jc
01/09/2025
PhG : "Ce que nous propose cette situation de GrandeCrise, c’est un tableau extrêmement pragmatique, et non pas réaliste, – la différence entre les deux mots est énorme, "
Thom :
"La Science moderne# a eu tort de renoncer à toute ontologie en ramenant tout critère de vérité au succès pragmatique. Certes le suxxès pragmatique est une source de prégnance, donc de signification*. Mais il s'agit d'un sens immédiat, purement local. Le pragmatisme -en ce sens- n'est guère que la forme conceptualisée d'un certain retour à l'animalité. Le positivisme** a vécu de la peur de l'engagement ontologique. Mais dès qu'on reconnaît aux autres l'existence, qu'on accepte de dialoguer avec eux, on s'engage ontologiquement. Pourquoi ne pas accepter alors les entités que nous suggère le langage ? Quitte à contrôler les hypostases abusives, c'est là la szule manière d'apporter au monde une certaine intelligibilité**. Seule une métaphysique réaliste*** peut redonner du sens au monde." (Dernier paragraphe de "Esquisse d'une sémiophysique", 1988)
# Pour Thom la Science moderne est un torrent d'insignifiance…
* : Il est certain que le succès pragmatique est une source de sens ; mais c'est un mode inférieur d'intelligibilité, à peine supérieur à l'assentiment provoqué par la prégnance du conditionnement pavlovien dans le monde animal ; l'intelligibilité humaine requiert une comparaison plus globale des différents modes d'intelligibilité, ceux en vigueur dans le langage et dans les autres disciplines de la science : elle requiert de sortir de la situation locale considérée pour prendre en compte les modes les plus généraux de compréhension. On aborde donc là le domaine de l'analogie ; ce faisant, on touche à l'autre côté, le versant philosophique de l'interface science-philosophie." ;
** : "En ce qui me concerne, je préfère croire à un réel – non globalement accessible parce que de structure stratifiée – dont l'herméneutique de la théorie des catastrophes permettrait de dévoiler progressivement les « fibres » et les « strates ». Mais tout progrès dans la détermination d'une telle ontologie stratifiée en « couches » d'être exigera : i) L'emploi de mathématiques pures spécifiques – parfois bien difficiles – dans les théories jusqu'ici purement conceptuelles des sciences de la signification ; ii) La reprise d'une réflexion philosophique sur la nature de l'être que les divers positivismes et pragmatismes ont depuis bien longtemps occultée."
*** : Thom qualifie de minimale celle qu'il propose (ES, bas de p.13).
Remarque : Trump est pour moi typiquement un animal politique pragmatique (au sens de Thom).
jc
21/03/2026
Trump est un promoteur immobilier. Politiquement il côtoie des libertariens. La destruction créatrice selon Schumpeter vue par Trump (selon moi) : on détruit (les guerres, c'est bon pour le business), on reconstruit, on refait du tout beau tout neuf à l'image de l'inégalable modèle que sont les USA. C'est comme ça que je vois MAGA dans la (petite) tête de Trump.
Corentin de Salle (*) dit-il autre chose dans sa vidéo (que je n'ai pas regardée…) ( https://contrepoints-archives.org/pourquoi-selon-schumpeter-le-capitalisme-va-t-il-seffondrer-en-raison-meme-de-son-succes/ ) ? :
La société capitaliste va s'effondrer… en raison de son triomphe.
Il n’est pas courant de lire sous la plume d’un auteur libéral que le libéralisme est condamné à s’autodétruire. Écrit en plein cœur de la guerre et dans le sillage de la crise de 1929, Capitalisme, Socialisme et Démocratie écrit par Joseph Schumpeter est un livre pessimiste. Cet hommage au libéralisme est aussi un chant du cygne. Que nous dit l’auteur ? La société capitaliste va s’effondrer. Non pas, comme le pensait Karl Marx, en raison de ses échecs ou de la misère qu’il engendre mais, bien au contraire, en raison de… son triomphe. Corentin de Salle revient ici sur un auteur majeur du vingtième siècle.
[ (*) Licencié en droit (Université Catholique de Louvain), docteur en philosophie (Université Libre de Bruxelles), Corentin de Salle a étudié la philosophie politique et la théorie du droit à l'Université d'Oxford. Il est directeur du Centre Jean Gol, le bureau d'étude du Mouvement Réformateur, parti libéral francophone belge. Professeur à l'École Pratique des Hautes Études Commerciales (EPHEC) et assistant à l'ULB, il est également essayiste et auteur, notamment, de la Tradition de la Liberté, une trilogie consacrée à la pensée libérale. ]
J'en profite pour redire la position de René Thom en ce qui concerne le problème de l'innovation, position que l'on entrevoit dans l'article éponyme (1), qui commence par :
"L'impossibilité de l'innovation radicale est souvent méconnue. Cette méconnaissance a conduit nombre d'épistémologues modernes à prendre une attitude irrationaliste et anarchisante, à invoquer le hasard ou le bruit comme ingrédient essentiel de l'invention, dans le désir explicite de permettre la nouveauté. C'est là une position difficilement défendable, dans l'optique scientifique, c'est-à-dire, dans la constitution d'un savoir à validité universelle et irrévocable. Car l'innovation scientifique -alias le progrès- n'est pas destructrice ; elle conserve l'essentiel de l'acquis antérieur en introduisant seulement de nouvelles interprétations, qui peuvent elles-même conduire à une extension du savoir." ;
et qui se termine par ce qui suit, souvent cité par moi sur le site Dedefensa ( en commençant souvent par la dernière phrase ) :
"Décourager l'innovation
Les sociologues et les politologues modernes ont beaucoup insisté sur l'importance de l'innovation dans nos sociétés. On y voit l'indispensable moteur du progrès et -actuellement [années 1980]- le remède quasi-magique à la crise économique présente; les "élites novatrices" seraient le cœur même des nations, leur plus sûr garant d'efficacité dans le monde compétitif où nous vivons. Nous nous permettrons de soulever ici une question. Il est maintenant pratiquement admis que la croissance (de la population et de la production) ne peut être continuée car les ressources du globe terrestre approchent de la saturation. Une humanité consciente d'elle-même s'efforcerait d'atteindre au plus vite le régime stationnaire (croissance zéro) où la population maintenue constante en nombre trouverait, dans la production des biens issus des énergies renouvelables, exactement de quoi satisfaire ses besoins: l'humanité reviendrait ainsi, à l'échelle globale, au principe de maintes sociétés primitives qui ont pu -grâce, par exemple à un système matrimonial contraignant- vivre en équilibre avec les ressources écologiques de leur territoire (les sociétés froides de Lévi-Strauss). Or toute innovation, dans la mesure où elle a un impact social, est par essence déstabilisatrice; en pareil cas, progrès équivaut à déséquilibre. Dans une société en croissance, un tel déséquilibre peut facilement être compensé par une innovation meilleure qui supplante l'ancienne. On voit donc que notre société, si elle avait la lucidité qu'exige sa propre situation, devrait décourager l'innovation. Au lieu d'offrir aux innovateurs une "rente" que justifierait le progrès apporté par la découverte, notre économie devrait tendre à décourager l'innovation ou, en tout cas, ne la tolérer que si elle peut à long terme être sans impact sur la société (disons, par exemple, comme une création artistique qui n'apporterait qu'une satisfaction esthétique éphémère -à l'inverse des innovations technologiques, qui, elles, accroissent durablement l'emprise de l'homme sur l'environnement-). Peut-être une nouvelle forme de sensibilité apparaîtra-t-elle qui favorisera cette nouvelle direction? Sinon, si nous continuons à priser par-dessus tout l'efficacité technologique, les inévitables corrections à l'équilibre entre l'homme et la Terre ne pourront être -au sens strict et usuel du terme- que catastrophiques."
Une note optimiste pour terminer (Schumpeter -selon C. de Salle- et Thom étnt pessimistes, je suis en train de lire "Apologie" de l'optimiste Michel Maffesoli : après le pouvoir institué en cours d'effondrement (individualisme, progressisme, rationalisme) à la fin de l'hiver, la puissance instituante montre le bout de son nez à l'arrivée du printemps…
(1) "Sur le problème de l'innovation" écrit pour l'Encyclopædia Universalis en 1973 (p. 353-355 du tome "Les enjeux" dans l'édition de 1990). Thom revient sur le sujet en 1985 dans une conférence "Déterminisme et innovation", prononcé en français lors d'un congrès consacré aux "Processus au hasard", les langues officielles étant l'espagnol et l'anglais : https://www.youtube.com/watch?v=BXxKQVQFnRo
Pour poster un commentaire, vous devez vous identifier