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Article : Archives-dd&e : Retrouver l’Histoire

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Objectivité en Science et en Histoire

jc

  11/07/2019

Que l'on analyse la méthode de l'historien ou celle du scientifique on se heurte au problème de l'objectivité: parmi les faits historiques ou scientifiques, quels sont ceux qui peuvent être qualifiés d'objectifs?

C'est un problème aussi fondamental que redoutable. Traditionnellement étudié par les philosophes, il a débouché sur la célèbre querelle des universaux posée par Porphyre, disciple de Plotin, séparant la communauté philosophique en deux: les réalistes (les Idées -I majuscule- existent absolument, indépendamment de ceux qui les pensent) et les nominalistes- (les idées -i minuscule- n'existent que relativement à ceux qui les pensent). La coupure galiléenne a confirmé le divorce Science/Philosophie, la Science s'emparant de l'objectivité et la philosophie se réfugiant dans la forteresse de la subjectivité.

Que ce soit en Histoire ou en Science la notion d'objectivité renvoie à celle de fait. Qu'est-ce qu'un fait historique, qu'est-ce qu'un fait scientifique, qu'est-ce qu'un fait?

Dans un article intitulé "La méthode expérimentale" Thom cite (AL p. 617) un certain abbé Louis Castel: "La méthode des faits, pleine d'autorité et d'empire, s'arroge un air de divinité qui tyrannise notre créance et s'impose à notre raison. Un homme qu raisonne, qui démontre même, me prend pour un homme: je raisonne avec lui; il me laisse la liberté de jugement; et ne me force que par ma propre raison. Celui qui crie "Voilà un fait" me prend pour un esclave."

Pour moi l''universitaire -en histoire comme en sciences- applique la méthode des faits, en quelque sorte par définition (cf. les quatre discours de Lacan), L'Histoire comme la Science lui échappe, en quelque sorte par définition.

Thom enfonce le clou et esquisse le contour du Scientifique -majusculé-:
"Lorsqu'on a compris -à la suite de T.S.Kuhn- le caractère "automatique" du progrès scientifique, on se rend compte que les seuls progrès qui vaillent sont ceux qui modifient notre vision du monde -et cela par l'élaboration de nouvelles formes d'intelligibilité. Et pour cela il faut revenir à une conception plus philosophique (voire mathématique) des formes premières d'intelligibilité. Nos expérimentateurs, sempiternels laudateurs du "hard fact", se sont-ils jamais demandés ce qu'est un fait? Faut-il croire -ce qu'insinue l'étymologie- que derrière tout fait il y a quelqu'un ou quelque chose qui fait? Et que ce quelqu'un n'est pas réduit à l'expérimentateur lui-même, mais qu'il y a un "sujet" résisstant sur lequel le fait nous apprend quelque chose? Telles sont les questions que notre philosophe [celui que Thom, adepte de la philosophie naturelle, appelle de ses voeux] devra constamment reposer, insufflant une quelconque inquiétude devant le discours volontiers triomphaliste de la communauté scientifique. bien sûr la Science n'a pas besoin de ce discours pour continuer. Mais il restera peut-être quelques esprits éclairés pour l'entendre, et en tirer profit."

Que l'expérimentateur perturbe l'objet étudié commence à faire son chemin en physique moderne, physique quantique oblige; et amène naturellement à considérer l'objet d'étude en sujet d'étude. Ceci change beaucoup de choses, car cela nous force pratiquement à considérer l'objet de l'étude comme un être comme nous, à savoir comme un être vivant.

Thom: "L'intelligence, c'est la capacité de s'identifier à autre chose, à autrui."

Le fait, pour les physiciens -et surtout les biologistes!- modernes d'avoir refusé cette identification a conduit au mécanisme et au scientisme.

Thom: "Le dédain pour la théorie qui se manifeste dans les milieux d'expérimentateurs a sa source dans l'e analytico-réductionniste; or découvrir la bonne stratégie, c'est s'identifier à l'un facteurs permanents du système. Il s'agit là presque d'une identification amoureuse. Or comment pourrait-on aimer ce qu'on a -préalablement- cassé de manière irréversible?
Toute la science moderne est ainsifondée sur le postulat de l'imbécillité des choses."

Pour moi, ce qui précède -qui concerne la Science- vaut mutatis mutandis pour l'Histoire.

PhG: "« De la relativisation inévitable de l'histoire : de l'échec de la méthode scientiste à la nécessité du prophétisme »

PhG prophète? Ou PhG théoricien de l'Histoire? La différence n'est peut-être pas si grande si l'on se souvient que, selon une étymologie actuellement bien oubliée, un théorème est, avant tout,l'objet d'une vision.