De l’inconnaissance du Système

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De l’inconnaissance du Système

13 juillet 2011 — Nous venons de mettre en ligne le numéro du 10 juillet 2011 de dde.crisis. Le thème en est la crise centrale du Système, bien sûr, avec la poursuite de l’examen du Système, mais aussi la position de dde.crisis et du site dedefensa.org par rapport à cette crise centrale et terminale où nous nous trouvons. Pour cette raison, il nous paraît que les lecteurs du site trouveront un intérêt renouvelé à l’éventuelle lecture de ce numéro de dde.crisis. (C’est aussi une façon, pour nous, de donner une appréciation de l’évolution de dde.crisis après la saison 2010-2011 de publication, – la publication s’arrêtant jusqu’au 10 septembre 2011, qui ouvrira la saison 2011-2012.)

Dans ce numéro, nous développons la définition du concept de l’“inconnaissance”, présenté dans le précédent numéro (10 juin 2011) de dde.crisis. Voyez la présentation que nous en faisions, le 13 juin 2011, avec une première approche de la notion d’“inconnaissance” :

«Notre position doit être celle de l’“inconnaissance” (“ni ignorance, ni connaissance”) : on ne peut ignorer l’existence du Système, de son activité, de son dessein ultime, etc. (“ni ignorance”), mais il est inutile et dangereux de tenter de le connaître trop bien pour le détruire éventuellement, car l’on risque d’être absorbé par lui et de disparaître, au moins spirituellement, en lui (“ni connaissance”)…»

A la fin de la rubrique de defensa du numéro du 10 juillet 2011, nous nous attachons, après notre travail de définition du concept, à présenter une façon de concevoir son “opérationnalité” dans les temps présents, face aux remous formidable de la crise. Il s’agit de notre conception d’une attitude de résistance défensive puis offensive face au Système. Nous prenons des exemples concrets, dans le domaine de la communication qui est le principal champ de la bataille en cours à cause de son influence formidable sur la psychologie, notamment au travers de deux cas : les attitudes à avoir, dans tous les cas pour notre compte, face à deux polémiques de la première décennie du XXIème siècle. La polémique 9/11 d’abord, avec la question de la manipulation de cet événement. La polémique sur la crise climatique (Climategate) ensuite, polémique beaucoup plus actuelle, notamment comme l’on peut voir dans notre Forum. Notre appréciation est qu’on ne peut en aucun cas, – à moins de montrer une irresponsabilité que ferait de nous, volens nolens et quoi qu’on en veuille, des créatures du Système, – avoir sur ces questions un jugement qui ne tienne compte d’une façon absolument prioritaire de toutes les capacités de manœuvres et de récupération du Système, qui sont nombreuses, efficaces, et souvent dissimulées au premier coup d’œil. (Cela n’empêche pas que nous avons évidemment nos convictions ; c'est le cas pour la question même de la crise climatique, que nous ne pouvons ni ne voulons en aucun cas séparer de la crise environnementale qui est une catastrophe sans précédent toute entière due au Système et au “déchaînement de la matière” qui l’a enfanté, quels qu’en soient les aléas.)

C’est donc dans cet esprit, à la fois du développement de nos conceptions générales concernant cet événement gigantesque en cours, à la fois de quelques aspects secondaires en cours, grossis par les polémiques du jour et qu’il faut placer dans leur vrai contexte pour bien les comprendre, que nous publions ci-dessous la fin de la rubrique de defensa de dde.crisis. D’autre part, cela doit permettre à tout un chacun d’avoir une meilleure idée des positions de dedefensa.org à cet égard, – cela, sans nous priver pour autant d’interventions ultérieures, beaucoup plus précisément concernant ces polémiques.

Voici donc, ci-dessous, l’extrait de la fin de la rubrique de defensa du numéro du 10 juillet 2011 de dde.crisis.

 

« La nécessité de la rupture

» Dans le cours du développement de La grâce de l’Histoire, nous nous intéressons à la période de la Renaissance comme rupture historique préfigurant celle que nous connaissons, essentiellement du point de vue de la crise. Effectivement, de ce point de vue, le nom donné à la période (“Renaissance”) est un montage historique réalisé par ce qui a suivi, essentiellement la modernité. Le principal caractère de la Renaissance, c’est une “crise de l’esprit” ; cette formule, qui fut employée par Valéry dans son texte fameux de 1919, sert de sous-titre à la thèse d’un spécialiste américain sur l’érudit Agrippa (Agrippa et la crise de la pensée à la Renaissance, de Charles Nauert, éditions Devy, 2006). Nauert note à propos de “ceux qui vivaient au début du XVIème siècle”, que le pessimisme apocalyptique l’emportait largement sur l’optimisme qu’on attribue en général à la période : “Ils assistaient à la dégénérescence des systèmes intellectuels dominants de la scolastique médiévale qui se transformait en causeries purement futiles ou empreintes du désespoir intellectuel et de l’appel à la foi aveugle. […] …une sensation de débilité, de déclin culturel et de décadence, le sentiment que la société occidentale traversait une crise terrible, peut-être son agonie, et que le Jugement Dernier était proche.

» La différence entre cette crise de l’esprit du début du XVIème et la nôtre, celle du début du XXème siècle continuée jusqu’à son paroxysme fatal au début du XXIème siècle, c’est la liberté accordée aux spéculations de l’esprit qui subsistait au début du XVIème siècle et qui n’existe plus au début du XXIème siècle. Au terme de sa carrière marquée par l’angoisse devant l’“anarchie intellectuelle” de son temps, – la description vaut pour nous, n’est-ce pas? – Agrippa, revenu à la pensée spirituelle référée à la stricte religion, après être passé par le néoplatonisme, l’occultisme, la proximité de la Réforme et le scepticisme, “réaffirma que l’esprit ne saurait accomplir son ascension vers Dieu, l’ultime vérité, s’il se fie à des choses uniquement terrestres plutôt qu’aux choses divines”. Pour cela, il fallait que la spéculation autorisée par les choses terrestres de l’esprit admît une référence aux “choses divines”. C’était le cas, ce ne l’est plus aujourd’hui où la spéculation rejette cela. (La “pensée religieuse”, seule voie de référence aux “choses divines” autorisée par l’actuelle police de la pensée, est un domaine asséché, infécond, enfermé dans une quarantaine, dans un coin perdu du camp de concentration qu’est devenu le domaine de la spéculation de l’esprit.)

» Une autre similitude de ces deux crises de la pensée est qu’elles sont toutes deux une insurrection contre la raison. La crise du début du XVIème ne l’était pas contre “les choses divines”, ni même contre la théologie, mais contre la scholastique médiévale qui, à force de “raison raisonnante”, asséchait tout accès aux choses divines. Notre raison a réussi la manœuvre faussaire de transformer cette révolte contre la raison scholastique en révolte contre l’objet de la raison scholastique, – les “choses divines”. Subversion originelle de la modernité.

» Il ne faut pas seulement une révolte, il faut une rupture

» Il s’ensuit de ce qui précède que la spéculation de l’esprit, la recherche d’une issue est, dans le cadre du Système, totalement impossible. Nous sommes condamnés aux “choses terrestres”, c’est-à-dire, sans nous attarder aux charlataneries sans conséquence des mysticismes au rabais, aux seules vaticinations du rationalisme et de ses substituts grimés en fausses alternatives. C’est-à-dire que le champ offert à la révolte contre la raison humaine s’ouvre majestueusement sur la consultation empressée de... la raison humaine. Pour éteindre l’incendie, adressez-vous au pyromane, – lui, il sait. Ainsi mesure-t-on le legs de liberté de l’esprit laissé par cinq siècles de modernité transmutée en “déchaînement de la matière”, après l’opération faussaire assassinant la véritable liberté de l’esprit au long du XVIème siècle, puis lorsque se mirent en place les fondements de la transmutation faussaire accomplie (Siècle des Lumières et des psychologies épuisées, “persiflage” et le reste, jusqu’au grand rendez-vous des trois révolutions).

» Cela nous conduit, dans notre situation présente, à nouveau à la puissante vertu métaphysique de l’inconnaissance. En effet, l’inconnaissance est une vertu parce qu’elle nous situe nécessairement en dehors du Système, et elle l’est alors, dans ce cas, d’une autre façon, avec sa vertu renforcée à mesure. La seule voie pour s’échapper du camp de concentration de l’intellect qu’a établi le Système, c’est effectivement de s’en évader ontologiquement, et l’inconnaissance est la formule, – la situation de perception psychologique, l’attitude du comportement de l’intellect, – qui nous paraît évidente pour réaliser cette évasion. Puisqu’elle propose la situation fondamentale de se tenir en dehors du Système, d’en refuser sa connaissance qui est en elle-même un emprisonnement à son objet, elle rejoint effectivement l’impératif de rupture que nous avons déterminé d’un point de vue historique, après l’avoir manifesté d’un point de vue métaphysique. Effectivement, la métaphysique rencontre l’Histoire, la transforme en métahistoire, caractérise la rupture proposée de ce point de vue, et complète ainsi l’évolution nécessaire pour accomplir le devoir de résistance et s’ériger, non seulement en adversaire du Système, mais en étranger du Système. Non seulement cette position de rupture manifestée par une position intellectuelle de l’en dehors signifie hostilité et résistance, mais, plus encore, elle manifeste un refus ontologique de l’existence du Système.

» Pour prendre une position d’une telle force, d’une telle radicalité, effectivement il faut répudier les chaînes dont le Système nous a chargés et retrouver la liberté pour l’évolution de la spéculation de l’esprit. Dans la situation qui est la nôtre, l’esprit ne peut être laissé avec la seule possibilité du “Pour éteindre l’incendie, adressez-vous au pyromane”. Cette novation intellectuelle de trouver une ouverture qui permette à la spéculation de choisir sa voie et d’échapper au diktat de la raison humaine qui reste subvertie dans son rôle infâme de courroie de transmission du Système, c’est-à-dire de “la matière déchaînée”, l’inconnaissance la ménage absolument. Nous irions même, en esthètes reconnaissants, jusqu’à lui trouver une élégance de bon aloi...

» L’inconnaissance en action

» Notre propos est à la fois celui de l’observation, du savoir dans cet immense bouleversement en cours, de la résistance, – c’est-à-dire de l’action, – contre ce que nous percevons comme le Mal acharné à notre perte. Nous sommes nous-mêmes un exemple et une illustration de notre propos ; en parlant du bouleversement du monde, nous parlons de nous-mêmes notamment, comme si la crise était notre miroir, et cette chronique une façon de s’y mirer. Par conséquent, en décrivant la façon par laquelle nous tentons de tenir “notre rang” dans ces événements, nous procurons à notre lecteur une réflexion conséquente d’un principe de résistance plongé dans l’action.

» Il nous semble bienvenu, après avoir tenté, une fois de plus, de décrire le Système dans quelques-unes de ses facettes, et notamment le concept d’“inconnaissance” comme règle de survie et de résistance, voire comme moyen d’une contre-attaque s’intéressant moins à l’objet de cette contre-attaque qu’à la mise en cause de la légitimité de la justification de son existence même, de tenter également d’offrir l’un ou l’autre exemple de la façon dont nous-mêmes envisageons d’appliquer cette “inconnaissance”. Il existe effectivement des cas dialectiques de communication, – le théâtre favori de la bataille et de la résistance, certes, – qui illustrent parfaitement l’inconnaissance.

» • Deux cas notamment, ces dernières années, ont permis la critique intérieure élaborée du Système. D’une part l’attaque 9/11 et la longue polémique qui s’est engagée à propos de la véracité de l’attentat, du montage effectué par les autorité US. D’autre part, le Climategate, c’est-à-dire la contestation de la version officielle selon laquelle “l’homme” (dito, le Système) est responsable du réchauffement climatique.

» • Dans les deux cas, il s’agit de mettre en cause le Système de l’extérieur, sans se laisser attirer par une prise de position intérieure qui, même si elle est contestatrice à l’extrême, implique qu’on se place à l’intérieur du Système, donc qu’on se soumet à lui. Dans le premier cas, notre réaction a été : “la seule chose dont nous soyons sûr et que nous affirmons comme telle est que la version officielle est fausse”. Il ne nous intéresse pas de participer activement au reste (complot élaboré ou pas) dès lors qu’est affirmé le vice inhérent du Système. Dans le deuxième cas, nous avons pris acte de la version officielle (responsabilité de l’homme), qui a l’avantage d’entériner une division du Système (Climategate est soutenu par les pétroliers et des industries annexes, par le groupe de presse Murdoch), en traduisant cette version par la seule affirmation d’intérêt : responsabilité des forces économiques, industrielles, etc., c’est-à-dire mode de fonctionnement du Système. Nous prenons acte de la version officielle, c’est-à-dire que nous refusons la polémique Climategate, mais en traduisant cette version officielle par sa vérité, vue du dehors : la responsabilité entière et exclusive du Système.

» La logique de l’inconnaissance : les complots de 9/11 et Climategate

» Dans les deux cas, nous nous reposons sur notre savoir et nous refusons de participer à la connaissance des événements mis en question. Le savoir signifie pour nous, par expérience autant que par intuition, que le gouvernement des USA, appendice du Système, ne saurait fournir dans une affaire d’une telle importance (9/11), et objet d’une telle polémique qui le met en cause, une appréciation générale qui correspondît à la vérité ; d’une part, parce qu’il repousse la vérité comme une ennemie impitoyable, d’autre part parce que 9/11 engage trop son destin pour qu’il n’ait pas aménagé sa version officielle en sa faveur. Dans le deuxième cas, la version officielle nous suffit, quelle que soit la question accessoire de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, parce que cette version officielle exprime indirectement, mais d’une façon irréfutable qui établit une vérité par inadvertance du Système, la responsabilité totale du Système dans la crise de la destruction du monde (crise environnementale au sens large). Certains objecteraient là-dessus, arguant de la morale, de la justice, etc., – oubliant de mentionner que ces concepts-là sont relatifs au fonctionnement du Système, – pour ou contre, qu’importe, – et qu’ils seront aménagés pour renforcer, d’une façon ou l’autre, la légitimité du Système. En 1972-74, le Watergate était une crise du Système ; on trouva le coupable et ci-devant lampiste, Nixon, et on le contraignit à la démission. Nixon n’avait fait qu’agir selon les normes du Système, il fut voué aux gémonies ; le Système en acquit un supplément de grandeur et de légitimité. Si Cheney, Rumsfeld & Cie passaient en procès pour 9/11, la même opération aurait eu lieu. Si les adversaires de la thèse de la responsabilité humaine l’emportaient demain, l’activité industrielle et les forages sans restriction redoubleraient, les forêts amazoniennes seraient rasées, la moitié des espèces animales seraient liquidées pour non conformité aux usages du Système, Mobil Exxon, Wall Street et le libre échange triompheraient... Le seul choix qui nous resterait serait d’applaudir à la nouvelle légitimité du Système. Très peu pour nous.

» Dans les deux cas, nous nous appuyons sur notre savoir assorti de l’expérience, et refusons la connaissance plus précise de ces choses évidemment trafiquées par le Système. Nous savons parfaitement que cette connaissance nous obligerait à abandonner notre position extérieure au Système, pour entrer à l’intérieur du Système et nous trouver inéluctablement sous sa dépendance. Elle ne nous donnerait pas plus d’assurance pour cela, – assurance dont n’avons que faire, – tant la réalité officielle est devenue simulacre, fût-elle celle des redresseurs de tort. Le grand vainqueur par KO de notre ralliement serait... le Système.

» Notre choix de l’inconnaissance nous exonère de cette capitulation ultime. Elle nous permet d’échapper à l’emprisonnement du Système, à sa puissance irrésistible. Elle nous permet de refuser toute solidarité avec le Système, sans nécessité de suicide pour la cause, mais au contraire en poursuivant la résistance là où cela peut se faire, – effectivement, en utilisant les moyens du Système, comme l’Internet, l’électricité qui le fait fonctionner et ainsi de suite. Les temps sont très urgents et il n’y a plus de guère de temps pour le sentimentalisme des vertueux. »

 

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