StratCom (USAF) en état insurrectionnel

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StratCom (USAF) en état insurrectionnel

Il est de plus en plus difficile de ne pas considérer que certaines forces armées US, représentant certainement un mouvement de fond de la direction militaire, se trouvent théoriquement en état insurrectionnel vis-à-vis du pouvoir civil suprême (le président Trump, légalement élu et investi du pouvoir légitime de commandant-en-chef). Il est extrêmement difficile de ne pas placer la déclaration du Général Hyten de l’USAF et actuel commandant les forces stratégiques nucléaires US (Strategic Command, ou StratCom) dans la logique des déclarations déjà extraordinaires du Général à la retraite Keyser, qui commanda StratCom en 2011-2013, devant le Sénat lundi dernier. La même définition est employée (un “ordre illégal” pourtant venu du président qui est par définition l’autorité légale suprême, de lancer une frappe nucléaire) que le Général concerné pourrait refuser d’exécuter à cause de cette “illégalité”, si cette “illégalité” était avérée.

Alors que ZeroHedge.com limite l’impact de cette déclaration à une situation opérationnelle spécifique (la Corée du Nord), ce qui atténue la vigueur du propos en le maintenant dans le cadre d’une situation stratégique spécifique, RT (comme Sputnik.News) le présente au contraire dans ce cadre plus général de l’enchaînement sur les déclarations de Keyser devant le Sénat. (L’agence Reuters, elle, prend une position plus neutre en s’en tenant au fait, cela résumé par le titre de la dépêche : « U.S. nuclear general says would resist ‘illegal’ Trump strike order. »)

Extraits de RT : « In the wake of recent Senate debates on the US President's supposedly unquestionable authority to start a nuclear war, a top general says it's not as easy as pushing a red button. All the US top brass, himself included, are trained to disobey “illegal” orders.

» Air Force Gen. John Hyten, commander of the US Strategic Command (STRATCOM), said he would not blindly follow whatever order comes from US President Donald Trump, noting that the law of armed conflict that prohibits the use of disproportionate force and inflicting unnecessary suffering would be a higher authority when it comes to decision-making. “I provide advice to the president, he will tell me what to do. And if it’s illegal, guess what’s going to happen? I’m going to say, ‘Mr. President, that’s illegal.’ And guess what he's going to do? He’s going to say, ‘What would be legal?’ And we'll come up with options, with a mix of capabilities to respond to whatever the situation is, and that’s the way it works. It's not that complicated.”

» Speaking at the Halifax International Security Forum on Saturday, Hyten said the US military is not exactly unprepared to hear the nuclear order. “We’re not stupid people. We think about these things a lot. When you have this responsibility, how do you not think about it?” he said... »

La déclaration de Hyten est au moins aussi extraordinaire que celle de Keyser, et bien entendu doit être placée dans sa continuité ; sauf que Hyten présente une explication absolument extravagante, puérile ou intentionnellement provocante par cette puérilité volontaire... lorsqu’il dit :

« Je donne un avis au président, il me dit ce que je dois faire. Et si c’est illégal, devinez ce qu’il arrive ? Je vais lui dire “Mr. le président, c’est illégal”. Et devinez ce qu’il arrive ? Il va me demander “Qu’est-ce qui serait légal ?” Et nous discuterons de diverses options, avec un ensemble de possibilités pour prendre en compte la situation telle qu’elle est, et c’est comme ça que ça marche. Ce n’est pas si compliqué. »

Plus loin, Hyten dit “Nous (généraux) ne sommes pas des gens stupides”. Il se trouve que nous non plus, les non-Généraux puisque commentateurs indépendants, et que cela nous permet de juger son explication comme “stupide” jusqu’à sembler presque comme une provocation. Un ordre de tir nucléaire est un ordre sans discussion ; l’ancien secrétaire à la défense Perry l’a rappelé, précisant que tout se joue en 3-4 minutes.

Le président ne demande pas au chef de StratCom si son ordre de tirer est “légal”, il le donne pour exécution, point final. Le général Keyser avait été à cet égard, beaucoup plus net, beaucoup plus cohérent et, disons, crédible, en ne niant pas l’aspect extraordinaire de cette position de jugement de la “légalité” de l’ordre, notamment la décision de refuser l’ordre parce qu’il est jugé illégal dans le chef de l’officier général ; et là-dessus, “en concédant” qu’il y aurait une extraordinaire difficulté pour déterminer pourquoi et comment cet ordre est illégal d’une part, et une extraordinaire difficulté dans la “conversation” qu’il aurait avec le président...

» “I would have said: I’m not ready to proceed,” Kehler said.

»  “Then what happens?” he was asked.

»  “I don’t know,” he replied. “Fortunately, these are all hypothetical scenarios. There is the human factor in our system. There is a human element to this.

»  “It would be a very interesting constitutional situation, I believe. The military is obligated to follow legal orders but is not obligated to follow illegal orders,” Kehler said, adding that he always made sure he had legal advisers at hand when he was at Strategic Command.

» “If there is an illegal order presented to the military, the military is obligated to refuse to follow it. The question is the process leading to that determination and how you arrive at that. I would concede to you that would be a very difficult process and a very difficult conversation.” »

Drôle d’atmosphère... On ajoutera, pour corser le tout et ajouter un peu de sel, deux événements, “incident” par “inadvertance” et déclaration délibérée et elle aussi équivalente à un acte d’insubordination quoique moins bruyant.

• Étrange “incident” effectivement et vaguement présenté comme “par inadvertance”, on se demande bien comment et pourquoi ! Il s’agit de l’aventure d’un tweet apparu pendant un assez court laps de temps, mais tout de même passé sur le site officiel du Pentagone... Un tweet extérieur repris à son compte par le compte officiel du Pentagone, d’un surnommé “Proud Resister”, et demandant la démission du président Trump.

ZeroHedge.com rapporte l’incident le 16 novembre 2017 : « Pentagon spokesman Col. Rob Manning said in a statement that an authorized operator of the Defense Department's official Twitter site “erroneously retweeted content that would not be endorsed by the Department of Defense. The operator caught this error and immediately deleted it.” »

• Deuxième cas, la dernière en date (avant beaucoup d’autres) de Nikki Haley, ambassadrice des USA à l’ONU. Le 17 novembre 2017, elle a déclaré à l’ONU que les USA n’avaient pas besoin de l’accord de l’ONU, et qu’ils s’en passeraient donc pour intervenir en Syrie puisque cette intervention se ferait au nom de la justice et de la responsabilité (des USA à faire régner partout la justice). Cette déclaration intervient trois jours après que le secrétaire à la défense Mattis ait déclaré que les USA entendaient rester en Syrie, où ils se trouvent d’ores et déjà (près de 5.000 soldats, selon une précision donnée accidentellement par un général du cru, à Central Command), et où ils se trouvent avec l’accord de l’ONU... Mais qu’importent ces divergences grossières entre membres au plus niveau d’un même gouvernement, la “légalité” fait que les USA font ce qui leur plaît et qu’eux-mêmes, les USA, ne savent pas très bien ce qu’ils font.

« The US does not consider itself constrained by the United Nations Security Council and might seek “justice” in Syria on its own terms, the US representative to the UN, Nikki Haley, has said. (The US took similar action in Libya in 2011.) “With the unity of this council, or alone, unrestrained by Russia’s obstructionism, we will continue to fight for justice and accountability in Syria,” Haley said, blasting Russia’s vetoing of the draft resolution on the extension of the Syrian chemical weapons probe on Friday. »

• Tout cela déroule ses fastes dialectiques d’affirmation d’une vertueuse hybris et d’une puissance militaire d’une efficacité sans équivalent, alors que les navires de l’US Navy continuent à expérimenter des collisions avec la cinquième du genre cette année, toujours dans la même zone Asie-Pacifique, cette fois près du Japon.

La collision est bien sûr un aspect anecdotique par rapport au sujet principal, et en un sens également la dernière de Haley, coutumière de ces insubordinations auxquelles plus personne ne s’arrête. (Quant au tweet retweeté, autant en emporte le web..) Tout de même, l’une et l’autre choses contribuent à entretenir un climat général absolument étrange et extraordinaire, où les déclarations successives d’insubordination des généraux tiennent évidemment la vedette. Certains parlent à propos de ces déclarations d’insubordination d’un “coup en préparation”, comme Finian Cunningham par exemple. Nous commençons à être habitués à ces évaluations, depuis que Trump est en piste, et à ne plus nous en étonner, jusqu’à considérer qu’il y a peut-être quelque chose de plus ou bien quelque chose de différent même si la dynamique semble similaire.

Nous voulons mettre l’accent sur le caractère extraordinaire de ces déclarations d’insubordination qui sont faites comme s’il s’agissait de procédures quasi-normales, qui ne soulèvent guère de protestation en elles-mêmes (le sujet principal restant la question de la possibilité d’une guerre nucléaire et les mécanismes qui y conduisent). Plus encore et outre le caractère surréaliste en soi de la démarche, les explications de ces insubordinations, surtout dans le cas de Hyten, ont un aspect surréaliste et presque cocasse.

En un sens clarifié et hors de toute langue de bois précieux, ce que dit Hyten revient à dire ceci dans l’hypothèse qu’il envisage : “Voilà, Mr. le président, je n’accepte pas votre ordre parce qu’il est illégal, mais si vous voulez, on peut discuter sur cette question de la légalité et peut-être arriver à un compromis...” ; et cela paraissant, au contraire, évoluer dans ce que Hyten juge de la plus parfaite légalité, y compris la légalité constitutionnelle qui fait du président le commandant-en-chef dont tout ordre ne peut être discuté.

Ainsi ces généraux ont-ils un comportement de putschistes dans l’hypothèse envisagé mais en vérité et selon leurs conceptions, ils ne font rien de semblable à un putsch et ils laissent entendre qu’il n’y a rien de la sorte qui se déroule dans leur comportement. Quant à Trump, Mattis, McMaster & Cie, chacun pour des raisons différentes sans doute, ils font jusqu’ici comme si rien de spécial ne se passait et ils se taisent.

Leur politique à tous, les pseudo-“putschistes” et les autres, est faite de comportement, de posture, de communication, et en aucune façon d’actes. Le “coup en préparation” ou “le coup en train de se faire” est un simulacre qui se présente comme tel, une “simulation de coup”, presque comme un jeu-vidéo, et pourtant cela est commenté et dit en direct par des hommes qui ont les responsabilités qu’on sait, – et ainsi le simulacre est-il composé à l’aide de “faits-divers” qui, pris séparément, sont autant de vérités-de-situation ; le résultat, au bout du compte, est que le simulacre se révèle comme tel en ce sens qu’il ne dissimule plus qu’il l’est, que l’ontologie de simulacre qu’est notre époque éclate également comme telle et constitue un événement d’une puissance extrême. Le fait du simulacre, pris à son propre piège, ne peut plus prétendre tromper et devient une vérité-de-situation fondamentale.

Ainsi, à coup de poses, de postures, de comportements et de simulacres, se font des événements fondamentaux dont nous ne savons rien, ni d’eux-mêmes ni de leurs effets. Les comportements et les poses, et les simulacres qui ne se cachent plus de l’être remplacent les actes et les faits. Ce n’est pourtant pas du tout comme si tout se passait comme si rien ne s’était passé, comme nous serions tentés de croire ; c’est au contraire comme si tout se passait comme si tout s’était vraiment passé. Ce qui importe, ce n’est pas un événement identifié mais bien le désordre extraordinaire et étrange qu’entretiennent ces phénomènes, contribuant à accélérer les processus de déstructuration et de dissolution des agencements du Système. Des événements fondamentaux dont nous ne savons rien se font sans que nous nous apercevions de rien ni ne sachions rien de leurs conséquences, déguisés derrière les effets grossiers des simulacres qui ne se dissimulent plus de l’être...

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