Echos de la guérilla G4G de Ron Paul…


25/04/2012 - Bloc-Notes

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Echos de la guérilla G4G de Ron Paul…

Les élections présidentielles aux USA auront lieu entre le président Obama et le républicain Mitt Romney, – c’est sûr, – mais est-ce si sûr… La vérité est que nous n’en savons rien et que nous avons bien du mal à suivre. Un article de Slate.com, site sérieux et renommé, observe que “le mouvement Ron Paul a passé cinq ans à se préparer pour sa campagne de guérilla pour les délégués”, et que cette “guérilla” est en train de donner des résultats… Nous avions déjà évoqué (le 1er février 2012), de manière plus générale, le concept de G4G (guerre de la 4ème génération) pour caractériser la stratégie et la tactique de Paul ; l’analogie tient, plus que jamais.

Le plus souvent, ces dernières semaines, nous sommes évidemment envahis par le sentiment que Ron Paul a raté son pari, ou bien qu’il ne lui reste qu’à tenter l’aventure d’une rupture d’une troisième candidature, mais que, de toutes les façons, l’establishment semble plus fort que lui. Puis, si l’on s’attache plus précisément et en détails à certaines nouvelles, qui ne sont pas toutes des sites Ron Paul, on s’aperçoit que l’évolution des évènements est bien loin d’être aussi claire. Effectivement, dans le processus incroyablement complexe, quasiment kafkaïen, d’attribution des délégués, où toutes les manipulations sont possibles sinon recommandées, – mais aussi, découvre-t-on, la possibilité d’une “guérilla” antiSystème, – il semble bien que Ron Paul parvienne à obtenir des résultats importants. (C’est sa fameuse stratégie, dont nous avons déjà parlé, en la célébrant [le 9 février 2012], en la jugeant sans guère d’espoir de réussite [le 15 mars 2012], et sans plus d’espoir du tout [le 17 avril 2012], etc. Nos variations, en ajoutant celle d’aujourd’hui, témoignent de la complexité extraordinaire de la situation et du caractère non moins extraordinaire de la relativité subjective et virtualiste de la communication, par conséquent de l’impuissance où nous sommes d’en rendre compte de façon plus affirmée et cohérente.)

Il se trouve simplement qu’à la lecture, nécessairement parcellaire puisque réduite aux niveaux des États, sinon des comtés dans ces États, des délibérations et des résultats concernant la désignation de délégués, on trouve de très nombreux exemples où le nombre de délégués qui se disent favorables à Paul est extrêmement important, et n’a rien à voir avec les résultats des votes des primaires, si l’on peut parler de “votes” d’ailleurs. Toute la machinerie est secouée d’interférences, de fraudes, de manipulations, de “guérillas”, et n’est qu’un champ de bataille atomisé en un nombre très élevé d’engagements locaux qui se poursuivent. Jamais aucun processus des primaires, aux USA, n’a ressemblé à celui-ci, pour ce qui est de sa dynamique de constitution et de son évaluation.

• Par exemple, un des sites “pauliens”, le 23 avril 2012, signale et reprend l’article de Slate.com, du même 23 avril 2012, sous le titre (de Slate.com) : «Ron Paul Wins Minnesota Delegates by a Landslide». (A comparer avec le résultat en voix, le 7 février 2012, de la primaire du Minnesota : 40,2% pour Santorum, 34,9% pour Mitt Romney, 12,8% pour Newt Gingrich, 11,7% pour Ron Paul.) Dave Weigel, de Slate.com écrit, et l’on observe qu’après tout il se trouve dans la même incertitude que nous dans la variation de ses commentaires… :

«A few weeks back, when Rick Santorum was arguing that he could power out delegate wins by organizing the little-noticed state conventions and caucuses, I agreed with him. And then Santorum quit. This left the state delegate pool hot and panting for Romneymentum, right?

»Not quite yet. Over the weekend, Minnesota held congressional district conventions. Now, the state’s February caucus — one of the trio of non-binding contests Santorum won early that month — went 45 percent for Santorum, 27 percent for Paul, and only 17 percent for Romney. The Associated Press and other groups went on to estimate that Santorum would win 17 of Minnesota’s delegates, Paul would win 10, and Romney 6.

»Wrong. Ron Paul dominated the CD conventions. According to a tweet from RNC committeewoman Pat Anderson, Paul took 20 of the 24 delegates available in the CDs. That’s 20 delegates more than the zero that Paul got from Minnesota in 2008. Keep watching this. The Paul movement spent five years prepping for a guerilla delegate campaign…»

• Egalement signalé par un site “paulien”, cet article du grand quotidien de l’Iowa, le Des Moines Register, décrit les débats en cours pour la désignation des délégués dans l’Iowa, l’État de la première consultation des primaires, le 3 janvier. Romney l’avait emporté de justesse, devant Santorum (ce classement ayant été ensuite renversé à l’avantage de Santorum). Ron Paul était classé troisième alors qu’on l’annonçait vainqueur, – fraudes habituelles, évidemment, – et Paul à peine mentionné dans les divers articles-Sysème, et toujours avec l’évocation de sa totale inexistence démocratique dans la réalité-Système, puisque démocratiquement non conforme au Système. (Exemple de commentaire robotisé-Système, celui de LaVie.fr du 4 janvier 2012 : «Quant à Ron Paul, l'anarcho-capitaliste du Texas, il a fait le score prévu dans les sondages (21,4%), mais qui ne lui permet pas de percer d'une façon décisive. Son programme inédit – suppression de l'impôt sur le revenu, légalisation du cannabis, refus d'envoyer l'armée américaine en Afghanistan – le rend inéligible au niveau national.» Fermez le ban.)

…Mais l’article du Des Moines Register (le 21 avril 2012) montre que le ban n’est pas fermé, et que les délégués qui s’annoncent pro-Paul poussent comme des champignons. Ils sont nommés, voire interviewés, etc., conduisant l’analyse à un niveau absolument atomisé, – mais en ayant à l’esprit que c’est à partir de ces atomes que la matière générale de la convention républicain de Tampa, en août, sera constituée.

«A rising tide of Republicans who share Ron Paul’s philosophy of limited government are flooding into GOP party roles in Iowa. Like the anti-abortion movement and tea partiers that made in-roads into GOP politics here in recent years, Paul loyalists want to send a message to party leaders, the governor, the state legislature and the nation, they said Saturday.

»Six of the new Iowa GOP state central committee members elected Saturday have publicly expressed support for Paul, a libertarian-leaning presidential candidate: Joel Kurtinitis, Kris Thiessen, Dave Cushman, Jeff Shipley, John Kabitzke and Marcus Fedler. Two more have close ties. “Ron Paul’s display of strength is to encourage their followers to say, ‘We have the numbers. Join us and we can accomplish even more,’” said Gopal Krishna, a popular longtime central committee member who has declined to reveal his caucus vote. “Because once they’re a force to be reckoned with, everybody starts to cater to them.”…»

Soyons prudent… Il est bien difficile, d’envisager une analyse, voire même de fixer une idée ; mais le fait est que ces deux exemples ne sont que des exemples et qu’on signale épisodiquement d’autres processus de ce genre dans d’autres États (Missouri, Colorado, Maine, Michigan, etc.). Cela fait qu’il n’est pas du tout impossible ni absurde d’envisager qu’on aboutisse à une convention républicaine, à Tampa où les délégués seraient majoritairement en faveur de Paul, selon la règle qu’à côté de leur position théorique accordée au vote proclamé lors de la primaire ils disposent en général d’une complète liberté de choix de leur candidat. Que fera-t-on alors, que diront les commentateurs-Système du type “Ron Paul est inéligible” ? Acheter les délégués “pauliens” pour qu’ils abandonnent leur champion, proclamer une autre procédure exceptionnelle ignorant les délégués ? Ce ne sera pas si simple, si l’on en juge par le volontarisme, la conviction et l’engagement guerrier de ces délégués, – et l’insurrection ne serait plus très loin dans ce cas de figure…

Enfin, on verra, – et l’on comprend que notre “soyons prudent” est bien la règle. Une autre remarque serait plus appropriée en fonction des évènements qu’on observe, de la sorte d’évènements qu’on observe. Le processus de la guérilla Ron Paul implique nécessairement qu’il y a une dilution, une dissolution des structures du Système, qui n’ont plus la capacité de faire observer des règles et des comportements d’une façon qui lui soient favorables. Ce ne sont pas ces règles et ces comportements qui sont en cause car, comme toute chose légale d’importance aux USA, la Constitution en premier, ils sont réversibles et manipulables, et prévus pour être utilisés au mieux par les forces les plus efficaces, selon effectivement le rapport de force. Le Système, qui s’appuie sur l’“idéal de puissance”, ne pense qu’en rapport de force ; le tissu législatif touffu et innombrable, et réversible, aux USA, est fait pour favoriser le plus fort, – car le Système a toujours présupposé dans sa “pensée” primaire qu’il serait, lui-même, nécessairement le plus fort. Il se trouve que, dans son état actuel de dissolution (surpuissance enchaînant sur autodestruction), il semble de plus en plus précipité dans des occurrences où il est mis en difficultés, voire réduit à des positions d’infériorité, face à des dynamiques antiSystème du type de la guérilla G4G de Ron Paul.

C’est une duplication au niveau des élections primaires d’un type d’évènements qui s’est déjà rencontré aux USA (Tea Party, Occupy, etc.) et dont l’efficacité ne se mesure pas en victoires ou défaites mais par leurs présences en tant que chaînons dans une chaîne dissolvante. C’est un type d’évènements qu’on rencontre partout dans le monde, surtout dans le bloc BAO, avec la dilution accélérée des États et de l’autorité. Il s’agit, en théorie, d’une catastrophe sans précédent, comme devrait l’être toujours l’effondrement de l’autorité ; mais dans la vérité de la bataille en cours, cette catastrophe est invertie et s’avère de plus en plus comme l’arme antiSystème la plus efficace et la plus appropriée puisqu’elle attaque une autorité nécessairement subversive et elle-même invertie. L’on voit ainsi que l’effondrement du Système (des USA dans ce cas) ne se fait pas, comme on est accoutumé à attendre et à prévoir, dans le bruit et le fracas d’explosions terribles, mais bien dans ce processus de dissolution, de fragmentation, d’atomisation et de dilution. De ce point de vue, l’expérience Ron Paul et où elle mènera constituent une dynamique du plus grand intérêt – sans, bien entendu, qu’on soit assuré en rien qu’elle réussira. (Un chaînon de plus, mais est-il proche du bout de la chaîne ?) Même si tout cela est extrêmement rapide, le processus reste progressif. Il représente un processus rupturiel paradoxalement progressif, tant que nous devrions nous attacher à une nouvelle définition du concept de “rupture”…


Mis en ligne le 25 avril 2012 à 10H16