Du Texit à JASTA, la dissolution-turbo

Faits et commentaires

   Forum

Il y a 3 commentaires associés à cet article. Vous pouvez les consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

Du Texit à JASTA, la dissolution-turbo

19 mai 2016 – Nous allons présenter deux affaires très différentes aux USA, qui nous semblent participer d’une même dynamique de “dissolution” des us et coutumes de l’establishment. Nous allons les détailler parce qu’elles sont intéressantes dans la mesure où elles portent sur deux sujets extrêmement importants d’une part, extrêmement différents d’autre part. Il s’agit pour nous, justement à cause de la différence des domaines, de mettre en évidence combien cette “dissolution” n’est pas un phénomène conjoncturel répondant à une logique opérationnelle, même issue d’une circonstance inattendue, mais d’un phénomène structurel.

• Le premier point concerne le phénomène de la sécession, considéré dans son sens le plus large et selon une approche extrêmement instructurée... On constate qu’on a frôlé de peu, – de deux voix, – une disposition proposée pour la prochaine plate-forme/programme du parti républicain du Texas. Il s’agissait du projet d’organisation d’un référendum sur la sécession du Texas de l’Union, – ce qu’on nommerait bien entendu Texit. Si l’idée avait été adoptée dans le projet de plate-forme, celle-ci aurait été soumise aux 4.000 délégués du parti républicain, et il est probable qu’elle aurait été laissée en place tant le projet d’un référendum sur la sécession a de plus en plus de popularité au plus l’on descend dans la hiérarchie du parti, et au niveau des militants et de la population.

C’est ce qui ressort du récit assez chaotique, – comme d’habitude pour ce quotidien, – que fait le Daily Mail du processus qui a vu cette proposition arriver aux portes du programme officiel du parti républicain. On remarquera dans ce récit que le mouvement sécessionniste TNM (le Texas Nationalist Movement) fait de l’entrisme, qu’il ne trouve qu’une opposition assez conventionnelle, sinon pathétique, comme celle du Gouverneur-adjoint Dan Patrick selon lequel « il y a déjà eu bien trop de morts dans ce pays [les USA, à ce propos,] pour qu’on soit partisan de la sécession ».

« Texas secessionists were narrowly defeated after nearly forcing the state Republican Party to vote on their cause. A committee of Texas GOP leaders threw out drafted language in the party platform that supported a referendum on Texas leaving the United States Thursday – but only by a tiny margin. The political platform fell just two votes shy of going to the convention floor of nearly 4,000 delegates. A committee of Texas GOP leaders narrowly threw out drafted language in the party platform that supported a referendum on Texas leaving the United States Thursday.

» The Texas Nationalist Movement, once a grassroots organisation has been leading the effort for ten years and as Thursday's near-vote shows, is now becoming more mainstream. The group's president Daniel Miller told CNN: “We want Texas to become an independent state. It's not that far-fetched of an idea. This idea that people have the right of self-determination and places like Texas can assert their right of self-determination and become independent nation states is not that odd at all.'

» But the Texas Nationalist Movement has no support whatsoever from top Republicans. Texas GOP chairman Tom Mechler  told the Houston Chronicle that the Nationalist Movement was not a Republican group and was simply using the state party as apparatus to push its cause.  He added: “Republican is not even in their name.” While Lt. Gov. Dan Patrick said “too many people died for this country’ to support secession.”

» But the push has had support from some of the lower ranks. SREC member of Senate District 11 in the Greater Houston area Tanya Robertson has led the drive for an independence vote within the party. She told the Chronicle last year: “There’s been a big groundswell of Texans that are getting into the Texas independence issue. I believe conservatives in Texas should have a choice to voice their opinion.” »

En temps normal, on s’étonnerait avec une certaine condescendance de cette avancée, pour conclure que le folklore a encore de beaux jours devant lui, histoire de distraire le chaland ; ou bien non, en temps normal, finalement, cette sorte de proposition n’arriverait pas là où elle est arrivée et cela arrive aujourd’hui parce que nous ne sommes manifestement pas dans un temps normal. Il faut voir qu’il s’agit d’un événement extrêmement peu habituel, qu’un parti évidemment hors-Système (le TNM), même s’il obtient des résultats souvent non négligeables, parvienne à s’infiltrer, avec l’aide de quelques élus et surtout des représentants de la base du parti jusqu’à parvenir à deux voix de faire inscrire une proposition aussi révolutionnaire par rapport aux normes de l’establishment qu’une proposition de référendum sur le Texit.

• Autre événement très notable, le vote de la loi dite JASTA par le Sénat des États-Unis, mardi. Il s’agit d’une démarche inattendue par rapport à la situation qui s’était dessinée en avril dernier, peu avant la visite d’Obama en Arabie Saoudite. Il y a donc un mois, alors que l’on s’agitait beaucoup autour de la question de rendre publiques les 28-pages restées secrètes du rapport du gouvernement (datant de 2002) sur l’attaque 9/11, le Sénat débattait de la loi dite JASTA (Justice Against Sponsors of Terrorism Act). Cette démarche concernait particulièrement l’Arabie Saoudite, qui réclamait à tout prix sa liquidation. Pour bien situer le débat, on citera ci-dessous deux extraits d’un texte sur cette question que nous publiâmes le 18 avril 2016. Nous observions combien, à notre sens et d’une façon générale selon tous les avis autorisés, particulièrement du côtés des dissidents et des antiSystème, cette loi (tout comme la déclassification des 28-pages) n’avait aucune chance d’être votée parce que tout simplement l’Arabie n’en voulait pas...

»... • Le vote possible par le Congrès de la loi dite JASTA (Justice Against Sponsors of Terrorism Act) qui rend comptable devant la justice des États-Unis un gouvernement étranger reconnu coupable de soutenir des actes de terrorisme des organisations djihadistes en action auourd’hui (type-Daesh), et notamment à partir de la saisi de ses avoirs aux États-Unis. JASTA doit être considérée, du point de vue des Saoudiens, directement en rapport avec la possibilité de la déclassification des 28 pages du rapport du gouvernement concernant l’attaque 9/11. Les Saoudiens font tout pour empêcherr ce vote, Obama, sympathique président révolutionnaire, leur donnera certainement un coup de main. [....]

» ... On peut observer également que la puissance anglo-saxonne, – justement au travers de ces liens incestueux qui concernent les USA et le Royaume-Uni d’une part, l’Arabie d’autre part, par le biais des affaires 9/11 et Yamamah, – est ainsi soumise, d’une façon bien différente jusqu'à l'inversion des autorités de la puissance de l’ombre et de l’influence civilisationnelle directrice qu’on lui prête, à de bien étranges liens qui exerce sur elle des contraintes d’une puissance considérable. L’Arabie est, à cet égard, comme une sorte de caricature monstrueuse du Système, sortie des sables pour se couvrir elle-même de pétrole, de $milliards et de terrorismes sans fin, quelque chose qui nous donne une parfaite indication de la répartition des forces qui soutiennent le Système et auxquelles le Système délègue sa puissance. Les USA, comme le Royaume-Uni, sont ligotés dans ces rets, et l’empire de l’anglosaxonisme que détaillait superbement, par exemple, le professeur Quigley (*), apparaît comme une sorte d’énorme foire d’empoigne de la corruption où le soi-disant indiscutable suprémacisme de l'anglosaxonisme se trouve réduite à des décomptes d’épicier en $milliards où ses dirigeants sont généralement perdants, avec une politique influencée à mesure de ce rapport de forces comptabilisé en comptes en banque et en activités subversives.

» Personne n’a rien pu faire de sérieux contre cela, depuis des décennies puisqu’effectivement la chose est établie dans le même laps de temps ; aujourd’hui, avec les affaires-crises dont nous parlons qui mettent à jour dans le système de la communication cette vérité-de-situation il se pourrait bien que l’on soit en train d’assister à ce qui pourrait bien être l’entame de son implosion. Pour autant et pour l’immédiat des jours qui viennent, on peut juger que rien ne sera changé du fait des protagonistes. Zuesse observe qu’Obama, qui sera en Arabie jeudi (arrivée mercredi), aura nécessairement la question de cette crise actuelle à l’agenda (“Without a doubt, this topic will be on the agenda, if it won’t constitute the agenda...”) ; et Zuesse continue en proposant l’alternative suivante, – ou Obama ‘représente la population américaine’ ou ‘Obama représente plutôt la famille des Saoud elle-même’ ...

» “If President Obama represents the American public, then the Sauds will have real reason to fear: the U.S. President will not seek to block passage of that bill in Congress. However, if the U.S. President represents instead the Saud family, then a deal will be reached...”

» Là-dessus, Zuesse détaille les nombreux arguments, qui sont évidemment justifiés et complètement solides, selon lesquels le deuxième terme de l’alternative est le bon, et comment par conséquent l’‘on s’arrangera’ : “Furthermore, the impunity of the Saud family is taken simply as a given in Washington...” »

Eh bien, il n’en a donc rien été, et cela malgré les efforts du président Obama pour bloquer JASTA et complaire à ses amis saoudiens. Nous nous sommes trompés, comme tout le monde à cet égard, parce que ce qui était encore vrai le 18 avril ne semble plus l’être du tout un mois plus tard ; la boule de cristal ne suffit plus à donner la prévisuoin des choses. Ainsi ZeroHedge.com présente-t-il, le 18 mai, le vote de JASTA par le Sénat.

« On Tuesday, the US Senate passed the Justice Against Sponsors of Terrorism Act. The bill allows victims of terror attacks on U.S. soil or surviving family members to bring lawsuits against nation-states for activities supporting terrorism. Senator Charles Schumer (D-NY) explained that the bill is very near and dear to his heart, and would “allow the victims of 9/11 to pursue some small measure of justice.”

» Everyone understands that the purpose of the bill, at least in the immediate term, is to enable victims of 9/11 and remaining family members to sue Saudi Arabia. A 60-minutes special on the now infamous “28 pages” renewed interest in the role the Saudi's may or may not have played in the attacks. The segment implied that there are pages of an investigation into the 9/11 attacks that are being hidden from from the public in order to cover up evidence that links the Saudi government to the attacks. [...]

» Saudi Arabia has come out strongly against such legislation, and have threatened to sell $750 billion in US treasury securities and other assets if such a bill is ever passed. While we're not certain if Saudi Arabia has $750 billion to sell, we are certain that as we warned previously, if such legislation does pass, it will open up the US to reciprocal lawsuits which will undoubtedly open many people's eyes to the role the US has played in what others may perceive as terrorism around the world. Something tells us that the bill miraculously won't end up getting enough support to pass the House, and if it does, it certainly will not get enough support to override an Obama Veto once these types of messages have been clearly conveyed to lawmakers. »

La dernière remarque de ZeroHedge.com, même si elle porte sur la Chambre des Représentants qui finirait par tuer JASTA, ou susciterait un veto du président qui tuerait JASTA, nous paraît un peu discutable ; par exemple, dans la mesure assez simple où, au Sénat, assemblée notablement plus conservatrice que la Chambre et donc plus alignée sur le président, l’initiateur de la loi, le sénateur Charles Schumer, a déclaré  « Je pense que nous disposons très aisément des deux-tiers de voix nécessaires pour repousser un éventuel veto du président ». Qui plus est, et sans connaître les méandres extraordinaires des mécanismes législatifs et institutionnels du Congrès, il nous semble que dans un tel cas, la Chambre n’a pas prééminence absolue sur le Sénat, donc qu’il peut y avoir débat d’une part, que la Chambre elle-même a sa propre version d’une loi similaire et qu’il est loin d’être assuré qu’une majorité y et hostile. Ce qui doit être observé alors, c’est qu’il existe effectivement dans ce cas un courant extrêmement vif d’insurrection vis-à-vis de la situation habituelle de l’establishment vis-à-vis des désirs et intérêts de l’Arabie, et cela réalisé par une fraction d’une extrême importance dudit establishment.

Autre événement intéressant survenant comme par un hasard salutaire et plein d’enseignement, la nouvelle qu’on pourrait disposer de certains aspects des 28-pages classifiées par un canal différent, et qu’ils constitueraient “a game-changer” vis-à-vis de l’Arabie, c’est-à-dire la possibilité pour des citoyens d’assigner l’Arabie devant les tribunaux pour sa responsabilité dans l’attaque 9/11, avec demande de réparations, d’indemnisations, etc., à partir de documents officiels appuyant leur demande. (C’est évidemment le fait que l’implication dans 9/11 puisse être débattue devant des tribunaux, avec toutes les révélations possibles à suivre, jusqu’à leur rôle présent vis-à-vis des terrorismes, qui remplit d’horreur les Saoudiens.) C’est Claire Bernish, du site TheAntiMedia qui développe la nouvelle à partir d’un article du New York Times, autre pilier de l’establisment intervenant dans ce cas dans un sens que l’establishment n’est pas censé apprécier particulièrement. On trouve ce texte sur TheAntiMedia le 17 mai, sous le titre : « We Found a Preview of the 28 Redacted Pages — and It’s a 9/11 Game-Changer. » Le début du texte indique ceci : 

« On Tuesday, the New York Times revealed a document published by the National Archives that appears to offer a glimpse into potentially damning information contained in the so-called ‘missing’ 28 pages concerning the attacks on September 11, 2001. Those 28 pages are “an entire section within the official report of the Joint Inquiry into Intelligence Community Activities Before and After the Terrorist Attacks … Conducted by the House and Senate intelligence committees, its 838-page report was published in December 2002.”

» Over the past several weeks, discussion has reignited debate over the need to release the redacted section for several reasons — the most striking being a bill to allow the families of 9/11 victims sue Saudi Arabia over its potential involvement in the attacks. In what cannot be considered a coincidence, also on Tuesday, the Senate voted to approve that exact legislation — called Justice Against Sponsors of Terrorism Act (JASTA) — in direct defiance of vows from Pres. Obama that he will summarily veto the bill should it land on his desk.

» “I think we easily get the two-thirds override if the president should veto,” stated Sen. Charles Schumer on the bill’s passage. »

Observation de la dynamique de dissolution

En apparence, ces deux événements n’ont que peu ou pas de rapports politiques. Ce que nous voulons investiguer, c’est essentiellement le rapport psychologique entre les deux, en signalant bien entendu, – c’est une constante de la situation générale du système de l’américanisme dans cette saison des présidentielles-2016, – combien le phénomène Trump, ce que nous avons nommé dans nos Notes d’analyse d’hier comme “la-possibilité-de-Trump” (comme possible président), constitue à la fois le symptôme et le détonateur de cette situation psychologique collective.

Nous définissons cette situation comme une “dissolution”, c’est-à-dire selon la formule “dd&e” en position d’inversion vertueuse, – c’est-à-dire attaquant le Système au contraire d’être la production offensive du Système, – le stade actif après la déstructuration, ou enchaînant sur la dynamique de déstructuration déjà en cours. La dissolution agit sur les éléments déstructurés qui, à cause de cette déstructuration, ont perdu leur unité psychologique qui leur donne toute leur puissance. C’est à notre sens le cas du système de l’américanisme, déjà très atteint, et qui est en mode-turbo désormais de déstructuration-dissolution à cause du phénomène général d’insurrection de ces présidentielles-2016. L’intérêt est, dans ce cas, que cette “insurrection” frappe, sans conscience de le faire, sans réalisation de ce qui se fait, à l’intérieur du système de l’américanisme, ou de l’establishment lui-même, et contre des éléments de ce système/establishment, amorçant ainsi un processus tout simplement extraordinaire de trahison du Système par le système de l’américanisme.

Nous constatons avec ces deux évènements un processus et/ou des décisions qui vont manifestement à l’encontre des lignes générales et jusqu’ici impératives de l’action du système de l’américanisme. Peu importe à ce point de savoir s’ils se poursuivront, s’ils aboutiront, etc. Nous nous contentons d’observer le phénomène... 1) que l’idée de la possibilité d’un référendum sur la sécession d’un État de l’Union (et pas n’importe lequel : le Texas !) puisse rater de deux voix sa présence sur la plate-forme du parti républicain, malgré l’opposition des dirigeants du parti républicain texan, constitue un acte subversif extraordinaire à l’intérieur du système de l’américanisme. On sait combien le mot de “sécession”, l’idée de “sécession”, constituent l’une des pires abominations concevables dans le cadre du système de l’américanise depuis 1861-1865 : c’est de la dissidence et de la subversion pures... 2) Que le Sénat, malgré la puissance et la nécessité de l’alliance saoudienne, son omniprésence corruptrice, ses liens personnels avec tant de groupes et de familles de l’establishment, le soutien sans faille du président, en arrive à voter la loi JASTA malgré toutes les manœuvres de diversion et de blocage depuis la mi-avril, constitue également un événement d’une très grande puissance, comme le précédent, mais dans un tout autre registre.

L’explication est à notre sens un très fort affaiblissement de la psychologie parmi les membres de l’establishment, et une sorte de désintérêt pour le Système et sa défense, ou bien une perte des repères qui concrétisent le périmètre, les actes et les intérêts qu’il faut défendre pour défendre le Système. Il n’y a aucune organisation dans tout cela, mais un exemple de plus de ce que nous nommons le “chaos-nouveau”, qui touche cette fois la situation intérieure de l’establishment américaniste. Le constat intéressant est que ce “chaos-nouveau” montre la possibilité qu’il a de toucher, d’une façon paradoxalement unificatrice, solidaire, dans un sens involontairement et inconsciemment antiSystème, des psychologies de plus en plus fragiles, et par conséquent des jugements inconscients de plus en plus sceptiques, sinon hostiles à l’encontre des règles-Système de l’establishment, et du Système lui-même.

Il n’y a donc pas de “batailles” à proprement parler dans ces divers cas, mais un chaos effectivement, impliquant des flottements de plus en plus grands, l’attirance de plus en plus libérés pour des appréciations prenant en compte les intérêts ou les penchants des uns et des autres sans référence au Système, etc. Le résultat est que les psychologies puis les jugements évoluent vers des positions répondant à la nature des nécessités les plus traditionnelles, les plus évidentes, telles que les intérêts des États de l’Union, les intérêts nationaux vis-à-vis des incursions extérieures, etc.

Cela n’implique aucun plan, aucun but spécifique à atteindre, aucune promesse de tel ou tel événement ou tel autre, mais véritablement l’installation d’une nouvelle dynamique dont les effets restent à déterminer ; c’est-à-dire, l’installation d’un processus de dissolution de ce qui constituait à l’origine une unité psychologique, et donc une unité de comportement allant jusqu’à l’accord des politiques et de leurs buts (bipartisanship), qui caractérisaient le système de l’américanisme. Nul n’en est vraiment conscient dans la véritable compréhension de cette problématique, mais très nombreux sont ceux qui découvrent, en général avec horreur, certains peut-être avec une secrète satisfaction, l’espèce de morcellement, de détricotage de cette merveille de fonctionnement et d’efficacité maléique que constituait le système de l’américanisme, ou l’establishment.

La “dissolution” est donc bien la traduction conceptuelle selon nos propres références (“dd&e”) du désordre évolué en chaos, puisque toutes ces règles d’unité et ces directives de rangement ne sont plus observées. Après avoir subi le processus de déstructuration, et sans que celui-ci soit nécessairement à son terme, le processus de dissolution est entré en action, se greffant sur le premier, pour s’attaquer aux diverses structures séparées les unes des autres pour les dissoudre par le désordre-devenu-chaos. L’intérêt de cette dynamique est qu’elle laisse très peu de place à des mesures de containment, voire même de défense, – simplement parce qu’on ne sait dans quel sens, par définition, la dissolution se fait ; parce que tous ceux qui affirment qu’il faut une défense (tous les membres de l’establishment, bien entendu), peuvent devenir, à telle ou telle occasion, des acteurs actifs de la dissolution... Effectivement, autant la déstructuration établit des situations de concurrences, des refus de solidarité, des occasions de confrontation, autant la dissolution introduit véritablement le désordre-devenu-chaos parce que plus personne ne sait plus vraiment dans quel sens agir, si c’est à lui à agir, tandis que la puissante psychologie collective qui caractérisait le Système ne cesse de s’affaiblir, de se dissoudre justement.

On a vu et on voit par ailleurs depuis plusieurs semaines cette dynamique en action dans le processus électoral, où la surprise la plus extraordinaire est l’inconsistance, l’insubstance, – la dissolution, pardi, de l’establishment face à “la-possibilité-de-Trump”. Cette  même dissolution touche directement la personnalité d’Hillary Clinton, la championne de l’establishment, qui devient la championne en plein état de dissolution d’un establishment lui-même en pleine dynamique de dissolution. Il y a trois mois, tout le monde, commençant à prendre Trump au sérieux, ricanait en supputant le choix du moyen avec lequel l’establishment allait évidemment le pulvériser. On sait où l’on est aujourd’hui.

Les choses vont vite, et la dissolution est véritablement un cancer, une lèpre, et cette fois elle agit contre le Système lui-même. Le Système qui avait trouvé le meilleur moyen d’établir son empire sur le monde jusqu’à l’entropisation du monde, est donc directement confronté à la créature qu’il a créée. Surpuissance-autodestruction, – Amen.

Donations

Nous avons récolté 1753 € sur 3000 €

faites un don