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L’histoire récente, surtout celle qui se presse autour du 9/11, est aussi passionnante qu’elle reste à faire. Nous avons suivi le conseil de notre lecteur “Rakk”, le 4 mars 2007 sur notre ‘Forum’, et avons consulté l’interview du général Clark sur le point indiqué. Nous avons retrouvé la transcription sur Democracy Now ! le 2 mars 2007 (en effet, Clark est interviewé par Amy Goodman). Nous avons pensé que nos lecteurs aimeraient avoir immédiatement accès au passage concerné, — que voici :
AMY GOODMAN : Voyez-vous une répétition de ce qui s’est passé à l’approche de la guerre en Irak — les allégations concernant les armes de destruction massive, les médias qui ont emboîté le pas ?
GÉNÉRAL WESLEY CLARK : Eh bien, d’une certaine manière. Mais, vous savez, l’histoire ne se répète jamais exactement à l’identique. Ce sur quoi j’avais mis en garde lors de mon témoignage devant le Congrès en 2002, c’est que si l’on devait s’inquiéter au sujet d’un État, ce ne devait pas être l’Irak, mais l’Iran. Or, ce gouvernement — notre administration — voulait se focaliser sur l’Irak, et non sur l’Iran.
Je savais pourquoi, car j’étais passé au Pentagone juste après le 11 septembre. Une dizaine de jours après les attentats, je me suis rendu au Pentagone et j’y ai vu le secrétaire Rumsfeld ainsi que son adjoint, Wolfowitz. Je suis descendu saluer quelques membres de l’État-major interarmées qui avaient travaillé sous mes ordres, et l’un des généraux m’a fait signe de venir. Il m’a dit : « Mon général, il faut que vous veniez me parler un instant. » J’ai répondu : « Vous êtes trop occupé. » Il a insisté : « Non, non. » Il a ajouté : « Nous avons pris la décision d’entrer en guerre contre l’Irak. » C’était aux alentours du 20 septembre. J’ai demandé : « On va faire la guerre à l’Irak ? Pourquoi ? » Il a répondu : « Je ne sais pas. » Il a ajouté : « J’imagine qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre. » J’ai alors demandé : « Ont-ils trouvé des informations reliant Saddam à Al-Qaïda ? » Il a répondu : « Non, non. » Il a précisé : « Il n’y a rien de nouveau à ce sujet. Ils ont simplement décidé d’entrer en guerre contre l’Irak. » Il a poursuivi : « J’imagine que c’est un peu comme si, ne sachant pas quoi faire face aux terroristes, on se disait qu’on a une armée puissante capable de renverser des gouvernements. » Et il a ajouté : « J’imagine que si le seul outil dont on dispose est un marteau, tous les problèmes finissent par ressembler à des clous. »
Je suis retourné le voir quelques semaines plus tard ; à ce stade, nous bombardions déjà l’Afghanistan. J’ai demandé : « Est-ce qu’on va toujours faire la guerre à l’Irak ? » Il a dit : « Oh, c’est pire que ça. » Il a tendu la main vers son bureau, a pris une feuille de papier et a déclaré : « Je viens de recevoir ça de l’étage du dessus » — entendez par là le bureau du secrétaire à la Défense — « aujourd’hui même. » Il a ajouté : « C’est une note qui décrit comment nous allons éliminer sept pays en cinq ans, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et, pour finir, l’Iran. » J’ai demandé : « C’est un document classifié ? » Il a répondu : « Oui, monsieur. » J’ai dit : « Eh bien, ne me le montrez pas. » Je l’ai revu il y a environ un an et je lui ai dit : « Vous vous souvenez de ça ? » Il a répondu : « Monsieur, je ne vous ai pas montré cette note ! Je ne vous l’ai pas montrée ! »
AMY GOODMAN : Pardonnez-moi. Quel était son nom, déjà ?
GÉNÉRAL WESLEY CLARK : Je ne vous donnerai pas son nom.
AMY GOODMAN : Alors, reprenons la liste des pays.
GÉNÉRAL WESLEY CLARK : Eh bien, en commençant par l’Irak, puis la Syrie et le Liban, ensuite la Libye, puis la Somalie et le Soudan, pour finir par l’Iran. Donc, quand on regarde le cas de l’Iran, on se demande : « Est-ce une répétition du scénario ? » Ce n’est pas exactement une répétition…
L’intérêt dans l’interview de Clark, nous semble-t-il, se trouve dans les motivations des attaques et, d’une façon générale, dans le climat qui régnait au Pentagone dans les jours qui ont suivi 9/11. L’impression générale est d’une part d’une grande confusion (du style : pourquoi vont-ils attaquer l’Irak ? “J'imagine qu'ils ne savent pas quoi faire d'autre”) ; d’autre part, d’une réelle incertitude et de l’abdication de toute volonté devant la dynamique de moyens, — dynamique aux effets bien mal mesurés certes ( “C'est comme les terroristes : on ne sait pas comment les gérer mais comme on a une bonne armée on peut renverser des gouvernements”).
Il y a par contre l’extraordinaire certitude dans la puissance militaire US. Envisager 7 invasions en 5 ans, lorsqu’on mesure ce que nous dit la réalité depuis 5 ans, est édifiant. Dès ces premiers instants, toutes les faiblesses américanistes apparaissent : vanité, aveuglement, autisme, improvisation, lourdeur bureaucratique, absence d’imagination.
Mis en ligne le 5 mars 2007 à 05H50
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