Face-à-face, et face à la catastrophe

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Face-à-face, et face à la catastrophe

11 décembre 2014 – Oui, s’il y a une unité dans le monde d’aujourd’hui, qui est le monde de notre contre-civilisation complètement manufacturé et manipulé par le Système né du “déchaînement de la Matière”, c’est bien, désormais, la perception plus ou moins consciente, plus ou moins acceptée, de la crise générale d’effondrement du Système, ou crise d’effondrement du Système pour faire court. (Utiliserons-nous bientôt l’acronyme CES [Crise d’Effondrement du Système] pour faire encore plus court et pour faire vite dans nos commentaire de plus en plus nombreux sur ce sujet ? Cela pourrait s’imposer tant cette puissante vérité du monde qui écrase tout le reste devient de plus en plus un fait admis de diverses façons par les consciences, même les plus repliées sur une mémoire la plus courte possible, piètre déguisement pour l’inconscient et leur inconscience.)

Les politiques des élites-Système les plus aveugles à cet égard, par leur aspect dérisoire et totalement grotesque, elles-mêmes (les élites-Système) par leur volonté de tenter par tous les moyens de ne pas tenir compte de ce qu’elles sentent venir, plaident effectivement a contrario pour ce constat. C’est le spectacle que nous donneraient effectivement nos dirigeants, ainsi selon l’interprétation qu’en offre l‘économiste russe Mikhaïl Khazine, dans un texte dont la traduction est publié dans le French-Saker, le 8 décembre 2014. Khazine parle du départ précipité de Poutine du G20, dont il donne sa propre interprétation. (Soulignés en gras par nous  : d’une part, ce qu’il importe de plus en plus d’admettre concernant le comportement de nos directions-Système, d’autre part la dernière phrase qui fait partie du débat que survole ce commentaire.)

«Je ne sais pas comment cela va finir, mais il est absolument évident pour moi que le départ précipité de Poutine de Brisbane n’était pas causé par le sentiment d’une quelconque offense. Pardonnez-moi, mais quelqu’un qui a été éduqué comme un agent des services de renseignement a été entraîné, depuis l’enfance, à ne pas réagir à ce genre de choses. Il est parti, non parce qu’il était offensé, mais parce qu’il s’est rendu compte qu’il était sans intérêt de parler à des gens comme eux. Ils ne peuvent pas discuter, et ne discutent pas, des problèmes critiques, car ils font juste partie du spectacle. S’ils agissent comme des marionnettes, nous devons nous adresser à ceux qui tirent les ficelles, qu’ils ne le comprennent pas c’est une autre affaire. J’ai tendance à croire que ce sont des marionnettes, mais pas selon la politique des marionnettistes, mais plutôt dans le cadre de certaines règles du jeu libéral politiquement correct qui est si bien refoulé dans leur conscience qu’ils ne peuvent plus y échapper. Ils continuent à tourner en rond dans leur manège pour n’aller nulle part. Leur parler est inutile, nous devons donc créer nos modèles alternatifs.»

Le fait que ces marionnettes sont aussi ceux-là dont nous disons qu’ils montrent une “volonté de ne pas tenir compte de ce qu’ils sentent venir” est largement mis en évidence, notamment par un Cameron qui est une de ces marionnettes qui parlent au G20 pour dire encore moins que ne rien dire, et qui proclame partout au Royaume-Uni que nous sommes au bord d’une nouvelle crise financière et catastrophique. (Ce que Khazine nous dit effectivement, au début de son texte, citant justement l’hystérie comme explication psychologique fondamentale du comportement-marionnette : «Il est maintenant clair pour tout le monde, même pour un intellectuel d’exception comme le Premier ministre britannique Cameron, que la crise mondiale prend de l’ampleur. Il a dit que la prochaine grosse crise était devant nous. On note une hystérie grandissante chez divers dirigeants occidentaux.»)

D’une façon générale, il semble bien qu’en Russie un débat extrêmement vif approche de son point culminant, – ou d’un de ses points culminants qui serait peut-être décisif, sans que ce caractère décisif soit assuré. On s’est référé au texte de Khazine, en signalant notamment la dernière phrase de l’extrait cité («... nous devons donc créer nos modèles alternatifs.») qui renvoie à un mouvement d’ores et déjà signalé depuis plusieurs mois. (Voir notamment les sorties régulières du conseiller de Poutine, Sergei Glaziev, par exemple le 11 août 2014.)

»Le conflit aigu entre les forces pro-occidentales et les forces eurasiennes, qui a débuté en Russie au début des années 90, a atteint aujourd’hui son paroxysme, lorsque les forces anti-FMI, finalement non rattrapées par les libéraux, ont au moins été entendues. Nous verrons bien si les forces libérales sont capables de présenter, à tout le moins, des arguments à la société. Jusqu’ici tous leurs arguments venaient d’une position de pouvoir. Ils disaient : “Eh, les mecs, on copine avec le FMI, alors vous avez besoin de nous”. Aujourd’hui, il est clair que le FMI ne nous donnera plus rien. Alors ils ont besoin de choisir une autre approche. Mais qu’ont-ils à offrir ? Détruire l’éducation, la médecine, le système de retraites ? Le système bancaire ? En réalité, le système libéral transforme en poussière tout ce qu’il touche.

»Si le Président de la Fédération de Russie choisit l’option libérale lors de son discours, je crains que son pouvoir ne devienne que poussière.»

Le Saker-US partage complètement l’analyse de Khazine et se montre très préoccupé de l’actuelle politique économique encore suivie par la Russie, de l’absence de grand tournant de rupture avec le “modèle” (économique) du bloc BAO, selon son estimation. Le Saker est très inquiet, mais il espère toujours, et nécessairement plus que jamais, que Poutine est partisan d’une politique de rupture et qu’il va parvenir à l’imposer... (Voir le 8 décembre 2014.)

«Putin's recent speech to the Federal Assembly contained two part: a foreign policy part which was nothing short of historical, and an internal economics part which was very disappointing to say the least. In fact, I would say that it was outright frightening. [...]

»Does that mean that Putin is hesitant, weak or confused ? I don't think so. I think that this shows that one of the most difficult and dangerous tasks for Putin is to get rid of the saboteurs in the top echelons of power. The same Mikhail Khazin has recently declared that only now did the "Eurasian Sovereignist" group's power roughly match the one of the pro-US "Atlantic Integrationists" (though he did not quite use these expressions which are mine).

»Hopefully Putin is setting up a Serdiukov-like sacking of Nabiulina, but this is not sure at all. The pressure is mounting for him to take dramatic action and to finally begin to de-couple the Russian economy from the western economic orthodoxy known as the Washington Concensus, but there is also a lot of resistance. This is right now by far the biggest threat to Russia and Putin: the 5th column of saboteurs in the top echelons of power, especially the government. As long as these people will remain in power Russia will continue to remain weak and fragile and very susceptible to western economic warfare.»

• Sur Russia Insider, le 8 décembre 2014, Chris Weafer, l’un des fondateurs de la société-conseil Macro-advisory.com, expose le cas qui serait à peu près celui de la position actuelle de Poutine. Weafer est de nationalité irlandaise, il travaille comme conseil dans les matières économiques et financières en Russie et dans les pays avoisinants (notamment du Caucase) depuis plus de vingt ans ; sa position et son analyse se rapprochent de celles des milieux d’affaires, notamment dans le bloc BAO et particulièrement en Allemagne, – favorables à la position politique de Poutine et à la poursuite des échanges financiers et économiques avec la Russie, et notamment des investissements occidentaux en Russie. (Dans Russia Insider, le 8 décembre 2014.)

«Putin’s goal. Putin has made very clear that he wants to change the whole international political system. His view is that the current one is rigged by the US, and he wants to level the playing field. This conflict offers the opportunity to cause some rift between the US and China and, if the EU drops sanctions but the US does not, with Europe. Putin prefers to shift global decision making towards the G20 and with the BRICS groups having a sizeable influence.

»No pressure for change. Putin’s forceful external policy is based on rock-solid support at home from both the electorate and the elite. There is little chance of a Krushchev-style ouster, and even if Putin is removed by an accident, we expect that the system would elevate a similar individual to take his place.

»Not a new Cold War. Putin is rejecting the West’s international system, but not its economic one. He wants access to their markets, he wants to import their goods, and he wants their companies to invest in his economy. None of that has changed. He will keep his capital account open (his elites demand it) and his government will not discriminate against foreign businesses.»

• On voit que ces débats internes à la Russie tournent autour de la question de la continuation ou pas de l’acceptation du “modèle” économique du bloc BAO avec toutes ses pratiques. Assez curieusement, ils raisonnent comme s’il y avait un “modèle”, comme s’il était tenu pour acquis que ce pseudo-modèle était stable, bien en place et fonctionnel, bref comme s’il constituait effectivement un choix possible pour une poursuite de la stabilisation de la Russie. On sait bien que ce n’est en rien le cas, que le “modèle” du bloc BAO est en crise profonde, également et même plus encore aux niveaux financier, économico-social, etc., avec toutes leurs interférences et contradictions internes ; on sait bien que le “modèle” BAO/USA est en fait un modèle d’instabilité chronique, vivant au jour le jour, dans une sorte d’espoir quasiment idéalisée que l’Histoire serait effectivement finie (cf. Fukuyama) et que nous nous trouverions dans l’immuable big Now (voir le 29 janvier 2014), – une curieuse réminiscence du mythique “Eternel Présent”... (voir plus loin).

Il y a là, une sorte de contradiction, vraiment une énorme contradiction. Tous les échos que nous avons, à des niveaux significatifs, notamment dans le monde intra-européen où les liens informel avec la Russie subsistent, rapportent que la rupture politique déjà signalée (voir le 17 octobre 2014) est de plus en plus profonde, et qu’elle concerne non seulement l’aspect politique, mais l’aspect culturel, sociétal, voire “spirituel” si l’on veut, – bref l’aspect civilisationnel. Ces échos disent que les Russes travaillent avec les pays qui leur sont proches de ce point de vue (les BRICS d’une façon générale, surtout l’Inde de façon assez caractéristique, l’Iran, etc.) pour rechercher ce qui pourrait être rien de moins qu’une “alternative civilisationnelle”. Comment imaginer dans ce cas que le “modèle” économique du bloc BAO, – même s’il était en bon état ce qui n’est en rien le cas, – puisse échapper à ce naufrage épouvantable de la contre-civilisation, frappée elle-même en premier lieu par notre fameuse CES ? Par conséquent se pose la question de comprendre pourquoi Poutine n’entame-t-il pas plus franchement qu’il ne fait une processus de reconversion de l’économie russe de façon à la mettre en position plus ouverte vers d’autres voies éventuelles, sinon même de façon à cultiver une voie résolument plus autarcique comme il en est ouvertement question depuis le printemps dernier  ? Ou bien, est-ce que Poutine a d’ores et déjà pris sa décision mais qu’il entend manœuvrer avec les forces en présence, notamment les “atlantistes”, avant de proclamer cette orientation ? Ou bien, est-ce que Poutine a d’ores et déjà lancé sa NEP à lui (“Nouvelle Politique Economique” de Lénine, en 1922, mais dans le sens contraire de ce qu’on attend de Poutine), – comme l’affirme Martin Sieff dans Russian Insider, le 11 décembre 2014 ? Hypothèses... (Bien entendu, il y a l’hypothèque selon laquelle Poutine ne puisse poser un tel acte sans mettre en danger tout l’édifice russe ... Mais l’on sait déjà, peu ou prou, que cet édifice sera nécessairement la proie du Système/du bloc BAO s’il ne fait rien de décisif à cet égard, si Poutine accepte le pseudo-modèle, – et “être la proie”, c’est être entraîné dans la Chute et perdre la Russie.)

• ... En effet, la crise du bloc BAO est aussi profonde et de plus en plus profonde qu’on le répète, tel qu’on le répète sans cesse et elle-même toujours en avance de ce qu’on peut en imaginer. Le dernier élément de cette crise en développement est la concrétisation rampante de la crise interne des USA à partir du phénomène que nous qualifiions récemment (voir le 27 novembre 2014) de “Révolution de couleur Made In USA”. On doit comprendre que les événements ne se sont pas apaisés vraiment et que l’agitation se poursuit sporadiquement dans diverses villes aux USA, jusqu’à l’hypothèse qu’ils deviendraient endémiques. Une thèse générale dans les milieux alternatifs d’opposition de tendance antiSystème est que ces événements, qui sont cantonnés avec attention pour la narrative officielle dans le domaine du “racisme” avec ses effets au niveau de la justice et des violences policières, rendent compte en réalité de la profonde crise qui affecte le système de l’américanisme dans son ensemble. L’inégalité de fortune, symboliquement placé entre les 1% et les 99%, a atteint des situations qui n’ont jamais eu aucun équivalent dans l’histoire des USA, y compris dans les deux périodes d’intense capitalisme sauvage et de communication, – le Gilded Age des années 1865-1890 et les Roaring Twenties des années 1919-1929. C’est-à-dire que l’inégalité des fortunes aux USA entre les groupes sociaux identifiés, selon des références statistiques stables, représentent aujourd’hui un cas unique dans l’Histoire, dans la mesure des comparaisons qu’on peut faire avec les anciennes périodes, – mais un cas si complètement unique dans les disparités de fortune enregistrées qu’on peut aisément ne pas tenir compte de l’incertitude due à l’éloignement des périodes considérées et effectivement affirmer le “cas unique”.

Une thèse à ce propos est développée Michael Thomas, sur Infowars.com, le 8 décembre 2014, selon laquelle l'administration Obama favorise une “guerre raciale” aux USA. La thèse est substantivée par l’attitude durant les événements de Ferguson & Cie de l’administration, ambiguë, contradictoire, etc., avec une affirmation que la division raciale aux dépens des africains-américains se poursuit. Outre l’argument qu’ainsi l’administration Obama repousse en les étouffant dans une cause sociétale où il saura jouer de l’affectivisme les très nombreuses accusations d’inconstitutionnalité lancées contre elle dans d’autres domaines, il y a surtout celui qu’en favorisant la “guerre raciale”, c’est-à-dire en opposant blancs et noirs, on écarte le spectre de la “guerre des classes” (les pauvres [99%] contre les riches [1‰]). Là, le Système, de Wall Street à Washington D.C., ne pourrait qu’applaudir, et Obama retrouve son rôle naturel de défenseur du corporate power et des 1%.

Il est incontestable que, de tous temps, la véritable défense de l’oligarchie US a été la division raciale, empêchant l’union des Noirs, à la condition sociale désastreuse en plus de la condition raciale (les conditions raciales devenant un aspect de leur condition sociale), et d’autre part les “petits blancs” du XIXème siècle qui sont réapparus en masse avec la crise, qui forment aujourd’hui une masse importante des 99%. Mais cette tactique de division, aujourd’hui, est aussi désespérée que la situation US elle-même. Il y a eu très peu de “réaction blanche” anti-noire aux premiers incidents très marqués racialement, et les manifestations sur tout le territoire US qui ont suivi étaient largement interraciales, et de plus en plus centrés sur l’opposition à un “pouvoir policier” perçu comme un bouclier du pouvoir-Système (les 1%)...

«The mere knowledge of their plans greatly minimizes the likelihood that TPTB [The Power That Be] will be successful in this misguided endeavor. Because they have used the same devious tactics practically forever, they are easily known by their actions. With smartphones in the hands of almost everyone who leaves their home these days, it’s much easier to capture their crimes against humanity in real time. Hence, TPTB police perps on the ground are much easier to nail, as we all saw with the callous killing of Eric Garner...»

Après plusieurs semaines d’incidents et une situation explosive face au comportement de la police qui est considérée comme hors de contrôle, la situation reste explosive. De plus en plus, à cause de la perception psychologique du glissement du racial vers le social, un incident causé par la police contre un Noir engendrera une réaction de plus en plus multiraciale. C’est un problème insoluble pour le pouvoir-Système, c’est-à-dire le problème d’une tension constante débouchant sur la menace d’une “guerre sociale”, – une “guerre” postmoderne, qui n’a pas besoin de nombreuses victimes pour devenir grave, qui passe à cet égard par la perception qu’en donne la communication.

• Comme on l’a observé le 10 décembre 2014 à propos du rapport sur la CIA et ses pratiques de torture, cette nouvelle crise est venue “à point” pour détourner l’attention des troubles des dernières semaines ... Mais cet état de fait ne signifie pas que le nouveau “présent” (la CIA) a liquidé le “présent” devenu “passé” de la crise Michael Brown & la suite ... Nous pouvions alors observer effectivement que «l’affaire du rapport de la CIA vient à point (!) pour détourner l’attention des troubles qui parcourent les USA depuis la fin novembre [...] Stricto sensu, c’est vrai, l’attention est détournée... [...] [...Mais désormais,] une crise ne chasse pas l’autre, elle s’ajoute à la précédente pour constituer cette construction vertigineuse, cette tour de Babel des crises US diverses...»

• Au contraire des tendances que nous avons esquissées plus haut, il y a un texte de Dimitri Orlov, sur son site Club Orlov, le 9 décembre 2014. Avec le style ironique et sarcastique qui caractérise le site et son éditeur, est développée l’idée qu’une nouvelle formule doit être ajoutée à celles qui définissent le “ministère de la Vérité” du 1984 de Orwell, et qu’il s’agit de “La défaite c’est la Victoire”. Cette nouvelle Vérité devrait suffire à faire perdurer l’Empire bien au-delà de ce que les pessimistes-réalistes (dont Orlov lui-même) annoncent généralement ...

«On the wall of George Orwell's Ministry of Truth from his novel 1984 there were three slogans : WAR IS PEACE, FREEDOM IS SLAVERY, IGNORANCE IS STRENGTH... [...] But there is a fourth slogan they need to add to the wall of Washington's Ministry of Truth. It is this: DEFEAT IS VICTORY... [...]

»...With a history that fake, the American Ministry of Truth may yet manage to project it into the future as well. They may produce a level of ignorance so astonishingly high that Americans at large won't know that they have been defeated, thinking that the torrential downpour of the world's rancid slops raining down on their heads is God's rain, and being thankful for it. Unless, that is, enough Americans wake up and start making the word DEFEAT part of the national vocabulary. This is not a exceptional nation, not an indispensable nation, but a defeated one. Defeated by their own hands, mind you, because nobody particularly went out of their way to defeat them. They showed up to get beaten, over and over again, until they got what they came for.

»Now, defeat has proven to be a great learning experience to many countries that then went on to be quite successful: Germany (on second try), Japan, Russia after the Cold War... Of course, the first step in that learning process is to admit defeat. But if you don't want to do that, that's OK, because there is always ignorance to give you all the strength you need.»

Il faut prendre ces remarques ironiques-sarcastiques à la lettre, car elles signifient quelque chose. Il est vrai que les USA ne peuvent connaître la défaite, cela se trouve aussi bien dans leur pseudo-ontologie non-historique que dans leur psychologie (indéfectibilité, à côté de l’inculpabilité). Mais il nous paraît difficile que le Ministry of Truth arrive à faire tenir droit, malgré ses flics par myriades, le concept Defeat Is Victory, comme ses autres préceptes d’ailleurs, parce que, si le “degré d’ignorance” de la populace américaniste est en général abyssal (sauf une très faible marge d’antiSystème européanisés), cette ignorance se repaît aussi bien des narrative favorables au Système que des narrative antiSystème à cause de l’extraordinaire puissance du système de la communication, de l’internet, de la prolifération du complotisme attribué au “Centre” avec ses 1%, etc ... Nous ne demandons à ce système de la communication que d’être ce qu’il est, – non pas le vertueux champ de bataille de la Vérité contre le Mensonge mais l’Armageddon de l’antiSystème contre le Système.

Par conséquent, même cette recette orwellienne (“Defeat Is Victory”), à notre sens, ne marchera pas et ne marche pas. Même la conviction que les USA ne peuvent connaître la défaite, partagée par quasiment tous aux USA (pro-Système et antiSystème), ne protège pas le pouvoir-Système de l’insurrection à la mode postmoderniste. Les issues sont alors psychologiques, – dans toutes les variétés des affections mentales, – et se retrouvent dans ce jugement extraordinaire de Lincoln , – lucidité, intuition, prémonition ? – que nous ne cessons de citer et de citer encore... 1838, Springfield, Illinois, premier discours du jeune Lincoln (29 ans), élu pour la première fois comme représentant de l’Illinois à la Chambre, à Washington... «A quel moment, donc, faut-il s’attendre à voir surgir le danger [pour l’Amérique]? Je réponds que, s’il doit nous atteindre un jour, il devra surgir de nous-mêmes. [...] Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant.» ... Pas besoin de défaite.

(Commentant cette citation le 23 janvier 2010, nous notions ceci, qui vaut pour l’Amérique, mais aussi pour la modernité devenue postmodernité avec son “éternel présent” de pacotille, et, bien entendu, pour son affreuse création de notre contre-civilisation : «Le suicide s'explique par le fait que la “nation d'hommes libres” découvre qu'elle n'est pas une nation et que la notion d'“hommes libres” est par conséquent une chimère, sorte d'American Dream d'un Lincoln combattant par cette conceptualisation sa terrible tendance au pessimisme et à la dépression de sa psychologie.» C’est-à-dire, toujours le même affrontement entre la chose sans principes, sans structuration historique, contre la structuration principielle...)

On demande un “Universal Gorbatchev”

“Curieuse réminiscence du mythique ‘Eternel Présent’” notons-nous plus haut, en faisant référence à l’idée du big Now rappelée à cette occasion et décrivant l’attitude plutôt de type sociétal et “philosophique” du bloc BAO. (“Le ‘modèle’ BAO/USA est en fait un modèle d’instabilité chronique, vivant au jour le jour, dans une sorte d’espoir quasiment idéalisée que l’Histoire serait effectivement finie [cf. Fukuyama] et que nous nous trouverions dans l’immuable big Now ([voir le 29 janvier 2014], – une curieuse réminiscence du mythique ‘Eternel Présent’”...). Curieuse réminiscence, certes, ou nostalgie inconsciente des origines, – dans tous les cas, signe de désarroi profond, ce qui nous intéresse évidemment pour la vérité de la situation présente. Il ne s’agit, après tout, de rien de moins que de l’inversion involontaire ou inconsciente, ou bien l’incantation implicite et tout aussi invertie si l’on veut à l’immémoriale initiation ésotérique renvoyant à la Pax Profunda des Philosophes de la philosophie principielle. Dans cette référence interprétée comme une narrative évidemment invertie, l’“éternel présent” prétendant à une transmutation en “Éternel Présent” sous la forme de la Pax Profunda universelle serait retrouvée avec l’Unité fondamentale des origines... Dominique de Roux écrivait dans son Écriture de De Gaulle :

«Ainsi que le Phoenix éternellement renaissant de ses propres cendres par la double vertu, dévastatrice et salvatrice, du feu philosophique, “l’homme des tempêtes” sait qu’il n’y a pas de survie sans l’expérience directe, lancinante, de la mort, ni de Paix profonde , – la Pax Profunda des Philosophes, – sans la traversée tragique des éléments déchaînés pas de salut sans l’affrontement lucide des plus grands périls, pas de détachement ni de liberté pour celui qui n’aurait pas parcouru jusqu’à ses plus extrêmes limites, les espaces de l’agitation, du démembrement et de l’extinction.»

On observera que notre big Now, alias “éternel présent” spécifiquement écrit sans la moindre majuscule à l’horizon, est institué, par la pensée-publicitaire de notre conception générale et dominante, alors qu’on se trouve au cœur même de “la traversée tragique des éléments déchaînés” ; ainsi notre big Now serait-il institué en vérité comme pour en conjurer l’écrasante vérité. Plutôt qu’aller à ses limites, achever cette “traversée tragique” pour en sortir transmuté et haussé jusqu’aux plus hauts sommets comme le propose la définition de Roux, s’y installer, dans cette “traversée tragique”, et n’en plus bouger puisqu’on dénie l’existence de ces “éléments déchaînés” et que l’on ignore tout de ce qu’est le tragique, – enfin proclamer le grotesque “éternel présent”, l’usurpateur... Comment concevoir un “éternel présent” singeant l’“Éternel Présent” de la Pax Profunda, apaisée, réalisée dans l’Unité primordiale, au cœur du déchaînement des événements tragiques du monde plongé dans une crise d’effondrement ? Alors que se déchaînent ces événements tragiques dont l’“Éternel Présent” marque justement le terme, le triomphe après le parcours initiatique ? Il s’agit donc bien d’une incantation, et faite par des esprits non pas éventuellement primaires par constitution originelle mais retombés dans une primarité catastrophique après avoir cru à leur accomplissement. C’est la marque même de la postmodernité instituant une Pax Profunda absolument invertie, développement de la narrative de déni des “éléments déchaînés” au cœur même des “éléments déchaînés”, prenant sans doute le calme trompeur et paradoxal de l’œil du cyclone pour l’apaisement du cyclone. C’est le strabisme divergent lorsqu’il devient eschatologique.

Nous faisons ce développement de ce qui serait une sorte de mythe habitant nos esprits malades par subversion d’une psychologie complètement en décomposition pathologique à force de faiblesse et de proximité du “déchaînement de la Matière” (du Mal), parce qu’on constate effectivement ces extraordinaires disparités dans les différents jugements implicites portés selon qu’on passe d’un domaine à l’autre, avec une capacité de cloisonnement de l’esprit dépassant l’hermétisme des plus terribles prisons que le sapiens ait jamais édifiées. Ces contradictions par cloisonnement semblent parfois ne pas épargner même les plus lucides parmi ces esprits affrontant les affaires du monde, parmi les plus avertis des conditions des “éléments déchainés” et des conditions de ce que nous identifions, nous, comme les conditions marquant l’effondrement du Système.

Même un Poutine, s’il y a effectivement hésitation chez lui concernant le problème qu’on a vu, malgré le dégoût total déjà mentionné que lui et sa direction, et les élites correspondantes, manifestent à l’encontre du bloc BAO (cela est dit, exprimé, redit et proclamé, autant dans les discours publics que dans les innombrables confidences privées), – malgré tout cela, un Poutine semble parfois tenté de continuer à jouer la carte de l’accommodement au niveau opérationnel du “modèle” (!) économique dont on sait qu’il est entièrement la création du Système et qui ne peut être qu’à son image. On dira qu’il y est peut-être obligé, ou pressé par sa prudence naturelle qui a déjà fait ses preuves ; mais il y a, encore et toujours, “les éléments déchaînés”, dont le déchaînement ne faiblit pas mais au contraire ne fait qu’augmenter. La prudence devrait paradoxalement devenir, un jour enfin, de rejeter, de mettre en accusation totalement la source de ce déchaînement, de l’identifier comme telle et de la dénoncer comme telle, – et de proclamer la mobilisation des esprits et des âmes contre cette calamité universelle. Il ne serait alors plus question de la stabilité du rouble et du prix du pétrole, car nous serions à un tout autre niveau, passés du sous-sol aux plus hautes destinées ... La Russie a déjà fait cela, selon d’autres circonstances, et son destin l’y invite à nouveau ; nombre d’esprits et d’âmes, dans le bloc BAO et souffrant de l’emprise catastrophique de ce bloc BAO, et engagés dans la lutte contre lui, attendent désespérément cela. Entendons-nous bien, et même très bien : il ne s'agit pas d'une attaque nucléaire, il s'agit de proclamer que le Système s'effondre et que l'espèce, avec ses espoirs et avec ses croyances, doit à la fois souhaiter cet effondrement et s'apprêter à affronter ses conséquences inconnues... (Certains diraient que Poutine est fou : tendez-leur un miroir pour toute réponse.)

D’un autre côté, et laissant de côté les éléments conjoncturels de la situation américaniste qui ne font qu’illustrer ce que nous dit Orlov, nous observons que ce que décrit Orlov, qui est la vision de l’intérieur du bloc BAO, présente une partie de la vérité de la situation, sans aucun doute, mais une partie seulement, et qui n’est pas contredite mais qui est infirmée par ce que nous savons de la Grande République. Là aussi, la contradiction règne et les effets ou les substituts de la CES se font toujours plus pressants. En aucun cas il ne s’agit d’une situation statique, même effroyablement grotesque, médiocre et mensongère, mais d’une dynamique portée et emportée dans un flux crisique irrésistible qui la dépasse et l’emmène vers où il faut qu’elle aille.

Ce que dit Orlov sur son mode ironique-sarcastique est à la fois vrai et impossible-insupportable, – fait même de la situation américaniste (bloc BAO) et impossibilité-insupportabilité de ce fait. La situation américaniste ne peut pas durer parce qu’elle est à la fois affirmation d’une staticité totale, – tout est bien, rien ne changera même si tout est d’un équilibre si précaire (narrative, tout le monde au garde-à-vous), – et d’une mobilité extraordinaire, insaisissable, – non, même pas comme du sable, mais comme de l’eau qui vous échappe entre les doigts ouverts d’une main. Compte tenu de la psychologie de la postmodernité et de la psychologie de l’américanisme ainsi mêlées, cette situation est à la fois l’“éternel présent” version-postmoderniste, à la fois le futur toujours en marche, toujours à la conquête de l’avenir, un futur même au-delà de l’avenir (les pessimistes-optimistes du parti antiSystème, eux, ironisent sur un futur même au-delà de l’avenir qui serait nécessairement catastrophique)... Cette situation-là des deux extrêmes mélangés ne peut tenir, mais on ignore dans quel sens elle ne peut tenir. Ainsi nous le suggérait le titre du pseudo-dernier film de Marilyn, “pseudo-” parce que jamais fini, Something’s got to give (ou Something’s gotta give, – “quelque chose doit se produire, doit arriver... [parce que la tension est trop forte pour qu’il en soit autrement]”) ; et le “quelque chose“ arriva, d’absolument imprévu par le scénario, – la mort de Marilyn Monroe, et par conséquent la non-manufacture du film... Ce film pris pour symbole et sans trop s’attacher à la trame du contenu nécessairement futile, son titre nous indiquait la destinée qu’il entendait illustrer mais le scénariste s’était avéré incapable de seulement concevoir de quelle destinée il s’agissait, exactement comme cette attente où nous sommes que des forces extérieures à nous-mêmes, les sapiens, interviennent pour introduire dans notre destin ce bouleversement que nous sommes absolument incapables de concevoir. Et nous savons bien, nous sentons avec quelle force, qu’elles sont là, ces forces, qu’elles sont sur le point d’intervenir, qu’elles interviennent déjà...

Pour les attendus de cette analyse conçue comme un dossier événementiels, nous ne faisons que le constat de situations différentes mais pourtant similaires, bien que les acteurs soient d’un côté courageux et parcourus de lucidités éclatantes d’un instant sur la situation générale catastrophique, de l’autre hystériques et absolument aveuglés par la terreur de devoir considérer un instant la vérité de cette situation catastrophique. En effet, tous, selon leur degré de capacité et leur choix de la responsabilité ou de l’irresponsabilité, sont placés devant les mêmes échéances catastrophiques et profondément énigmatiques, dans une situation où le tempête des “éléments déchaînés” nous hurle que les temps sont venus et qu’il s’agit bien d’accepter l’idée qu’il est temps d’affronter la vérité catastrophique de la situation.

Il est temps que des sapiens conscients par intuition de la vérité de la situation, ou devinant de plus en plus précisément ce qu’elle pourrait être, sollicitent l’audace pour tenter de faire accélérer le processus d’effondrement du Système, par tous les moyens possibles, parce qu’il est absolument nécessaire qu’il y ait cet effondrement du Système, – absolument nécessaire pour la survie de ce qu’il reste d’utile et de digne en nous-mêmes. Il ne s’agit pas nécessairement, tant s’en faut à notre sens, d’actes géopolitiques, d’actes de guerre, d’actes attentatoires, etc., bref d’actes politiques au sens le plus large, au sens où la pratique des époques disparues nous avait habitués. Il s’agit bien de communication, du système de la communication, car c’est bien par là, aujourd’hui, que l’on met à nu et en question le point faible universel dans cette situation du Système : la psychologie humaine ... C’est par elle, la communication qui a son système à elle, que les forces extérieures dont nous parlons si souvent s’immisceront dans nos esprits, suscitant à la fois ce besoin et cette acceptation de changement fondamental de la situation du monde.

Il ne s’agit pas d’incantation de notre fait. Nous nous appuyons sur un acte du passé pas si lointain, et que pourtant tant de forces intéressées déforment à loisir, pour affirmer plus que jamais ce précédent historique (métahistorique) qu’un homme, au cœur d’un autre système pourtant jugé inéluctable, indestructible et insaisissable, inconscient des conséquences qu’il allait susciter, incapable de calculer la force de la dynamique qu’il mettait en branle, un tel homme avait réussi une telle opération. Par la psychologie bien plus que par toute autre quincaillerie habituelle du Système (les armements, le prix du pétrole, etc., tous les habituels lampistes de nos explications si exquisément rationnelles), Gorbatchev et sa glasnost développée d’une façon absolument artisanale réussirent à faire s’effondrer l’édifice entier du susdit système (le soviétique). C’est cette sorte d’événements que nous attendons, qu’il se produise à l’Est ou à l’Ouest, ou n’importe où dans les espaces vacants de tous les points cardinaux, même si nous avons une peur horrible qu’il se produise parce que nous sommes nécessairement une somme colossale de contradictions. Il n’est nullement assuré qu’il doive s’agir d’un Poutine ou d’une entreprise russe, il n’est nullement assuré que tous les pays du bloc BAO soient définitivement englués dans leur aveuglement, – parce que cette sorte d’enjeu-là dépasse de tant de hauteur toutes les contingences humaines. Par conséquent n’importe quoi peut venir de n’importe où, et rien n’est assuré sinon la nécessité que nous que nous mesurons chaque jour qu’une issue décisive est désormais ouverte, terrible et fascinante, inconnue et inévitable...

 

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