Ave, La Grâce Tome-II

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Ave, La Grâce Tome-II

24 octobre 2016 – Le Tome-II de La Grâce de l’Histoire est parmi nous, sorti des presses de l’imprimeur. Une livraison doit arriver ce matin au cœur de nos terres étrangères, à Bruxelles. Ensuite, il faut compter un peu de temps pour sa distribution et sa répartition entre le coéditeur, le distributeur et nous-mêmes, ici, à dedefensa.org ; ensuite, encore un peu de temps pour mettre en place sur le site la rubrique Librairie.dde dans laquelle il sera présenté avec son ancien compagnon, dit Tome-I, et proposé à la vente aux lecteurs. On peut alors avancer la prévision qu’il sera disponible à la vente, sur ce site, dans la première décade de novembre 2016, disons autour du 10 novembre.

Ce Journal dde.crisis avait annoncé la venue de la chose, le 16 avril 2016. Je donnais quelques indications, d’abord de façon très pratique, en annonçant les derniers délais (où je me suis trompé de peu, chose remarquable par rapport à mes habitudes, puisque sortie du Tome-II annoncée comme “assez probable” pour septembre). Puis quelques indications plus personnelles sur le travail lui-même, les conditions, les circonstances, etc. Je donne ici une citation de ce début du texte du 16 avril qui avait pour titre « La souffrance du monde »...

« ....Actuellement, je mets la dernière plume à la nième relecture du Tome II. Quel changement du tout au tout ! Mis à part l’insuccès complet, qui est la marque constante de toute ma carrière littéraire, j’ai complètement changé d’approche générale de l’écrit, entre mes débuts et aujourd’hui. Dans ma jeunesse, je produisais des livres à une vitesse surprenante, – dont, disons, 95%-96% ne furent jamais publiés...  Aujourd’hui, c’est exactement le contraire, parlant de la vitesse. Pour La Grâce, le canevas disons des deux premiers Tomes est terminé et rédigé autour de 2011-2012. Depuis j’ai travaillé sur le Tome I pour une publication à la fin de 2013, avec promesse qui me semblait facile à rencontrer puisque tout semblait déjà être écrit, de publication du Tome II fin 2014. Voyez le résultat : si le Tome II est publié, disons en juin 2016 cela sera proche du miraculeux, disons en septembre 2016 cela devient assez probable. Entretemps, un nombre incroyable de relecture, de corrections, rajouts, refontes partielles, etc., et relecture, et encore relectures...

» Quoi qu’il en soit, le fait devrait être, selon les dernières nouvelles de la chose, que je suis au terme de la re-re-lecture et sans doute dernière de la Quatrième Partie, une seule Partie restante et une conclusion qui bénéficie d’une relecture d’avance (j’en ai passé des extraits le 1er décembre 2015 et le 31 décembre 2015). Dans cette Partie, assez ardue, je termine sur une note plus personnelle, dont le thème est la souffrance que cette époque terrible inflige à nombre d’entre nous, à titre individuel, et que je veux identifier comme faisant partie de la “souffrance du monde” qui est la conséquence de la même cause, avec la parcellisation de l’individuel réunie en une unité originelle. J’ai trouvé que le sujet était à la fois inactuel, universel, et tout à fait correspondant aux jours que nous vivons. Ainsi en suis-je arrivé à penser qu’il a sa place dans ce Journal-dde.crisis... Inutile d’explication supplémentaire, car je pense avec force que ce texte, cet extrait, se suffit également à lui-même... »

Dirais-je quelques mots plus personnels sur cette sortie ? Alors que je commençai ce texte d’introduction, je me posai cette question, – et en écrivant ces mots, certes, j’y réponds. J’ai une toute petite expérience sur le moment de “la sortie d’un livre” pour un auteur, puisque j’en ai publié quelques-uns, si peu par rapport à mes ambitions de jeunesse à ce propos. (C’est précisément à l’âge de 10 ans, écrivant d’Alger une lettre à mon frère ainé qui faisait ses études à Paris, où je lui racontais avec passion et précision la trame d’un livre que je venais de lire, que me sont venues je crois, d’une façon encore peu consciente mais avec une force dont je n’imaginais pas le millième de sa puissance et de sa résilience, la vocation et la conviction que l’écriture ferait l’essentiel de ma vie, que mon ambition serait d’être écrivain et tout ce qui va avec [journaliste, auteur, chroniqueur, etc.] ; puis très vite avec des rêveries sur les livres à venir, ceux que je commençais à envisager d’écrire, ceux que je publierais, et tout ce qui s’ensuivrait d’une carrière que je ne pouvais imaginer qu’autour de la gloire d’écrire, sans rien espérer ni vouloir, ni même concevoir du point de vue social et professionnel qu’on attache à l’idée d’une “carrière littéraire”. C’était une ambition intérieure et nullement sociale. De ce point de vue j’ai tenu et j’ai été diablement bien servi... Ma “gloire d’écrire” est restée d’une discrétion exemplaire.)

Autant la livraison d’un manuscrit bouclé, après corrections, relectures, etc., est un soulagement, un peu comme on large les amarres ou comme on met une lettre délicate à la poste. Alea Jacta Est : le sort en est jeté, il n’est plus dans mes mains ni de ma responsabilité. Le destin a pris le relais, c’est lui qui assume désormais son sublime labeur et je peux connaître l’apaisement de la tension, de l’angoisse, du délai à tenir, de l’interrogation à propos de ceci ou de cela de cette phrase qu’il faut couper, qu’il faut modifier, qu’il faut laisser en l’état... Autant la sortie du livre, imprimé, devenu cet objet intouchable où vous ne pouvez plus rien changer et qui s’offre à la lecture des autres, peut-être à leur intérêt, à leur enrichissement, souvent vous imaginez-vous à leur critique, voire à leur incompréhension, autant ce moment-là est pour le moins extrêmement mélangé.

(A côté de cela, je vous l’assure pour mon compte et pour expédier le cas, la fierté qui deviendrait vite vanité de “votre œuvre” achevée sous forme du livre est d’une rare futilité au bout du compte. Tout juste renaîtra-t-elle peut-être, dans les moments de solitude dont celui du dernier instant de votre vie, fierté alors justement et humblement transmutée sous la forme d’une certaine sérénité et vous disant dans un souffle : “Eh bien, tu as fait ton travail, ton devoir...”.)

Il y a l’objet, le livre lui-même, l’écrit transformé en une chose autonome et qui ne manque pas de beauté, avec sa présentation et son immuabilité apparente que lui donne la technique de l'impression ; il y a, aussi et surtout, par rapport au soulagement du bouclage du manuscrit, une renaissance de la responsabilité, et avec elle la tension et l’angoisse déjà mentionnées, mais cette fois à propos de l’impuissance de l’impossibilité d’intervenir au contraire de ce travail de correction et de relecture du manuscrit avant bouclage. Alors que la responsabilité était dans le cas du manuscrit celle d’une production dont vous aviez la maîtrise, avec l’affre de l’autocritique et du choix, la voici devenue celle d’une production qui paraît vous être étrangère, avec l’affre de l’impuissance et de l’interdiction du recours. Quelquefois et parfois souvent pour certains, il vous arrive de connaître sans être vraiment surpris des moments d’hostilité, de rancœur, et même d'une peur parfois proche de la panique, vis-à-vis de cette chose qui est de vous et qui ne vous appartient plus du tout, qui vit de sa propre existence, qui vous ignore presque ; pour autant, si quelque reproche lui est fait, si l’opprobre lui est jeté, c’est vous qui êtes chargé du poids de la faute supposée ou proclamée.

Cette ambiguïté est d’une force très grande pour mon compte, et elle n’a cessé de grandir avec l’âge et avec l’écriture qui ne cesse pareillement de s’accumuler dans le travail fait et l’expérience à mesure. Cela est pour dire que, d’une façon qui s’instituerait de plus en plus en une règle générale qui irait jusqu’à être un principe où il y aurait presque du sacré, “le livre” considéré hors de tout fétichisme et presque dans son ontologie n’a cessé, à mes yeux, d’apparaître, une fois fabriqué et comme si cette fabrication lui donnait une âme propre, de plus en plus autonome de l’auteur jusqu’à l’être complètement. C’est bien entendu le même phénomène que celui de l’écrit en général, du langage, que j’ai considéré de plus en plus irrésistiblement et dans la plus complète conscience apaisée à la façon du “logocrate” dont j’ai déjà parlé, et qui constitue, du point de vue du travail de mes écrits, une vérité-de-situation fondamentale : l’écrit ne vous appartient pas, à vous soi-disant auteur, vous n’en êtes que le messager, – et souvent, comme il est dit ici, par George Steiner, le messager “mal à l’aise”, presque “un intrus” : « Le point de vue “logocratique” est beaucoup plus rare et presque par définition, ésotérique. Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l’incipit, dans le langage de l’homme. Il part de l’affirmation selon laquelle le logos précède l’homme, que “l’usage” qu’il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l’homme n’est pas le maître de la parole, mais son serviteur. Il n’est pas propriétaire de la “maison du langage” (die Behausung der Sprache), mais un hôte mal à l’aise, voire un intrus… »

Ainsi en est-il de La Grâce de l’Histoire Tome-II, et à Dieu vat... 

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