De l’URSS à la Russie : l’Égypte, 45 ans après

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De l’URSS à la Russie : l’Égypte, 45 ans après

Il apparaît très probable que les Russes et les Égyptiens sont sur le point de signer un accord stratégique d’une importance énorme, donnant aux deux pays la disposition pour chacun de l’espace aérien et des bases aériennes de l’autre. Cet accord est d’abord, ou peut-être plutôt “en apparence”, fondé sur la nécessité reconnue par les deux de coopérer dans la lutte contre le terrorisme islamiste transnational (l’Égypte vient de connaître un terrible attentat qui a fait près de 300 morts dans une mosquée).

Normalement, la visite du ministre russe de la défense en Égypte, le 29 novembre, devrait avoir permis de régler les derniers détails légaux d’un traité que Medvedev avait approuvé la veille pour le compte de la Russie. Andreï Akoulov consacre ce 4 décembre 2017 (Sur Stratégie-Culture.org) une analyse qui prend en compte ce qui constitue ainsi une énorme ouverture, – une de plus, – de la perspective stratégique de la Russie dans la zone, une telle ouverture qui complète et renforce tous les autres acquis de cette puissance depuis 2012-2013 pour compléter le dispositif stratégique de la Russie dans la zone. Comme on le lit dans l’extrait ci-dessous, la Russie retrouve à peu près les positions de l’URSS en 1973, lorsque cette puissance avait atteint le zénith de sa pénétration au Moyen-Orient avant de voir sa situation se dégrader très rapidement du fait du fait de la connivence Sadate-Washington, avec l’achèvement de l’expulsion de l’Égypte des conseillers militaires soviétiques, puis avec les circonstances de la Guerre d’Octobre (1973)...

« Il a été indiqué le 30 novembre que le gouvernement russe avait approuvé un projet d’accord avec l'Egypte, qui permettrait à chaque pays d’utiliser l’espace aérien et les bases aériennes de l’autre. Le projet de contrat a été établi par un décret, signé par le Premier ministre Dmitri Medvedev le 28 novembre, qui a chargé le ministère russe de la Défense de négocier avec les autorités égyptiennes et de signer le document une fois les deux parties parvenues à un accord.

» L'accès aux aéroports égyptiens permettrait aux avions militaires russes de se ravitailler en route vers la Syrie. L'accord concerne un centre logistique supplémentaire, qui pourrait aider les avions russes à agir librement sur le théâtre syrien, si nécessaire. Une fois en vigueur, l'accord rendra la formation du personnel de l'armée de l'air égyptienne [sur les nouveaux matériels russes acquis par l’Égypte] beaucoup plus facile. Le document ne couvre pas les avions de surveillance et de contrôle électronique [type AWACS] et les avions de transport militaire transportant des marchandises dangereuses. L'accord doit être valide pour cinq ans et pourrait être prolongé.

» Le New York Times écrit que l'accord sur les bases aériennes est un “affront voyant fait à l'administration Trump”, car elle représente “la dernière extension de la puissance russe au Moyen-Orient, dans ce cas la coopération avec l'un des plus proches alliés arabes de Washington”. Selon la source, s’il était mis en œuvre, l'accord proposé renforcerait la présence militaire russe dans la région à des niveaux inégalés depuis 1973. Concrètement, la présence d'avions russes en Egypte soulèverait des inquiétudes quant à la sécurité opérationnelle du personnel militaire américain et exigerait coordination avec des avions militaires américains dans le même espace aérien.

» Le New York Times cite des analystes qui affirment que la volonté du Caire de laisser l'aviation russe accéder aux bases aériennes égyptiennes démontre une réduction de l'influence des Etats-Unis dans la région. “Le pouvoir a horreur du vide et quand les Etats-Unis reculent, nous ne pouvons pas avoir l'impression que le monde va nous attendre”, a déclaré Matthew Spence, ancien sous-secrétaire adjoint à la défense pour la politique du Moyen-Orient dans l’administration Obama.

L’Égypte a une position singulière : alliée traditionnelle des USA et de l’Arabie en raison essentiellement du soutien financier de ces deux pays, elle suit par contre au niveau stratégique une évolution qui la place de plus en plus dans une position pas loin d’être antagoniste avec ces deux pays. On sait que les USA et l’Arabie sont les deux manipulateurs du terrorisme islamiste sur l’affrontement duquel le maréchal Sisi a bâti sa prise de pouvoir (en chassant et en pourchassant les Frères Musulmans) et sa politique de sécurité nationale. L’Égypte est en effet l’objet d’attaques terriblement violentes et à finalité éminemment déstructurante et déstabilisante, de la part de ces terrorismes soutenus par leurs “alliés” ; l’attaque récente des près de 300 morts de la mosquée n’a fait que renforcer cette orientation stratégique, et peut-être même a constitué le facteur symbolique et psychologique décisif pour l’établissement de cet accord stratégique croisé avec la Russie concernant les bases et l’espace aériens.

Pour la Russie, cet accord est bien entendu un triomphe stratégique sans précédent. La Russie est d’ores et déjà un fournisseur très important d’armements vers l’Égypte, aux dépens de l’habituelle clientélisme égyptien de l’industrie d’armement US, depuis la fin des années 1970. Mais l’accord va beaucoup plus loin, il constitue un véritable remplacement de l’allié stratégique principal, l’Égypte achevant ainsi de passer de l’alliance US à l’alliance russe. Compte tenu des liens des USA avec l’Egypte, de la position stratégique occupé par l’Égypte, il s’agit bien de cette pénible circonstance où l’on peut juger qu’il y a un “affront” direct terrible pour les USA. Le constat que fait le New York Times est complètement judstyifié.

La chute de l’influence des USA, sa décadence de puissance globale, la dissolution de ses lignes stratégiques de projection de forces se poursuivent en accélérant, comme on le constate depuis 2015 et depuis l’intervention russe en Syrie. Pendant ce temps, à “D.C.-la-folle”, on se bat comme des chiffonniers pour savoir qui exerce le pouvoir, si le président ne pourrait pas être destitué, si l’on ne pourrait pas anéantir totalement soit la Corée du Nord soit l’Iran, soit les deux, à condition que l’on arrive à déterminer le mode de fonctionnement de l’emploi des armes nucléaires et si les généraux décident d’être prêts à obéir aux ordres (après avoir consulté leurs avocats).

 

Mis en ligne le 04 décembre 2017 à 17H12

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