Le F-22 assigné à résidence volante


16/05/2012 - Bloc-Notes

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Le F-22 assigné à résidence volante

Le F-22 et son oxygène ne cessent pas de nous tracasser, et le secrétaire à la défense lui-même s’en avise. Panetta vient d’ordonner une série de mesures de restriction de vol et d’accès facilité aux systèmes annexes d’alimentation d’urgence en oxygène pour les pilotes. Le principal dans ces mesures est que le F-22, l’avion le plus puissant du monde, capable de “projeter” la puissance US très loin de sa base, est “assigné à résidence” dans un espace proche de sa base, pour permettre aux pilotes, en cas de nécessité, de se poser rapidement et de respirer un bon coup.

AOL.Defense a publié la nouvelle, sur son site, le 15 mai 2012 : «Unhappy with the Air Force's handling of the long-simmering problems with the oxygen system on the most expensive fighter plane in history, Defense Secretary Leon Panetta ordered restrictions on F-22 flights and told the Air Force to speed up its efforts to prevent Raptor pilots from experiencing life-threatening hypoxia in flight. It certainly looks as if the two fighter jocks who risked their careers by airing their concerns about the safety of the Air Force's prized F-22 super fighter on 60 Minutes got Panetta's attention.

»At a briefing here today, spokesman George Little said Panetta has ordered the Air Force to “accelerate” installation of a backup system that automatically supplies oxygen to a pilot if there is a problem with the primary system. The F-22 has a backup system but pilot's must turn it on. When they are suffering from hypoxia, pilots find it very difficult to think and act, meaning a manual backup system may not be of much use.

»The secretary also restricted Raptor flights to stay close to their airfields so pilots can land quickly should they experience problems with their oxygen system. Little and Navy Capt. John Kirby said Panetta did not set a specific limit on how far from their home field the Raptors could fly, leaving that decision to the judgment of the pilots. But they said the restriction will prevent F-22s from continuing to fly the national air defense missions from their base in Alaska. Other aircraft will have to assume those missions, they said.

»Panetta also told the Air Force to report to him regularly on progress in correcting the problem with the F-22's oxygen system, which has caused at least one fatal accident…»

Le texte de AOL.Defense introduit également une intervention de Winslow Wheeler, extrêmement critique. Wheeler, qui fait partie du conseil de direction d’AOL.Defense, est, de longue date, l'inspirateur et le porte-paroler principal du groupe des “réformateurs du Pentagone”. Selon lui, les mesures ordonnées par Panetta sont insuffisantes, d’autant, précise-t-il selon une appréciation qu’on a peu l’habitude d’entendre, que le problème du F-22 ne concernerait pas seulement l’alimentation en oxygène. Selon Wheeler, la seule solution, pour l’instant, est d’interdire de vol le F-22 jusqu’à ce que le problème ait été identifié, compris et résolu.

«A longtime critic of the F-22's costs and development problems, Winslow Wheeler, was not impressed with Panetta's actions. “The restrictions do not terminate the flights and continue to expose pilots to the possibility that the ‘hypoxia’ problem is not just oxygen deprivation; unknown toxins may be affecting them and ground crew. The ‘60 Minute’ interview of the pilots and other information subsequently made available make it clear it may not be just an oxygen problem. Until the actual nature of the problem is uncovered, the pilots and ground crew remain at risk. The rationale for a fleet wide grounding remains clear,” Wheeler, a member of the AOL Board of Contributors and a defense expert at the Project on Government Oversight (POGO), said in an email. “Also, what is to become of the F-22s deployed to the Persian Gulf? Those pilots would appear to also be at risk and the flight restrictions do not address their situation.”»

… Qu’est-ce qui pourrait mieux illustrer la puissance du système de la communication par rapport au pouvoir politique que cette aventure ? On sait depuis le début du mois (voir le 2 mai 2012) que des pilotes de l’USAF refusent de piloter le F-22 à cause de son problème d’oxygène, mais c’est le 6 mai, au cours de l’émission 60 Minutes de la CBS (voir le 8 mai 2012), que l’on a pu voir deux de ces pilotes répondre aux questions de la chaine de TV, dans cette émission d’audience nationale. Comme dit AOL.Defense, les deux hommes ont risqué leur carrière mais il semble qu’ils aient finalement gagné. Désormais, le secrétaire à la défense est devenu quasiment leur interlocuteur, comme il est devenu par le fait celui de tous les pilotes de F-22 inquiets du fonctionnement de la machine, de leurs familles, etc. De surcroît, et pour ajouter du poids à l’intervention de Panetta et à la durabilité de sa préoccupation à propos du F-22, il semblerait également que le président Obama, dont le service de communication avait été alerté après l’émission de la CBS, soit intervenu directement auprès du secrétaire à la défense pour qu’il prenne des mesures ; en période électorale, n’est-ce pas, l’argument est impératif.

Désormais, l’emploi, le déploiement, les missions même du F-22 vont devoir être décidés selon des critères où ce facteur de relations publiques affectant directement la position du secrétaire à la défense devra être pris en compte avec la plus extrême attention. C’est une extraordinaire interférence d’un domaine complètement trivial, du point de vue militaire, dans la stratégie la plus importante, dans laquelle le F-22 figure à la première place. (Effectivement, comme dit Wheeler, reste le cas des F-22 déployés dans le Golfe pour faire peur à l’Iran, et dont on se demande s’ils ne vont pas faire peur d’abord au commandement de l’USAF, plongé dans la hantise d’un incident… On imagine les capacités de combat de l’avion dans de telles conditions.)

On ne pouvait effectivement, et pareillement, faire une meilleure démonstration de la puissance du pouvoir du système de la communication, dans l’équation du pouvoir, et de sa supériorité désormais évidente sur le système du technologisme. En effet, dans ce cas, le système de la communication renvoie au F-22 en tant qu’artefact de mauvaise réputation et d’emploi hautement risqué pour la vie des pilotes, tandis que le système du technologisme renvoie au F-22 en tant qu’avion de combat. On voit où se trouve l’argument péremptoire.


Mis en ligne le 16 mai 2012 à 12H06