. De Benoist note, à la fin de son article et avec un certain agacement qu’Agamben n’offre aucune “porte de sortie“ à cette situation : « Alors même qu’il en appelle à l’occasion à une “autre politique” (et qu’il en prophétise même l’avènement), [Agamben] se borne à laisser entendre que l’alternative viendra des groupes aujourd’hui les plus exposés au “biopouvoir”, un flou typiquement “postmoderne”, pourrait-on dire. L’espoir n’est pas pour les optimistes, mais pour les désespérés. »

...Cette dernière phrase paraphrasant Marx et sa confidence fameuses selon laquelle c’est parce que son époque le désespérait qu’il était un optimiste plein d’espoir. Il est bien entendu que la dialectique marxiste telle qu’elle a été développée durant le XXème siècle et qu’elle est encore exploitée (“marxisme culturel” aux USA, dans la dynamique progressiste-sociétale), n’a aujourd’hui plus aucune efficacité possible. Elle est aussi autodestructrice que son soi-disant adversaire qui est en fait son complice, le capitalisme autodestructeur.

Nous dirions, quant à nous, qu’il vaut mieux ne rien proposer que de proposer une alternative qui ne peut être que “floue” et inconsistante parce que notre époque, que l’on est en droit de décrire au nom de l’enchaînement catastrophique qu’on observe comme plus désespérante qu’aucune autre, atteint avec le “tourbillon crisique” les bornes ultimes et absolues du désespoir selon ce que nous pouvons observer et ne permet plus aucune proposition qui puisse échapper à cette marque infamante. D’où notre observation que les événements eux-mêmes règlent notre destin, hors de notre compréhension, et que notre rôle, sinon notre mission, pleine d’espoir plus que d’optimisme, c’est-à-dire de foi selon sa racine latine (fides pour “confiance”), se résume à une lutte de résistance vitale contre ce que nous identifions pour notre facilité comme “le Mal” tant sa production est effectivement intégralement maléfique, et que nous nommons et continuerons à nommer jusqu’à nouvel ordre “Système” ; tout cela, en intégrant les observations du rapport très étroit, jusqu’à la fusion dans l’élan dynamique, que nous proposons entre le Système et le “tourbillon crisique”, – c’est-à-dire avec le “tourbillon crisique” intégrant le Système et accélérant de façon décisive la transmutation de sa surpuissance en autodestruction. En s’interdisant de proposer/de prévoir une issue ou une alternative à la situation présente, il ne s’agit pas de s’interdire de penser, mais de prévenir une pensée qui ne peut être que faussaire et trompeuse tant que le “tourbillon crisique” n’a pas achevé son œuvre.

Il faut une grande force de caractère, c’est-à-dire une grande maîtrise de la pensée, pour admettre que le désespoir d’une époque nourrit l’espoir per se, sans qu’il soit nécessaire de justifier cet espoir par une production de la raison qui puisse être débattue par les philosophes. Il y a même un défi assez joyeux, donc d’une pensée complètement libérée et utilisant la bonne stratégie (“faire aïkido”), à se servir ainsi du nihilisme triomphant pour le retourner contre le producteur de ce nihilisme.

Enfin, il nous semble, d’une façon toute rationnelle comme nous l’avons déjà souvent noté, que plus les événements progressent, et avec eux le “tourbillon crisique”, moins il devient absurde et archaïque de considérer que les causes fondamentales à ce que nous vivons se trouvent hors du territoire de la raison, et hors de l’emprise de l’espèce humaine. Nous ne serions pas loin, sans nécessité pour autant de se précipiter vers le bénitier le plus proche, de considérer cela comme un simple et bon exercice de santé mentale, et aussi, et ainsi exercice de la liberté de penser.

Pourquoi le “tourbillon crisique” ?

Nous devons tenter de comprendre pourquoi le “tourbillon crisique” joue un tel rôle qui s’avère essentiel selon nos conceptions, et, dans cette logique, pourquoi il le joue maintenant. Cette exploration doit nous réserver des trouvailles intéressantes. D’une façon générale et théorique, notre réponse générale sur le rôle et l’importance du “tourbillon crisique” est que d’une part ce phénomène constitue une parfaite représentation de la Grande Crise, dans sa conception, dans son orientation, dans sa dynamique, dans “son sens” même (dans son “absence de sens”) ; que, d’autre part, il embrasse et intègre le Système dans son entièreté. Le “tourbillon crisique” est la forme ultime des effets catastrophiques du Système et de la Grande Crise d’Effondrement du Système. D’un point de vue purement opérationnel, il constitue donc une sorte de “verrouillage” du Temps métahistorique dans la dynamique crisique, donc il apparaît dans notre conception comme la garantie que la Grande Crise impliquant bien entendu le Système ne pourra plus être neutralisée ni aboutir à autre chose qu’à l’effondrement du Système.

Trois arguments peuvent être développés…

Premier argument

Il est intéressant d’expliciter ici en quoi, précisément et opérationnellement, “ce phénomène constitue une parfaite représentation de la Grande Crise”. La description même du “tourbillon crisique” répond à cette sollicitation qui renforce décisivement l’identité de cette dynamique événementielle, lui-même avec la forme décisive de l’événement central de la Grande Crise. En tant que tel, le “tourbillon crisique” ne mène à rien parce qu’il tourne sur lui-même comme fait effectivement un tourbillon, alors que c’est exactement ce vers quoi doit évoluer la Grande Crise, – évoluer elle-même vers le Rien pour montrer que le Système, dont elle est l’expression crisique, n’aboutit à rien, donc qu’il est le Rien lui-même et que son autodestruction est inconsciemment mais impérativement son but nécessaire.

Le Système est inconscient du fait qu’il est nécessairement suicidaire puisque son but est le Rien ; il importe alors d’éveiller sa conscience à cette destinée pour qu’il devienne volontairement tributaire de son destin d’autodestruction ; il nous en sera gré... Avant de trépasser et d’ailleurs justement pour trépasser, le Système devra reconnaître son insubstance et, par conséquent, la nécessité de sa dissolution. Le “tourbillon crisique” joue un rôle fondamental dans cette mission d’information, par pure démonstration quasiment scientifique. Le “tourbillon crisique” est semblable au contrefeu (cet incendie volontaire et contrôlé qu’on allume devant l’incendie incontrôlé pour l’arrêter en créant devant lui une zone impropre à l’incendie) : le Rien qu’il expose lui-même par l’orientation nihiliste de sa dynamique se trouve métaphoriquement opposé au Rien du Système, qu’il révèle à cette occasion, démontrant ainsi la véritable nature du Système et suscitant son passage définitif à l’autodestruction.

Deuxième argument

Par la forme et la dynamique qu’on a décrites de diverses façons ci-dessus, le “tourbillon crisique” est idéalement constitué pour sauvegarder toutes les crises qu’il incorpore et absorbe en leur ôtant tout sens politique, stratégique culturel, sociétal, etc., et les empêchant ainsi de se terminer.

(Lorsque nous parlons de priver ou d’ôter tout sens aux crises, nous parlons d’un sens véridique et nullement d’un simulacre de communication : ces crises n’ont aucun sens notamment parce qu’elles sont provoquées sans raison évidente, fondamentale, par des interventions chaotiques comme selon des pseudo-stratégies qui n’ont pas de but identifié et qui n’ont comme effet que de semer désordre et chaos. L’idée du “chaos créateur” volontairement provoqué est l’un des principaux aliments par contradiction d’une crise privée de sens, saisie par le “tourbillon crisique” et déjouant ainsi l’intention diabolique du “chaos créateur”. Ainsi parlons-nous de “l’absence de sens fondamental” des crises, qui permet à ces crises de se développer et de durer. Ces crises connaissent même des paroxysmes à répétition, ce qui montre bien qu’elles n’ont aucun sens : elles n’ont absolument pas la géographie psychologique de la montée jusqu’au paroxysme [jusqu’à un seul paroxysme], à partir duquel la crise se dénoue nécessairement.)

L’absence fondamentale de sens des crises est une mesure conservatrice également fondamentale, qui inscrit les crises dans le “tourbillon crisique” quasiment en les emprisonnant. On ne peut terminer quelque chose qui n’a aucun sens puisque ce quelque chose a démarré sans avoir le moindre sens, c’est-à-dire sans but à atteindre, sans revendication fondée, etc., selon une dynamique complètement informe.

Cette accumulation de crises informes et insensées donne sa complète justification au “tourbillon crisique”, lui aussi informe et dénué de sens d’une certaine façon. Ainsi le schéma du “tourbillon crisique” rejoint-il le schéma de la Grande Crise générale, ou Grande Crise d’Effondrement du Système (ou GCES). Cette GCES est en effet, par définition, totalement informe et dénuée de sens puisque sa seule fonction est de détruire complètement le Système pour ouvrir un espace métahistorique à ce qui suivra qui est ce qui doit suivre, dont nul parmi les sapiens ne peut dire de quoi il s’agit.

Troisième argument

Le troisième argument est sans doute le plus décisif pour l’attente de notre raison, parce que le plus réaliste et le plus précisément situé dans la logique et la continuité de notre temps métahistorique, – sans doute l’argument le plus “opérationnel”. Le “tourbillon crisique“ donne forme à ce que nous percevons intuitivement depuis l’attaque 9/11 : la contraction du Temps et l’accélération de l’Histoire.

(Le paradoxe est dans ce que ce phénomène sans forme du “tourbillon crisique” “donne forme”. Mais la contraction du Temps et l’accélération de l’Histoire sont également des phénomènes dynamiques sans forme en eux-mêmes, qui ne peuvent effectivement être intégrés que par un phénomène lui-même sans forme.)

Pour mieux nous expliciter, il s’agit pour nous, moins que du point de vue directement des événements, celui de notre capacité (par la communication) de perception et de représentation d’événements qui nous dépassent, qui sont trop puissants et trop rapides pour que nous puissions y participer, mais dont notre vraie gloire et notre seul véritable apport est de parvenir à les distinguer comme on devine. Cette question du rapport de la perception d’une contraction du Temps par accélération de l’Histoire avec le “tourbillon crisique” a été abordé récemment (le 02 novembre 2017) dans le Journal-dde.crisis de PhG, de cette façon :

« Ce qui se passe est que cet empilement formidable d’événements précipités dans un “tourbillon crisique”, sans qu’aucun ne prenne le pas sur l’autre et impose au monde une marche nouvelle, une catastrophe mobilisatrice, tout cela ne parvient pas “à tenir” dans un espace de temps si réduit d’une seule année telle que la psychologie est habituée à percevoir. Comprend-on ce sentiment que je veux exprimer, comme un étouffement événementiel dans le laps de temps trop court qui lui est imparti… A moins, à moins, c’est la seule issue, – à moins que le temps ne compte double ou triple !

» Ainsi expérimentai-je très précisément et dans le détail, dans le feu sans éclat particulier d’une expérience frustre et sans enjeu, ce que je désigne, d’une façon théorique depuis plusieurs années, comme une sorte de “contraction du Temps” résultant de l’accélération extraordinaire de l’Histoire, – les deux étant liés, certes. »

En retournant cette approche, nous dirions que la contraction du Temps et l’accélération de l’Histoire sous la pression de l’accumulation des crises n’est possible que parce qu’existe le “tourbillon crisique”, par l’évidence d’ailleurs puisque ce sont la contraction de Temps et l’accélération de l’Histoire qui créent le “tourbillon crisique” en quelque sorte… On assiste à une sorte de complicité, d’œuvre métahistorique complice, entre d’une part la contraction du Temps/l’accélération de l’Histoire, et d’autre part le “tourbillon crisique” qui permet de “stocker” les crises, et même de les compresser comme l'on dit d'un disque dur pour en accueillir le plus grand nombre, et fait qu’en un temps plus court (contraction), un nombre d’événements plus grand se produit (accélération).

Conclusion : les élucubristes du Simulacre final

Pour nous, le concept de “tourbillon crisique” est particulièrement important parce qu’il constitue la forme ultime, le concept dynamique du “comment” de la GCES : “Comment la crise arrivera-t-elle à son paroxysme, c’est-à-dire à l’effondrement”. Il faut garder cette caractérisation de “forme” (“forme ultime”) bien que le “tourbillon crisique” soit justement “informe”, en constant mouvement, sans aucun sens, etc. Cela correspond parfaitement au caractère généralisé de l’inversion qui caractérise l’ère que nous vivons, l’époque de la modernité tardive, ou de la “basse-modernité”. (La forme idéale en est une complète informité, ou forme devenu entropie.) Le “tourbillon crisique” est le concept essentiel et bientôt exclusif de la dynamique de l’effondrement du Système.

Notre idée intuitive est celle-ci : quand le volume et la densité du Temps-crisique (en état de compression) qu’accueille et entretient le “tourbillon crisique” dépassera le volume et la densité du temps-Système, le basculement se fera effectivement, et avec lui l’effondrement. Nous parlons d’un processus extrêmement rapide et puissant (l'Histoire en pleine accélération), en train de se faire, en train d’arriver à son terme.

Une mesure de cette rapidité et de cette puissance peut être appréciée dans le simple fait que, dans les années 1990, après la chute de l’URSS, le temps-Système semblait exercer une domination absolue. C’était le temps où un ministre français définissait les USA, qui constituent bien entendu le coeur et la matrice du Système, comme l’“hyperpuissance”, et cela durant à peu près jusqu’aux élucubrations des soi-disant manipulateurs de cette puissance, de ces “élucubristes” comme on pourrait les nommer, affirmant que l’“histoire objective” n’existait plus en tant que telle, que c’étaient eux qui définissaient et fabriquaient l’“histoire objective”, désormais maîtres de l’Histoire et du Temps : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, – judicieusement, si vous voulez, – nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »

Cela était dit en 2002, dans le vertige de l’attaque du 11 septembre 2001, et cela durant jusqu’à la fièvre de l’attaque de l’Irak en mars 2003. Ces fous accablés d’un hybris de qualité douteuse et frelatée, fabriquant un simulacre vulgaire, du type en-toc, mi-Hollywood mi-“D.C.-la-folle”, ils ne doutaient de rien ; ils ne se doutaient pas une seconde qu’au contraire ils avaient déclenché un terrible mécanisme de contraction du Temps et d’accélération de l’Histoire conduisant jusqu’au “tourbillon crisique”, qui n’aurait de cesse de serrer le Système à la gorge jusqu’à ce qu’il rende l’âme, – à supposer qu’il en ait une. Notre pari pascalien est qu’il (le Système) est en bonne voie de rendre l’âme, – puisque nous supposons qu’il en a fabriqué également un, de simulacre d’âme. L’effondrement est aussi celui du Simulacre-final.

 

Note

(1) Voir Joseph de Maistre (« Considérations sur la France », 1796) : « On a remarqué, avec grande raison, que la révolution française mène les hommes plus que les hommes la mènent. Cette observation est de la plus grande justesse... [...] Les scélérats mêmes qui paraissent conduire la révolution, n'y entrent que comme de simples instruments; et dès qu'ils ont la prétention de la dominer, ils tombent ignoblement. »

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